L’UNEF, armée de réserve de la gauche conservatrice

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique

Par Éric Verhaeghe.

Unef UNL syndicat étudiant (Crédits Rafael Lopez, licence Creative Commons)

Manifestation de « syndicats » étudiants (Crédits : Rafael Lopez, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Manuel Valls a annoncé le report du projet de loi El-Khomri hier, en partie dicté par la menace d’une grève étudiante organisée par l’UNEF. Le spectre d’un mouvement comparable à la grève contre le CPE, qui avait paralysé Dominique de Villepin, a fait son petit effet : le gouvernement temporise par crainte d’être emporté, dix ans après celui qui voulait succéder à Jacques Chirac, par une tourmente analogue.

L’ironie de l’UNEF

Il existe pourtant une différence majeure entre la situation de Dominique de Villepin et celle de Manuel Valls : le premier n’était guère courtisé par la gauche, alors que le second ressemble pour ainsi dire à une émanation naturelle de l’UNEF. Le Parti socialiste s’est longtemps appuyé sur le turbulent syndicat étudiant. Le gouvernement Ayrault l’a abondamment utilisé. Manuel Valls a commis la faute de goût de se le mettre à dos.

Telle est l’ironie de l’UNEF : après avoir fait trembler de nombreux gouvernements de droite, elle terrorise aujourd’hui un gouvernement de gauche, au nom de la défense des intérêts acquis.

L’UNEF face à Manuel Valls

Manuel Valls ne peut, dans cette affaire, que s’en prendre à lui-même, même si aucun Français de bonne volonté n’aura envie de l’en blâmer.

Vis-à-vis de l’UNEF, Valls a en effet multiplié les erreurs tactiques. La première d’entre elles a consisté à ne pas recruter le président sortant du syndicat étudiant au sein d’un cabinet de son gouvernement. Jean-Marc Ayrault avait été plus « tactique » en donnant un bureau à Jean-Baptiste Prévost, membre du cabinet Fioraso après un mandat confié par Nicolas Sarkozy au Conseil Économique, Social et Environnemental. Valls a conservé Prévost, mais n’a pas fait de geste pour ses successeurs.

L’autre erreur de Valls est moins visible, mais tout aussi sensible. Le Premier ministre a cautionné l’absorption de l’ex-MNEF, devenue LMDE, par la mutuelle Intériale, dont la police constitue le terreau habituel. La LMDE, sauvée in extremis de la faillite, était une sorte de pouponnière annexe de la MNEF et du Parti socialiste, par laquelle sont passées des figures bien connues, dont celles de beaucoup de frondeurs.

En maltraitant ces petites habitudes, Manuel Valls ne s’est pas fait que des amis.

L’UNEF et l’amnésie de Valls

Pourtant, Manuel Valls connaît le poids de l’UNEF dans la contestation, et il sait combien elle peut être compromise, voire corrompue, dans les décisions. Il en fut lui-même un militant, pendant que son ami proche, Alain Bauer, en devenait vice-président. Notre Premier ministre connaît donc très bien le poids du syndicalisme étudiant et les risques qu’il peut représenter pour un gouvernement qui veut réformer sans le ménager.

On restera donc un peu interloqué par ce défaut d’autorité de Manuel Valls sur une mouvance qu’il connaît, dont il est issu, et qu’il aurait pu aisément contrôler par quelques cadeaux qui font toujours plaisir.

Au besoin, si sa mémoire lui jouait des tours, Jean-Christophe Cambadélis, lui-même issu de l’UNEF après un passage chez les trotskystes de l’OCI aurait pu lui rafraîchir quelques souvenirs sur la méthode à suivre. Rares sont en effet les présidents de l’UNEF à avoir échappé à leur destin d’apparatchik du parti. Sauf les deux derniers, qui semblent en carafe dans la rade de Solférino.

L’UNEF, force supplétive de la gauche de la gauche ?

La destin de la loi El-Khomri montre en tout cas que l’UNEF a retourné ses armes contre le gouvernement, ce qui n’est pas très bon signe pour le Premier ministre, ni même pour le Président de la République. Le syndicat étudiant s’était en effet montré jusqu’ici conciliant (surtout avec Jean-Marc Ayrault) et plutôt discipliné. Sa jonction avec l’intersyndicale constitue une fracture incontestable dans le rapport de force interne à la gauche, et laisse à penser que la dernière année du quinquennat sera sanglante pour François Hollande, et pour le pays tout entier.

Démonstration est faite que des années de subventions et de petits cadeaux peuvent être réduites à néant en quelques semaines.

Sur le web

  1. En lisant cet article, on se dit qu’i n’y a aucune chance de réforme e France. Tout essai pour transformer les « acquis » se traduira immédiatement par des mouvements de rue et des manipulations par l’extreme gauche, et finalement la reculade du gouvernement quel qu’il soit. Nous sommes loin de la démocratie.

    1. La France ne peut être terrorisée par une minorité de bébés-staline qu’a cause du manque de démocratie.
      Toutes ces corporations proches des princes seraient balayées en cas de référendum.

