Attentats de Bruxelles : la bien-pensance mode Cavada

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Europe

Par Éric Verhaeghe.

Jean-Marie Cavada crédits Actuallité (CC BY-SA 2.0)

Jean-Marie Cavada crédits Actuallité (CC BY-SA 2.0)

J’ai participé à l’émission Ça vous regarde consacrée aux attentats de Bruxelles, notamment en compagnie de Jean-Marie Cavada, député européen centriste, perdu depuis lors sur une liste dissidente de Nous Citoyens. Voici le débat qui a eu lieu :

Je me devais bien évidemment de relever l’accusation insupportable de « grand méchant » que Cavada m’a adressée pour mon manque d’europhilie béate. Je pousserai donc la méchanceté jusqu’au bout en confiant mon admiration pour l’avant-gardisme de Cavada : dans son genre, il constitue une sorte de point le plus abouti de la pensée par mot-clé, et il préfigure probablement ce à quoi nous nous exposons à l’avenir à cause de l’algorithme de Google qui réduit toute pensée à un empilement de termes-marqueurs.

Cavada, en effet, pense par mots-clés. Il suffit qu’il entende l’un d’eux prononcé pour s’enfoncer immédiatement dans l’alcôve doxique qui se cache derrière la porte soudain ouverte.

Les attentats de Bruxelles et la pensée par mot-clé

Par exemple, l’expression-clé Terrorisme en Europe et attentats de Bruxelles appelle forcément le déroulé minutieux de la petite fiche Il faut une riposte européenne. Fort d’excellents conseillers qui lui préparent ses éléments de langage, il peut alors réciter les trois ou quatre « bullet-points » qu’il connaît sur le sujet. Cet art de la récitation explique qu’au terme d’un débat où il mobilise tous ses souvenirs, le pluriel de « bullet-points » soit, en anglais, « bullet-shit ». On ressort avec le sentiment que la pensée du député centriste est une sorte de longue énonciation de platitudes qui veulent dire tout et son contraire.

Autre exemple : prononcer le mot Europe devant Cavada, et c’est la petite fiche L’Europe, projet de civilisation qui sort du four à micro-ondes. C’est bien connu, la construction communautaire visait à garantir la paix en Europe et la fin de la barbarie, et c’est ce projet de civilisation qui explique que tous les gens intelligents et dignes d’entrer dans les salons parisiens soient europhiles. N’essayez pas de rappeler à Cavada que, jusqu’en 1989, tout le monde savait que la paix en Europe ne tenait pas à la Communauté européenne, mais à la dissuasion nucléaire liée à l’existence du bloc soviétique. N’essayez pas de constater qu’à la chute du Mur, une guerre a éclaté sur le continent européen (en l’espèce dans les Balkans). La particularité des petites fiches de Cavada est qu’elles se terminent toutes par une phrase simple : « bien entendu, le contraire de ce qui est écrit sur cette fiche peut se défendre ».

Troisième exemple : prononcez le mot réfugié, et vous enfoncez la porte du L’Europe qui a mis des millions de réfugiés sur les routes en 1945 peut bien recevoir ceux des autres. N’essayez pas de lui dire : l’Europe n’a jamais envoyé ses réfugiés sur d’autres continents que l’Europe, sauf quelques Juifs survivants des camps qui ont été accueillis à coups de fusils et de chars d’assaut par les Syriens. Il vous explique que, forcément, vous êtes un révisionniste, un blasphémateur, pire, un provocateur probablement faux nez du Front National.

Je ne puis cacher mon admiration pour ce mode d’argumentation, qui n’accorde aucune importance au sens, et qui ne fonctionne que par étiquette de la Cour. Est vrai et défendable non ce qui est rationnel, mais seulement ce qui est dit et répété dans les dîners du Siècle, ou dans les planches de la loge élitiste où il est bon d’être initié.

Les amateurs de Flaubert se souviennent que ce mode de raisonnement est celui du pharmacien Homais dans Madame Bovary. Et c’est la très grande force, que dis-je ? le génie, de l’élite parisienne, que d’avoir choisi le pharmacien Homais comme modèle de pensée. L’exaltation de la médiocrité et de la paresse intellectuelle n’est pas donnée à tout le monde.

La puissance immortelle de la Cinquième République et de l’Union Européenne tient à sa capacité à faire de cette exaltation le principe fondamental de sa gouvernance.

Sur le web

    1. Stéphane Boulots

      J’adore cette rhétorique ! La démocratie c’est la loi du plus fort, du plus magouilleur, du plus prometteur, du plus beau parleur.

