Du sens critique à la superstition

Publié Par Emmanuel Brunet Bommert, le dans Philosophie

Par Emmanuel Brunet Bommert

 

C’est un fait établi que tout Homme, même le plus instruit et le plus sage du monde, basera toujours son jugement sur des informations incomplètes et incertaines. La faute au principe qui veut que l’humanité ne soit pas douée d’omniscience. C’est une évidence, qu’un personnage ayant l’esprit critique apprend à accepter comme une marque d’humilité nécessaire à la conclusion de sa formation. C’est précisément parce que nous ne pouvons pas être entièrement certains de nos connaissances qu’il ne faut jamais hésiter à faire preuve de prudence.

De l’ignorance

Une telle conduite n’est comprise qu’aux portes de l’entendement, lorsque s’approche cet instant où nous nous retrouvons seuls devant une immensité d’ignorance, sans maître pour nous guider plus avant. Ce jour-là, la vie de l’étudiant cesse pour laisser sa place à celle du chercheur, qui ne peut plus reposer sur les travaux des anciens mais sur son seul jugement. Toutefois, qu’en est-il de ces multitudes qui n’ont pas encore touché ce degré d’excellence, qui n’ont pas développé leur sens critique à son niveau de maturité ? Bien malheureusement, en l’absence d’une formation adéquate, leur sort sera funeste.

L’esprit humain est fondé sur une structure rationnelle, s’il rencontre un fait incompréhensible, il va tenter de lui donner du sens, peu importe lequel. Aussi, admettons que nous soyons soudainement frappés par le malheur, nos esprits tenteront naturellement de faire le lien entre les diverses catastrophes qui nous assaillent et d’en déduire que leurs points communs en sont nécessairement la cause probable. L’intellectuel pourvu d’un esprit critique n’y verrait quant à lui rien de plus que de fâcheuses coïncidences, ou peut-être y trouverait-il une cause réelle étayée par des faits.

La superstition

Le penseur dépourvu de jugement, quant à lui, est soumis aux réactions spontanées de son cerveau : il cherchera et trouvera donc inévitablement des raisons aux événements, qu’importe leur véracité. Par exemple, Marc découvre que chaque fois qu’un incident arrive, il portait des vêtements rouges et décide en conséquence de ne plus s’habiller de la même manière. Les catastrophes cessent immédiatement, il en déduit donc que la cause est bel et bien ce qu’il prévoyait et l’intègre comme une réalité du monde. C’est ce que nous nommons une « superstition ».

Ces concepts vont fonctionner comme une infection, une maladie mentale qui se répand à l’image d’un virus, en utilisant les communications pour passer d’un esprit à l’autre. L’affliction conduit à une altération dans le comportement, visible par les aberrations provoquées. Elle s’implante comme une sorte de « vérité » tout à la fois obligatoire, impérative et nécessaire à la survie, en conséquence son élimination est aussi difficile que sa transmission est aisée. Une argumentation parfaitement claire, fondée sur un travail démontrable n’aura pas obligatoirement d’impact sur une personnalité dont les superstitions sont bien implantées : en l’absence de jugement, toutes les explications s’équivalent.

Par nature, l’Homme se méfie toujours de ce qui est « étranger » et privilégiera donc la première réponse qu’il aura acquise. Admettons pour l’exemple qu’il existe une communauté de personnes dont l’esprit critique est déficient. Si ce groupe vient à connaître un quelconque malheur, le premier à découvrir la « cause » va transmettre son opinion à ses semblables ayant confiance en lui, qui appliqueront alors les directives. Il suffira de la moindre amélioration pour que la superstition se répande comme une épidémie. Si certaines sont superficielles, comme s’habiller d’une certaine couleur, porter des chapeaux ou des voiles, d’autres peuvent s’avérer dangereuses. Ce sont ces maladies de l’esprit que l’enseignement philosophique permet d’écarter en grande partie, comme un vaccin à l’acceptation aveugle de l’opinion.

