Belgique : carte d’identité biométrique, menace pour la liberté !

Publié Par Auteur invité, le dans Belgique

Par Baudouin Collard, depuis la Belgique
Une tribune du Parti libertarien de Belgique

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Récemment, les médias se sont fait l’écho de la visite officielle au Maroc de membres du gouvernement de Belgique, notamment le Premier ministre Charles Michel, son ministre de l’Intérieur Jan Jambon et son secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken.

Au programme de cette mission, une visite à Rabat de la Direction des systèmes d’information, de télécommunication et d’identification (Dsiti ­ faisant partie de la Direction générale de la sûreté nationale) afin d’y observer le fonctionnement de la carte d’identité marocaine, en particulier l’enregistrement des empreintes digitales des citoyens sur leur carte d’identité.

Ainsi, le gouvernement belge souhaiterait s’inspirer du système marocain de carte d’identité et de fichage des citoyens ! Une information pour le moins interpellante quand on sait que le Maroc est loin d’être un modèle de démocratie et de respect des Droits de l’Homme : il est ainsi classé 116ème sur 167 sur l’indice de démocratie publié par The Economist (contre une 24ème place pour la Belgique).

Du livret d’ouvrier au Personal Ausweis

De tous temps, les gouvernements ont voulu établir l’identité de leurs administrés, le plus souvent afin de connaître leurs ressources humaines pour des questions de fiscalité, de police et pour lever des troupes militaires. La carte d’identité, surtout lorsqu’elle est obligatoire, est un moyen pratique pour contrôler la population et en ficher les éléments indésirables ou jugés dangereux (vagabonds et mendiants, déserteurs, étrangers et ouvriers).

Ainsi, dès la fin du 18ème siècle, le livret d’ouvrier est généralisé par Napoléon. Ce livret permet notamment aux autorités de contrôler les horaires et les déplacements des ouvriers. Tout ouvrier qui voyage sans être muni d’un livret est réputé vagabond, et peut être arrêté et puni comme tel.

En Belgique, la carte d’identité ou « Personal Ausweis » est mise en place en 1915, sous l’occupation allemande. Une ordonnance impose à tous ceux qui veulent circuler un certificat d’identité délivré par la police locale comportant nom, nationalité, signature, domicile, date et lieu de naissance, taille, profession et photographie. En 1919, après la libération, la carte d’identité remplacera le « Personal Ausweis », pourtant considéré par beaucoup comme vexatoire.

En France, c’est au début de la Seconde Guerre mondiale que le gouvernement de Vichy développe l’idée d’une carte d’identité et, à la suite des mesures antijuives, la rend obligatoire et l’étend en 1943 à l’ensemble du pays.

Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un lien important entre le déficit démocratique d’un pays et l’existence d’une carte d’identité. En effet, la carte d’identité, en particulier lorsque celle-­ci est obligatoire, favorise un État fort et centralisé, et le développement d’une bureaucratie pléthorique, menant à des dérives arbitraires.

À l’inverse des exemples évoqués ci­-dessus, des pays comme la Norvège, le Danemark, le Canada, le Royaume­ Uni ou encore les États­-Unis ne disposent pas de carte d’identité. Ils sont respectivement classés 1er, 5e, 7e, 16e et 19e sur l’indice de démocratie publié par The Economist.

La Suisse et la Suède, qui possèdent tous deux une carte d’identité facultative et sans données biométriques, sont quant à elles classées 2e et 6e. Un résultat similaire apparaît si l’on se base par exemple sur le classement de liberté de la presse publié par Reporters sans frontières.

Le Royaume-­Uni fournit un exemple particulièrement éclairant : alors que le gouvernement travailliste de Tony Blair avait voté en 2006 une loi mettant en place une carte d’identité obligatoire suite aux attentats du métro de Londres, cette loi fut abrogée et le registre national détruit par le gouvernement Cameron en 2010, après d’intenses débats publics.

La mission gouvernementale au Maroc, un pays qui n’est pas réputé pour son respect des Droits de l’Homme, est un signal inquiétant qui confirme la dérive sécuritaire dans laquelle notre pays s’est engagé.

Une bonne occasion de rappeler que nous proposons depuis longtemps de supprimer la carte d’identité, ou à tout le moins son caractère obligatoire !

