Test politique : êtes-vous progressiste, conservateur ou libéral ?

Publié Par Damien Theillier, le dans Philosophie

Par Damien Theillier.

Un test politique facile pour se positionner

Question By: RyanCC BY 2.0

 

En politique, certains penchent vers ceux pour qui l’ordre doit être imposé à tout prix, ce sont les conservateurs. Certains penchent vers ceux pour qui l’égalité doit être appliquée à tout prix, ce sont les progressistes. Les libéraux se retrouvent parfois avec les conservateurs et d’autres fois avec les progressistes, mais la plupart du temps ils sont isolés et peu représentés dans le paysage politique. Et vous ? Dans quelle famille politique vous situez-vous ?

Dans un article déjà ancien (Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?), j’avais repris et exposé le diagramme de Nolan. J’expliquais que le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche (le progressisme), ni avec le nationalisme de la droite (le conservatisme). Par ailleurs, il y a des conservateurs à gauche et des progressistes à droite. Donc l’axe gauche-droite n’est pas le plus pertinent pour penser la politique.

La thèse que je voudrais exposer cette fois est celle du sociologue et économiste américain Arnold Kling, dans un petit livre intitulé The Three Languages of Politics (« Les trois langues de la politique »). Selon Kling, trois grandes familles divisent le paysage politique contemporain : les progressistes, les conservateurs et les libéraux. Or chacune de ces trois familles parle une langue différente. Chacune voit la politique selon un axe différent. Pour les progressistes, l’axe principal est l’axe opprimés/oppresseurs. Pour les conservateurs, l’axe principal est civilisation/barbarie. Pour les libéraux, l’axe principal est libre choix/coercition.

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L’auteur m’a permis de mieux comprendre pourquoi nous sommes enclins à diaboliser nos adversaires politiques. Pourquoi nos discussions politiques, même entre amis, sont aussi clivantes et finalement profondément frustrantes, voire toxiques.

En effet, en tant que libéral je suis souvent frustré dans mes discussions avec des progressistes ou des conservateurs parce qu’ils ne se soucient pas de ce qui compte pour moi (et le sentiment est réciproque.) Par exemple quand je parle avec un conservateur du mariage gay ou de l’immigration, il croit systématiquement que je ramène tout à l’économique et que je dénigre le politique. De mon côté, j’ai tendance à penser qu’il réduit le politique à l’État et qu’il dénigre la puissance du marché comme facteur de régulation et de coopération. Quand je parle d’économie avec un progressiste et que je plaide pour une réglementation du travail plus souple, il m’accuse facilement de défendre l’oppression des travailleurs tandis que je le soupçonne de haïr la liberté.

Il est tentant de penser que nos opposants sont autoritaires, fascistes, racistes, homophobes etc. Nous avons beaucoup de mal à entendre leurs arguments et nous les rejetons d’emblée comme manifestement erronés, stupides, immoraux. Nos désaccords viennent-ils d’erreurs de bonne foi  ou de la méchanceté et de la stupidité d’autrui ?

En réalité, sans nier qu’il existe de réels clivages philosophiques, nous ne parlons pas la même langue. Car la politique est habituellement une affaire de tribus et donc aussi de dialectes. La plupart du temps, la politique n’est pas pratiquée comme un effort pour changer l’esprit de nos adversaires ou de nos alliés, mais comme un moyen de renforcer notre statut au sein de la tribu. La politique récompense ce type de comportement tribal et contribue à polariser davantage les débats (voir sur ce point l’Annexe à la fin de l’article).

L’hypothèse de Kling est que nous avons l’habitude naturelle de voir le monde sur un axe unique avec une extrémité qui représente le bien et l’autre qui représente le mal. Et dès lors qu’une personne est en désaccord avec nous, elle doit se trouver à l’autre bout de l’axe, dans le camp du mal. On sait déjà fort bien que ce type de polarisation fonctionne à plein avec les religions. Le fait de se trouver dans un camp religieux (ou de rejeter toute religion), incite à penser que ceux des autres camps sont forcément stupides et incapables de raisonner correctement.

Or pour Arnold Kling, la politique fonctionne exactement de la même manière. Les camps opposés jugent le monde selon des axes perpendiculaires et parlent ainsi des langues différentes. Chaque camp voit une réalité donnée et l’interprète d’une manière cohérente pour lui mais qui semble néanmoins incompréhensible, ou sans importance pour les autres. Et nous réalisons rarement que le langage politique que nous utilisons implique une vision du monde selon un certain axe de valeurs.

C’est pourquoi quand nous pratiquons notre propre langue dans une discussion avec un partisan d’un autre camp, le dialogue ne passe plus. Pire, il tourne très vite à l’affrontement verbal et aux insultes. Chacun réagissant au désaccord en criant encore plus fort dans une langue que l’autre ne comprend pas.

Typologie des familles politiques (a)

1° Pour les progressistes les problèmes de société sont envisagés principalement comme des rapports de domination, des formes d’oppression des faibles par les forts. Et par oppression, il faut entendre, en tout premier lieu l’absence d’égalité, pas seulement formelle mais aussi et surtout matérielle. Par ailleurs, ils pensent en termes de groupes. Ainsi, certains groupes de personnes sont  les opprimés, et certains groupes de personnes sont les oppresseurs. Le bien implique de s’aligner contre l’oppression et les personnages historiques qui ont amélioré le monde ont lutté contre l’oppression, c’est-à-dire contre les inégalités. Les progressistes ont tendance à vénérer la science. Ils croient que la science peut faire avancer leur projet d’amélioration de la société et de l’homme. Ils mettent les sciences sociales à égalité avec les sciences physiques et en font un guide de l’action publique.

2° Le deuxième axe est celui des conservateurs. Chez eux le bien s’identifie au fait de défendre les valeurs et les institutions traditionnelles qui se sont accumulées au cours de l’histoire et qui ont résisté à l’épreuve du temps. Et le mal est incarné par les barbares qui tentent de s’opposer à ces valeurs et qui veulent détruire la civilisation. Les conservateurs sont très disposés à voir l’utopie comme une menace qui ne peut être arrêtée que par l’autorité politique. Ils voient la barbarie comme étant une inclination de la nature humaine d’où la nécessité de recourir aux institutions politiques pour protéger la civilisation. Alors que les progressistes sont moins préoccupés par l’utopie, car ils ont tendance à voir les humains comme intrinsèquement bons, mais simplement affaiblis par l’oppression. Du point de vue de l’axe civilisation/barbarie, il faut s’opposer à la légalisation de la marijuana, à l’avortement et au mariage homosexuel dans la mesure où l’on pense  que l’avenir de la civilisation en dépend, ou du moins qu’elle risque d’en sortir affaiblie.