De sérieux risques

Il existe toutefois des risques bien plus sérieux, que l’absence de jugement aide à prospérer. Imaginons la mise en scène suivante : une communauté d’hommes et de femmes paisibles et heureux, à laquelle seule manque l’instruction du sens critique. Ils ne sont pas riches, mais ne connaissent pas le dénuement de la pauvreté. Ils ne sont pas forts, mais nombreux. Un jour, un étrange voyageur s’installe. Tout d’abord circonspects, les habitants sont vite subjugués par ce personnage aux manières inhabituelles. En effet, il est pourvu d’une chose que ces gens ne connaissent pas : le jugement. Alors le jour où une maladie frappe leur village, certains partent le consulter. Il explique que les occupants du hameau voisin provoquent ce désastre par leurs traditions contre-nature et leurs insultes répétées aux esprits. Le mal subsiste pour qu’ils se décident enfin à réagir contre l’abomination en devenant les émissaires de forces invisibles.

Tout d’abord ralentie par les réticences, la superstition se transmet finalement plus vite que la maladie, si bien que des armes sont forgées pour que les hommes partent au combat. Une guerre éclate et le bourg voisin est balayé, ses habitants exterminés. Après quelque temps, la maladie se calme : le salut du village est bien arrivé des réponses de ce vagabond aux connaissances subtiles. Il est proclamé chaman du monde occulte, puis roi.

Mais la vérité est bien différente, puisque jamais le hameau n’avait été responsable et ce « chaman » le sait très bien. Il n’a fait qu’attendre patiemment une catastrophe lui permettant de mettre en place son plan : n’importe quelle explication suffirait, pourvu qu’elle semble véridique et lui permette d’éradiquer ses ennemis. Après tout, personne ne possédait assez de sens critique pour contester son avis. Ce qui comptait à ses yeux, c’est que la catastrophe s’atténue après coup : les faibles d’esprit n’auraient alors plus aucune objection à lui obéir, tandis que ceux qui l’ont chassé de son ancienne demeure nourrissent désormais les corbeaux.

Ces individus doués de jugement, qui ont pourtant décidé d’utiliser leur compréhension dans une optique de domination, sont des « mystificateurs ». Ils sont parfaitement sensés dans leur démarche et les plus doués sont capables de codifier une masse de superstitions fonctionnant à coup sûr. Un magnum opus émerge, formant ce que nous pouvons nommer une « mystique », c’est-à-dire une suite de doctrines mystérieuses et respectables pour l’esprit faible mais sans effet sur le sceptique.

Tant qu’il ne se dresse personne pour contrer la vague mensongère, la croyance se répandra dans toutes les directions comme la variole, uniquement stoppée par une concurrente ou par le courage de quelques philosophes. Après un temps, le mystificateur solitaire cherchera à réunir une congrégation de subordonnés pour l’assister dans sa tâche, des gens prédisposés à l’usage du jugement, en vue de les former. Il leur enseignera suffisamment pour qu’ils deviennent au moins aussi talentueux que lui, mais jamais assez pour qu’ils remettent en cause le dogme originel. Ces personnes deviennent des initiés, ses prêtres.

Lorsqu’il décédera, ce sera l’un de ses disciples qui prendra sa place. Parfois immédiatement après cette mort parfois seulement après quelques générations, l’un des prêtres ajoutera une nouvelle doctrine par-dessus la précédente. La mystique, devenue institution traditionnelle, s’est faite religion. S’il est vrai qu’un culte peut contenir une importante part d’authentique spiritualité et même l’essence de la rationalité, ce ne sont là que les reliquats de l’honnêteté passée du mystificateur. Le reste du dogme n’est que pure superstition, organisée de la plus méthodique des manières afin d’obtenir un maximum d’impact.

C’est là qu’émerge la première corrélation entre le religieux et le politique : tous les temples de l’antiquité eurent une importance civile majeure, largement supérieure à leur valeur culturelle ou spirituelle supposée. Dans la plupart des régions du monde, jusqu’à l’avènement de l’État centralisé tout du moins, presque tous les conflits se réglaient devant un prêtre. Ce n’est que parce que le pouvoir religieux est resté fort jusqu’à tout récemment que la puissance politique fut contrariée, voire totalement stoppée durant des siècles. Toutefois, la période des lumières instaura le discrédit religieux comme un socle de la société moderne, laissant au pouvoir politique un boulevard ouvert à son usage exclusif.

