Connaissez vous Jean-Baptiste Say, ce géant de l’économie ?

Publié Par Damien Theillier, le dans Histoire du libéralisme

Par Damien Theillier
Un article de l’Institut Coppet

J-B Say, domaine public.

J-B Say, domaine public.

Jean-Baptiste Say est né à Lyon en 1767. Il est issu d’une vieille famille protestante du sud de la France, qui s’est installée à Genève puis à Paris. À l’âge de quinze ans, au plus fort de la Révolution française, il est fortement influencé par l’autobiographie de Benjamin Franklin, ses principes d’économie, d’éducation et de vie morale. Il passe également deux ans à Londres, où il apprend l’anglais et lit La Richesse des nations d’Adam Smith.

Comme rédacteur en chef de la revue des « Idéologues »La Décade philosophique, littéraire et politique, il écrit des articles sur la philosophie sociale puis l’économie politique de 1794 à 1799. En 1799 il est nommé au Tribunat, où il siège au Comité des finances. Cependant Napoléon, souhaitant mener une politique protectionniste axée sur la guerre, l’évince du Tribunat en 1806, après la publication du Traité d’économie politique qui critique sa politique. Say va saisir cette opportunité pour se lancer dans les affaires. Il monte une entreprise de filature et se retrouve bientôt à la tête de 400 salariés.

Malgré l’interdiction de Napoléon, le Traité va connaître quatre éditions du vivant de Say. Thomas Jefferson le lit dans une traduction en anglais en 1821. Il écrit alors que le livre de Say est « plus court, plus clair et plus sain » que La Richesse des nations. Jefferson propose même à Say de venir enseigner à l’Université de Virginie, mais celui-ci refuse, préférant vivre à Paris. L’édition anglaise du Traité restera le manuel d’économie le plus populaire aux États-Unis jusqu’à ce qu’il soit remplacé par celui de John Stuart Mill suite à la Guerre de Sécession.

En 1819, cherchant à diffuser sa pensée, Say inaugure le premier enseignement d’économie politique en France au Conservatoire des arts et métiers où il est nommé professeur. Il participe la même année à la fondation de l’École spéciale de commerce et d’industrie, aujourd’hui l’ESCP-Europe. Il est nommé en 1830, professeur d’Économie politique au Collège de France, chaire qui est créée pour lui.

Il correspond régulièrement avec Thomas Malthus et David Ricardo, qu’il considère comme des amis proches, mais reste en désaccord avec eux sur des questions fondamentales. Il meurt à Paris le 14 novembre 1832 à l’âge de soixante-cinq ans et est enterré au Père Lachaise. Son petit-fils Léon Say, auteur du Nouveau dictionnaire d’économie politique, sera élu à l’Académie des sciences morales et politiques et mènera une carrière politique comme ministre des finances de la IIIe république (Voir Paul-Jacques Lehmann, Léon Say ou le libéralisme assumé, Les Belles Lettres, 2010).

Say était un grand partisan du système économique de la concurrence, de la liberté naturelle et du gouvernement limité d’Adam Smith. Mais il est surtout redevable à des auteurs proches des physiocrates comme Gournay, Turgot. En outre, il fréquente assidument le cercle des Idéologues, et lit l’abbé de Condillac, qu’il qualifie lui-même d’ « ingénieux ». La valeur-utilité, la productivité de l’industrie et du commerce, la distinction de l’entrepreneur et du capitaliste, du profit et de l’intérêt, tout cela se trouvait déjà chez Condillac dans Le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre (1776). Toutefois, le génie de Say, appuyé sur son expérience concrète des affaires, est d’avoir appliqué ces notions à la compréhension des crises.