3° Le troisième axe est celui des libéraux (libéraux classiques ou libertariens). La principale menace étant pour eux l’empiétement du pouvoir sur les choix individuels. Le bien consiste dans la possibilité pour les individus de faire leurs propres choix, de contracter librement entre eux et d’en assumer la responsabilité. Le mal réside dans l’initiative de la menace physique, en particulier de la part des gouvernements, contre des individus qui ne portent préjudice à personne, sinon éventuellement à eux-mêmes. Pour eux, la coercition sous quelque forme que ce soit, y compris celle des gouvernements, est plus un problème qu’une solution. Chacun a le droit de décider pour lui-même ce qui est meilleur pour lui et d’agir selon ses préférences, tant qu’il respecte le droit des autres à faire de même. Le corollaire de ce principe est le suivant : « personne n’a le droit d’engager une agression contre la personne ou propriété de quelqu’un d’autre ». L’usage de la force ne se justifie qu’en cas de légitime défense. Pour le reste, il faut s’en tenir à la persuasion.

Typologie des familles politiques (b)

1° Les progressistes croient en l’amélioration de l’espèce humaine. Ils croient en une perfectibilité quasi illimitée dans le domaine matériel et, plus important encore, dans le domaine moral et politique. En revanche, pour eux les marchés sont sujets à des échecs inéluctables. Le succès des hommes d’affaire reflète souvent la chance et peut s’avérer être la récompense injuste d’une forme d’exploitation. Mais ces défaillances peuvent et doivent être traitées par les interventions du pouvoir politique : la redistribution, la fiscalité, les réglementations.

2° Les conservateurs croient dans la faiblesse humaine. En termes bibliques, l’homme est « originellement pécheur ». Ce côté sombre de la nature humaine ne sera jamais éradiqué. Mais il peut être domestiqué par les institutions sociales, notamment la famille, la religion et l’autorité politique. Supprimez ces institutions et ce qui émerge est Sa majesté des Mouches (le roman de William Golding). C’est pourquoi ils sont enclins à vénérer le passé, notamment les traditions et l’ordre établi. Les conservateurs reconnaissent aisément avec les libéraux que les marchés récompensent les vertus de prudence et de patience. Mais ils les accusent systématiquement de saper les traditions culturelles, en mettant la vulgarité à égalité avec le sublime, sans hiérarchisation morale. Ils voient dans la défense libérale du marché une promotion de la marchandisation du monde et de l’humain.

3° Les libéraux voient la nature humaine comme imparfaite, corruptible, mais éducable. Ils croient en une rationalité humaine limitée. Tant qu’ils respectent la propriété d’autrui, les individus sont les meilleurs juges de leurs intérêts et il faut les laisser libres de les poursuivre. C’est pourquoi les libéraux refusent l’idée un gouvernement qui ferait le bien à la place des gens. En revanche, ils pensent que les dysfonctionnements du pouvoir politique et les interventions excessives de la loi représentent une menace pour la paix, bien plus grande que les dysfonctionnements du marché. Le marché s’auto-régule dans le temps par le mécanisme de la concurrence, l’État non car il exerce un monopole. Il tend à s’accroître de façon exponentielle. Par ailleurs, les libéraux sont enclins à penser la technologie comme une force libératrice dont les effets néfastes sont largement compensés par les bénéfices estimés. Enfin ils considèrent que les marchés encouragent la coopération pacifique parce que chaque échange volontaire profite aux deux parties. Et l’ensemble de ces échanges volontaires crée une prospérité qui profite au plus grand nombre.

Les controverses politiques actuelles

D’une façon générale, les conservateurs et les progressistes se rejoignent sur un point. Ils jugent le processus politique plus efficace que le processus de marché. Par processus politique j’entends ici la capacité d’un gouvernement central à créer un ordre social à la fois juste et stable pour le plus grand nombre. Et par processus de marché, j’entends l’échange libre et volontaire comme mode d’interaction et mécanisme de coopération. Or les conservateurs et les progressistes sont tous favorables à l’augmentation du pouvoir de l’État central et à son intrusion dans la vie privée, mais pour des raisons différentes. Pour les uns c’est au nom de la défense de la civilisation, pour les autres c’est au nom de la défense des opprimés.

Philosophiquement le libéral pourra adhérer à certains objectifs des conservateurs et des progressistes, mais empiriquement il sera en désaccord avec leurs moyens. Ainsi le libéral sera d’accord avec les progressistes pour aider les travailleurs opprimés, mais il ne pensera pas que le salaire minimum puisse atteindre cet objectif, en tout cas pas un salaire minimum uniforme et imposé partout. De même, le libéral sera d’accord avec l’idée conservatrice que la civilisation doit être défendue, mais il ne sera pas d’accord pour dire que la civilisation est menacée par le mariage homosexuel ou par l’ouverture des frontières, en tout cas pas de façon alarmiste.

Examinons quelques-uns de ces sujets :

Le mariage gay

Les conservateurs voient dans le mariage traditionnel une institution fondamentale de la civilisation occidentale qui remonte à 2500 ans. Une redéfinition radicale du mariage serait une menace pour la société civilisée. Les progressistes d’autre part, voient une majorité hétérosexuelle opprimer une minorité homosexuelle en leur refusant le mariage et donc soutiennent naturellement la réforme.

Les libéraux sont partagés sur le sujet. Certains pensent que le mariage est un droit universel et militent avec les progressistes pour l’égalité des droits. D’autres pensent que le mariage est une institution qui ne relève pas de l’État et que ce dernier n’a pas à s’impliquer juridiquement pour forcer les autres à reconnaître le mariage traditionnel ou le mariage gay. La solution ? Se débarrasser du mariage civil obligatoire une bonne fois pour toutes et laisser ce rôle aux associations privées : les églises, les synagogues, les mosquées ou les organisations privées laïques. Cette solution politique pourrait s’appeler l’abolition du mariage comme fonction étatique, ou, plus précisément, la séparation du mariage et de l’État. Personnellement c’est cette solution qui m’a toujours parue la seule bonne.

La discrimination

Un boulanger qui s’oppose au mariage gay a-t-il le droit de refuser de vendre un gâteau de mariage à un couple gay ? Non pour un progressiste, bien sûr, ce serait pour lui une forme d’oppression.

Mais la réponse du libéral serait de dire que (a) le boulanger doit avoir un tel droit et que le pouvoir central ne devrait jamais forcer un commerçant à faire des affaires avec un client qu’il juge indésirable. En revanche (b), une association libre de boulangers devrait pouvoir exclure un de ses membres indésirable, par exemple un boulanger raciste ou homophobe. Enfin (c) une association de consommateurs devrait pouvoir également appeler ses membres à boycotter le boulanger raciste ou homophobe.

Une réponse libérale complémentaire consisterait à dire (a) il doit exister une concurrence suffisante sur le marché de sorte que si vous étiez victime de discrimination par x, vous pourriez facilement obtenir ce que vous désirez ailleurs. Et (b) le gouvernement ne devrait intervenir que si la discrimination est omniprésente. Le principe de subsidiarité s’appliquerait. L’État laisserait le marché résoudre le problème autant que possible et n’interviendrait qu’en dernier recours.