Le succès des « idéologies » peut commencer.

  1. Je reste sur ma faim. La fin du texte me semble un peu rapide par rapport au début trop étalé. Je ne comprends pas bien où vous voulez en venir et quelle conclusion philosophique ou politique on doit en tirer.

    Je me suis toujours demandé dans quelle mesure votre « chamane » était un pur manipulateur ou croyait en grande partie à ses prêches et même se sentait investi d’une mission. Vous parlez d’ailleurs de « l’honnêteté passée du mystificateur » dans l’avant dernier paragraphe (expression contradictoire).

    Les politiciens me semblent en outre plus manipulateurs que les mystiques. Tout en se sentant quand même investi d’une mission – et surtout d’un ego démesuré. Je déteste la fascination pour les hommes politiques du passé affichée en particulier par certains journalistes : quelques soient leurs réussites ou leur empreinte sur l’histoire, celles-ci résulte du hasard pour une grande part (et donc ne nous apprend rien pour le présent), et la célébration de l’ego d’une autre personne n’a pas de sens.

    Les mystiques me semblent avant tout des catalyseurs d’une opinion diffuse. La principale différence avec les politiques résidant dans l’aspect conservateur de la doctrine enracinée dans son fondement. Au final, entre le conservatisme religieux et le progressisme chaotique politicien, je me demande vraiment ce que le « sage » devrait préférer ? Et surtout comment il doit réagir face à l’absurdité de la doctrine, quelle soit politique ou religieuse ?

    1. @ Pragmat,
      j’étais comme vous; comment me disais-je s’arrêter sur le conflit entre la pensée (supposée rationnelle) et la superstition (dont l’irrationnalité est due au fait qu’il s’agit de la pensée des autres).
      puis vint la conclusion :
      « Le succès des « idéologies » peut commencer ».

      En effet, la frontière entre vrai (dit rationnel) et faux (irrationnel) vient essentiellement du prisme à travers lequel est vu le réel.

      Marx nous explique bien que ce prisme ou « ‘idéologie dominante » qui n’est autre que « l’idéologie de la classe dominante » !

      Notons que jusqu’au XVIIIme siècle, la classe dominante a son clergé … qui instruit le peuple par un sermon de 15 mn/semaine.
      Aujourd’hui, le clergé formé (à débattre) dans les Instituts de Science Po et écoles de Journalisme dispose de 4H/jour de TV !
      Sans évoquer les 20 ans de formatin initiale (interrogez Najat ou Peillon).
      Détrminer le contour de la classe dominante (HyperClass) !
      Vous avez 4 heures.

      1. Avec les 7 péchés capitaux ou les 12 commandements, c’était plus simple et une petite piqure de rappel le dimanche suffisait. Les politiciens font tellement compliqué qu’ils ne parviennent même plus à se mettre d’accord au sein de leur propre parti. Alors 4H par jour de sermon télévisuel ne suffisent plus. C’est l’inflation …

  2.  »
    Toutefois, la période des lumières instaura le discrédit religieux comme un socle de la société moderne, laissant au pouvoir politique un boulevard ouvert à son usage exclusif.

    Le succès des « idéologies » peut commencer.
     »
    C’est faux.
    Pas dans le sens « idéologique », mais dans le sens « peut commencer »; puis que l’idéologie ne s’est jamais arrêtée. Le pouvoir religieux était un succès idéologique, c’en était même un triumph.

    Les idéologies font parti des moteurs de l’humanité, et sont même un facteur culturel et identitaire fort. Combattre l’idéologie, c’est combattre cet instinct animal qui nous anime.

    1. L’idéologie instinct animal de l’humanité ? C’est osé, mais pourquoi pas. Mais dans ce cas la lutte pour le pouvoir, la différentiation des rôles hommes/femmes, la violence, voir le génocide sont des instincts animaux qui nous animent.

      Et en matière d’instinct, il me semble que l’on ne peut ni leur donner libre court, ni les réprimer. Mais juste les détourner et les sublimer.