La loi de Say et les crises économiques

La fameuse « la loi de Say » ou « loi des débouchés », énoncée dans le Traité d’économie politique, est parfois exprimée à tort par la formule : « l’offre crée sa propre demande ». En fait, c’est John Maynard Keynes qui a énoncé cette formule dans sa Théorie Générale. Aujourd’hui, la plupart des économistes conviennent que Keynes a gravement déformé la véritable signification et les implications profondes de la loi de Say. En effet Say ne dit jamais qu’il suffit de produire pour créer la demande. « L’homme, dit-il, dont l’industrie s’applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée, que là où d’autres hommes auront les moyens d’en faire l’acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d’autres valeurs, d’autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d’où il résulte, quoiqu’au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits. » Son idée c’est donc que les nations et les personnes profitent mutuellement de la hausse du niveau de production car elle offre des possibilités accrues de commerce mutuellement bénéfique. L’obstacle à la richesse, selon l’auteur du Traité, n’est pas la sous-consommation ou le manque de demande mais un déficit de production.

Comme le souligne Ludwig von Mises, la loi de Say est venue mettre fin au XIXème siècle aux idées fausses en économie. La première idée fausse, c’est que l’échange serait un jeu à somme nulle et que les uns ne pourraient s’enrichir qu’au détriment des autres. Cette idée est très présente dans la littérature et la philosophie classique, de Montaigne à Voltaire, en passant par La Fontaine. Say montre au contraire que chacun a intérêt à ce que les autres soient prospères (et cela vaut aussi à l’échelle des nations).

De plus, l’idée qu’il y aurait des crises de surproduction globale est également fausse. La loi de Say, nous dit Mises, a permis de distinguer les économistes des charlatans. La croyance de l’époque était que les périodes récurrentes de crises étaient dues à une pénurie de monnaie et à une surproduction générale. Mises écrit : « Adam Smith, dans un passage célèbre de La Richesse des nations avait démoli le premier de ces mythes. Say s’était surtout consacré à une réfutation du second. » (In Lord Keynes and Law’s Say, The Freeman, 1950).

En effet, selon Say, une crise de surproduction globale est impossible, car si une branche de l’industrie produit plus qu’elle ne l’aurait dû, cela profitera au reste de l’économie. Sans doute des crises sectorielles sont possibles. Mais pour prévenir et pour réduire de tels déséquilibres il faut intensifier et diversifier au maximum la production au lieu de la diminuer.

Quelles leçons peut-on en tirer pour aujourd’hui ? D’abord qu’il faut s’abstenir de toute intervention politique. « L’équilibre, écrit Jean-Baptiste Say, ne cesserait d’exister si les moyens de production étaient toujours laissés à leur entière liberté. » La réduction des impôts et des réglementations est donc la seule politique économique favorable à la croissance. Ensuite, il faut laisser aux entrepreneurs le fait de  rétablir la situation en changeant leur production pour l’adapter au marché. Cela signifie que l’innovation est une des lois fondamentales de l’économie.

Le voile de la monnaie

Selon notre auteur, le pouvoir d’achat est la rémunération de la fabrication d’un produit : les salaires des ouvriers et des employés, les rémunérations des cadres et des dirigeants, les profits du capitaliste… C’est avec ce pouvoir d’achat que l’on peut acheter d’autres produits. Au fond, le boulanger n’achète pas sa viande avec de l’argent, mais avec du pain. Ainsi, écrit Say, « dans les lieux qui produisent beaucoup, se crée la substance avec laquelle seule on achète : je veux dire la valeur. L’argent ne remplit qu’un office passager dans ce double échange ; et, les échanges terminés, il se trouve toujours qu’on a payé des produits avec des produits. Il est bon de remarquer qu’un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. »

Mises explique : « Ce n’est pas contre de la monnaie mais en fin de compte contre d’autres biens que s’échangent les biens, nous fait savoir Jean-Baptiste Say : la monnaie n’est que le moyen d’échange communément utilisé, elle ne joue qu’un rôle d’intermédiaire ; ce que le vendeur veut finalement obtenir en échange de biens vendus, ce sont d’autres biens ; tout bien produit est donc en lui-même un prix, pour ainsi dire, en terme des autres biens produits. C’est pourquoi la situation du producteur d’un bien quelconque se trouve effectivement améliorée par tout accroissement de la production des autres biens. Ce qui porte tort aux intérêts du producteur d’un article déterminé, c’est de ne pas avoir correctement prévu la situation à venir du marché. »