L’immigration

Concernant l’immigration, les progressistes voient les immigrants illégaux comme un groupe d’opprimés et les natifs blancs, hostiles aux immigrants, comme leurs oppresseurs. Pour les conservateurs le fait d’avoir des frontières bien définies, et une population bien définie, fait partie des valeurs civilisées. Ils craignent qu’en permettant l’immigration on détruise l’identité des nations et qu’on fragilise un peu plus le travail des citoyens les plus modestes.

Les libéraux, qui n’aiment pas l’idée de coercition politique, sont favorables à l’ouverture des frontières. Du point de vue de l’axe liberté/coercition, une frontière ouverte donne à l’individu le choix de son gouvernement et la capacité de voter avec ses pieds. Par ailleurs la relation de travail est un accord volontaire qui profite aux deux parties, peu importe l’origine ou le lieu de naissance de l’une ou de l’autre. Mais l’immigration, comme le mariage gay, est un sujet qui divise la famille libérale. Car dans un monde fortement étatisé, l’immigration est toujours subventionnée et crée un droit fâcheux sur le travail des autres (c’est-à-dire un faux droit, une forme de spoliation). Comme l’explique le professeur Pascal Salin dans un article fort éclairant sur ce sujet, « l’émigration et l’immigration devraient être totalement libres car on ne peut pas parler de liberté individuelle si la liberté de se déplacer n’existe pas. Mais la liberté de se déplacer n’implique pas que n’importe qui a le droit d’aller où bon lui semble. Les droits de chacun trouvent en effet pour limites les droits légitimes des autres ».

C’est ainsi que le prix Nobel d’économie Gary Becker a proposé d’instaurer un marché des droits à immigrer (ou, éventuellement, des droits à acquérir une nationalité). D’autres ont proposé que l’immigration soit libre, mais que les immigrants n’aient pas le droit aux bénéfices de la protection sociale. En fin de compte, la meilleure politique d’immigration consisterait à désétatiser la société et à laisser les citoyens décider dans quelle mesure ils souhaitent établir des contrats avec des individus d’autres nationalités.

L’obésité

Pour les progressistes, le problème de l’obésité, c’est le problème des industriels qui commercialisent des sodas. Ainsi taxer les sodas correspond à la narration selon laquelle les obèses sont des opprimés et les fabricants ou les vendeurs de sodas sont les oppresseurs. Peu importe l’incidence fiscale et autres concepts économiques. Une taxe soda fait avancer le récit oppresseurs-opprimés et c’est son principal attrait.

Pour les libéraux, les taxes sur le soda n’ont aucune efficacité pour atteindre l’objectif politique déclaré de réduire l’obésité. Ils chercheront des moyens d’atteindre cet objectif sans utiliser la coercition. Par exemple en ciblant la sortie, plutôt que l’entrée. Certaines solutions sont à l’étude comme le fait d’accorder des crédits d’impôt pour les personnes obèses qui perdent du poids. Les économistes américains Richard Thaler et Cass Sunstein appellent cela un nudge (to nudge : au sens littéral, pousser quelqu’un du coude ; amener quelqu’un à faire quelque chose). Ils ont choisi le terme étrange de paternalisme libertarien (un oxymore) pour désigner cette doctrine, qu’ils définissent comme « une version relativement modérée, souple et non envahissante de paternalisme, qui n’interdit rien et ne restreint les options de personne ; une approche philosophique de la gouvernance, publique ou privée, qui vise à aider les hommes à prendre des décisions qui améliorent leur vie sans attenter à la liberté des autres ». Les nudges sont des moyens d’inciter les individus à prendre les « bonnes » décisions sans les priver de leur liberté d’action.

Plaidoyer pour une éthique du dialogue politique

Nos débats politiques sont souvent frustrants et sans fin parce que chaque groupe s’exprime uniquement d’après son axe de valeurs privilégié. Par conséquent, chacun parle devant l’autre au lieu de dialoguer avec lui. Chaque camp émet ses arguments presque exclusivement selon ses propres termes et ne voit pas que les opinions contraires sont les manifestations d’une autre façon de penser plutôt que la preuve de la stupidité ou de la duplicité du camp adverse.

Alors, que pouvons-nous faire pour éviter de céder à nos instincts tribaux, sans renoncer pour autant à nos convictions ? La prescription de Kling est simple : résister à la tentation d’argumenter uniquement à partir de notre axe préféré et apprendre à voir les choses à partir des autres axes. Il faut prendre le point de vue le plus charitable de ceux avec qui nous sommes en désaccord et résister à la tentation de se dire : « je suis raisonnable et eux non ».

Selon moi, bien sûr, les conservateurs et les progressistes ont tort sur ces questions. Mais je pense qu’ils sont raisonnables, que leurs idées sont dignes d’intérêt et comportent une part de vérité. Compte tenu de leurs préoccupations respectives, leurs idées politiques sont parfois pertinentes et peuvent m’apprendre des choses.

C’est pourquoi je propose une sorte d’éthique de la discussion consistant à s’imposer de respecter les quatre points suivants :

  1. Essayer de ré-exprimer le plus clairement possible la position de son adversaire de telle sorte qu’il puisse dire : « Merci, je pense exactement de cette façon » ;

  2. Lister tous les points d’accord ;

  3. Mentionner tout ce qu’on peut apprendre de son adversaire ;

  4. Alors seulement s’autoriser à le réfuter ou à le critiquer.

Je voudrais finir cet article avec une citation du philosophe britannique Michael Oakeshott qui écrivait en 1939 : « L’action politique implique la vulgarité mentale, non seulement parce qu’elle implique le concours et le soutien de ceux qui sont vulagaires mentalement, mais à cause de la fausse simplification de la vie humaine implicite même dans le meilleur de ses objectifs » (The Claim of Politics). Tâchons tout de même de le faire mentir ! 1

Sur le web

  1. Annexe 1 : Jonathan Haidt et Arnold Kling sur la psychologie des croyances politiques

    À certains égards, la thèse de Kling est une adaptation au domaine politique des idées du philosophe et psychologue social Jonathan Haidt sur la morale dans The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion (2013). Selon ce dernier, les personnes sont prédisposées à envisager les questions morales selon un ou plusieurs axes éthiques :
    loyauté/déloyauté, autorité/subversion, sainteté/dépravation,
    fidélité/trahison, équité/tricherie etc. (Je conseille de voir cette vidéo TED d’un quart d’heure qui vaut le coup !)