      1. @ pragmat

        « Et en matière d’instinct, il me semble que l’on ne peut ni leur donner libre court, ni les réprimer. Mais juste les détourner et les sublimer. »

        Voilà qui est à la fois très bien dit et « moralement » exact, que l’on considère la morale de façon négative (inhiber la pulsion instinctive) ou positive (sublimation).

        Cet article est étonnant: notre manque d’omniscience doit nous conduire à la « prudence », ce qui devrait nous dispenser de nos « jugements » définitifs inutiles. S’en suit le contraire dans l’article, sans respecter ce doute nécessaire!

        1. D’un point de vue philosophique (mais aussi pratique), je suis fasciné par le nombre de « choses » que l’on a gravées en nous – sans savoir comment elles sont codées dans le génome humain, sans clairement avoir identifié la part génétique et sa traduction culturelle.

          Ce que nous sommes a du être figé par la nature il y a un million d’années. Le succès de l’espèce humaine (par rapport à d’autres humanoïdes ou même des grand singes) doit surement autant à nos traits de caractère qu’à notre intelligence pure – mais en contre partie, nos travers doivent découler de ces mêmes traits de caractère.

          Du coup, si j’ai une inquiétude pour l’espèce humaine en générale, elle ne réside pas dans des événements particuliers (climatique, raréfaction de ressources, politique, utopies, moeurs, etc …), mais dans la question : ce que nous sommes et a constitué une stratégie gagnante à l’état primitif quand l’humanité était composé de tribus est-il encore viable quand le monde devient global. Sommes nous condamnés à rester groupés en clans et à réécrire perpétuellement l’histoire sanglante de ces clans, ou bien la destinée de l’humanité peut-elle dépasser la condition dans laquelle elle a émergé ?

          Et qu’importe les milliards de crânes fracassés passés, présents ou futurs – notre entendement ne nous permet plus de réfléchir avec de tels ordres de grandeur – si on n’a pour ambition que de maintenir les choses en l’état sans un but pour l’humanité et un sens à sa présence sur terre. Les religions nient notre nature animale et s’attachent plus au comportement individuel dans la méthode et le but. (Mais pourquoi le comportement individuel serait-il un but en soi ?) La politique est toujours centrée sur le clan, la gestion du présent et l’arbitrage entre les intérêts individuels, sans aborder du moins officiellement la question de notre nature profonde. Pourquoi devrais-je sacrifier la moindre parcelle de mon individualité (autrement que par calcul) à la religion ou à un engagement politique qui n’abordent que des questions superficielles mises en avant par intérêt par d’autres et manipulatoires car basées sur la peur (de la mort, de la maladie, de l’inconnu, de l’avenir, de la pauvreté, etc …)

          1.  »
            Pourquoi devrais-je sacrifier la moindre parcelle de mon individualité (autrement que par calcul) à la religion ou à un engagement politique qui n’abordent que des questions superficielles mises en avant par intérêt par d’autres et manipulatoires car basées sur la peur (de la mort, de la maladie, de l’inconnu, de l’avenir, de la pauvreté, etc …)
             »

            Pour moi, ce ne sont que des traits de caractères qui ont été sélectionnés, car les plus efficaces depuis des millions d’années.
            Ce n’est pas trop sublimer sa nature qu’il faudrait, mais plutôt la transcender.

             »
            Et qu’importe les milliards de crânes fracassés passés, présents ou futurs
             »
            Il y aura toujours une vaste différence de considération entre des millions de cranes – les autres – et mon crane, fut il unique.

      2. @pragmat
         »
        Mais juste les détourner et les sublimer.
         »

        Oui. encore faut il en avoir conscience. La raison est au service de l’émotion, et non l’inverse malheureusement.

         »
        Mais dans ce cas la lutte pour le pouvoir, la différentiation des rôles hommes/femmes, la violence, voir le génocide sont des instincts animaux qui nous animent.
         »
        Les singes en sont la meilleur démonstration.

