Google, grand gagnant du monde des robots ?

Publié Par Thierry Berthier, le dans Technologies

Par Thierry Berthier

 

Loi de puissance et Extrêmistan

Le principe du « gagnant rafle tout » (« The winner takes it all ») accompagne les lois de puissance qui interviennent en économie, en finance et dans l’ensemble des processus de création artistique, littéraire ou scientifique. Dès que l’activité humaine opère sur un contexte de concurrence scalable, la loi de puissance agit en déterminant un domaine du « tout ou rien » dans lequel un seul gagnant rafle toute la mise alors que la grande majorité des autres joueurs n’obtient rien. Le philosophe de l’aléatoire et ancien trader Nassim Nicholas Taleb a donné le nom d’Extrêmistan à ce domaine du scalable, du hasard sauvage et des cygnes noirs qui font et défont les empires, les organisations, les structures et les carrières personnelles.

Selon NN. Taleb, l’Extrêmistan coexiste avec le Médiocristan, le territoire du hasard modéré dans lequel les gagnants sont plus nombreux mais ne remportent qu’une toute petite partie du gâteau (les gains possibles sont fortement limités). Le Médiocristan est peu sensible aux cygnes noirs de Taleb et s’accommode assez bien des prévisions issues de la distribution gaussienne.Taleb laisse entendre que le Médiocristan correspond au contexte dans lequel nos ancêtres évoluaient mais qu’aujourd’hui, nous baignons dans un Extrêmistan de telle intensité que la courbe en cloche (la gaussienne) serait devenue, selon lui, dangereuse et nocive lorsqu’elle est utilisée pour réaliser des prévisions. Dans plusieurs de ses ouvrages, NN. Taleb revient sur les processus de création humaine et sur leur rare transformation en success story. Ses réflexions s’appliquent autant à la naissance d’un tube chez une chanteuse débutante qu’à l’émergence d’une innovation technologique de rupture qui va transformer le monde. Le concept d’Extrêmistan s’applique assez bien à la montée en puissance de la robotique et de l’intelligence artificielle et aux rares acteurs/joueurs qui vont rafler la mise.

Le cas de la robotique comme domaine de l’Extrêmistan

La robotique (civile et militaire) connait aujourd’hui une phase de développement sans précédent. Les sociétés leader du domaine comme Boston Dynamics, propriété de Google, contribuent à cette montée en puissance. La dernière vidéo du robot humanoïde Atlas, mise en ligne par Boston Dynamics le 23 février 2016, est à ce titre édifiante. Elle totalise près de dix millions de vues sur Youtube en moins de trois jours. On y voit un robot capable d’ouvrir une porte et de se déplacer en autonomie sur un terrain irrégulier en forêt, enneigé et glissant, tout en maintenant son équilibre et son allure.

Dans la seconde partie de la vidéo, Atlas range des cartons sur une étagère puis subit un test de « stress » au cours duquel un opérateur perturbe volontairement sa mission (celle de ramasser un carton). On constate que le robot, même perturbé, maintient ses fonctionnalités et se montre persévérant jusqu’à la réalisation de son action. Pour finir, l’opérateur fait chuter Atlas mais celui-ci se relève rapidement et redevient opérationnel. Derrière ces images, le message de Boston Dynamics est particulièrement clair : « Mes machines sont résilientes. Elles savent encaisser des perturbations et des stress sans perdre leurs capacités opérationnelles ».

La publication régulière de vidéos dévoilant les performances dynamiques de la gamme de robots (BigDog, Atlas, Petman, Cheetah, Ls3, SandFlea, RHex, RiSE et LittleDog) permet d’affirmer et de référencer mondialement l’expertise et la suprématie de Boston Dynamics dans son domaine. On notera que la totalité de cette gamme de robots est immédiatement déclinable en version militaire. Rien ne dit d’ailleurs qu’il n’existe pas une seconde gamme de machines échappant aux campagnes de communication de Boston Dynamics pour des raisons de confidentialité et de classification… La partie visible de l’édifice technologique demeure à ce jour suffisante pour que Boston Dynamics se positionne en leader mondial. En toute logique, Il faudrait pouvoir visionner l’ensemble des tests réalisés pour chaque mission afin de mesurer avec précision le taux de réussite fonctionnelle du robot sur une tâche fixée… Ces données ne sont pas fournies par le constructeur au grand public. Elles sont logiquement réservées aux futurs acheteurs.