    Par ailleurs, Haidt explique que nous avons évolué au cours des millénaires pour développer notre statut au sein de groupes constitués. Un moyen important d’acquérir un statut au sein d’un groupe est de respecter et de défendre ses normes. Or la psychologie cognitive expérimentale nous apprend que nous sommes enclins naturellement à des processus de diabolisation et de mauvaise foi à l’égard des membres des autres tribus. Nous avons ainsi acquis une série de traits sociaux-psychologiques qui ont pour rôle de favoriser notre propre groupe et de l’aider à supplanter les autres. L’un de ces traits est la préférence pour les proches et l’autre est la diabolisation de ceux qui sont en dehors de notre groupe. Nous héritons donc de processus de pensée biaisés car conçus exclusivement pour la survie du groupe auquel nous appartenons. Haidt cite les recherches de Richard Sosis qui a constaté que les communautés religieuses avaient tendance à survivre plus longtemps que les communautés laïques. Haidt en conclut que « demander aux gens de renoncer à toutes les formes d’appartenance sacralisée et vivre dans un monde de croyances purement rationnelles pourrait être comme demander au gens d’abandonner la Terre et d’aller vivre en orbite autour de la Lune ».

    En effet, le sentiment d’appartenance à une tribu, c’est-à-dire à un groupe humain qui partage une même culture fondée essentiellement sur la langue, est un phénomène culturel universel. Il reflète en chaque homme la conscience de son identité et des devoirs liés à cette identité. Le tribalisme en tant qu’affirmation d’une identité culturelle, politique ou religieuse, n’est en rien un vice. Dans ce contexte, les langues agissent comme de puissants ancrages sociaux de notre identité.

    Et au sein d’une tribu, le langage est souvent utilisé pour rassurer les autres sur notre loyauté à leur égard et pour attiser l’hostilité contre les tribus étrangères. Nous avons l’habitude de parler à l’intérieur de notre tribu, dans une langue que les adeptes de notre tribu comprennent. Ainsi toute personne qui peut parler notre langue partage un peu nos valeurs et notre histoire culturelle. En revanche, ceux qui ne parlent pas notre langue sont toujours spontanément identifiés comme une menace pour notre propre tribu.

    Annexe 2 : Facebook et la paranoïa politique, quand chacun met en avant un récit qui accuse l’autre d’un complot.

    Progressistes, conservateurs et libéraux disposent chacun d’un récit dans lequel ils sont les héros et les autres sont les méchants. C’est là que le réflexe tribal devient un danger. Non seulement il conduit à diaboliser les membres des autres tribus par une rhétorique sophistique, mais il conduit également à certaines formes de délires paranoïaques.

    Dans ce modèle à trois axes, la paranoïa consiste à voir son adversaire comme représentant le mal incarné, à l’opposé de notre axe préférentiel. Par exemple, quand un libéral pense que les conservateurs et les progressistes n’ont d’autre but que d’écraser la liberté et d’augmenter la coercition, c’est un libéral paranoïaque. De même, quand un conservateur pense que les progressistes et les libéraux sont en train de démolir la civilisation et de faire advenir la barbarie, c’est un conservateur paranoïaque. Enfin, lorsqu’un progressiste pense que les conservateurs et les libéraux n’agissent que pour aider les oppresseurs à dominer les opprimés, alors c’est un progressiste paranoïaque.

    Or ce type de délires prolifère sur Facebook et je m’interroge de plus en plus sur les effets pervers des réseaux sociaux. Il y a une forte impulsion à réagir immédiatement aux sujets politiques, en impliquant des émotions et des réflexes tribaux plutôt que des raisonnements posés. Le débat s’en trouve considérablement faussé et appauvri, quand il n’est pas tout simplement inexistant. Bien sûr, diaboliser nos adversaires en déformant leurs points de vue est un réflexe aussi vieux que l’humanité, mais Facebook amplifie ce phénomène à l’excès car la communication politique sur les réseaux sociaux est par définition tribale. À chacun d’en prendre conscience pour éviter de tomber dans le piège.

  1. Très bon article.

    Quand j’ai envie de convaincre, j’essaie dans mes discussions avec les « progressistes » de parler leur langage et de faire valoir, données factuelles à l’appui, que la liberté favorise les opprimés au contraire de leurs solutions. Il faut être très habile, ne pas être « identifié » ce qui déclencherait les slogans pavloviens, ne jamais défendre l’indéfendable directement et utiliser les mots clé de l’interlocuteur.

    Le libéral à toutes les armes pour cela : d’abord, les données factuelles qui lui donnent raison, ensuite la même détestation des collusions corporatistes et pour finir les fantasmes de l’interlocuteur sur les libéraux qui les lui rend difficilement identifiables. (j’évite de manger mon chaton quotidien devant eux)

    Le but, c’est de ne pas déclencher les schémas de pensée pré-établis et de « faire voir ce qu’il y a à voir. »

    Sur des forums neutres, au détour d’une discussion, les résultats sont excellents.

  2. Très bon article.

  3. Excellent article, particulièrement concernant la méconnaissance de l’autre et les réflexes tribaux. J’aime aussi à lire des articles Conservateurs et Progressistes tout comme je suis venu au articles Libéraux de CP il y a quelques années.
    Je m’empêche de commenter à la légère. Si je le fais, je prend le temps de construire une pensée, une contribution, favorable ou non, au débat. Moi-même je n’aime pas lire des commentaires courts et dictés par des émotions (ceux qui applaudissent l’auteur ou au contraire le condamne au bûcher).
    Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, de véritable écoute de l’autre, d’empathie. Il est important de connaître ses propres valeurs individuelles et de s’y tenir et d’essayer de comprendre les valeurs d’autrui mais pas nécessairement d’être d’accord, de les comprendre.
    Libéral, Progressiste, Conservateur… Ce sont aussi des indicatifs de votre pensée politique et ne doivent pas être tenu pour une religion, un dogme. Je suis essentiellement Libéral mais avec une grande sensibilité Progressiste et j’ai des préoccupations conservatrices en ce moment. Je refuse de souscrire complètement à un dogme et de dénigrer complètement l’autre. Entre autres sur CP, vous pouvez lire de temps en temps que vous n’êtes pas un Libéral donc un Socialiste. Et ailleurs ce seront d’autres accusations bipartisanes et manichéennes qui fuseront.
    En conclusion, l’essentiel c’est de rester soi dans le respect de l’autre.

  4. Très intéressant, clair et bien écrit.

    J’ai quand-même un doute sur deux affirmations de la théorie présentée:
    1. « les progressistes sont moins préoccupés par l’utopie » – je pense au contraire que l’utopie est au coeur du projet progressiste, ce qui est d’ailleurs un de ses problèmes. Le progressiste imagine comment le monde pourrait être, sans se préoccuper le moins du monde des raisons pour lesquelles il n’est pas comme il voudrait qu’il soit, et se lance dans de grandes mesures destinées à faire advenir cette utopie, avec des résultats le plus souvent catastrophiques…
    2. « Les progressistes ont tendance à vénérer la science » – c’était sans doute vrai avant, quand le progressiste voyait dans la science l’instrument de son utopie (disons jusqu’au début du XXe siècle). Mais les rapports à la science d’une partie des progressistes est en partie conflictuel (voir les OGM par exemple, voire bien plus tôt la « science » de Lyssenko). Quand la science ne donne pas les résultats qu’il veut, le progressiste s’en détache assez aisément….