  3. Je n’aime pas beaucoup cet article, qui, paradoxalement est finalement assez idéologique. et manichéen.

    il est assez … superstitieux ;-). L’histoire du shaman trompeur qui prend le pouvoir et devient roi, c’est un beau conte rationaliste, mais les rares traces anthropologiques dessine une image très différente : le roi, c’est un étranger (de naissance ou par son parcours atypique) et c’est celui qui paye, de sa vie ou de sa chair (Œdipe, Agamemnon et iphigénie, …) une « faute » qui n’a rien d’ordinaire. Un membre du clergé devenir roi ? non, ça n’arrive pas. Dans le genre d’histoire que raconte l’article, le roi, ce serait plutôt un nourrisson recueilli dans le village exterminé, mis en cage, une cage doré, parce qu’il est apte à servir de talisman (si la maladie ne revient pas, on sait grâce à qui) et de fusible (si elle revient, on sait d’où vient la faute …).

    Et il oublie que la superstition est efficace. Éviter les lépreux les homosexuels par superstition, parce qu’ils sont « impurs » ou « maudits par les dieux », ça vous protège effectivement. Et ça vous protège aussi d’éviter leur comportement.
    La superstition, ce n’est au fond que de la proto-statistique qui confonds corrélation et causalité. C’est souvent faux, mais c’est aussi assez souvent juste, suffisamment pour subsister.
    Je ne serai pas maudit si je passe sous une échelle, mais il y a probablement quelqu’un en haut qui fait des choses et qui peut très littéralement me faire tomber une tuile.
    Un chat noir, ça se croise surtout la nuit, dans des coins sombres où il n’y a personne, alors qu’on est soi-même pas au mieux de sa forme (fatigue …). Parfait pour un accident … ou une mauvaise rencontre.
    Les miroirs sont magiques : on y croise un imitateur, et chacun sait combien les imitateurs sont pénibles et énervants (recette pour énerver quelqu’un : répéter ses gestes ou ses paroles). En plus ils sont fragiles et sont longtemps rester très couteux : la superstition fait qu’on éviter de les manipuler sans précaution, et ce n’est pas plus mal.
    Les astrologues, spirites et autres charlatans du même tonneau donnent, au fond, d’excellent conseils, et leurs analyse sont humainement assez fines. Peu importe que le fondement de ses analyses et conseils soit des plus foireux, le client a souvent de bonnes raisons de leur faire confiance.
    Le village voisin n’était évidemment pas coupable du problème médical, mais en attendant les villageois sont contents d’être débarrasser de concurrents économiques (parenthèse : j’ai vu un documentaire avec des images d’archives en Pologne post 45 : de braves femmes y expliquent tout benoitement que les juives étaient bien jolies et que depuis leur disparition, leurs hommes ne peuvent plus les tromper aussi facilement … )
    etc.
    Être superstitieux ce n’est pas être bête ou ignorant. C’est simplement être un humain.

  4. Sauf que les choses se passent dans l’autre sens. Le cerveau humain est le fruit d’une très longue évolution et arrive à une anatomie totalement unique en ce monde (partagée par 7,.. milliards de congénères), de la moelle épinière au tronc cérébral puis au cerveau dit reptilien (thalamus,…) avant de fleurir vers les différents lobes cérébraux qui n’existent pas tous avec le même développement chez chaque animal.
    L’observation accidentelle de volières a fait remarqué récemment que lorsque des pigeons recevaient de la nourriture, ils allaient reproduire de manière stéréotypée les derniers gestes produits avant la livraison de cette nourriture, certains secouant leurs ailes, d’autres se tordant le cou, etc… Les témoins de ces faits ont reproduit ces comportements et se posent la question de « rituels supersticieux ». Les oiseaux et les pigeons ont une trentaine de millions d’années d’existence. Cousins des reptiles, ils ont en plus de petits morceaux de cortex autour de leur cerveau reptilien (lobes temporaux internes, entorhinaux,…). Peut-être une première forme de croyance (dans leur milieu, il vaut probablement mieux croire qu’il y a un danger et s’enfuir que de savoir que le danger vient de vous dévorer).
    A l’opposé, le jugement, le sens critique sont l’apanage des lobes les plus récents avec une architecture particulièrement différente des autres, le lobe frontal qui a connu un développement considérable ne serait-ce par rapport à nos cousins chimpanzés et bonobos. Il a du par ailleurs « apprendre à contrôler » les autres régions cérébrales ce qui dans la gestion quotidienne n’est pas forcément évident. Il est probable que le lobe temporal interne a gardé des fonctions d’alertes tant externes (dangers,…) qu’internes (faim, soif,…). Il est intéressant de noter que dans certaines formes d’épilepsie touchant ce lobe la symptomatologie se manifeste par des délires mystiques.