Cette petite incertitude ne doit pas pour autant occulter la réalité des succès technologiques de la filiale de Google. Les Challenges de robotique organisés chaque année par la DARPA (l’Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense) démontrent et renforcent la position dominante de Boston Dynamics sur le marché mondial des robots humanoïdes. Cette pôle-position s’apparente même à une suprématie absolue lorsque que l’on restreint le classement au sous-domaine du déplacement résilient d’une machine civile en terrain irrégulier. Atlas semble ainsi relever (presque) tous les défis du dernier Challenge-Darpa, contrairement à ses cousins issus de la concurrence.1

Cette avance technologique risque bien de ne plus être rattrapable aujourd’hui par une société qui débuterait et souhaiterait s’engager sur le marché. Il est en effet difficile d’imaginer une startup agile et innovante capable de produire un niveau équivalent d’efficacité dynamique et de résilience (sauf à disposer des plans précis et des algorithmes qui animent le robot). Les recherches en amont d’Atlas ont été longues et coûteuses. Elles ont mobilisé les meilleurs ingénieurs et les meilleurs chercheurs mondiaux du domaine. La tutelle de Google a également assuré la pérennité de l’équipe de R&D qui développe la collection « Boston Robotics ». Bref, le marché de la robotique humanoïde répond aux critères de la loi de puissance, du principe du gagnant qui rafle toute la mise, pour longtemps et des règles qui régissent l’Extrêmistan cher à NN Taleb.

Les suprématies convergentes de Google

En supposant que Google ne subisse pas à court terme de partition ou de découpage imposé par les autorités américaines, on peut facilement imaginer que ses différents domaines d’excellence et de suprématie technologique se superposent pour converger vers une gamme de robots dotés des propriétés mécaniques et dynamiques issues de Boston Dynamics et d’une IA créée dans les laboratoires de DeepMind-Google. Ces derniers enchaînent actuellement les performances algorithmiques fondées sur les réseaux de neurones et sur des techniques d’apprentissage profond non supervisé particulièrement efficaces. Atlas 2.0. pourrait alors combiner « la tête et les jambes » en exploitant deux suprématies technologiques complémentaires propriétés de Google. L’accélération en terme d’innovation et l’avance sur les constructeurs concurrents s’en trouverait encore renforcée, illustrant à nouveau les lois de l’Extrêmistan.

Cette suprématie technologique mérite également une analyse stratégique. La robotisation des systèmes d’armes est une réalité qui va bouleverser l’ensemble des doctrines militaires et l’art de la guerre en général. Le champ de bataille (qui est lui aussi régi par les lois de puissance) va voir déferler des unités d’Atlas armés, résilients, déterminés, combatifs et bien plus belliqueux que leur cousin manutentionnaire de carton présent dans la vidéo. L’avance technologique se traduira immédiatement par une avance opérationnelle sur le terrain procurant un avantage tactique et stratégique sur l’ennemi. Bref, c’est aussi sous le feu que le gagnant raflera toute la mise…

  1. Bon article.

  2. Pourquoi les robots seraient-ils l’Extrêmistan plutôt que le Médiocristan ?
    Je suis persuadé que Taleb serait le premier à les classer dans le Médiocristan, tous ces robots qui ne parviennent pas à apporter de rupture et qui se contentent de singer les actions humaines. Taleb qui préfère, comme moi, traîner une valise de bouquins que de lire inconfortablement sur une liseuse électronique…

    Si rupture il y a un jour, elle se produira de manière inattendue, et probablement pas chez Google mais dans un garage ou un grenier. Les concours de robotique, ce sont des figures imposées constructivistes, sans doute passionnantes et formatrices pour ceux qui y participent, mais où la rupture innovatrice n’a ni sa place ni son avenir. Je me demande même s’ils ne sont pas en fin de compte contre-productifs, en confisquant les meilleurs cerveaux au profit de ces exercices convenus chez un leader mondial alors que sinon ils créeraient leur propre startup, future candidate à la succession de Google, avec deux amis dans un garage…

    1. N’est-ce pas là une version un tantinet romantique de l’innovation ? C’est une chose de bidouiller un peu de chimie ou un algorithme dans son garage, c’en est une autre de construire le genre de machines fascinantes que propose Boston Robotics.