    Par ailleurs, je me demande si pour réconcilier cette approche avec le diagramme de Nolan, il ne faudrait pas ajouter une quatrième famille, faite de ceux qui sont à la fois antilibéraux économiquement (comme les progressistes) et sur le plan des valeurs (comme les conservateurs). On retrouve dans cette catégorie une partie de l’extrême droite, mais aussi les intégristes religieux. Il est inutile de dire que c’est avec cette famille que les libéraux auront le plus de mal à discuter…

    1. Par « moins préoccupés » je voulais dire, moins inquiets… (normal puisque c’est leur fond de commerce)

    2. Vous marquez un bon point concernant cette quatrième famille. Les Libéraux, Conservateurs, Progressistes définis plus haut jouent plus ou moins le jeu de la démocratie et de la pluralité. Même les Conservateurs et les Progressistes ne sont pas proprement des ennemis de la Liberté, ils en relativisent sa valeur par rapport à d’autres.
      Cette 4e famille, pourrait on l’appeler Totalitarisme, Fascisme, Integrisme ? Oui elle viserait le contrôle de la société par quelques uns. D’un côté ils détiennent la « vérité, le bien » et de l’autre côté les opposants servent « le Mal ».

  5. Communication tribale ? Dans le meilleur des cas… Souvent à deux balles!

  6. Un libéral paranoïaque dans un contexte ultra-minoritaire comme en France est juste lucide. Progressisme et conservatisme, dans leur logique, n’ayant amené que des dictateurs et des totalitarismes…

  7. Intéressante tentative de synthèse et de différenciation de 3 grandes familles politiques : les conservateurs, les progressistes et les libéraux. On peut seulement regretter que les critères de transparence ( marchés, contrats, relations entre les individus) et de responsabilité individuelle (contrepartie à la liberté de chacun) qui sont des caractéristiques dominantes du modèle libéral n’aient pas été développées par l’auteur.

  8. Comme toujours pour les articles de l’auteur, un propos clair et édifiant, au sens premier du terme.
    Dans le monde réel il pourrait nous manquer deux ou trois points essentiels :
    – une réelle bienveillance et ouverture d’esprit de la part des tribues conservatrices et progressistes, et en particulier au niveau de leurs leaders médiatiques;
    – une meilleure culture de nos journalistes et chroniqueurs, qui pourraient conserver leur positionnement étatiste et progressiste tout en tenant compte du paysage politique en 2D tel qu’il est dépeint ici ou via les avatars du diagramme de Nolan;
    – enfin, un porte-parole jeune, médiatique et intelligent qui saurait ouvrir les esprits de tous et faire progresser notre beau pays sans sclérose, sans utopie.
    Dommage que le jeune Macron ait préféré Montaigne a Coppet…

  9. Il y a deux différences fondamentales entre les libéraux/libertariens et les deux autres courants, c’est que nous raisonnons avec des principes, indépendamment des catégories ou des gens concernés.

    1. Nombre de gens à droite raisonnent leur position en fonction de conflits entre groupes, nationaux-étrangers, blancs-noirs, gays-hétéros, croyants-athés, catholiques-musulmans, etc. Ils produisent une essentialisation des groupes et se comportent en discriminateurs : ils traitent différemment les gens membres des autres catégories, pour l’essentiel presque exclusivement en fonction de ces catégories.

    Nombre de gens à gauche raisonnent leur position exactement de la même façon, ce sont juste les catégories concernées qui changent: patron-employé, riche-pauvre, bailleurs-locataire, etc. Ils produisent la même essentialisation des groupes et discriminent tout autant.

    Pour eux, on doit traiter différemment les gens en fonction de leurs catégories, avec des lois spécifiques aux uns ou aux autres, avec des contraintes imposées par la force aux uns et des privilèges donnés aux autres par l’usage de la même force. Chez eux, c’est le règne de la discrimination par la loi, d’où ils veulent par exemple une loi qui affecte différemment les nationaux et les étrangers pour la droite et une loi qui affecte différement les riches et les pauvres pour la gauche.

    Les libéraux/libertariens ne raisonnent pas en tant que membres de catégories, mais raisonnent les personnes en tant qu’individus, et indépendamment de leurs catégories d’appartenances, tous doivent être traités exactement de la même façon. Par exemple, pour nous il n’y a pas de raison de traiter différemment un athée d’un croyant, comme il n’y a pas de raison de traiter différemment un riche d’un pauvre.

    Pour nous, tout le monde doit être soumis à la même loi, et la loi ne doit pas distinguer les gens en fonction de leurs appartenances. Chez nous c’est le règle de l’égalité devant la loi.

    2. La deuxième différence concerne le principe d’organisation de la société. nous comprenons que pour former une société où nous vivons en paix en bons voisins, il convient d’avoir un méta-principe, qui permet de faire abstraction des préférences de chacun, et ce principe c’est la liberté. La société qui en découle c’est une société où chacun est libre de définir ses propres objectifs de vie et de mettre en oeuvre les moyens qu’il juge nécessaire pour tenter d’y arriver, tant qu’il n’empêcher pas les autres de faire de même.

    Nous avons certes des préférences personnelles relativement aux deux autres courants, mais nous comprenons qu’il faut mettre de côté ces préférences, en ce sens qu’elles ne doivent concerner que nous, et ne pas s’imposer aux autres.

    Pour les tenants des deux autres courants, il n’y a pas cette abstraction (réfléchissante dirait Piaget) et projection d’un méta-principe au niveau supérieur. Pour eux, c’est l’égocentrisme intellectuel qui règne: leurs préférences sont celles qui sont bonnes et qui donc doivent être imposées aux autres. Ils ne distinguent absolument pas leurs préférences et les principes qui doivent régir la société. Leurs préférences sont le principe.

    Le cumul de 1 et 2, implique que la conception de l’état que nous avons change radicalement.

    Pour nous, le principe de base c’est celui de l’état de droit, qui veut que l’état soit neutre et aveugle à nos différences individuelles, qu’il s’immisce le moins possible dans nos vies. Sa fonction, tâche régalienne par excellence, c’est d’assurer la protection de chacun contre ceux qui prétendraient empêcher les autres de définir eux-mêmes leur bonheur et de tenter librement d’y aboutir. L’état c’est l’outil qui permet de sortir de l’état de nature et de nous protéger tous de la contrainte exercée par le plus fort.

    Il s’ensuit que pour nous, la politique c’est celle qui correspond grosso modo aux conceptions de la loi et de l’état issue des textes du même nom de Frédéric Bastiat.

