Obama à Cuba : une visite historique plus symbolique que politique

Publié Par Yoani Sánchez, le dans Amérique latine, Pushmobile

La meilleure manière pour Obama de marquer l’histoire est de montrer clairement que les auteurs du drame vécu par les Cubains se trouvent à la place de la Révolution de La Havane.

Par Yoani Sanchez, depuis La Havane, Cuba.

Obama et Cuba (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Obama et Cuba (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

La dernière fois qu’un président américain a visité Cuba, le Capitole de La Havane n’avait pas encore été inauguré, la star Black Diamond, lanceur de baseball, mourait et ma grand-mère était une fillette aux cheveux ébouriffés et au regard pénétrant. Il ne reste plus personne qui se souvienne de cet événement pour le raconter à la première personne, de sorte que l’arrivée de Barack Obama dans l’Île les 21 et 22 mars 2016 est une situation inédite pour tous les Cubains.

Comment les gens réagissent-ils ? Avec joie et soulagement. Bien qu’il y ait peu de choses que puisse faire le président d’un autre pays pour changer une nation où les citoyens ont permis une dictature, sa visite aura un fort impact symbolique. Personne ne peut nier le fait que le locataire de la Maison Blanche est plus sympathique et populaire parmi les Cubains que l’ancien et peu charismatique général qui a hérité du pouvoir par les liens du sang.

Lorsque l’avion présidentiel atterrira dans l’île, le discours de barricade qu’a si habillement employé le gouvernement cubain depuis plus d’un demi-siècle subira un coup irréversible. Ce n’est pas la même chose pour Raúl Castro et Barack Obama de se serrer la main au Panama, que de se rencontrer sur le territoire qui, jusqu’à récemment, était plein de panneaux contre « l’empire » et de moqueries officielles contre l’Oncle Sam.

La presse du Parti communiste devra jongler pour expliquer l’accueil officiel du commandant en chef des forces armées du « pays ennemi ». Les militants les plus récalcitrants se sentiront trahis et il sera évident que, derrière une idéologie présumée, il n’y a qu’une volonté de se maintenir au pouvoir grâce aux stratégies typiques de caméléons politiques.

Dans la rue, les gens vont vivre avec enthousiasme cet événement inattendu. Pour la population noire et métisse, le message est clair et direct dans un pays où une gérontocratie blanche contrôle le pouvoir. Ceux qui ont un T-shirt ou une affiche avec le visage d’Obama les exhiberont ces jours-ci, en profitant de la permissivité officielle. Fidel Castro mourra un peu plus dans son refuge gardé de La Havane.

La bière Presidente sera en rupture de stock dans les cafétérias, où l’on pourra entendre dire à voix haute « Donne-moi encore deux Obamas », et nul doute que cette semaine l’état civil enregistrera plusieurs nouveau-nés sous des noms tels qu’Obamita de Perez Caridad ou Yurislandi Obama. Pepito, l’enfant de nos blagues populaires, essayera quelques nouvelles plaisanteries pour l’occasion et les vendeurs de colifichets présenteront leurs articles avec le profil de l’avocat et les cinq lettres de son nom.

Cependant, une chose reste claire, au-delà de la portée de l’enthousiasme, Obama ne pourra pas changer Cuba et il vaut mieux qu’il n’essaie pas, parce que ce gâchis national relève de notre responsabilité. Cependant, le voyage portera un coup d’effet durable et il devrait profiter de l’occasion pour envoyer un message fort et clair devant les micros.

Ses paroles doivent être adressées à ces jeunes qui construisent maintenant le radeau du désespoir dans leurs têtes. Il faut leur faire comprendre que la misère matérielle et morale qui les entoure ne relève pas de la responsabilité de la Maison Blanche. La meilleure manière pour Barack Obama de transcender l’histoire de Cuba est de montrer clairement que les auteurs du drame que nous vivons se trouvent à la place de la Révolution de La Havane.


Traduit de l’espagnol.

  1. Un petit tour en Corée du Nord pour boucler son second mandat ? Ou Hollande doit-il ouvrir la voie ?

  2. Pour mendier de l’aide à l’oncle Sam, le régime doit être à sec d’argent gratuit des autres, la source vénézuélienne devant être tarie.

    1. Il est connu que c’est à cause des problèmes du Venezuela sue Cuba s’est ouvert aux USA.
      Au final c’est un pari qui a vraiment bien marché : l’économie revit, on prévoit 4 millions de touristes américains par an, l’embargo sera levé d’ici un an ou 2 je suppose.

      En espérant que cette ouverture à l’Amérique permettra des réformes à long terme.

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