    2. Et hop, dès que des progrès technologiques incroyables sont réalisés MichelO arrive à la rescousse du bon vieux temps.
      Vite, revenons 100 ans en arrière pour notre bien à tous !

      Enfin bref, Boston Dynamics est clairement l’Extrêmistan, le début d’une ère où les robots vont révolutionner notre façon de vivre. J’ai hâte!

      1. Et hop, dès que je m’exprime, Akashi, se lance dans l’attaque personnelle et l’affirmation gratuite.
        Pour lui faire plaisir, il faudrait sans doute interdire les livres papier. On pourrait même les brûler en place publique. Je me demande s’il aurait le temps de lire Bradbury et Taleb avant…

        Le problème, c’est que ces grands fanas de technologie sont aussi, à 99%, des gens qui n’y connaissent que ce que leur en ont appris leur prof de philo et leur vendeur de smartphone, mais que forts de leur enthousiasme béat, ils se retrouvent à distribuer des subventions publiques dans les ministères ou à Bruxelles, et à réclamer de nouvelles taxes sur ce qui marche pour financer ce qui ne marche pas mais dont on leur a dit que c’était un progrès merveilleux.

        Franchement, à part l’exercice académique dont je ne nie pas l’utilité, mais qui est forcément limité, en quoi un robot capable d’ouvrir une porte ou de se promener en forêt est-il un grand pas pour le confort et le bonheur humain ? En quoi peut-on comparer ces singeries technologiques de comportements quotidiens humains à l’invention du laser, à l’avènement d’internet, à la clé USB ou même à l’aspirateur sans sac ?
        Notre grand problème aujourd’hui est de consacrer toutes nos ressources intellectuelles et même financières au développement de ce qui impressionne des politiciens ignares et s’inscrit dans un cadre politiquement correct, j’ai participé en tant qu’expert — oui, j’ai une bonne compétence dans le domaine — à suffisamment d’évaluations de projets de R&D nationaux et internationaux pour constater le gaspillage insensé qu’ils constituent, non parce qu’il ne faudrait pas faire de R&D technologique — il faudrait en faire plus, en tout cas de bonne –, mais parce que l’orienter sur la base de politiquement correct et d’enthousiasme béat conduit au pire.

        1. Et je ne pense pas trahir le secret de l’instruction en vous révélant que dans la dernière évaluation que j’ai faite ce mois-ci pour le Research Council Norway, ma principale critique a été de dénoncer le manque d’ambition de la proposition…

        2. « … en quoi un robot capable d’ouvrir une porte ou de se promener en forêt est-il un grand pas pour le confort et le bonheur humain ? »
          Par exemple à disposer de secouristes ou de pompiers qui ne risqueraient pas leur vie (irremplaçable) dans certaines interventions à très haut risque. En gros, la version civile du militaire de terrain.
          Par exemple à disposer d’avatar humanoïde permettant à une personne paralysée de « se déplacer » comme tout le monde.
          Les exemples ne manquent pas : il ne s’agit pas de chercher la rupture technologique, mais d’améliorer la technologie pour lui donner de nouveaux usages.
          Ainsi donc, je suis d’accord avec vous : ca ne vaut pas la « création » d’Internet, des caractères mobiles d’imprimerie ou même le téléphone mobile. Mais ça peut en revanche mériter des fonds considérables et la mobilisation des meilleurs tétés pour rendre utile ce qui n’est jusqu’ici qu’un exercice de labo.

          1. On retombe toujours sur le problème d’affectation des ressources dans un contexte où elles sont finies, et où chaque choix se fait au détriment d’un autre. Le robot secouriste a une utilité trop rare pour qu’on puisse envisager que le coût de son développement et de son exploitation ne serait pas mieux employé ailleurs, sauvant bien plus de vies humaines.
            La seule justification de financer ces recherches est de multiplier les chances de voir apparaître par hasard, au milieu des spécialistes que ça permet de faire vivre, l’idée lumineuse et surprenante qui elle va sauver les vies. La R&D technologique relève du mécénat, pas du backseat driving. Et si vous n’expliquez pas aux financeurs qu’ils sont des mécènes, ils ne manqueront pas de vous conduire, depuis la banquette arrière, là où vous serez trop focalisé sur autre chose pour avoir idée des développements de rupture.