    Pour eux, de droite comme de gauche, le principe de base c’est le pouvoir: la société est un rapport de force, où le plus fort impose au plus faible ses préférences et l’asservit à celles-ci. L’état n’est pas l’outil de la sortie de la situation de nature, c’est le lieu de pouvoir sur lequel on doit mettre la main pour faire la loi et bénéficier de l’usage de la force de façon à s’assurer sous la contrainte que les autres font ce qu’on attend d’eux.

    Il s’ensuit que pour eux, la politique c’est celle qui correspond grosso modo à la conception de Karl Schmitt, qui disait d’ailleurs des libéraux qu’ils sont apolitiques.

    A l’arrivée, c’est nous, contrairement à ce que dit le texte qui met les trois courants à égalité, qui nous soucions le plus des autres. Le libéralisme implique de mettre l’individu au centre de la société, de respecter l’individu tel qu’il est ou souhaite être, de respecter ses choix et ses préférences personnelles, l’objectif c’est l’individu et sa liberté de disposer de lui. Les autres courants n’ont aucun respect pour l’individu: l’objectif c’est de le transformer, de force si nécessaire, pour en faire un homme nouveau, correspondant à l’idéal de leurs propres préférences.

    L’altruisme consiste à laisser les autres être différents de ce que nous aimerions qu’ils soient. L’égoïsme consiste à tout ramener à ses propres préférences et à vouloir que les autres y soient conformes. Et ça c’est ce qui fait toute la différence morale entre les trois courants, sans même avoir besoin de parler de la différence d’efficacité et de prospérité que cela implique quand ces différences sont appliquées à l’économie.

    1. Un commentaire aussi riche qu’un article complet : merci.
      Je ne pense pas que l’auteur lette réellement sur un même plan (égalité) les conservateurs, les progressistes et les libéraux. La juxtaposition des trois étaie le raisonnement. Mais effectivement, avec un autre regard les libéraux sont en dehors du contexte qui regroupe plutôt bien les deux autres catégories.
      Battait opposait les libéraux aux socialistes, si j’ai bien compris, dans le sens où les socialistes étaient interventionnistes, étatistes, spoliateurs par essence. Ca n’implique pas que seul le PS soit « socialiste » selon cette vision. LR l’est tout autant, le FN probablement aussi…

    2. Pour aller plus loin dans l’organisation de la société :
      Les libéraux n’auraient aucun problème à ce que certains groupes s’organisent suivant leurs convictions politiques. On pourrait ainsi avoir au sein de la même société des groupes mus par une idéologie socialiste, communiste, écologiste, nationaliste… sur leurs territoires respectifs pour la partie dont ils ont la propriété. Ce serait assez comique de voir en final quel système les individus privilégieraient.
      Eux par contre ne le permettent pas et on voit bien avec les regroupements de collectivités territoriales que le but est de globaliser afin que des systèmes alternatifs concurrents ne puissent se mettre en place (communes vers communauté de communes, régions vers super-régions, pays vers communautés européennes)… la décentralisation en marche arrière.

  10. J’ai un problème avec la terminologie utilisée et me demande si le mot progressiste n’est pas entendu aux USA autrement qu’en Europe. Benjamin Constant n’était-il pas progressiste ? Les libéraux ne sont-ils pas progressistes? Les socialismes et les autres formes de marxismes ne sont-ils pas autoritaires, voire totalitaires et conservateurs, donc non progressistes?

    1. @ Louveigne,

      A vue des résultats économiques et sociaux, c’est effectivement une question qui se peut se poser et à se demander si les socialistes ne sont pas plutôt des régressistes et de se demander si les libéraux ne devraient pas hériter le terme de progressiste.

      D.J

    2. Aux USA les « liberals » sont les progressistes…
      Pour parler de la Gauche, tel qu’on pourrait l’entendre en France. Il y a une branche plutôt Autoritaire, conservatrice, centralisatrice… Il y a une gauche d’avantage progressiste et même à la marge des libéraux de gauche, des libéraux ouvert aux progressistes. Tout comme il y a des libéraux tendance conservateurs d’ailleurs.
      Le socialisme à proprement parlé est d’avantage conservateur, progressiste sur certains points, et peu ou pas libéral. (la liberté individuelle oui mais en dernier et soumis à d’autres valeurs et priorités).

    3. Je dirais que le terme « progressiste » s’inscrit dans l’autoproclamation des concernés qui se voient comme les « forces du progrès », le sens de l’histoire, la marche triomphante vers leur succès et autres synonyme du socialisme, sachant que le « progrès » n’est jamais que d’aller dans leur sens et que toute divergence à ce sujet vous fera traiter de « réactionnaire » (c’est-à-dire qui « réagit » de façon négative au « progrès » qu’ils incarnent) ou de « conservateur » (c’est-à-dire qui choisit « l’immobilisme » face au même « progrès »).

      Les guillemets sont de rigueur parce que la dialectique communiste implique de changer le sens des mots pour se les approprier, surtout lorsqu’ils ont une connotation positive (qui serait assez fou pour rejeter le « progrès » ?) et rejeter les mots négatifs sur les adversaires politiques. Un progressiste réagira ainsi violemment envers quiconque emploie le mot « progrès » dans un autre sens que le sien et objectera instantanément alors qu’il ne s’agit pas de « progrès » mais d’autre chose (un projet ou une variation s’il est poli, une régression si la proposition ne lui sied pas), Mais lui seul connaît, incarne et a le droit de parler de « progrès ».

      Mais leurs haine la plus sauvage est réservée à ceux qui voudraient amener avec autant de verve leur « progrès » dans une autre direction que celle qu’ils entrevoient, c’est-à-dire leurs concurrents d’utopie ; d’où l’animosité assez farouche qui étreint différents groupuscules de gauche lorsqu’ils doivent concrétiser quelque peu leur vision et surtout, la confronter à celles d’autres visionnaires de la même trempe. La guerre civile n’est pas loin.

      Le progrès, c’est bien, et si c’est flou et sonne d’une façon positive, c’est encore mieux.

  11. Le titre « test politique » est affreux, j’ai failli ne pas lire l’article à cause de ça. Alors que l’article est bon. Bon, mais Arnold Kling se plante. Dans les grandes largeur.
    Ce qui distingue le libéralisme et l’humanisme du progressisme et du conservatisme, c’est que le premier quantifie le bien et le mal par les moyens mis en œuvre et en fonction du but visé. Par exemple, la drogue, c’est pourri, en vendre, c’est mal, mais traiter ce problème (qui relève de la santé– privée ! –) par des flic voire des militaires, c’est encore plus mal. De même l’antiraciste qui frappe les racistes est bien pire que le raciste qui se contente de refuser de commercer avec ceux qu’ils deteste
    Je suis progressiste ou conservateur, mais je reste libéral parce que
    1) j’estime que la violence doit rester minimale, graduée, et très contrôlée elle-même ; notamment celle de l’État doit rester un ultime recours, une menace plus qu’une réalité. Quoi que je pense des drogues, des mœurs ou des idées et propos de mon voisin, je n’enverrais pas les flics le « remettre dans le droit chemin » et j’attends de lui la même chose.
    2) j’attache un grand prix à la réalité, et donc à l’exactitude des désignations. Je n’ai rien contre une union homosexuelle, mais il me répugne qu’on la nomme « mariage », et réciproquement je n’ai aucun problème pour désigner par son véritable nom, « fascisme », la doctrine qui fait de l’État l’alpha et l’omega de la vie politique et sociale en France.

