SNCF, expulsions, terrorisme : qu’en pensent nos parlementaires ?

Publié Par Le Parisien Libéral, le dans Politique

Par le Parisien libéral

Parti Socialiste-Assemblée nationale (CC BY-NC-ND 2.0)

Parti Socialiste-Assemblée nationale (CC BY-NC-ND 2.0)

Vous vous souvenez du fait que le 23 février dernier, nous parlions de ce YouTuber qui voulait moderniser les questions au gouvernement. Bien lui en a pris ! À cause du nom qu’il avait choisi, « la Vie Publique », Matignon lui est tombé dessus ! Bon, en même temps, ce collaborateur de l’adjointe (PS) à la mairie de Paris Colombe Brossel, donc bien au fait des subtilités de l’administration (et du droit du plus fort qu’exerce l’État sur tout ce qui bouge) aurait dû savoir à quoi s’attendre… Il n’en demeure pas moins vrai que La Chaîne Youtube Accropolis reste une excellente initiative. En effet, la démocratie française, vous le savez, souffre certes du rôle prépondérant de l’exécutif, mais, une fois par semaine, un exercice démocratique permet aux députés, les représentants des citoyens, de contrôler l’action du gouvernement, et ce en vertu des pouvoirs que la Constitution confère aux députés.

C’est là que ça se complique.

Quel contrôle de l’action gouvernementale ont nos 577 députés quand ils se donnent la peine de venir de leur circonscription au Palais-Bourbon ? Parviennent-ils à retranscrire l’opinion des citoyens ? Sont-ils les simples spectateurs d’un exécutif totalement hors de contrôle ?

Dans un pays où l’État obèse doit impérativement diminuer de taille et où les libertés sont menacées, entendrons-nous cette après-midi les questions au gouvernement  (#QAG) suivantes ? 

Question au secrétaire d’État chargé des transports, Alain Vidalies

Monsieur le Ministre, lundi, la SNCF a annoncé des pertes abyssales : 12 milliards d’euros pour 2015. Or, dans le même temps, on trouve des cheminots encartés CGT pour manifester contre le projet de loi El-Khomri, quand des préavis de grève ne sont pas déposés afin de perturber la vie des voyageurs. Cela fait des années que des associations comme Contribuables Associés dénoncent la gabegie de la SNCF, gabegie financière qui, rappelons-le, ne s’accompagne même pas de l’excellence du service. L’accident mortel du test du TGV en novembre dernier ou les conclusions du rapport sur l’accident de Brétigny-sur-Orge sont là pour témoigner du caractère parfaitement perfectible du service ferroviaire français. Monsieur le Ministre, nous sommes face à une équation simple : nous payons trop cher pour un service médiocre et monopolistique. Pourriez-vous, Monsieur le Ministre, faire un point, en tant qu’actionnaire unique de la SNCF, sur la stratégie de la SNCF et les nécessaires restructurations que le management compte mettre en œuvre ? Quelles décisions l’État va t-il prendre pour améliorer la qualité de service tout en travaillant sur la structure de coûts ?

Question au Premier ministre, Manuel Valls

Monsieur le Premier Ministre, Françoise Dumont, Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, a écrit à votre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, pour dénoncer le fait que « les expulsions forcées subies par les Roms atteignent des niveaux intolérables« . Il y a quelques années, le PS dénonçait au niveau national les expulsions de Roms, la xénophobie, les heures les plus sombres de notre histoire et autre « climat nauséabond lié au discours de Grenoble, même si au niveau local, de Lille à Nantes en passant par Paris, il n’y avait pas de différences entre la gauche et la droite ». Aujourd’hui, vous êtes au pouvoir depuis 4 ans, et les Roms sont toujours expulsés. Monsieur le Premier Ministre, pouvez-vous acter la mort officielle de la gauche ?