            1. Quoi les ressources sont finies ? Pourriez vous nous démontrer tout ça ?

              1. Si vous êtes libéral, vous le savez, si vous êtes socialiste, vous ne voudrez pas croire la démonstration.

          2. Et n’oublions pas l’exploration spatiale ! Envoyer des humains dans les systèmes solaires avoisinants est difficile, contraignant, mais des robots humanoïdes hyper évolués ? Aucun souci !

            1. Je doute que la technologie puisse le permettre. Pour du spatial, il faut des matériaux comme le rubis et une gravure bien plus grande que les quelques 10 nm actuels. De plus il faut que les connections tiennent le choc des radiations assez longtemps (>10 ans?). En conséquence, la capacité de calcul sera limitée et le robot restera bébête :O

            2. Vous devriez lire : « La stratégie Ender ».

              Pour se battre contre une espèce extraterrestre, la Terre envoie des vaisseaux à des années lumières. Et à leur arrivée, ils rejoignent les vaisseaux bien plus évolués et plus puissants construits et envoyés 30 ans plus tard qui les ont dépassés en chemin …

            3. Si les robots d’exploration spatiale sont superévolués, ils n’y a aucune raison, mais alors aucune, qu’ils soient humanoïdes. A moins de vouloir dépenser du fric pour que ça foire !

              1. Ces robots seraient des ambassadeurs, qui nous représenteraient auprès d’éventuels aliens, vaut mieux qu’ils nous ressemblent .

                1. Qu’ils ressemblent à Fabius ?
                  Au moins, me direz-vous, quand ils seront en panne, on pourra toujours dire qu’ils somnolent 🙂

                  1. Cela c’est Ayrault… Ils seraient perplexes :mrgreen:

            4. Même pas besoin d’aller aussi loin qu’un autre système, depuis la lune es engins serait pilotable. Avec 3sec de ping des algorithmes permettant de faire des parties de tâches sans attendre l’opérateur c’est payant et moins cher que d’envoyer des hommes.

    3. Ce modèle d’innovation créée dans un « garage par deux amis » ne fonctionne plus lorsque la complexité technologique du domaine dépasse un premier seuil (je n’avais aucune chance de découvrir le boson de Higgs dans mon garage…) C’est le cas pour la robotique qui est une affaire de laboratoires de recherches e, d’équipes de R&D de grands groupes industriels. C’est la complexité sous-jacente qui dicte sa loi en quelque sorte et qui éloigne l’innovation des garages. L’innovation Jugaad fonctionnant sur d’autres bases et sur d’autres secteurs industriels…

      1. D’après vous, Higgs l’a découvert où, « son » boson ? En participant à un grand projet de recherche pour trouver un boson, ou par un flash d’inspiration au cours d’une randonnée dans les Cairngorms ?

      2. Mais alors, comment se fait-il que Google ne soit pas une branche de Microsoft ?

  3. Votre vision est trop « orienté produit » , un marché est constitué d’une offre et d’une demande, et c’est le consommateur qui décide au final. Pour l’instant, il n’y a que le produit, le marché est naissant et donc il va falloir trouver le bon « product market fit ». Le meilleur produit ne fait pas les meilleurs ventes, il doit avant tout répondre précisément au besoin du consommateur.

    Dans l »Extremistan » , le « winner take it all »(le gagnant) répond à plusieurs critères : trouver le bon « product market fit » puis exécuter rapidement pour ne pas se faire rattraper par la concurence (time to market), puis innover pour garder une longueur d’avance.
    Or pour l’instant il n’y a pas encore de product market fit, vu qu’il n’y a pas encore de marché, nous sommes donc à l’étape 0 du processus.

    De plus on ne connait pas encore la réaction du consommateur face à une machine qui potentiellement pourrait le remplacer .

    Vous parlez de « scalabiité »: les robots de google sont peut être bon à remporter des concours d’IA s’ils sont bien « entrainés » individuellement, mais est ce que ces robots là sont vraiment scalables ?
    Un robot moins performants mais plus facilement scalable sera plus apte à remporter le marché.

    Avant de remporter un marché, il y a d’autres aléas à prendre en compte : notamment toutes les disruptions qui peuvent émerger.

