Élections en Irlande : la pagaille

Publié Par Trop Libre, le dans International

Par Bastien Cueff.
Un article de Trop Libre

 

À la fin du mois de février les Irlandais ont voté pour élire les nouveaux membres du Sénat : le Dail Eirean. À la sortie des urnes, les résultats sont surprenants et contrastés. La formation d’un nouveau gouvernement s’avère être un exercice difficile.

Le gouvernement rejeté

L’ancien gouvernement de coalition emmené par Enda Kenny (Fine Gael) a mené une campagne laborieuse. En effet, l’argument martelé par les partis du gouvernement (Labour et Fine Gael) a été l’absence de politique alternative à celle précédemment mise en place. Le gouvernement menait la bonne politique et ceux qui voulaient s’en écarter étaient des démagogues. Si dans les chiffres, la situation peut facilement se vérifier, dans les faits elle est plus complexe. L’Irlande a connu avec la crise des problèmes de dette conséquents. Placés sous quasi tutelle européenne, les dirigeants irlandais ont appliqué le remède de la Troïka (BCE, Commission Européenne, FMI). Le gouvernement irlandais a perdu la face devant l’Europe en promettant durant la campagne précédente de négocier des termes moins âpres pour les Irlandais. Mais le gouvernement s’est rapidement plié aux exigences de Bruxelles. Les Irlandais ont réagi par orgueil et ont sanctionné le gouvernement en conséquence durant cette élection.

Un échiquier politique éclaté

En une élection, le Labour est passé du statut de parti de gouvernement à celui de parti mineur. Il ne représente aujourd’hui plus que 6,6% des sièges du Sénat irlandais alors que le Fine Gael (libéral conservateur) qui était également au gouvernement se maintient avec 25,5% des sièges. L’autre parti majeur, le Fianna Fail (conservateur) comptabilise 24,3% des sièges. C’est un score historiquement bas pour le Labour qui ne possède plus que six sièges au Sénat, soit un siège de plus que l’Alliance Anti-Austérité (AAA). L’échec du Labour est en partie dû à des arguments vieillissants et un parti qui ne se renouvelle pas.

C’est également la première fois que les deux principaux partis irlandais, le Fine Gael et Fianna Fail, rassemblent moins de 50% des voix à eux deux alors qu’en 2007 ils réunissaient 67% des suffrages. Cette élection a réellement fait ressortir un éclatement inédit des votes. Aucun des partis n’a dominé les autres. Les leaders politiques ont éprouvé des difficultés à mobiliser et créer une dynamique autour d’eux. L’absence de réelle politique alternative a forcé les électeurs à considérer les hommes plus que les idées.

Le remède européen est mal vu par le peuple

Le gouvernement de coalition a appliqué la politique de la Troïka après la crise. Et cette politique a fonctionné puisque le chômage a chuté de 15% en 2012 à 8,5% en 2015. L’Irlande affiche un dynamisme économique et une croissance insolente de 6,9% en 20151. La politique fiscale extrêmement attractive pour les entreprises a permis de faire redémarrer l’économie. Pour autant les Irlandais n’ont pas le sentiment de tirer profit de cette croissance. Une crise immobilière guette le pays et la réforme du système de gestion des eaux est venu frapper les porte-monnaies. Jusqu’à il y a peu, l’eau courante n’était pas payante en Irlande, ce qui constitue une dépense nouvelle à gérer pour les ménages. Pourtant, la consommation est à un niveau inédit de sa croissance avec 3,6%  l’année dernière, et un maximum atteint de 8% sur certaines périodes.

Finalement la création du nouveau gouvernement s’annonce difficile, les tractations font état d’un possible gouvernement minoritaire puisque le Finna Fail et le Fine Gael ne parviennent pas à s’entendre. Historiquement ces deux partis ne se sont jamais accordés depuis le traité avec la Grande-Bretagne dans les années 1920. Il faudra composer avec de nouveaux acteurs et un parti nationaliste (Sinn Fein) fort qui gagne 9 sièges de plus qu’en 2011. Il est aujourd’hui le troisième parti du Sénat avec 23 sièges.

Sur le web

  1. The Irish Times du 11 mars 2016.
  1. le problême reste le même partout ou est appliqué la politique de la troïka ; chomage en baisse , croissance en hausse , mais les populations les moins riches ne voient rien venir en ce qui concerne leur porte monnaie ;

    1. Je me permets de remettre un de mes commentaires que j’ai mis, il y a quelques semaines et qui explique les raisons de ce vote:

      Un passage dans la libre est très intéressant:
      « Nous avons enregistré ces deux dernières années une croissance de 6 % à 7 %, ce que je pensais ne jamais revoir de mon vivant », explique John O’Hagan, professeur d’économie à l’université Trinity College.
      « La réaction des gens est compréhensible mais ils ne comparent pas leur niveau de vie actuel à leur situation en 2011, lorsque la coalition entre Fine Gael (de centre droit) et le Parti travailliste s’est installée; ils ont gardés en tête leur vie au sommet de la bulle. D’où leur mécontentement partiel. Ne nous trompons pas : les inégalités se sont réduites pendant le boom des années 2000 mais il est difficile d’expliquer aux gens qu’on leur avait trop donné par rapport aux capacités réelles du pays et qu’il faut donc revenir un peu en arrière. »
      En savoir plus sur http://www.contrepoints.org/2016/02/26/240548-elections-en-irlande-le-secret-du-succes-economique#mJFXiVkaDViywyjg.99

    2. Le problème principal réside dans le fait qu’en Irlande, les gens avaient un niveau de vie au dessus de leurs moyens (et c’est le cas pour les autres pays ayant pratiqué l’austérité). C’est triste à dire mais les gens ont eu un niveau de vie qui n’aurait jamais dû avoir.
      C’est assez logique: quand on vit au dessus de ses moyens vient un moment où la situation est intenable (car surendettement) et où on est obligé de baisser son niveau de vie. ‘est cela qui s’est passé en Irlande et dans les autres pays ayant pratiqué l’austérité.
      Le vrai coupable n’est pas tant l’austérité que la politique mené avant (surendettement) qui a conduit à cette situation.
      Pour vous donner une idée, en 2010, le déficit publique était de 32 % en Irlande contre 1,5% du PIB aujourd’hui.

      Quand l’on vit au dessus de ses moyens et que l’on est surendetté, on est obligé de diminuer son train de vie c’est de la simple logique.
      La récession n’est pas provoquée par l’austérité mais par ce qui a déclenché le besoin d’un plan d’austérité, c’est à dire l’atteinte des limites de l’endettement, qu’il soit public ou privé, tolérable par le système. La récession n’est qu’un réajustement désagréable mais nécessaire des économies pour purger de trop grandes erreurs commises par le passé. Lorsque une nation s’est trop endettée, tôt ou tard, elle doit purger son surendettement. Le plan d’austérité n’est pas la cause du recul de la croissance qui s’ensuit mais la condition absolument nécessaire du redémarrage ultérieur.

  2. A noter que c’est surtout le part travailliste qui a pâti des élections. Le Fine Gael a certes baissé mais il ne faut pas oublié qu’il avait fait un score très haut en 2011 où il avait récolté des voix du Fianna Fail compte tenu de l’impopularité de ce parti considéré comme responsable de la crise. Le Fianna Fail a récupéré une partie des voix qui étaient allé au Fine Gael après son passage dans l’opposition

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