Question au ministre de la Défense et président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian

Monsieur le Ministre, cela fait maintenant plus de 3 ans que l’armée française combat au Mali, « pour la démocratie » et « contre le terrorisme », tout comme les États-Unis ont combattu en Irak « pour la démocratie » et « contre le terrorisme ». Cette opération Serval au Mali a été suivie de l’opération Sangaris en Centrafrique puis par l’opération Barkhane, qui vise à étendre la lutte contre les groupes djihadistes dans la région du Sahel. À l’aune de ces interventions armées, et au vu des déclarations du Premier ministre qui affirme que le risque terroriste est toujours aussi élevé qu’au lendemain du 13 novembre, quel bilan critique faites-vous, Monsieur le Ministre, des guerres de François Hollande ? Marqueront-elles l’histoire de France du sceau de l’échec tout comme la war on terror de W. Bush s’est révélée être un échec ?

Question à la ministre du Travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social , Myriam El Khomri

Madame la Ministre, votre projet de loi trouvait un certain soutien au centre et chez les libéraux, comme le note la spécialiste de l’éducation et de la formation Nelly Guet :

Mais le Premier ministre a finalement choisi de dénaturer le projet, se privant à coup sûr des voix qui voulaient qu’on aille plus loin. De plus, votre projet de loi n’aborde pas du tout le volet de la formation. Madame la Ministre, à quand une politique ambitieuse en matière de formation, à l’instar de ce qui a été accompli partout chez nos voisins, en Allemagne, en Suisse, aux Pays Bas ?

Question au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve 

Monsieur le Ministre, les policiers accomplissent leur mission dans des conditions parfois difficiles, notamment parce qu’ils sont exposés à la violence, mais dans quelques autres rares cas, les policiers sont les auteurs de violence, parfois mortelles. En tout cas, telles sont les conclusions du rapport de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT). On y apprend qu’il est extrêmement difficile d’obtenir des données précises sur l’usage des armes à feu, les violences policières, les dérapages des forces de l’ordre à l’occasion de manifestations, de contrôles d’identité ou de rassemblements publics, que les effets du taser sont mal connus, qu’en cas d’affaire de violence policière, les condamnations sont rares, ce qui risque de créer un sentiment d’impunité des agents publics.

Face à cette situation, quelles mesures comptez-vous prendre, Monsieur le Ministre, et ce au moment où la législation sur l’usage des armes à feu par la police est allégée, pour cause de risque terroriste ? Et si, comme vous allez répondre, cet assouplissement fait face « au contexte », pourquoi, dans ce cas, ne pas assouplir la législation pas uniquement pour la police mais pour tous les citoyens ? Comme le rappelle le chanteur des Eagles of Death Metal, y aurait-il eu autant de morts le 13 novembre si un individu armé avait pu stopper les terroristes, plutôt que d’attendre sagement  ?

Question à la ministre du Logement et de l’habitat durable, Emmanuelle Cosse

Madame la Ministre, vos amis d’EELV demandent que vous mettiez en œuvre une mesure pour laquelle vous vous êtes toujours battue et que le Président Hollande avait promis de réaliser, le non cumul entre un mandat local et une fonction ministérielle. Allez-vous, Madame la Ministre, vous mettre en conformité avec cette promesse de campagne et démissionner ? Allez-vous suggérer à Manuel Valls, conseiller municipal à Évry (alors qu’il habite le 11ème arrondissement et qu’il est accessoirement Premier ministre), Jean-Yves le Drian et Jean-Vincent Placé d’en faire autant ?

Question à la ministre de la Culture et de la communication, Mme Audrey Azoulay

Madame la Ministre, à quoi servez-vous ? Pourquoi existe-t-il un ministère de la Culture ? Peut-on dire qu’avant 1959, date de la création de ce ministère, la culture française n’existait pas ? La culture a-t-elle besoin d’un ministère et de fonctionnaires, ou bien d’artistes libres et passionnés ?