    Quant à l’avantage technologique, on a déjà vu par le passé qu’il était facilement rattrapable : notamment par le reverse engineering ,la copie ou le passage à la concurrence des ingénieurs.

    Enfin dans le domaine encore naissant de l’IA , du machine et deep learning, l’échelle de rendement peut être exponentielle, dans le sens ou quelques ingénieurs autodidactes et hyper doués peuvent mettre à plat une armée d’ingénieurs surdiplomés.

    En bref , la notion d’extremistan s’applique à un marché et non à un produit, or vous parlez seulement du produit, le marché lui est encore à trouver.

    1. J’approuve votre recentrage « business » sur la question.

      « on a déjà vu par le passé qu’il était facilement rattrapable : notamment par le reverse engineering ,la copie ou le passage à la concurrence des ingénieurs. »

      Pour le passage à la concurrence des ingénieurs : oui – heureusement. Car pour le reverse engineering d’un auto-apprentissage, il pourrait y avoir un problème … Et pour les progrès « fulgurants » de la technologie, je ne suis pas certain que la domination de « US Robots, inc » (la société qui produit les robots d’Asimov) soit un facteur favorable.

  4. Si je comprends bien, le succès de Boston Dynamics consiste à réussir à reproduire ce que la nature a créé il y a quelques millions d’années lorsque la vie animale est sortie de l’eau et a conquis les continents.

    C’est sans doute un grand succès – ce qui démontre en fait l’écart entre le phantasme et la réalisation technologique. Si vous comparez l’aptitude de ces robots par rapport à celles d’un félin domestique banal (un chat pour les intimes), il y a quand même de la marge. Mais surtout ce n’est qu’une des nombreuses briques nécessaires à la réalisation de nos phantasmes technologiques.

    Il faudra donc de nombreuses percées dans de nombreux domaines pour produire de la technologie utile. Ceci doit normalement être possible – à condition que toutes ces recherches trouvent des financement. Mais la nécessaire étroite collaboration de ces briques technologiques me laissent un doute sur la nature du boukistan. Et malgré sa puissance (ou à cause ?), Microsoft n’a su ou pas pu être le moteur en matière d’internet, de mobilité, etc …

    Les « lois de puissance » interviennent aussi dans le domaine de la complexité technologique. La multiplication des outils et des acteurs nous permet de progresser, mais j’avoue être dans le flou pour imaginer comment et quand tout cela peut se mettre en place et comment nous, pauvres humains aux capacités limitées allons le gérer.

    N’oublions pas en outre (il me semble) que l’évolution technologique et l’émergence de ses leaders se fait en parallèle (ou en accompagnement ?) de l’évolution des modèles de Business. Microsoft, Apple, Google et autres ne se sont fait une place au soleil que parce qu’ils ont su créer une synergie entre la technologie et un nouveau business model. Il est peut-être risqué de faire des anticipations sur la technologie sans imaginer quel sera le business model qui va l’accompagner.

  5. Je pense que ceux qui méprisent ces avancées robotiques ont une courte vue. « En quoi un robot qui marche dans la forêt peut-il aider l’humanité ? » Bien sûr.
    Et que se passera-t-il quand, dans un temps très proche, les robots effectueront toutes les tâches de production et il ne restera plus que quelques jobs de maintenance pour 0,1 % de la population ? De quoi vivront les autres ? Comment sera répartie cette production entre tous les humains ? Quand le robot qui marche en forêt sera aussi capable d’abattre les arbres, de débiter le bois et de les transformer en meubles, avez-vous réfléchi au changement de société que cela va représenter ? Quand vous roulerez dans une voiture entièrement construite par des robots et que vous n’aurez plus de travail, avec quel argent achèterez vous cette voiture ?
    En fait le problème aujourd’hui n’est pas la vitesse du progrès technologique, c’est l’absence de réflexion et de vision du futur que ce progrès induira sur la société moderne. De la même façon que personne n’a prévu les conséquences sociétales de l’invention d’Internet, l’absence de réels intellectuels dans les médias fait que nous n’avons que des brasseurs de vent qui discutent en rond d’où pourrait venir la prochaine invention, d’un garage ou d’un labo, alors que le vrai problème est quels changements de société va provoquer ce développement extraordinaire des robots. Mais évidemment, pour suspecter ces changements et commencer à y réfléchir de façon productive, il faut y voir un peu plus loin que la video du robot.

