Crise bancaire en Chine : la faute du capitalisme, vraiment ?

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Économie générale

Par Guillaume Nicoulaud.

Crise bancaire en Chine, la faute à qui ?

G&R_Bank of China Building, Hong Kong(CC BY 2.0)

 

Les cinq plus grandes banques chinoises sont, par actifs totaux décroissants, la Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), la China Construction Bank (CCB), la Agricultural Bank of China (ABC), la Bank of China (BOC) et la Bank of Communications (BoCOM). Selon les données de KPMH, ces cinq banques pèsent à elles seules 56% du secteur bancaire chinois en terme d’actifs — 75 trillions de yuans contre 60 trillions pour les 145 suivantes — et ont accordé 60% des prêts, toutes natures confondues, de l’empire du milieu — 40.5 trillions de yuans sur un total de 67.5.

Pourquoi une crise bancaire en Chine ?

Si je vous parle de ces cinq banques, c’est pour deux raisons. La première, c’est que depuis quelques années, la Chine vole de bulle spéculative en bulle spéculative. En 2014, pour faire simple, c’était sur les actions achetées avec effet de levier à Shanghai et Shenzhen ; en 2015, c’était l’immobilier à Shanghai mais surtout à Shenzhen. Bref, voilà quelques années qu’on observe des flambées de prix totalement ahurissantes ; flambées alimentées par du crédit et qui se terminent systématiquement par des crashs spectaculaires. C’est le scénario, en version chinoise, de ce que nous avons appelé successivement la « bulle internet » puis la « crise des subprimes » ou, plus généralement, les crises du capitalisme. Lesquelles crises sont réputées être les conséquences du libéralisme, de la mondialisation, de la dérégulation etc…

C’est-à-dire que, si j’ai bien compris la théorie dominante qui est censée nous expliquer la crise actuelle, nous devons en conclure que les banques, parce qu’elles ont été dérégulées, font absolument n’importe quoi, toutes en même temps, pour augmenter leurs profits ; ce qui entraîne des bulles, des crashs et des récessions.

Sauf que voilà, et c’est la deuxième raison qui me pousse à vous en parler : il se trouve que les cinq grandes banques que je viens de citer, celles qui contrôlent l’essentiel du marché et accordent l’écrasante majorité des prêts, sont contrôlées par l’État. Que ce soit via Central Huijin, l’équivalent chinois de l’Agence des participations de l’État, ou via le ministère des finances, Pékin détient la majorité absolue du capital de chacune de ces institutions sauf dans le cas de la plus petite — BoCOM — où l’emprise publique se contente d’être majoritaire avec 30% du capital.

Et ça ne s’arrête pas là !

Et encore, je ne m’arrête ici qu’aux plus grosses. En réalité, si vous étendez l’analyse à l’ensemble du secteur bancaire de l’Empire du Milieu, vous vous apercevrez qu’entre les prises de participation plus ou moins directes, les « banques commerciales rurales » et les « banques commerciales urbaines », c’est l’ensemble du secteur bancaire chinois qui est massivement placé sous contrôle public.

C’est-à-dire que ces bulles à répétition, impulsées par la politique monétaire de la People’s Bank of China sont relayées par un secteur bancaire qui est à peu près aussi « dérégulé » que la SNCF ou Areva chez nous. Sachant cela, je vous laisse regarder le film tranquillement et en tirer les conséquences qui s’imposent.

Sur le web

  1. Entièrement d’accord. Si les banques étaient privées dans un environnement capitalistes elles seraient déjà en faillite, les bulles auraient éclaté et l’économie, après une belle purge, pourrait se reconstruire sur des bases plus saines.

    1. On peut aussi supposer que dans un monde non regule, toutes les banques n’auraient pas pris toutes les memes risques en meme temps et que donc la crise aurait ete moins prononcee.

  2. On peut également supposer qu’aucune banque, en 2016, n’est réellement libérale…..

    Le problème est d’avoir fait de l’argent un produit de marché comme les autres, et bien que tous les faits viennent contredire ce postulat, nombreux sont ceux qui s’y obstinent.

    Selon Max Weber:
    « l’élément décisif est toujours qu’un calcul du capital soit effectué en termes monétaires, que ce soit sous la forme moderne de livres de comptes, ou sous tout autre forme, aussi primitive et rudimentaire soit-elle. Au départ d’une entreprise, on dresse un bilan initial ; mais c’est également le cas avant chaque action ponctuelle : on procède à un calcul ; de même lors du contrôle et de la vérification de la pertinence de l’opération, on procède à un nouveau calcul ; de la même manière à l’achèvement de l’opération, et afin d’établir le profit dégagé, on procède à un bilan final »

    « Or, aussi loin que les documents économiques remontent, on trouve dans toutes les civilisations du monde un ‘capitalisme’, entendu dans ce sens, et des opérations ‘capitalistes’, même si le calcul du capital y est d’une rationalisation assez médiocre. C’est le cas de la Chine, de l’Inde, de Babylone, de l’Egypte, de l’Antiquité méditerranéenne, du Moyen Age comme de l’époque moderne. »

    Il n’ y a donc pas de faute DU capitalisme ( lequel d’ailleurs), mais de la valeur monétaire considérée comme un « produit » en soi, et dont la « production » n’est pas soumise à de quelconques lois du réel : le terme « argent  » est devenu un pur produit nominaliste, loin du principe de raison suffisante.

    Le capitalisme le plus ultralibéral comme le plus étatiste ne peuvent échapper à cette fiction devenue dangereuse; il n’ y a pas de crises financières, il n’ y qu’une déconnexion devenue délirante

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