Question à la ministre de la Fonction publique, Annick Girardin

Madame la Ministre, on rêve, si vous nous passez cette expression. Ne lit-on pas dans la presse ce matin que le Premier ministre Manuel Valls annonce qu’il y aurait « un geste significatif » sur le point d’indice cette semaine ? Comment, alors que l’État, bien qu’il ait augmenté les prélèvements obligatoires depuis 2012, soit en déficit important (80 milliards d’euros), peut-on envisager d’augmenter le traitement des fonctionnaires ? Avec quel argent ? Madame la Ministre, merci de rassurer les contribuables d’aujourd’hui et de demain en réaffirmant qu’il ne saurait y avoir ni évolution du point d’indice, ni recrutement de nouveaux fonctionnaires.

Question au ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, Patrick Kanner

Monsieur le Ministre, alors qu’il reste un peu moins de 100 jours d’ici à l’Euro 2016, vous vous êtes permis de déclarer que « Les conditions pour un retour de Karim Benzema [en Équipe de France de Football] ne sont pas réunies ». En plus d’être ministre, êtes-vous également sélectionneur en équipe de France ? Et si, Monsieur le Ministre, vous vous concentriez sur votre travail ? Allez-vous, par exemple, demander à Anne Hidalgo d’organiser un referendum auprès des Parisiens et des Franciliens afin de vérifier si les citoyens et contribuables veulent vraiment des Jeux Olympiques 2024 à Paris ? 

Question à la secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité réelle, Ericka Bareigts
Madame la Ministre, nous n’avons toujours pas compris à quoi vous servez ?

Question au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll

Monsieur le Ministre, alors comme ça, vous êtes allé quémander, et obtenir, la suspension du marché unique. À la faveur de la crise agricole, vous contribuez à détricoter l’Europe puisque Bruxelles a accepté un retour temporaire à une régulation du marché laitier à la demande de la France. Vous direz que vous, vous vous souciez des situations réelles des gens, et non pas des grands principes. Fort bien. Mais la prochaine fois qu’un pays demandera une exemption vis-a-vis de tel ou tel principe, que répondrez-vous, Monsieur le Ministre, que ce soit dans le secteur agricole ou dans d’autres ? Comment allez-vous, par exemple, demander le respect de règles non faussées en matière de concurrence ? Monsieur le Ministre, comment justifiez-vous ce retour en arrière, court-termiste qui plus est ?

Question à la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal

Madame la Ministre, vous venez de décider de prolonger la vie des centrales nucléaires françaises. Pouvez-vous nous certifier que les provisions nucléaires au sein des comptes d’EDF sont bien en ligne avec le coût réel de démantèlement d’une centrale ? Les marchés financiers semblent douter.

L’incohérence de ce gouvernement a quelque chose de fascinant. Cela pourrait même être drôle si cela ne concernait pas nos vies et celles de notre pays. Le corps législatif, à défaut de tirer la sonnette d’alarme, aura-t-il au moins la présence d’esprit de signaler la situation ? Le fait, par exemple, que l’état d’urgence ou la Loi Renseignement, contre laquelle le Parti Libéral Démocrate se bat, ne fassent plus débat, est effrayant.

Sur le web

  1. Pour information:

    À propos de l’ « affaire K.Benzema » et de la question au ministre P.Kanner: R.Bachelot a dit elle-même, ce matin que, sur le plan légal, en fait, le ministre avait l’autorité-responsabilité dans le domaine sportif, autorité qu’il « déléguait » à la Fédération.

    De façon générale, quand les Français sont mécontents, ils se tournent automatiquement vers le président et le gouvernement, responsable de tout.

    R.Bachelot en sait quelque chose puisqu’elle était ministre des sports de N.Sarkozy-F.Fillon, en 2010 lors de l’affaire du « bus » à Knysna (Afrique du Sud), le 20/06 et qu’elle a dû en répondre à l’assemblée nationale.

    Donc oui, ce sont aussi un peu les affaires du ministre, particulièrement l’ « Euro 2016 ».

  2. Personne pour demander à Plus de Whites pourquoi l’état d’urgence est à géométrie variable selon qu’on est un branleur encarté à l’UNEF ou un opposant à Ayrault à Nantes ?

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