Sur le web

  1. Il existe des pays sans carte d’identité ? C’est une révélation pour moi ! Comment font ils pour prouver qui ils sont lors d’une quelconque démarche ? Acte de naissance ? Facture ? Que des papiers basiques aisément falsifiables…

    1. Ils présentent leur passeport biométrique ?
      Bon, ce serait mieux que la carte ne soit pas obligatoire, mais il me semble qu’il y a des combats plus prioritaires. Par exemple, l’obligation d’avoir un accès internet qui est en train de s’installer en France pour l’IR sans papier.

    2. Il n’y a pas de carte d’identité au Royaume Uni. Apparemment, ce n’est pas le chaos.

    3. Aux USA ils utilisent souvent le permis de conduire pour prouver l’identité même si les jeunes le passent de moins en moins.

    4. à la base, l’identité se « prouve » en présentant des témoins qui sont eux-mêmes notoires.
      Je crois même que c’est comme ça que la carte d’identité a commencé : c’est un témoignage écrit, signé par un type connu, le maire de la commune par exemple.

  2. Et oui en france la carte d’identité n’est pas obligatoire :
    https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F11601

    Permis de conduire + acte de naissance suffisent encore parfois.

    Pour combien de temps ?

    1. Pour quitter l’espace Schengen sans carte bonne chance, en tout cas pour aller en Angleterre pas le choix.

  3. Faut effectivement être « libertarien », être largement irresponsable et un tantinet « félé » pour proposer la suppression d’un document FONDAMENTAL dans toute démocratie occidentale et plus largement !
    Retour au moyen-âge et à l’identification floue par des sobriquets ?
    Voir le grand méchand loup en toute chose nous ramène à l’enfance… :o(

    Est-ce là le niveau de ceux qui prétendent résoudre la complexité de nos pays en balayant des procédures aussi élémentaires que cette C.I. (ou le passeport … qui retrace lui la mobilité passée) ?
    Risible ou tristement loufoque, votre « article » !

    1. Philippe_Murray_Rothbard

      Il me semble au contraire que c’est plutôt chez ceux qui se soumettent a ce genre d’iniquités qu’est le retour à l’enfance. Ceux qui voient finalement en l’Etat une forme d’autorité parentale.

    2. «un document FONDAMENTAL dans toute démocratie occidentale et plus largement»
      Tellement fondamental, pardon, FONDAMENTAL, que plusieurs pays démocratiques s’en passent.

      C’est quand même extraordinaire l’incapacité de l’être humain à imaginer des alternatives à la situation qu’il connaît et qui lui est présentée comme indispensable.

      1. Un des rares avantages de la carte d’identité, et du registre national, c’est d’établir la liste des électeurs. Dans les pays sans cartes, c’est soit du grand n’importe quoi (soit on refuse des électeurs=disfrenchised, soit vote multiples, par exemple dans plusieurs états), soit de l’encre sur le doigt.

        J’étais contre le certificat pour la signature électronique, qui utilise le même code PIN que le certificat d’authentification. Et je suis contre le stockage et la prise de données biométriques.

  4. Article stupide. L’empreinte figurerait sur le Registre Nationall, accès limité par définition.

    Au Japon, ces empreintes font partie de l’identité depuis 60 ans, et facilitent ‘identification de victimes, d’amnésiques,
    l
    85% des belges ne voient aucun inconvénient à donner leur emlpreinte.

  5. Comment prouver son identité si la carte d’identité n’est pas obligatoire ? Je peux ne pas avoir de passeport, ni de permis de conduire. La carte d’identité obligatoire me semble être le point commun à tous les habitants d’une même nation. C’est un outil indispensable dans une société. Un Anglais pour me dire comment cela se passe chez eux ?

    1. Il semble qu’avant 1943 en France il n’était pas nécessaire de prouver son identité. Mais il faut dire qu’à l’époque on vivait au Moyen Âge, pensez donc, les femmes n’avaient pas le droit de vote ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur père ou mari…

  6. Il m’est souvent arrivé de devoir attester de mon identité. Parfois la présentation de la CI suffit. Parfois même un scan recto-verso couleur suffit aussi. Parfois il m’a fallu produire un extrait d’acte de naissance (que chacun peu demander par courrier assez facilement).
    Mais le plus utile pour moi a été la fois où je me suis fait établir un certificat d’identité numérique. Pour l’obtenir il faut prouver son identité, soit en se présentant en personne avec des documents officiels, soit en produisant des copies validées par une autorité de confiance.
    Ces certificats sont délivrés par des entreprises spécialisées, et privées.
    L’Etat n’a pas besoin d’intervenir en la matière.

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