    1. Idem sur le titre de l’article et c’est pourquoi je le lis avec une journée de retard, après avoir vu le nombre de commentaires.
      Ce mot « test » n’existe pas dans le titre de l’article d’origine. Il serait pas mal d’ailleurs que CP perde cette habitude de modifier les titres ou de les transformer en question. Le titre fait partie de l’article. Pourquoi ne pas modifier des phrases du texte aussi (je l’ai vu une fois) ?
      _______
      Sinon vous n’êtes pas le premier à refuser le mot « mariage » pour des unions homosexuelles. Je ne sais pas ce que ce mot évoque pour vous pour que vous le rejetiez ainsi. Est-ce parce que cela salit votre propre union, sont-ce les valeurs religieuses qui sont salies ? Ne croyez vous pas plutôt que ce soit l’état qui s’est attribué ce mot et en a fait l’objet de mesures discriminatoires à commencer par la fiscalité ? La mariage est juste un rite qui revêt diverses formes depuis les indiens d’Amazonie jusque dans nos pays développés.

  12. Excellent article

  13. « La plupart du temps, la politique n’est pas pratiquée comme un effort pour changer l’esprit de nos adversaires ou de nos alliés, mais comme un moyen de renforcer notre statut au sein de la tribu. »

    Bien vu ! Tout l’article est intéressant, merci.

  14. S’il y a un message à faire passer en priorité, c’est bien celui la : on n’est ni pour ni contre le conservatisme ou le progressisme. On se sent politiquement (et personnellement) concerné suivant un axe étatisme/liberté qui n’est PAS le centre, c’est à dire le juste milieu dans l’opposition traditionnelle droite-gauche – car comme chacun sait : le juste milieu c’est le trou du c… .

    Il faut donc inviter la grande majorité des gens qui ne se reconnaissent pas dans ces extrêmes et ce système droite/gauche à ne pas croire aux classifications, aux diabolisations (ou au récupérations) du libéralisme par les tenants de l’étatisme, de l’ordre moral ou les révolutionnaires anarcho-boboistes.

  15. Cher Damien, j’ai moi aussi beaucoup aimé.
    Par ailleurs je plussois à l’ensemble du commentaire de Libertarien – normal quand on me connais :-).
    Mais je voudrais compléter par deux remarques de fond.
    – Tout d’abord, les échelles pour les progressistes et les conservateurs telles que décrites ne sont pas objectives, mais des perceptions quasi subjectives. C’est-à-dire qu’elles reposent sur leur vision de ce qu’est l’oppression (ou barbarie) et non de l’oppression véritable qui in fine est identique à la coercition.
    – Ensuite, la thèse de Kling semble reposer sur l’idée d’une croyance politique, même pour les libéraux, ce qui est une erreur d’analyse. En réalité, le libéralisme pur, libertarien, est axiomatique donc tout ce qu’il y a d’empirique et naturel et non purement fantasmé.
    Finalement, je reste sur ma faim et continue de préférer le diagramme de Nolan.

  16. Les conservateurs croit en la faiblesse de l’homme et pas les libéraux?

    Les libéraux croit que l’homme et corruptible mais qu’il peut aussi être bien, pas les conservateurs?

    L’article est clairement orienté, en gros les progressistes serait des gens bon par nature et les conservateurs des aigris, les libéraux aurait juste en plus que les progressistes une meilleur visions des choses.

    Je n’adhère pas du tout.

    Et notez sur le tableau que les trois case de droite son oppresseur, barbarie, Coercition, à gauche: opprimé, civilisation, laissez faire.

    Est ce voulu?

  17. J’aime bien la proposition de Gary Becker mais il faut garder en tête qu’elle est incompatible avec des frontières non gardées, toujours à cause du syndrome du passager clandestin: à quoi bon se soumettre aux règles, aux lois, voire même à un marché des droits à immigrer, s’il suffit de s’imposer directement sans la moindre autorisation pour bénéficier de tout?

    Toute tentative un tant soit peu cohérente d’une politique d’immigration (c’est-à-dire tout ce qui dépasse l’anarchie) implique des frontières gardées. On peut discuter longuement des points de passage, des critères d’entrée, des droits de nouveaux venus à les franchir, etc. mais s’il n’y a pas de murs entre les portes ça ne mène pas très loin.

    1. De tous temps les frontières ont servi à délimiter les limites d’un pays et elles étaient défendues par des groupes armés face aux envahisseurs.
      Mais elles n’ont jamais eu pour rôle de limiter la circulation des personnes. Les douanes avaient et ont uniquement pour but de prélever un impôt sur les marchandises. Ce n’est que très récemment que l’on empêche les personnes de circuler.

      1. Ahhh, le fantasme de la liberté de circulation. Sam player (chut again?) la liberté de circuler est désirable bien sûr, mais elle est forcément conditionnée par la liberté du propriétaire du sol (route, terrain ou communauté ou ville) de vous y accorder (ou non) le passage.

        1. C’est vous qui êtes dans le fantasme d’un possible. Il n’y a pas eu besoin de politique d’immigration tant qu’il n’y avait pas d’aides.
          Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de 1789 que les frontières sont bien dessinées, avant la frontière était un flou artistique où se mélangeaient les droits et les coutumes, après on est français d’un coté, étranger de l’autre. La nationalisme est né en Europe de cette époque des guerres napoléoniennes. 3/4 des italiens qui étaient venus travailler en france dans la deuxième moitié du XIXème siècle sont rentrés chez eux avant WWI.

          1. Qui parle de frontières, nationalité ou de « chez eux » ? Encore moins de « politique d’immigration », ce qui suppose un état coercitif (à moins que ce soit la politique d’un village, comme en Suisse, mais ce n’est pas ce que je lis). Pas moi, vous. Je vous parle de la seule chose qui ait un sens : la propriété privée, le chez soi de chacun de nous, pas d’un pays – qui est un concept sans substance. Le concept d’immigration et de liberté de circulation doit être remis en perspective de la structure d’une société libre, qui est/sera faite de micro communautés privées. Chute again ?

