OGM : politiser la recherche nous fait dangereusement régresser

Publié Par Marcel Kuntz, le dans Environnement

Par Marcel Kuntz.

Manifestation anti OGM

Manifestation anti OGM (Crédits : alter1fo, CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

La sélection des plantes est apparue au Néolithique avec l’invention de l’agriculture. Cette amélioration des plantes pour des besoins agricoles s’est professionnalisée au XXème siècle, avec une part croissante dans cette activité d’entreprises privées.

Intimement liée au développement de l’agriculture moderne (productive), l’amélioration des plantes a contribué à l’augmentation des rendements. Les bénéfices sociétaux induits ont été largement oubliés par la société (les débats se focalisant souvent sur les inconvénients).

Comme d’autres industries, les entreprises semencières ont des ennemis politiques – déterminés à les détruire – qui ont su former une coalition, certes hétéroclite, mais qui a valorisé sa vision de l’agriculture à la faveur des peurs alimentaires, en affichant des « valeurs » et en convoquant des mythes de l’Antiquité, comme David contre Goliath.

Agriculture en crise

Le débat récent sur l’agriculture française « en crise » a fait surgir la question de l’accumulation de normes et de réglementations. Les biotechnologies ne font pas exception et un nouvel objet juridique, appelé OGM, a ainsi été créé par une Directive européenne en 1990. La réglementation européenne cible la méthode d’obtention du produit (la technique de transgénèse) et non pas les propriétés dudit produit. Cette déconnexion de la réalité technique a contribué à la diabolisation des OGM, entreprise par leurs opposants à la faveur de la crise de la « vache folle ».

De plus cette réglementation européenne s’appuie explicitement sur le concept de « naturel ». Ce concept est ici d’autant plus critiquable que des recherches récentes ont révélé que la patate douce est naturellement transgénique.

Cette référence et cette déférence contemporaine à la Nature se retrouve également dans des concepts d’agronomie, tel que l’agroécologie par exemple, qui est souvent imprégnée de visions du monde très différentes et quelquefois restrictives (sans OGM, sans pesticides, etc.). Pourtant l’agriculture a besoin de toutes les roues du tracteur

Fort de leurs succès médiatique et politique, les opposants à l’industrie semencière ont pu systématiquement détruire la recherche visant à développer des OGM en Europe, y compris la recherche publique, y compris celle se proposant d’évaluer les risques. Une nouvelle phase s’est ouverte à partir de 2011 avec l’intrusion dans des laboratoires de recherche. Face à ces intimidations, force est de constater que l’INRA n’a pas développé de stratégie de résistance appropriée. À sa décharge, les opposants bénéficient de soutiens politiques importants.

Comme l’INRA, le CNRS est influencé par l’idéologie dominante postmoderne dans son approche des « controverses » créées par les opposants. Ainsi, dans cette idéologie, déclinée ici en science, mais à l’œuvre plus largement, distinguer ce qui est vrai et ce qui est faux n’est plus primordial. Le CNRS se contente ainsi d’« orchestrer les différents points de vues » sur les OGM, qui pour « faire démocratique » doivent être « contradictoires ».

Sur le web

  1. Dès l’instant où on introduit « un principe de précaution » dans la constitution, il ne faut pas s’étonner des conséquences sur des pans entier de la recherche, donc de l’industrie. Exemple le gaz de schiste. Que l’on interdise le moindre essai est contre productif. S’il se révèle négatif, on arrête et on en parle plus mais qu’au moins on sache ce qu’il en est sur « le procédé » qui va bien, ou pas. Heureusement que Pasteur n’avait pas ce genre de boulet à traîner quand il a mis au point son vaccin contre la rage.

    1. @ JCML

      Je ne suis pas « expert » mais je ne suis pas sûr qu’il faille faire des essais sur le gaz de schiste. Les expériences ont déjà été faites ailleurs et actuellement, non seulement des firmes produisant selon cette méthode sont en faillite aux U.S.A.(à cause du prix du pétrole) mais on aurait montré que de toute façon, la production américaine transportée ici restera moins chère qu’une production Française, pour des raisons essentiellement géographiques et démographiques (occupation des sols). D’autant plus que les conséquences à plus long terme ne sont pas encore connues (fracturation des sols et contamination de nappes phréatiques).

      Par contre, la globalisation des « O.G.M. » en une entité unique n’a aucun sens: il a été suspecté que de toutes les créations de Monsanto, seules les plus rentables (pour la firme) aient été brevetées et développées commercialement, ce qui justifiait déjà que l’Europe se lance dans la course au moins au niveau de la recherche, sabotée bêtement par les « faucheurs », ce que je trouve très dommage vu que maintenant, à cause des subsides, des agriculteurs ont intérêt à vendre leurs moissons pour faire du biocarburant et à acheter à bas prix des céréales O.G.M. importées pour engraisser les animaux, ce qui me paraît un contre-sens total.