Dès lors, les auteurs et politiciens keynésiens qui accusent de tous les maux la prétendue pénurie de monnaie et proposent l’inflation (au sens de l’augmentation de la masse monétaire) comme panacée, n’ont pas compris la leçon de Say. En réalité, ni la consommation (la dépense monétaire), ni la politique monétaire (l’inflation) ne constituent un moteur pour la croissance. Say se range clairement du côté d’Adam Smith sur ce point, le moteur de la croissance c’est la division du travail, la production et l’épargne.

L’analyse libérale de la lutte des classes

D’après Say les différentes tâches réalisées par l’entrepreneur industriel ne permettent plus de le considérer comme un parasite. Au contraire l’entrepreneur est aussi un producteur. En effet dit Say, les services fournis sur le marché sont des « biens immatériels » productifs, c’est-à-dire utiles. On ne produit jamais que de l’utilité, et donc tous les produits sont immatériels en tant que produits. Say a souligné le rôle essentiel joué par l’entrepreneur dans l’activité économique et la création de biens « immatériels », tels que les services, le capital humain et les institutions, nécessaires à la création de la richesse. C’est pourquoi, le profit perçu par l’entrepreneur rémunère ce dernier pour les tâches ainsi accomplies et les risques encourus. Selon ce point de vue, il y a de nombreux contributeurs à l’industrie : les propriétaires d’usines, les entrepreneurs, les ingénieurs et les techniciens, mais aussi les enseignants, les scientifiques et les intellectuels.

Mais les germes d’une théorie libérale des classes se trouvent dans la deuxième édition du Traité d’Économie Politique (publié d’abord en 1803). L’auteur écrit : « Les énormes récompenses et les avantages qui sont généralement liés à l’emploi public avivent grandement l’ambition et la cupidité. Ils créent une lutte violente entre ceux qui possèdent des postes et ceux qui en souhaitent. » Et il écrit encore « Entre les mains d’un gouvernement, une grosse somme fait naître de fâcheuses tentations. Le public profite rarement, je n’ose pas dire jamais, d’un trésor dont il a fait les frais : car toute valeur, et par conséquent toute richesse vient originairement de lui. »

La doctrine de Jean-Baptiste Say a directement inspiré le mouvement dit des « industrialistes ». Charles Comte (gendre de Say), Charles Dunoyer et Augustin Thierry, vont développer une analyse de type historique et sociale : entre ceux qui entreprennent, quelque soit le secteur d’activité auquel ils appartiennent et de l’autre ceux qui détiennent le pouvoir et les privilèges – c’est à dire l’État et les classes privilégiées qui lui sont liées, il y a une opposition irréductible. Ils posent l’existence d’un collectif élargi « d’industriels » (au sens de Say) qui luttent face à ceux qui veulent faire obstacle à leur activité ou qui en vivent de façon improductive par des rentes.