    1. Encore ce poncif des robots tous les emplois ? On y a droit depuis plus de 100 ans..Des métiers apparaissent, d’autres meurent, c’est connu. Les emplois de demain seront davantage créatifs et exécutifs, on libèrera nos bras pour nous centrer sur le cerveau. Rien ne se perd, tout se transforme.

      Je suis très excité pour l’avenir en ce qui me concerne.

      1.  » Encore ce poncif des robots tous les emplois ? On y a droit depuis plus de 100 ans..  »

        Les robots ménagers n’ont pas fait disparaître le métier de femme de ménage.

        D.J

    2. Vous oubliez quelque chose de capital : pour gagner de l’argent, il faut des clients. Sans clients, à quoi bon investir dans des robots ❓ parce que, le robot devra se passer de son maître… Vaste programme.

    3. « Et que se passera-t-il quand, dans un temps très proche, les robots effectueront toutes les tâches de production »

      Alors, le socialisme deviendra possible – ou plus exactement aura franchi une première barrière sur la voie du possible. Mais qu’est-ce qui vous fait croire que cet avenir est si proche ?

      Actuellement, la limite d’utilisation d’un robot – qui n’est de fait qu’un simple automate – est le coût de sa programmation. Si vous inventez le robot à qui il suffit de dire : « dessine moi un mouton », alors vous lui dites de construire un robot pour bosser à votre place. Et vous allez à la pêche pour vous occuper.

      Bien sur cela induira de profondes modifications dans la société. Mais pourquoi anticiper ? Pensez vous que Hollande doit miser sur ça pour résoudre les problèmes économiques de la France ? La vérité est que la productivité globale progresse, mais relativement lentement. Et que en revanche on vit globalement au dessus de nos moyens en finançant le socialisme par la dette et en tirant trop sur la machine économique.

      Comme cette dernière réalité est dure à admettre, on phantasme sur le robot qui tantôt va nous permettre de ne plus travailler, tantôt va nous piquer notre boulot par sa concurrence servile et déloyale.

      Remarque : pensez vous que votre meuble en kit suédois a été coupé à la hache par un bucheron, débité en sciure au ciseau de bois et les fibres encollées amoureusement au pinceau par des « petites mains » ? Le dernier menuisier et le dernier bûcheron auront disparu bien avant qu’un robot soit vraiment autonome.

    4. « il ne restera plus que quelques jobs de maintenance pour 0,1 % de la population ? De quoi vivront les autres ? »

      J’admire cette vision du monde qu’on retrouve dans la dernière série d’Arte. Un millième de la population ne peut être riche si le reste ne consomme pas et ne produit pas. Et donc un monde à 999 pour 1000 de chômeurs sans ressources n’a pas de sens dans la réalité actuelle, et n’en aurait pas plus si des robots produisaient gratuitement tout ce dont on peut avoir besoin.

      Mr Toulemonde ne peut avoir l’ABS dans sa voiture que parce que des riches l’ont payé à prix d’or il y a 30 ans. Et le riche ne peut se payer ses gadgets que parce que la production de masse assure un prix de base assez bas aux matières premières et aux composants de base.

      1. L’exemple de l’abs est mauvais. On ne parle pas d’innovation localisée mais de l’apparition prochaine d’une machine capable de rendre la moitié de l’humanité obsolète.
        Et quand je parle de la moitié de l’humanité, je m’arrête à la première phase du phénomène. Je ne vais même pas jusqu’au jour ou votre sèche cheveux connecté argumentera mieux que vous sur les questions de progrès technique.

        1. Et c’est le sèche-cheveux qui paiera le fournisseur d’accès ?

          1. C’est une bonne question: qui paiera votre sèche cheveux quand votre capacité à produire de la valeur ajoutée sera strictement nulle?