    2. Oui et non, il serait tout a fait possible de réformer ce pays. Mais les politiques ont tout le temps cette envie de cliver la population, la seule solution pour creer un climat de crainte… ou bien ce sont juste des abrutis, chacun choisira.
      Sur le fond, si nous faisions une seule loi, une seule, ou l’on communique uniquement sur celle-la… ou par exemple nous prenions uniquement le cas du référundum d’entreprise. Ou il suffit de dire aux gens « voila, cette loi est présenté pour mettre en palce le référundum d’entreprise, qui permettra a chaque salarié de négocier avec l’entreprise et seul un accord majoritaire sera pris en compte, donc plus un accord d’un syndicat minoritaire »… et bien 95% des gens soutiendraient cette loi… mais voila, comme d’habitude, on mélange, tous les sujets, on mélange ce sujet avec des taux horaires,… bref un truc ou chacun va voir qu’il peut perdre quelque chose.
      Comme la loi macron, qui a mélangé le statut des notaires, des taxis, des dimanches travaillés,… qui a levé des protestations… si au lieu de débattre du travail du dimanche, on avait juste permis le référundum d’entreprise, le probleme serait réglé… mais voila on mélange tous les sujets, meme ceux qui n’ont aucun rapport, ni idéologiquement, ni techniquement, ni financièrement.

      La France réussira a s’en sortir, le jour ou elle rédigera des lois unique, sur un seul sujet… mais on est en France, pays qui aime le clash.

      1. Ne croyez-vous pas que le Parlement vote déjà trop de lois, dont beaucoup ne recevront jamais leurs décrets d’application?

        La loi Macron était certes un fourre-tout, destinée à éviter un passage en 49.3, mais aussi destinée à ce que chacune de ses composantes ne soit l’objet de milliers d’amendements.

        A mon sens, une réforme de la législature limitant le nombre d’amendements – et du temps de parole – accélérerait grandement le processus entre le dépôt d’une proposition de loi, ou d’un projet de loi et le vote.

        1. Je ne demande pas qu’on vote plus de lois, mais qu’on sépare les lois. Aujourd’hui on fait un fourre tout et par définition, plus vous mettez de choses, plus vous accumulez des opposants, plus vous accumulez des opposants, plus ce sont eux qui vont parler médiatiquement, plus votre projet va etre annulé. Le 49.3 qui est un outil parfaitement anti-démocratique, et qui ne devrait pas exister, ne pourra pas etre utilisé 2 fois, enfin je pense, que ceci devient inconcevable… remarque on a tellement avancer dans l’anéantissement de la démocratie, que rien ne m’étonnerait désormais avec ce gouvernement.

          Discuttez de chaque loi a l’unité et il y a toutes les chances que beaucoup de projets passent… alors que la, c’est du n’importe quoi, au pire ils vont tout annuler, et au pire encore… ils vont changer la nature meme des projets, donc cela n’aura aucun sens, et va meme aller a contre sens de ce qui était prévu.

  2. Ils sont mignons ces bébés socialistes de l’UNEF. Pour les plus ambitieux, une vague licence en droit, puis immédiatement un poste de permanent dans le parti ou des associations, un poste d attaché parlementaire. Puis des mandats électoraux à vie, avec des idées courtes, mais de vraies certitudes. N’est ce pas les Désir, Hamon, Cambadelis, Julliard, Dray et tous les autres.

    1. Lomo: « Ils sont mignons ces bébés socialistes de l’UNEF »

      Si on prend en compte les dégâts incommensurables qu’ils vont causer; millions de chômeurs, asséchement du marché du travail, bas salaire, pauvreté, ils sont tout de suite moins mignon.

  3. Je n’ai jamais compris l’existence même des syndicats étudiants. Depuis quand les étudiants ont besoin de syndicats? Ils ne sont pas travailleurs que je sache. Qu’ils soient représentés au sein de leurs universités et écoles je peux l’admettre, mais leur syndicalisation est ridicule.

    1. Il y a de jolies subventions pour ceux qui gagnent les élections à la fac.

      Et pour l’avoir vécu il y a 25 ans, les officines marxistes contrôlent également ces farces que sont les recrutements pour l’Ofup.

  4. L’objectif des trots est la révolution. Ils ne peuvent plus s’appuyer sur un prolétariat ouvrier que la mondialisation a fait disparaitre. La masse de manoeuvre idéale est constituée aujourd’hui par les laissés pour compte que la faillite du système éducatif a projetés dans le chômage ou des petits boulots sans rapport avec la « qualification » qu’ils pensent avoir acquise, avec ou sans diplôme, dans l’enseignement supérieur. Toute réforme, qu’elle soit sur le système éducatif ou sur code du travail, qui restreint le volume de cette masse de manoeuvre sera vigoureusement combattue, n’en doutons pas, et cela avec une volonté délibérée de faire monter la violence vers les extrêmes. On ne peut s’empêcher de faire des rapprochements avec des situations qu’ont connues certains pays, tel par exemple le Chili avant la prise du pouvoir par les militaires.

    1. Jean-Pierre: « sans rapport avec la « qualification » qu’ils pensent avoir acquise »

      ‘Le tigre est en eux’ leur martel la pub et nos élus qui les courtisent comme de vieille putes rabougrie.

      Entre la glorification indue de la médiocrité et le discrédit jeté sur le ‘bas peuple’ des siècles passé il devrait y avoir une moyenne.

  5. La différence d’il y a soixante ans et plus, est qu’à l’époque ils avaient fait gréve et que dans un amphi de 200 personnes deux pétasses s’étaient levées et avaient quitté la salle de cours . (1 %)
    On considérait à cette époque que la fac était un lieu d’études et non un lieu de propagande politique.
    Petit détail le président des jeunesses communistes de l’époque démissionna a la fin de ses études pour aller vivre dans un pays purement capitaliste au Canada. Il avait compris son erreur car il était intelligent et honnete

  6. Tout ce petit monde est à vomir !

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