Un autre disciple de Jean-Baptiste Say, Adolphe Blanqui, qui lui succéda à la chaire d’économie politique au Conservatoire des arts et métiers, écrit dans ce qui est probablement la première histoire de la pensée économique publiée en 1837 : « Dans toutes les révolutions, il n’y a jamais eu que deux partis en présence : celui des gens qui veulent vivre de leur travail et celui des gens qui veulent vivre du travail d’autrui… Patriciens et plébéiens, esclaves et affranchis, guelfes et gibelins, roses rouges et roses blanches, cavaliers et têtes rondes, libéraux et serviles, ne sont que des variétés de la même espèce. » (Adolphe Blanqui, Histoire de l’Économie politique en Europe depuis les anciens jusqu’à nos jours, 1837, vol. 1, p. x.). En bref, l’histoire de toutes les civilisations est celle du combat entre ceux qui produisent les richesses et ceux qui les spolient et non entre les riches et les pauvres comme le pensera Marx un peu plus tard. Dans l’histoire, ceux qui consomment les richesses produites par les autres, sont les véritables prédateurs de l’ordre social : ils forment des entraves à l’industrie, dévaluent la monnaie et confisquent ainsi l’épargne des citoyens. Puis, pour augmenter ses effectifs et donc ses revenus, la classe politique et bureaucratique étend ses activités tous azimuts : au nom du bien commun, elle commence à s’occuper de l’éducation, de la santé, puis de la vie intellectuelle et des mœurs.

En conclusion, Jean-Baptiste Say apparaît comme un précurseur sur de nombreux points. Il a été l’un des premiers à mettre l’accent sur l’action humaine comme clé de la science économique, anticipant ainsi les travaux de l’école autrichienne. Face aux crises, c’est la créativité, c’est-à-dire la capacité des entrepreneurs à ré-allouer les ressources vers des secteurs plus porteurs qui permet d’envisager une sortie. Et s’il fallait retenir une ultime leçon de l’œuvre du génial français, c’est aussi celle-ci : l’entrepreneur est le meilleur ami du pauvre.

À lire :

  • Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique (1803)
  • G.Minart, Jean-Baptiste Say, Maître et pédagogue de l’École française d’économie politique libérale, 2005, Éditions Charles Coquelin

Sur le web

  1. Bonjour

    La richesse de chacun fait la richesse de tout le monde.

  2. « En bref, l’histoire de toutes les civilisations est celle du combat entre ceux qui produisent les richesses et ceux qui les spolient et non entre les riches et les pauvres comme le pensera Marx un peu plus tard »

    Si l’on voulait synthétiser est-ce que l’on ne pourrait pas dire du combat contre l’abus de pouvoir de ceux qui en ont sur ceux qui en ont moins ? Indépendamment donc des producteurs, riches, pauvres, etc … ou encore d’une niveau sociale étatnt donné qu’on peut retrouver cet attitude à n’importe quelle niveau de la société. Le reste n’en étant que les conséquences.

  3. Ah, la fameuse loi de Say.

    Contrairement à ce que dit l’auteur, la phrase lapidaire de Keynes résume assez bien cette loi, mais il faut pour cela : 1. comprendre la loi de Say énoncée par Say et 2. comprendre ce que dit Keynes dans cette phrase. Comme le dit l’auteur, Say explique que des marchandises produites ne s’échangent que contre d’autres marchandises produites. Cela signifie que la demande est entièrement formée par l’offre des marchandises produites. Keynes ne dit pas autre chose lorsqu’il dit « l’offre crée sa propre demande » qu’on peut reformuler par « la demande est créée par l’offre ». Les défenseurs de Say n’aiment pas cette formulation synthétique peut-être parce qu’elle leur paraît absurde mais alors c’est plutôt la loi de Say elle-même qu’il devrait reconsidérer.

    La loi de Say fonctionne assez bien pour une économie de troc, dans laquelle les producteurs vont sur un marché échanger une partie ou toute leur production. Une marchandise s’échange contre une marchandise. On ne peut échanger que des biens déjà produits contre d’autres biens déjà produits. Mais dès qu’on s’intéresse à une économie réelle dans laquelle nous vivons, une économie monétaire on atteint rapidement les limites de la loi.