            1. Les frontières et les nationalités existent, j’en parle. Je ne me réfugie pas dans des théories fumeuses que vous prenez bien garde de ne pas aborder dans le détail.
              Vous parlez d’un fantasme de la liberté de circulation alors qu’historiquement cela existait et ne posait aucun problème et ce n’était donc pas un fantasme.
              La liberté de circuler fait partie de la liberté économique.
              La privatisation des moyens de communication est certes désirable mais c’est une utopie. Si je dois aller de A vers C en passant par B, quelle est la légitimité de B de m’empêcher de passer. Certes vous pourriez opposer que ce n’est peut-être pas son intérêt car ma communauté C pourrait prendre les mêmes mesures de rétorsions mais il n’empêche que le risque existe…Faut-il payer pour rentrer chez soi ?

              Autant je crois à la privatisation de ce que l’on appelle des espaces publics au sein des villes ou communes (avec une copropriété des rues, places etc…), autant j’ai beaucoup de mal à m’imaginer celle des principales voies de communication… et pourtant j’ai beaucoup lu là dessus.
              Éclairez moi !

  18. Tout à fait : l’ouverture des frontières est une coercition. Cf. Hans-Hermann Hoppe : http://ac.matra.free.fr/FB/20100803%20hopper.pdf

    Introduction :
    « En particulier, je démontrerai que le libre échange et l’immigration contrôlée sont non seulement des positions parfaitement cohérentes mais même qu’elles sont des politiques qui se renforcent mutuellement. Ce qui veut dire que ce ne sont pas les avocats du libre échange et d’une immigration limitée qui sont dans l’erreur, mais les adeptes du libre échange et de la libre immigration. »

    1. Le 3ème paramètre (état providence) est complètement passé sous silence dans votre extrait. Il est développé incidemment dans votre doc mais uniquement avec ce paramètre à 1 en lien avec le protectionnisme.

      Libre échange + immigration libre sans état providence : ce cas n’est pas abordé.

      Sinon j’ai du mal à comprendre comme Hans-Hermann Hoppe a pu écrire cela en étant pour une pure société privée alors qu’une telle société n’aurait pas de politique d’immigration autre que celle des individus.

      « Le dépérissement de l’État, et avec lui la fin de l’exploitation et le début de la liberté, ainsi que d’une prospérité économique inouïe, impliquent l’avènement d’une société de pure propriété privée sans autre régulation que celle du droit privé. »
      — Hans-Hermann Hoppe

      1. En fait ce point est abordé mais rejeté sans dire clairement en quoi cette idée est erronée :

        « Comme l’immigration totalement libre doit être considérée comme conduisant au suicide national, la position typique des libre-échangistes est l’immigration libre conditionnelle. D’après cette idée, les États-Unis et la Suisse devraient d’abord revenir au libre échange total et abolir tous les programmes sociaux financés par les impôts, et alors seulement ils pourraient ouvrir leurs frontières à tous ceux qui voudraient venir. Dans l’intervalle, quand l’Etat-providence est encore en place, l’immigration devrait être sujette à la condition que les immigrants soient exclus des droits aux mesures sociales.
        Bien que l’erreur de cette idée soit moins évidente et les conséquences moins dramatiques que celles associées à l’immigration libre inconditionnelle, ce point de vue est néanmoins erroné et dommageable. Il est certain que la pression de l’immigration sur la Suisse et les États-Unis serait réduite si l’on suivait cette proposition, mais elle ne disparaîtrait pas………….. « 

        1. Ceci est détaillé dans un autre article de Hans-Hermann Hoppe : « Free Immigration or Forced Integration? » (Chronicles, 1995), qui répond mieux à la question que celui que j’ai cité en effet.

          Traduction disponible ici : http://www.hanshoppe.com/wp-content/uploads/publications/Immigration.pdf

          PS : Désolé, j’avais des pbs avec le site sur firefox, donc mes réponses ne sont pas en-dessous des votres.

          1. En gros, Hans Hermann Hoppe note les deux défauts de l’agumentation en défaveur d’une immigration « libre » sans État-providence, dont le principal est le suivant : les immigrants n’arrivent pas sur un espace vierge.

            Pour la suite de l’argumentation voir l’article en question : http://www.hanshoppe.com/wp-content/uploads/publications/Immigration.pdf

          2. Oui super bien cette étude de cas. Merci. Clair et net.

            1. Hoppe est un auteur libéral très intéressant : pour en lire plus, voir http://www.hanshoppe.com/publications/

      2. @Sam Player

        1/ L’article de Hoppe s’intéresse au contraire à la légitimité d’une « immigration libre » y compris en l’absence d’état providence, ie. dans une société libre. Vous devriez lire l’article : il part du société sans État pour en conclure que l’immigration libre est injuste.

        2/ Cet article est bien de Hoppe contrairement à ce que vous insinuez. Voici la référence exacte :
        « The Case for Free Trade and Restricted Immigration », Journal of Libertarian Studies, Vol 13, n°2, Summer, pp. 221–233 (d’après Wikibéral)
        L’article est aussi repris dans un de ses ouvrages, Democracy the God that failed, il me semble (mais c’est à vérifier).

        1. 2/ oui je l’avais trouvé en VO. Merci. Je garde.
          L’article de 1995 est plus clair mais même s’il est basé sur une théorie « utopique » il serait réaliste d’en appliquer le principe comme il dit « tel que a se passait au Moyen Age ».
          J’ai l’impression que dans l’article de 1998 (celui que vous aviez cité en premier au début), il ne semble pas croire que la suppression des aides sociales (exemple Suisse et USA) soient possibles et verse donc dans un contrôle de l’immigration pour corriger le problème de l’appel d’air.

          1. Je vous en prie 🙂

            L’article de 1995 pose les bases, mais celui de 1998 ne le contredit pas non plus me semble-t-il : cf. notamment le paragraphe « le modèle anarcho-capitaliste ». J’eus été en fait mieux inspiré de citer la conclusion de l’article qui est la suivante :

            « Le but de cet essai était non seulement de soutenir la privatisation du domaine public, le
            laissez-faire intérieur, et le libre échange international, mais aussi en particulier l’adoption
            d’une politique d’immigration restrictive. En démontrant que le libre échange est incompatible
            avec une immigration libre (inconditionnelle ou conditionnelle), et qu’il réclame à la place que
            les migrations soient soumises à la condition d’être invitées et contractuelles, nous espérons
            avoir contribué à éclairer les politiques futures dans ce domaine. »

  19. @Sam Player

    1/ L’article de Hoppe s’intéresse au contraire à la légitimité d’une « immigration libre » y compris en l’absence d’état providence, ie. dans une société libre. Vous devriez lire l’article : il part du société sans État pour en conclure que l’immigration libre est injuste.

    2/ Cet article est bien de Hoppe contrairement à ce que vous insinuez. Voici la référence exacte :
    « The Case for Free Trade and Restricted Immigration », Journal of Libertarian Studies, Vol 13, n°2, Summer, pp. 221–233 (d’après Wikibéral)
    L’article est aussi repris dans un de ses ouvrages, Democracy the God that failed, il me semble (mais c’est à vérifier).

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