      Exactement ce que dénonce l’article : le summum de la démocratie c’est le politiquement correct genre Cavada.

      1. C’est amusant, vous reprenez la même rhétorique que les socialistes en remplaçant juste le mot clé au milieu et ça donne le même résultat wtf !?

        Quel lien peut-il bien y avoir entre des votations législatives ou référendaires et les conneries de Cavada ?

        1. Stéphane Boulots

          La démocratie, c’est parfait pour décider du pire : quand il faut vraiment prendre une décision qui est vitale et qui n’est pas évidente, alors oui : il vaut mieux que la majorité soit d’accord.

          Sinon, ca ne sert qu’à créer des politiciens, des partis, des sondeurs, des conseillers en communication … bref toute une clique de professionnels de l’art de rassembler autour d’eux en chantant des belles chansons.

          1. Sauf qu’il n’y a pas une once de « démocratie » dans les propos de Cavada ni dans les 593’000 lois et décrets Français quant à l’Europe on peut toujours en chercher quelques traces avec un microscope à balayage électronique qu’on pourra utiliser aussi pour trouver la logique dans votre raisonnement.

        2. D’abord, je trouve cet article totalement indécent: il attaque une personne « publique » mais pas spécialement célèbre, en tout cas, bien moins que quand il occupait le petit écran. Attaque uni-latérale sans aucun droit de défense représenté! Le procédé est pour le moins inélégant! (pour ne pas dire « franchement malhonnête »!).

          Là-dessus, @ bernard envoie une charge dénonçant les lobbies agissant en toute transparence au niveau européen, transparence qui ne fait pas encore partie des habitudes françaises, ni dans le privé, ni dans le public: pourtant, l’habitude des « dîners d’affaires » concernent bien tous les milieux, en France, mais on garde la discrétion hypocrite sur ces rencontres.

          On peut trouver choquant que les députés européens soient approchés ainsi par des lobbies à découvert: cela ne suffit pas pour montrer qu’aucun lobby n’approche des députés ou d’autres politiciens, en France, et depuis fort longtemps, mais dans des « échanges de bons procédés » tenus sévèrement secrets!

          Entre hypocrisie et transparence, le choix est vite fait!

          1. Les vérités rappelés par cet article vous gènes ? L’auteur a raison pour la dissuasion nucléaire garante de la paix en Europe, l’auteur à raison sur le fait que les réfugiés européens sont toujours restés en Europe et il a raison sur le médiocrité des élites.

  1. Merci pour cet article. Le phénomène est particulièrement vrai au sujet de l’Europe, la moindre contestation faisant du malheureux douteur un affreux bigot écervelé, oublieux de Hitler, des plus sombres heures, etc.. Causes et effets disparaissent au profit d’un narrative romantique. Ce dernier ne s’accommode pas de la guerre des Balkans, en Georgie, en Crimée, en Ukraine. La Russie ne joue pas le jeu? Qu’importe! Ignorons la, marchons lui sur la queue. Les referendums deviennent de la figuration? Pas grave. Contournons les, puis, cessons d’en faire, le peuple est trop méchant, ou trop con. Aucune des règles communes n’est appliquée en Grèce. Pas grave. Sable. Tete. Autruche. Le cure de convalescence est amère, et c’est un choix qui appartenait aux Grecs. Mais non. Que le médecin traitant soit Merkel (ou perçu tel quel, en politique, c’est l’important), quel mal a ca? La menace grecque d’ouvrir ses frontières a t’elle été prise au sérieux? He non. La réponse des 27 face a la defiance d’un pays a t’elle été commune, concertée, réfléchie, priorité a la sécurité du peuple Européen. Of course not.
    Non, évoquez la réalité du projet européen, votre peur qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une organisation bureaucratique de plus, vouée et dévouée a une seule cause, la survie de ses composants et de sa caste, qui reste au demeurant fort utile aux plus médiocres des politiques au niveau domestique comme explication a leurs échecs. « Valls tance l’EU » faisait les titres récemment. Le narrative romantique s’accommode pourtant fort bien des coups de menton de notre petit matador, preuve s’il en fallait que la piece est jouée d’avance, les roles bien compris, le peuple très con, la soupe est servie.
    Ceci dit, si l »EU est le parfait exemple, essayez donc de débattre intelligemment en Angleterre au sujet de la NHS. Impossible. En France, de la Secu, ou des intermittents du spectacle. Impossible. N’importe ou, de la coherence de désarmer le peuple lorsque notre nouvel ennemi ne reconnait pas les frontières et n’épargne pas les civils? Encore mieux, essayez d’analyser Trump (pas une mince affaire) sans l’insulter, lui, ou son électorat, et vous êtes un sous homme, un fan boy.
    Comment avons nous réussi a être a la fois aussi paresseux et intolerant intellectuellement me dépasse.