    Dans nos économies monétaires, les échanges marchands (en tout cas la quasi-totalité) se font contre de la monnaie. Say évacue la question en expliquant que la monnaie utilisée pour un échange provient d’un échange de sa production fait précédemment qui a permis d’en acquérir, ce qui lui permet de maintenir sa loi en faisant de la monnaie un simple « voile ». Mais en réalité, dans nos é4conomies, la monnaie provient certes des échanges qu’on a pu faire précédemment mais également du crédit et lorsque je parle de crédit je ne parle pas du crédit adossé à l’épargne (car là encore la loi de Say marcherait) mais du crédit non couvert par l’épargne. Et là, la loi de Say est violée : on n’échange plus des marchandises contre des marchandises ni des marchandises contre de la produit acquise par la vente d’autres marchandises mais contre de la monnaie créée « ex-nihilo ». On peut déplorer cela, mais c’est porter un jugement normatif et non pas descriptif du fonctionnement de l’économie réelle. Pour synthétiser, dans l’économie réelle, la loi de Say ne s’applique pas.

    Une des conséquences de la loi de Say (ou de sa généralisation sous la forme de la loi de Walras) comme le dit l’auteur, c’est l’impossibilité des crises de surproduction, s’il y a surproduction dans un secteur, c’est compensé par une sous-production dans un autre, autrement dit si l’offre est supérieure à la demande dans un secteur c’est compensé par une demande supérieure à l’offre dans un autre, ce qui avec un système de prix flexible conduira à un ajustement (une baisse des prix dans le premier secteur et une hausse dans le second). Un exemple simple semble nous indiquer que c’est raisonnable de penser ainsi : imaginons une économie dans laquelle ne sont produite que deux types de céréales, blé et maïs. Si la demande en blé chute par rapport à l’offre produite, par exemple parce qu’il est de moins bonne qualité ou parce que on s’aperçoit que le maïs est meilleur pour la santé, cela va se traduire par une hausse de la demande pour le maïs, le prix du blé diminuera et le prix du maïs augmentera. Maintenant, au lieu du marché du maïs, prenons le marché des engins agricoles. La loi de Say (Walras) nous dit que si la demande en blé diminue, la demande en machine agricole augmentera. Cela paraît assez curieux. En effet, on voit mal pourquoi un agriculteur qui constate que les gens mangent moins de blé, qu’il a donc besoin de moins produire irait acheter de nouvelles machines, on aurait plutôt tendance à penser que si la demande en blé diminue, la demande en machine agricole diminuera ou au minimum n’augmentera pas. On aura donc une crise de surproduction globale et non pas sectorielle.

    Enfin dernier point sur l’échange. Si on lit bien Say, on s’aperçoit qu’en fait une des conséquences de sa loi c’est qu’on ne peut s’enrichir sauf à voler ! Pourquoi ? Tout simplement parce que dans la loi de Say un agent A échange une marchandise A contre une certaine somme d’argent M, puis utilise cette somme d’argent pour acheter une marchandise B qui a donc la même valeur que A. Notre agent ne s’est pas enrichi sauf à avoir une conception curieuse de l’enrichissement ! Cela provient de l’erreur de Say puis de tous les néoclassiques qui confondent valeur d’usage et valeur d’échange, une distinction que pourtant même Aristote faisait.

    1. mais quel prechi precha abscons
      vous avez juste oublié en chemin dans votre raisonnement: valeur d’utilité, gains de productivité et innovation, une paille…

      1. développez un peu. Vous savez il ne suffit pas de juxtaposer des notions pour faire un raisonnement. Dans votre cas ça ne risque pas d’être abscons, il n’y a rien à comprendre.

    2. Bonjour

      Post intéressant.

      Je n’ai pas très bien compris l’analogie marché du blé et marché des engins agricoles.
      On parle de création monétaire, je n’ai pas trouvé d’info sur la taille respective masse monétaire ‘créé’ vs masse monétaire épargne (car elle existe).
      Say nous dit seulement que ‘au final’, on échange tjs un bien contre un autre.
      Quand une surproduction il y a, est-ce une surproduction de biens ou une surproduction de crédit?

      1. Bonjour,

        merci de votre réponse et de votre critique constructive (je dis ça car ce n’est pas le cas de tous les internautes). Je vais essayer de préciser et d’expliciter les points que vous soulevez.

