Ce que la crise financière doit à l’offre de crédit

Publié Par Sébastien Laye, le dans Monnaie et finance

Par Sebastien Laye et Daniel Riad Akiki.

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

Depuis la crise financière de 2008 et l’épisode de contraction économique au niveau mondial qui en fut le corollaire, le politique et le régulateur n’ont eu de cesse d’encadrer le système financier, de juguler son dynamisme (que ce soit dans le secteur bancaire classique ou dans les services financiers au sens large) et de l’entraver tout en souhaitant revigorer l’offre de crédit – des objectifs parfois contradictoires mais tous légitimes à l’aune des excès du système financier. Ce faisant, ces efforts pêchent par manque d’analyse des causes de la crise financière et surtout par la structure de l’offre de crédit.

Une régulation nouvelle inadaptée

L’approche tant américaine (Dodd Franck) qu’européenne sur le sujet fait fi de toute distinction entre acteurs bancaires et non bancaires (affublés du jargon de shadow banking notamment dans la phraséologie européenne) et repose sur le concept d’Institutions Financières présentant un risque systémique (SIFI) : sous ce néologisme se cache l’idée qu’un certain nombre de vastes institutions (banques, mais aussi fonds d’investissements ou firmes de services financiers) seraient si étendues et aux bilans si gargantuesques qu’elles représenteraient ipso facto à la fois une menace pour la stabilité de nos économies et un levier de chantage puisque nous devrions les secourir en cas de défaut. Une régulation forgée dans l’urgence à la suite du dilemme cornélien s’est ainsi présentée aux autorités américaines en septembre 2008, les conduisant à ne pas sauver Lehman Brothers mais à secourir AIG.

Ainsi depuis sept ans, l’alpha et l’omega de la régulation financière consiste à micro-superviser les activités de ces firmes alors que l’offre de crédit est beaucoup plus vaste (acteurs non bancaires, titrisation, marchés obligataires). Le régulateur se contente de règles générales, sans affiner selon les types d’offres de crédit alors que le risque systémique émerge :

  • des liens inextricables entre institutions financières
  • de l’utilisation des dépôts des clients pour des prêts long terme.

Les banques empruntent massivement pour financer leurs prêts et leurs investissements, principalement auprès d’autres institutions financières. Ces dettes à l’intérieur même de l’industrie bancaire représentent la plus importante menace pour le système économique. Quand une institution accumule des obligations 25 fois plus importantes que ses fonds propres, ce qui était monnaie courante en 2007, le moindre doute sur la valeur de ses actifs entraîne l’arrêt de ces lignes de crédit et de potentiels retraits des dépôts des clients. En 2008, une crise centrée sur les créances hypothécaires a réussi à mettre à genoux l’industrie financière du fait de cette fragilité intrinsèque. Le régulateur américain a dû ouvrir une ligne de liquidité même aux banques françaises afin éviter la contagion de la crise financière. Demain, une crise sur les obligations à haut rendement, par exemple l’immobilier français ou les obligations souveraines d’un pays important aurait le même effet. La même faiblesse intrinsèque au système financier est toujours en place : le financement par endettement des institutions financières.

Nombre de nouvelles institutions de crédit non bancaires (fonds mutuels, fonds de crédit, hedge funds, Business development companies) ont adopté une autre stratégie et se financent essentiellement en fonds propres, en levant de l’argent auprès d’investisseurs accrédités, individuels ou de fonds de pension. S’ils devaient faillir dans leur allocation de crédit, cela serait sans doute regrettable pour leurs investisseurs, mais le risque resterait circonscrit à ces souscripteurs.

Par ailleurs, les banques adossent des dettes considérables a une tranche de liquidité qui leur vient essentiellement des dépôts des épargnants, qui a l’inverse des souscripteurs dans un fonds, n’ont pas vraiment idée de l’utilisation de leur argent. A cet égard, la crainte de l’épargnant qui doute de sa banque et de l’utilisation de son argent est plus que légitime. Assurer ce risque en étant un préteur en dernier ressort comme le font les Etats n’est pas une bonne solution, et constitue un aléa moral inacceptable (nous en voyons les conséquences sur le montant des dettes souveraines).

Quelle bonne régulation ?

La seule régulation bancaire qui aurait un sens serait la suivante: établir des règles strictes (rules-based approach) en matière de ratios fonds propres/ dettes (avec levée obligatoire sur les marchés en cas de non-respect de ces ratios) et d’allocation des dépôts (qui devraient être investis uniquement en actifs de court terme de haute qualité et très liquides). Les banques pourraient à loisir faire d’autres investissements de long terme, mais avec leurs fonds propres essentiellement.

Les banques et les nouveaux acteurs non-bancaires devraient financer leur offre de crédit par des fonds propres, générés par l’épargne et l’investissement, plutôt que par des chaines de Ponzi reposant sur la signature d’institutions de grande taille ou de banques centrales. Cette alternative permettrait de remettre la création de valeur au cœur du système financier et de réduire les risques de panique et de contagion.

Nos économies doivent sortir de la facilité d’un système basé sur la simple confiance en un préteur en dernier ressort, qui couvre toutes les turpitudes, tous les excès, sans exposer les échecs et les malversations, et qui surtout nous expose à des crises financières de plus en plus fréquentes et aigues. Il nous faut revenir à des équations économiques plus saines : le travail génère de l’épargne, l’épargne du crédit, et le crédit de la croissance et du travail. Vouloir accélérer ce rythme via les banques centrales est un multiplicateur de crédit artificiel qui porte atteinte à notre croissance de long terme et à notre création de richesses.

  1. Démonstration simpliciste et solution théorique qui conduirait à une crise d’effondrement brutal de l’économie pour des dizaines d’année. La réalité est tout autre : ce sont les états qui empruntent massivement pour faire face aux problèmes sociaux avec un risque aigu de non réelection. Et aussi l’enchevêtrement des établissements financiers qui conduit inéluctablement vers l’effet « domino ». Et cela est mondial.
    Les banques centrales ont opté pour un essai d’atterrisage en douceur mais lentement.

  2. 100% d’accord avec la conclusion du dernier paragraphe. Mais, la question est alors : comment les économies (?) doivent faire pour sortir de la facilité (?) en question ?
    – Facilité pour qui, d’ailleurs ? Principalement pour les Etats, qui se financent avec de l’argent qu’ils n’ont pas, sans aucune limite, les pseudo autorités monétaires ayant fait largement la preuve de leur dépendance.
    – Les économies, ou les entreprises et leurs entrepreneurs ? Ces derniers ne sont-ils pas les victimes en dernier ressort du détournement collectif de l’épargne privée au bénéfice de la mafia de la finance ?

    Heureusement, après l’économie, ce sera au tour de la finance puis de la monnaie d’être ubérisée… Il suffira qu’un individu, plus courageux que les autres, signe, avec un autre individu, tout aussi courageux, un simple contrat, avec une référence monétaire qu’ils auront librement choisie. On peut parier que cette référence sera celle de l’or, cette relique d’avenir. Plot que le bitcoin…

  3. L’humanité crèvera de deux façons : soit une maladie mortelle hautement contagieuse, genre Sida qui s’attraperait par les voies respiratoires, ce qui ne laissera que quelques survivants chanceux, soit un effondrement conjoint de l’état et des banques et donc de tous les systèmes de la civilisation, ce qui ne laissera que quelques survivants ayant réussi à vivre en autarcie. La violence sera de mise dans les deux cas.

    1. Résistant Valaisan

      LOL !!!

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