  2. cette haine de l’OGM n’a aucun sens . pour affamer la population on ne s’y prendrait pas autrement !, on bloque les progrès techniques et on pousse au maximum la démographie..par exemple en encourageant l’immigration…….ceci fait , l’Europe aura besoin d’un sauveur…transatlantique .

    1. Pour affamer la population, il suffit de rendre payant toute « amélioration » en s’appropriant le vivant.

      1. Bonjour Jeans
        La question des brevets sur les semences et leur inscription sur le catalogue générale est une vraie question.
        L’activisme anti-OGM est par contre une attitude obscurantisme.
        Toute manipulation génétique est considérée comme relevant du mal.

        1. C’est d’ailleurs en tuant la concurrence que les activistes ont laissé le champ libre 🙂 aux gros monopoles breveteurs de semences.

        2. Il conviendrait, en tout cas, que si brevet il y a (aux U.S.A., c’est fait!), ce soit avec un terme assez court, comme pour les médicaments, afin que des firmes de « génériques » bon marché voient rapidement le jour: le problème est moins occidental que celui de l’élimination de la faim dans le monde.

          On sait qu’en Afrique, il y a un mouvement de révolte chez les paysans qui en utilisant les semences O.G.M. plus productives se retrouvent condamnés à un achat annuel de semences qui grève excessivement, évidemment, leur bénéfice et les poussent à retourner vers leurs semences locales prélevées sur la récolte et adaptées avec le temps, par sélection, à l’environnement (sol et climat, surtout) mais sans doute moins productives. Ils sont donc, une fois de plus, exclus du bénéfice de ce progrès et donc de développement.

          Difficile, après ça, de râler qu’ils viennent chez nous pour manger dans notre assiette, façon de parler! (Sans compter la question de savoir ce que va faire la Chine, de plus en plus présente en Afrique pour y faire son marché. Et demain, son potager? Je suppose qu’ils ont bien retenu la leçon japonaise qui a, après la guerre, dans les années 50 et 60, « tué » la photographie et l’optique allemande – entre autres – en copiant sa technique pour fabriquer dans la suite les meilleurs endoscopes puis a continué avec Toyota jusqu’à créer la première hybride. La Chine pourrait décider de ne pas se plier aux brevets: qui pourrait l’en empêcher, l’O.M.C.? Rappelons-nous la copie russe du Concorde!)

          1. C’est qui  » on  » ? ( on sait qu’en Afrique ….) . Le raisonnement ne tient pas car les semences OGM sont plus chères mais au final il y a plus de bénéfices ; c’est ce qui compte. La difficulté est d’amorcer la pompe : pour cela il faut qu’une banque prête de l’argent à un taux raisonnable ( c’est un problème en Inde pour les très pauvres). Dans certains pays d’Afrique Monsanto a donné les semences la première année ( Malawi) et les agriculteurs ne sont pas prêts à revenir en arrière. Leurs semences locales ne peuvent pas être adaptées car il n’y a (pratiquement) pas de généticiens en Afrique! Seules le multinationales sont capables de sortir l’Afrique du désastre danslequel elle est.

          2. C’est le principe du semencier qui existait avant les OGM. Amener les semences hybrides de génération F1 au bon moment pour une récolte beaucoup plus productive, la génération F2 perdant le bénéfice de l’hybridation et pendant 70 ans au moins les paysans ont acheté leurs semences F1 aux semenciers car c’était plus rentable.
            Je ne connait pas les résultats en Afrique mais en Inde l’extension de l’utilisation des OGM s’est faite rapidement grâce aux bons résultats et à un enrichissement qui ne leur posait pas de problème pour gagner bcp mieux leur vie et racheter des semences OGM.

      2. un OGM est une création artistique et donc elle a un copyright….mais , il n’y a pas qu’un artiste ni une seule création possible..l’appropriation du vivant est un faux problème , par contre l’interdiction d’exercer son art……..

        1. @ reactitude

          C’est exactement ça: empêcher des chercheurs de faire leur boulot pour des peurs irraisonnées, en tout cas tant qu’il s’agit de recherche sur « échantillon » qui DEVAIT passer en « pleine terre » pour constater les conséquences alentour. La trouille devant l’apprenti sorcier.

          « Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-la? »: chantait l’autre!