        1. Concernant le passage sur les marchés du blé, du maïs et des machines agricoles.

        (a) Imaginons une première économie dans laquelle il ne s’échange que deux marchandises, du blé et du maïs (c’est une économie ultra-simple et non réaliste mais ce n’est pas ce qui m’importe ici, je cherche simplement à illustrer la conséquence de la loi de Say (et de sa cousine la loi de Walras) qui conclue à l’impossibilité de crises de surproduction globale). Commençons par imaginer que nous sommes à l’équilibre : les offres de blé et de maïs correspondent parfaitement avec la demande pour ces marchandises respectives, Tout ce qui est produit est consommé. Imaginons maintenant que la demande en blé chute, parce qu’on s’aperçoit que le maïs est meilleur pour la santé, symétriquement la demande pour le maïs va augmenter. Il y aura surproduction dans un secteur mais compensée par une sous-production dans un autre, dans pas de crise de surproduction globale. Un système de prix flexible permettra de revenir rapidement à l’équilibre : le prix du blé baissant et le prix du maïs augmentant, les agents arbitreront et certains préféreront acheter du blé même si moins bon pour la santé parce que moins cher et d’autres préféreront acheter du maïs plus cher mais meilleur pour la santé, tout cela en fonction de leurs préférences. La conséquence de la loi de Say est respectée.

        (b) Imaginons maintenant une économie dans laquelle il ne s’échange que deux marchandises, du blé et des machines agricoles. Là encore imaginons que nous sommes à l’équilibre. Puis la demande pour le blé diminue (par exemple parce que celui-ci est plus nourrissant, les naissances diminuent donc moins de personnes (inactives) à nourrir), pour qu’il n’y ait pas crise de surproduction globale, cette baisse de demande devrait se compenser (comme pour l’exemple (a)) par une hausse de la demande pour les engins agricoles. Or il paraît insensé qu’un producteur de blé achète de nouvelles machines (pour produire davantage) alors que la demande pour sa production diminue. Il paraît bien plus raisonnable de penser que la demande en nouvelle machine va diminuer ou rester stable. On sera alors là dans une crise de surproduction globale(la surproduction dans un secteur n’étant pas compensée par la sous-production dans un autre).

        2. Il n’est pas étonnant que vous n’ayez pu trouvé d’info sur monnaie créée et monnaie épargnée puisque la monnaie créée est injectée dans le circuit économique et se retrouve sur des comptes. Pour avoir une idée de ce que je nomme la monnaie créée, il faut regarder les différents agrégats monétaires (M0, M1, M2 voire M3). Pour faire simple M0 représente les pièces et billets (la « vraies monnaies si on veut), M1 représente M0 auquel on ajoute les chèques, les mouvements par CB ou encore les virements, sur les comptes bancaires courants (ces instruments monétaires permettent d’effectuer des transactions sans avoir besoin de disposer des pièces et des billets de M0, c’est pour cela qu’on parler de monnaie « ex-nihilo »).

        3. « Say nous dit seulement que ‘au final’, on échange tjs un bien contre un autre. » Justement c’est là que Say se trompe. Il a déjà conscience que dans les faits on échange une marchandise contre de la monnaie. Mais il nous dit que cette monnaie n’est que la contrepartie de la vente d’une marchandise. Or vous conviendrez qu’on peut acheter des marchandises en disposant d’un crédit, c’est à dire en échange de monnaie qui ne provient pas de la vente de marchandises. Vous me direz mais ce crédit devra être remboursé ce qui ne pourra se faire que par la vente future de marchandises. C’est en partie vrai mais cela montre seulement que la loi de Say n’est valide que sur une période quasi-infinie (puisqu’on parle de marchandises produites dans le futur), ce qui ne nous aide pas tellement à comprendre le fonctionnement de l’économie réelle. D’autre part, il y a tout de même certains crédits qui ne seront jamais remboursés (malhonnêteté ou tout simplement mort du débiteur) ce qui signifie donc que certains échanges ne se feront pas contre une autre marchandise puisque la marchandise qui aurait dû être vendue ne l’a pas été.