    1. Commentaire lucide, et passionné.

    2. « vouée et dévouée a une seule cause, la survie de ses composants et de sa caste »

      Malheureusement, pas que.

      « insulter, lui, ou son électorat »

      S’ils ne faisaient qu’insulter l’électorat de Trump…. En réalité, ils le déshumanisent pour en faire une masse à part, sans culture, des barbares au sens romain, en dehors de la Cité. Ainsi, Trump ne sera plus qu’un individu, seul, face au « peuple », derrière lequel ils se cachent.

  2. N’importe qui peut se réclamer de la bien-pensance – à condition d’en assumer les échecs. Et la, curieusement il n’y a plus personne. Pourtant au niveau de l’Europe, de l’accueil des réfugiés, de l’économie, du niveau de vie et de la qualité de vie, et surtout des perspectives d’avenir pour les jeunes, on ne peut pas dire que ce soit une grande réussite.

    1. @pragmat  » à condition d’en assumer les échecs » : ce n’est pas leur fort d’assumer quoi que ce soit et c’est bien un des problèmes majeurs de la structure politique en place à tous niveaux . On a un publique qui n’assume rien , qui n’est coupable ni puni de rien et un privé qui assume tout est sanctionné pour tout et rien tout en étant le serial coupable désigné.

    2. Il serait nécessaire qu’il existât, en France, un organe (un secrétaire d’état?) payé pour défendre l’Union Européenne qui se voit, à la fois (c’est bien le plus ridicule!), accusée par la population des carences des autorités françaises, lesquelles sont manifestement décidées à ne pas suivre les traités auxquels leur président a souscrit au nom de la France sans jamais user de son droit de véto, à commencer par les critères de convergences totalement négligés, alors qu’ils sont évidemment la base du système de la zone €!

      C’est évidemment d’une absurdité sans nom que la France, qui a envoyé à la commission européenne une des personnalité à la fois la moins charismatique et pas forcément experte dans le domaine qu’elle doit gérer et qui fait vraiment pâle figure, restant vraisemblablement inconnue de la plupart des Européens!

      Il en va de même des députés européens français, inconnus de la population française, pâles figures des partis, des recasés après avoir échoué aux élections françaises, bref « des bras cassés » dont 2 personnalités tonitruantes: les Le Pen, père et fille, dont on connait les « coups de gueule » mais qui, pour le reste, brillent surtout par leur absence, comme la plupart des des députés européens français: c’est, en tout cas, une réputation qu’ils trainent depuis longtemps.

      Alors que votre président (comme le précédent, caricatural!) se pique encore d’être « le moteur de l’Europe », « avec l’Allemagne », c’est devenu une fable, évidemment!

      L’Union Européenne est devenue le chef de file des boucs émissaires, pour les Français, qui gardent cette tendance à penser que si leur pays va mal, ce ne peut être que de la faute de l’étranger.

      Fr.Hollande et ses 20% de confiance dans les sondages, restant, bien sûr supérieur à tout Européen, puisqu’il est Français: ce chauvinisme protège quand même bien de toute culpabilisation!

  3. La bien-pensance européenne, à la Canada, Dehors, Barnier, etc bref propres aux individus qui monopolisent le  » débat démocratique  » n’est rien d’autre qu’un aveuglement de ces élites qui ont fait sécession d’avec le peuple de (copyright Franck Boizard ), et qui pratiquent les tactiques rethoriques bien connues. Diaboliser le contradicteur, lui opposer le catéchisme dialectique autorisé comme seule Vérité, et refuser le débat.

    C’est par la bataille des idées que l’opinion publique commencera à douter, et à chercher d’autres référentiels.

    Continuez Eric Verhaeghe. Et Contrepoints aussi.

    1. Stéphane Boulots

      Oui, l’Europe risque de disparaître non pas des actions qu’elle met en œuvre, mais à cause des politiciens corrects qui l’on tellement instrumentalisée, tellement diabolisé leurs opposants, que les gens n’en peuvent plus.