            1. La vente de mon peigne, car je serai chauve…

        2. « l’apparition prochaine d’une machine capable de rendre la moitié de l’humanité obsolète. »

          Oh mais cette machine perverse existe déjà. Elle s’est développé toute seule à partir d’un virus informatique qui a muté. Elle s’est répandue dans les réseaux et infeste la totalité des ordinateurs. Indétectable et omniprésente, elle forme une intelligence unique qui a juré de détruire l’humanité. L’une de ses méthodes et de pourrir le Web de niaiseries. Impossible de l’éradiquer : sa nature répartie exigerait de stopper tous les ordinateurs et de réécrire tous les logiciels infectés, y compris les sources.
          Nous sommes tous foutus. Enfin c’est ce que je pense quand j’ai un peu trop picolé.

          Mais prouvez moi que j’ai tord !

          (inspiré de « Xénocide », suite de la stratégie Ender évoqué plus haut, sauf que l’IA en question est bienveillante et que l’auteur – Orson Scott Card – a encore plus fumé la moquette que moi.)

          1. Non cette machine c’est un robot capable de réaliser de manière plus rapide et plus fiable la totalité des taches productives accessibles des individus à moins de 75 de QI. Individus qui constituent la moitié de l’humanité.

            1. Les individus à moins de 75 de QI représentent dans les 10% de l’humanité. La distribution est proche d’une gaussienne de moyenne 100 et d’écart-type 15.
              D’autre part, un robot ne peut, en l’état actuel de la robotique, réaliser de manière plus rapide et fiable la totalité des tâches productives même les plus simples. Il décharge l’humain de la portion pénible et répétitive de la tâche, mais est toujours limité à ce qu’il a appris lors de son apprentissage, tandis qu’un humain est capable de raisonner par analogies lorsqu’on sort des situations prévues. Il serait bon de relire le rapport sur l’échec du lancement d’Ariane 5, ou de se rappeler la légende de l’origine du mot « bug » en informatique. Et même avec moins de 75 de QI, le balayeur/jardinier de notre centre de recherches avait été capable de retracer nos pannes électriques grâce aux marques de dents de lapin dans l’isolant des câbles dans les cheminements extérieurs et de régler le problème avec quelques collets. Je souhaite bien du plaisir à celui qui financera un projet d’IA capable d’en faire autant…

      2. Un millième de la population ne peut être riche si le reste ne consomme pas et ne produit pas.

        Tout à fait.

        1. A l’inverse, Barjavel avait imaginé la société riche et égalitaire idéale, où un voyageur pouvait se payer les services d’un lecteur humain personnel pour le distraire durant son voyage en train.

          Vous connaissez la blague :
          Une institutrice demande à ses élèves de décrire une famille pauvre. Rédaction de Marie-Chlotidle :

          « C’était une famille pauvre : le père était pauvre, la mère était pauvre, les enfants étaient pauvres. Même le chauffeur et la femme de chambre étaient pauvres. »

  6. Je trouve la vidéo d’Atlas très réussie. Belle performance technologique et de propagande aussi. Pour une prise de vues réussie, combien de prises de vues ratées? Le service marketing de Boston Dynamics se gardera bien de nous le dire!

    @MichelO: « en quoi un robot capable d’ouvrir une porte ou de se promener en forêt est-il un grand pas pour le confort et le bonheur humain? »

    Patience, nous n’en sommes qu’au tout début de l’ère des robots humanoïdes.

    Google avec Boston Dynamics semble faire du bon travail. La France n’est pas en reste avec Aldebaran Robotics, dont le robot Nao produit de très belles vidéos. On peut même le voir sur scène (pas de trucage possible) dans le spectacle de Blanca Li intitulé Robot! Nao a vraiment l’air maladroit à côté des danseurs professionnels de la troupe de Blanca Li, mais le résultat est tout de même stupéfiant.

    1. L’aspect humanoïde est un manque de logique complet. La porte qui s’ouvre toute seule existe depuis au moins 50 ans, et il y en a à peu près partout où c’est utile (sauf dans les trucs publics où elles existent mais sont placées ailleurs 😉 ). Le robot humanoïde qui va ouvrir la porte et promener le chien, c’est du commercial, pour vendre des robots, des portes bêtes et des chiens…

      1. Une des caractéristiques des innovations de rupture c’est qu’à leurs débuts elles ne servent à rien, elles ne sont pas compétitives par rapport aux technos existantes. Le robot humanoïde aujourd’hui semble inutile. En fait il sert à faire rêver, ce qui a une utilité évidente dans la course aux capitaux ou dans le recrutement. Il sert aussi à expérimenter.

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