        4. Lorsque je parle de surproduction, je parle de surproduction de biens, je me place dans le cadre d’application de la loi de Say c’est à dire que je fais l’hypothèse non réelle qu’il n’existe pas de crédit ex-nihilo.

        J’espère que j’aurai pu expliciter ma pensée.

        1. J’ai tjs du mal avec votre exemple avec deux produits en vente sur un marché, le blé peut trouver de nouveaux débouchés, les machines agricoles être recyclées en voiture (Peugeot était initialement des meuniers).
          Votre exemple est statique et l’économie (les relations humaines ) est dynamique et métastable, mais enfin admettons.
          Un marché peut-être saturé par des mauvais investissements, la seule solution c’est la faillite des acteurs qui ont pris des mauvaises décisions.

          Dommage de ne pas avoir de réponses sur le quotient création monétaire/épargne. Tout est épargne ou tout est création monétaire? la réponse est d’importance.

          Vous dites:
          « Et là, la loi de Say est violée : on n’échange plus des marchandises contre des marchandises ni des marchandises contre de la produit acquise par la vente d’autres marchandises mais contre de la monnaie créée « ex-nihilo ». »
          Une création monétaire est en général gagée sur un bien lui bien réel (hypothèque, usine ect.. on ne prête qu’au riche. Avec de l’argent emprunté (créé), on a bien un échange d’une marchandise contre une reconnaissance de dette via le banquier gagé sur un bien bien réel. Essayez d’emprunter 100k € à votre banquier uniquement sur votre bonne mine..

          Sauf l’état qui emprunte sans gage, mais tout le monde sait que l’état est tjs prioritaire et sera le dernier à faire défaut. Donc oui la loi de Say ne marche pas pour l’état. 🙂

          1. (a) A propos de mon exemple sur le blé et les machines agricoles. Bien entendu, on peut toujours ajouter des hypothèses supplémentaires « ad hoc ». Mais ce qui importe dans mon exemple c’est que la loi de Say peut être violée sans faire appel pour l’expliquer à une quelconque intervention étatique. Si la loi de Say était respectée, la baisse de demande en blé devrait être compensée par une hausse de la demande en machine agricole, or il semble illogique que cela se passe ainsi. Mon exemple n’est bien sûr pas réaliste (comme quasiment tous les exemples en économie notamment classique et néoclassique), il montre juste les limites de la loi de Say.

            (b) Lorsque je parle de crédit non couvert par l’épargne, je fais référence au système des réserves fractionnaires. Une formulation plus précise aurait été : « crédit non TOTALEMENT couvert par l’épargne ». Vous avez donc raison lorsque vous dites qu’une création monétaire est tout de même adossée à un bien ou une épargne existante, mais pas totalement. Il y a donc une partie qui est créée « ex-nihilo ». D’autre part, on peut très bien imaginer une création monétaire, un crédit sans aucune garantie, d’un point de vue purement économique rien ne l’empêche, les outils sont là. Ce qui l’empêche, c’est la coutume et les lois. Mais même si vous emprunter 100 000 euros à votre banquier en gageant votre maison qui est estimée à 100 000 euros, il y a tout de même création monétaire puisque vous ne vendez pas votre maison. Ainsi, vous obtenez 100 000 euros mais vous pouvez aussi ensuite votre maison à quelqu’un d’autre et en obtenir 100 000 de plus ! Il y a bien eu création monétaire puisque si vous aviez juste vendu votre maison à la banque vous n’auriez eu que 100 000.

  4. Superbe de clarté. Un pays ne sera jamais riche en appauvrissant ses citoyens au nom de l’égalité.

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