  5. Cher Monsieur Brunet, … il y aurait tant à vous dire.

    Pour inspirer mes commentaires, aujourd’hui, je me limiterai aux six premieres lignes de votre essai.
    Les voici :
    « C’est un fait établi que tout Homme, même le plus instruit et le plus sage du monde, basera toujours son jugement sur des informations incomplètes et incertaines. La faute au principe qui veut que l’humanité ne soit pas douée d’omniscience. C’est une évidence, qu’un personnage ayant l’esprit critique apprend à accepter comme une marque d’humilité nécessaire à la conclusion de sa formation. C’est précisément parce que nous ne pouvons pas être entièrement certains de nos connaissances qu’il ne faut jamais hésiter à faire preuve de prudence. »

    Pour ma part, (qui ou quoi pourrions-nous mieux connaître que nous-memes?), je vis, je baigne dans une abslolue et permanente certitude… une certitude au sujet d’absolument tout ce que je vis ! Et c’est un grand bonheur…

    Sur ce point, ce qui nous distingue, semble-t-il, c’est seulement votre ignorance du fait que vous aussi, tout comme moi, vivez dans une absolue et permanente certitude.
    Si vous le souhaitez alors je peux vous le montrer.

    Tout part de cette évidence que l’on peut avoir la chance d’apercevoir : je ne doute jamais de vivre ce que je vis.
    Ce que je vis est, precisement, ce que je vis. A=A. Et il n’est pas requis de penser ce que je vis (dans la mesure ou cela serait possible) et pour s’en assurer. En effet, chacun peut constater que c’est dans le présent, cette limite sans dimension entre un passé imaginaire et un futur imaginaire, que l’on vit ce que l’on vit. Nous n’avons pas le temps d’y réfléchir… car le vecu que nous voudrions penser a disparu du temps present (il appartient dejà au passé). La pensée philosophique vit en décallage, dans un temps artificiel, et c’est la vraie raison de son ignorance et de son malheur.

    L’expérience-conscience EST toute entiere dans ce présent sans dimension et il n’est rien dont on puisse faire l’expérience qui puisse y échapper. C’est irrémédiable et absolu. Par exemple, si je doute de la pertinence de ce dernier énoncé alors je doute de la pertinence de ce dernier énoncé (je ne doute pas de bien douter au sujet de la pertinence de cet énoncé).
    Il n’est rien de tout ce que vous pensez, réfléchissez, doutez, imaginez, raisonnez etc… qui puisse s’y soustraire ! Vous vivez ce que vous vivez et vous connaissez ce que vous vivez par expérience-conscience.

    Sachez que c’est l’expérience-conscience (qui est absolument en dehors du champ du doute) qui fonde, comme tout le reste de ce que nous pouvons vivre, la pertinence des expériences spirituelle et mystiques authentiques (ici j’oppose « authentique » aux carricatures que la plupart des simples penseurs aiment penser sans Savoir au sujet desdites expériences).

    Qu’est-ce que l’expérience mystique ? Mais comment prétendre le savoir sans en faire l’expérience ? Pour seulement l’imaginer, les simples penseurs sont condamnés à dépendre des allégories (puisque toute expérience est indicible) de ceux qui y accedent.

    Bref, votre esprit baigne, tout comme le mien, dans une permanente et béatifique absence de doute et, sur cette base, peut s’amuser a douter… mais seulement au sujet de ses abstractions qui ne sont que de l’imaginaire pensant (et dont les philosophes font si ngrand cas…).
    La pensée rationnelle, lorsqu’elle ne fonde pas sur l’expérience-conscience (comme ici) n’est qu’un jeu de l’esprit qui vit dans l’imaginaire pensant. Le sage est celui qui a réussi a se libérer de l’illusion d’une pensée autonome (une qui a banni l’Autorité de l’expérience-conscience, ce qui est la cause de la décheance de la conscience occidentale, telle qu’inscrite lors de sa naissance) entre autres conditions.

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