  4. Article sans grand intérêt. Il ne comporte aucune critique sérieuse contre Cavada que Verhaeghe a catalogué sans écouter son propos. Ensuite quand on lance une accusation sans fondement (le stupide bisounours) il ne faut pas s’étonner que la réponse soit du même ordre. Ce qui est le plus inquiétant chez Verhaeghe c’est obsession anti-réfugiés qui n’a pas grand chose de libérale.

    1. En l’occurrence, « l’obsession anti-réfugiés » de l’auteur se limite à dénoncer le sophisme de Cavada qui compare la situation actuelle à une situation passée largement imaginaire.

      Cela fait des années que les « migrants » se noient par centaines en méditerranée. On a simplement dans un premier temps fermé les yeux, dans un second temps amplifié le phénomène en déstabilisant les dictatures des pays méditerranéens, dans un troisième temps monté en épingle le sort tragique d’UN gamin (parmi les centaines de milliers de victimes), et dans un quatrième temps pris des mesures intenables à la va-vite pour caresser l’opinion publique (et son réveil tardif) dans le bon sens, tout en niant notre responsabilité et le problème de fond.

      Il serait peut-être temps d’arrêter la démagogie et l’utopie pour se pencher sur les problèmes de fond ?

      1. Et pour ma part, j’accuse la bien-pensance d’avoir fermé les yeux, amplifié le problème, fait le buzz et approuvé béatement le n’importe quoi de Merkel.

        1. Je n’ai jamais compris pourquoi l’état français (allemand) n’est pas parti en turquie pour donner à des réfugiés des papiers et billet d’avion pour la france (allemagne).

          Pas à tous, mais examiner les demandes en turquie et éviter un ‘dangereux’ voyage.

          PS les anarcaps n’ont pas à me sauter dessus, je parle de l’état socialiste français.

  5. Bien vu. Vous déconstruisez bien de quoi est fait le langage des stars médiatiques qui nous parlent et, accessoirement, nous lavent (un peu) le cerveau.

    Cependant je trouve le terme de « mots-clés » trop indulgent. A mon sens, il s’agit en fait de véritables « mots-fétiches », parce que le simple fait de les prononcer est censé invoquer l’esprit de la bien-pensance qui nous gouverne, et à la fois marquer un point sur l’interlocuteur (comme le « bullet-point » est censé faire mouche).

    Ces « mots-fétiches » relèvent un peu d’une sorte de pensée magique, qui vise à réduire la complexe Réalité à une néo-réalité conforme à la conception de « l’air du temps », et de celui qui les prononce.

    1. La culture française s’est construite par la langue qui a pris une valeur quasi « sacrée » hors de proportion de ce qu’elle est: un véhicule fragile de la communication qu’on a cru longtemps prépondérant et dont on sait, aujourd’hui que dans la communication, le texte compte pour environ 30%, tout le reste (le « véhicule du message ») pour 70%!

      C’est ainsi que l’on détecte le mensonge d’un politicien: votre conviction qu’il ment est de près de 100%, par contre, décrire ce qui vous a donné cette conviction est très complexe et compliqué à expliquer.

      Beaucoup d’escrocs, par contre, sont doués pour jouer la franchise et la sincérité: ils ont besoin de votre confiance ressentie pour vous abuser.

      Le message n’a que la force de son messager.

  6. L’Europe comme religion, l’euro comme crucifix. Et, pour ces braves députés , du fric, du fric, du fric du……

    1. @caesar pour l’argent je vous suis mais pour la religion elle est bien connue , c’est celle dite de la « libre pensée » encore un mot-clef qui sonne sa novlangue dans la grande tradition orwellienne

    2. Oui, c’est vrai! Mais pourquoi la France qui a beaucoup de députés européens, envoie-t-elle ses « rebuts » de la politique nationale à Bruxelles, d’ailleurs trop souvent absents (le parlement de Strasbourg est devenu une compensation bien trop coûteuse qui n’a plus aucune raison d’être, autre que symbolique!)?

      Il y a près de 40 à 50 % de votre législation qui se décide dans et par l’Union Européenne: vous feriez bien d’y envoyer vos ténors, quitte à dégraisser l’assemblée nationale et le sénat qui votent avec des quotas de représentants en séance souvent ridicules.

  7. Vous faites un procès d’intention, si tant est que monsieur Cavada demandait un droit de réponse, dans la mesure où celui-ci est jugé conforme par les propriétaires de ce site, il sera publié.

  8. (réponse à Mikylux qui n’apparaît pas où elle le devrait…)

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