      3. C’est déjà le cas depuis les progrès agricoles de la hollande repris ensuite en Angleterre ( 18 eme), depuis cette « privatisation » non pas du vivant mais du travail sur le vivant à progressivement permis de nourrir toute la population de la planète et mêmes de passer de l’alimentaire à une meilleure qualité de vie .
        Je sais c’est lent et la vie et courte. Posez une réclamation à dieu si vous le rencontrez.

      4. Jeans, pour sûr la lutte contre la famine a été le résultat du tout gratuit dans l’amélioration du vivant.
        D’ailleurs je suis sûr que vous travaillez gratuitement pour votre patron qui ne peut que se réjouir de vos capacités à innover et améliorer.

  3. L’avis scientifique doit être totalement indépendant de la politique, aux politiques ensuite de prendre leur décision en toute responsabilité devant le citoyen.
    Par lâcheté les politiques ont voulu peser en amont sur l’avis scientifique en intégrant dans les instances censées donner un avis scientifique des personnes non qualifiées ni compétentes dans ce domaine.
    Pour mieux faire passer la pilule ils ont mélanger dans une mayonnaise indigeste avis scientifique et sociétal, comme par exemple dans le Haut Conseil des Biotechnologies.
    Quand ce n’est pas carrément donné, in fine, le pouvoir scientifique à des politiques déguisés en scientifiques.

    Les scientifiques ne doivent plus tolérer cette intrusion du pouvoir politique dans leur avis, il faut rétablir l’indépendance de l’avis scientifique.

    1. Ca n’est pas par lâcheté, mais par calcul politicien, ce qui ne laisse aucune chance aux scientifiques de retrouver leur indépendance.

      1. L’un n’empêche pas l’autre.

  4. Sur le climat, les ogm, les pesticides, les gaz de schiste, on n’est absolument plus dans la science et le rationnel, mais dans le fetichisme, les peurs millénaires, la religion ou la religiosité, le sectarisme. Quand on considère l’emprise de l’islam actuellement ( c’est la plus active des religions monothéistes pour l’instant), il y a de quoi être bouleversé par le monde quon nous prépare. La classe politique, de tous bords, est responsable, par lâcheté, opportunisme politique, petits calculs.
    Remettre la tête des citoyens a l’endroit (réfléchir sainement aux questions qui se posent) devient le problème majeur de notre temps.

    1. Sectarisme, peut-être! Religion, je n’ai pas souvenir que les religions condamnent les O.G.M. même si des créationnistes nient le Darwinisme. Mais tant qu’on ne manipule pas l’A.D.N. de l’homme (ce qui ne va peut-être pas tarder à arriver), il n’y a pas de réaction négative. Dans la mesure où des OGM pourraient sauver des populations de la faim, il y a peu de chances qu’une des grandes religions s’y oppose!

      1. Lisez le traité d’atheologie de Michel Onfray (une sorte d’histoire des 3 religions monothéistes).

  5. L’opposition virulente aux OGM, en général d’autant plus virulente que l’opposant n’y connait rien en biologie, illustre parfaitement la naïveté de pans entiers de la population qui se laisse manipuler par des charlatans aux objectifs inavouables en utilisant des faux prétextes assaisonnés de statistiques douteuses. Quant au fameux principe de précaution, manipulable et déformable à volonté, il n’est qu’un paravent qui cache un manque de décision ou la recherche d’un consensus mou dénué de tout fondement scientifique.

  6. La « Declaration Universelle du Droit des Espèces Vivantes »
    – interdit de manger tout être vivant à l’exception de la salade frisée.
    – ouvre le droit au mariage entre mammifères, légumes et fruits.

    1. Dominique Bourg a de la concurrence ☺

  7. Les politiques devraient avoir le courage d’interdire le blé tendre ( avec lequel on fait du pain) puisqu’il s’agit d’une plante hexaploide transgénique (génôme de 3 espèces différentes!) puisqu’ils prétendent qu’il y a danger.
    Il faudrait aussi arrêter d’importer du soja transgénique et il n’y aurait alors plus d’élevage en Europe!!
    Les dirigeants INRA-CNRS portent une très lourde responsabilité historique car c’était à eux ce faire de la pédagogie au lieu de se plier à une poignée ( au début ) de décroissants alter mondialistes.Quand les patrons d’instituts de recherche de milliers de personnes ne savent plus  » vendre  » les technologies on peut comprendre que la moitié des chercheurs européens travaillent … aux USA!!! ( et ce ne sont pas les moins bons). Madame Guillou ( ex patronne INRA, institut de 10 000 personnes ) préféraient embaucher des sociologues pour comprendre pourquoi les agriculteurs étaient  » addict  » aux pesticides plutôt que d’embaucher des spécialistes de la transgénèse.Elle a détourné l’argent de nos impôts pour faire plaisir aux idéologues écolo-gauchistes.

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