[Replay] Agriculteurs français : comment en est-on arrivé là ?

Publié Par Jacques Garello, le dans Agriculture

Par Jacques Garello.

 

Le monde agricole est inquiet, et il a raison, car les derniers avatars de la Politique Agricole Commune (PAC) vont l’amener à de profondes révisions de son activité. En particulier les producteurs de lait français qui sont confrontés à la levée des quotas laitiers, mais aussi les producteurs de porcs et de volailles, déjà atteints depuis deux ans par une perte substantielle de leurs ventes, donc de leurs productions.

Manger européen

Les traités de Rome et de Messine ont mis en place la PAC. Les hommes politiques ont estimé que le marché et la concurrence n’avaient pas leur place dans l’activité agricole, ils ont fait le choix de « l’agriculture familiale ». Les paysans doivent pouvoir vivre avec leurs familles de la vente de leur production, ils doivent être protégés car ils permettent la stabilisation des populations dans les campagnes, et veillent à l’équilibre et à la conservation de la nature. Voici naître la « responsabilité communautaire » : le devoir des consommateurs européens est de manger européen, de façon à absorber toute la production agricole de ses paysans ; dans le cas contraire, les excédents seront rachetés au prix fixé par Bruxelles. Parallèlement, un dispositif protectionniste est mis en place consistant en l’interdiction de vendre des produits étrangers à un prix inférieur au prix fixé par la commission de Bruxelles.

Évidemment, très vite les producteurs réclament ce qu’on leur a promis, à savoir des prix plus élevés. Vont apparaître par conséquent des exploitations agricoles moins rentables que celles existant déjà sur les riches terres de France, afin de bénéficier de la manne européenne, subvention des agricultures allemandes, hollandaises, etc. ; subventions qui, à leur tour, entraînent la surproduction généralisée, à charge pour le budget de la Communauté de combler le déficit des paysans : la PAC absorbe alors 80 % du budget européen ! Après les réactions contre ces dépenses la surproduction est contenue par l’obligation de respecter des quotas, garantissant en contrepartie les revenus des agriculteurs. Céréales, viandes et laitages sont ainsi entre les mains de Bruxelles.

La PAC en fin de vie

avenir de l'agriculture rené le honzecLe bilan de cette évolution est saisissant : les contribuables européens sont mis à contribution (un point de TVA de tout pays membre), tandis que les campagnes se dépeuplent, les petits producteurs ne pouvant tenir les prix européens, tandis que les grands producteurs perçoivent une rente substantielle. La population agricole, majoritaire en France en 1950, représente moins de 5 % de la population active aujourd’hui. Bref, l’agriculture européenne est subventionnée à 80 % (en Nouvelle-Zélande les subventions représentent 2% des revenus des paysans), mais l’agriculture « familiale » a disparu dans les secteurs concernés par la PAC.

Aujourd’hui, plusieurs éléments poussent à la réforme de la PAC, voire à sa disparition. Le protectionnisme agricole est dénoncé par tous les pays du monde, mais la résistance politique des paysans, en Europe comme aux États-Unis, est puissante, le poids électoral d’une minorité géographiquement concentrée est très grand. Certes, les négociations de Doha pour en finir avec le protectionnisme agricole ont été à ce jour dans l’impasse. Mais chaque année le paysage agricole mondial se modifie. En Europe les exploitations laitières du Nord, de grande taille et très mécanisées, vont pouvoir conquérir le marché européen. L’élevage du porc et de la volaille avec des méthodes « industrielles » (mécanisation, haute technologie, eugénisme) éliminent les Français de la compétition. La loi du marché est en train de se substituer à la PAC.

Comment le monde agricole français peut-il relever le défi ? La voie politique est bouchée, en dépit des promesses traditionnelles faites au Salon de l’agriculture : la production agricole étant mondialisée, reste la voie économique.  Des progrès de productivité peuvent se faire, mais leur financement est hors de portée de la plupart des producteurs. Plus abordable est la transformation des activités paysannes autour de services nouveaux : tourisme rural, produits haut de gamme, renaissance des villages et petites villes capables d’accueillir une population vieillissante (le repeuplement des campagnes est un phénomène confirmé aux États-Unis). On pourra cependant conserver à Paris « la plus grande ferme du monde ».

Sur le web

  1. J’étais habitué à lire sur contrepoint des articles engagés mais solides.
    Désolé de lire des artistes si peu documentés et erronés.
    Renseignez vous, le paysage, contexte économique, contexte géopolitique sont loin de cette vision passéiste, fataliste d’un monde d assistés. L’Europe délaisse son fleuron agricole au profit d’idéologies irréalistes mettant en danger l’alimentation en matière première agricole mondiale. Oui la réalité économique prend le dessus dans les débats au sein du secteur, les subventions sont nécessaires mais resteront faibles au regard de la concurrence internationale et des subventions des autres secteurs (pour lesquels les financements nationaux sont bien supérieurs aux subventions de la PAC). La solution ne viendra pas d’une diversification d’activité (petit marché), mais bien d’innovation de débouchés et d’efficience agronomique.

    1. et en clair, ça veut dire quoi ?

  2. Mathilde de St Amour

    J’allais être plus mignonne qu’Axel, et conseiller à Mr Garello de regarder l’amour est dans le près… Histoire qu’il situe mieux les problématiques des agriculteurs d’ajd 🙂
    Ce salon était instructif mais quand on voit qu’il est envahi par la grande distribution, je me demande si un jour la ferme ne va pas disparaître pour laisser place à un immense supermarché.

    1. et l’humour est dans le prés ? qu’est ce que tu en pense …

      1. Mathilde de St Amour

        Que moi je cultive l’humour et l’amour dans mon jardin 🙂

  3.  » en europe, les exploitations laitière du nord, de grande taille et trés mécanisés vont pouvoir conquérir le marché européen …  »

    les grosses fermes laitières sont en europe du nord pour plusieurs raisons :

    l’avance et le dynamisme des peuples du nord qui fut sanctifié par les quotas au début des années 80 : les italiens désiraient produire du lait, mais ils ne pouvez pas le faire, car ils n’avaient pas le quotas autorisé …
    la proximité des structures portuaires qui permetait d’importer du soja pour pas cher.
    la précoce sensibilisation des nations du nord aux problèmes environnementaux, qui poussèrent à la concentration des élevages de manière a pouvoir traiter les effluents de manière efficace.

    dans son livre sur la production laitière européenne, Voisin explique que c’est une erreur d’avoir développé ainsi sur le continent, le  » système hollandais  » , ou hors-sol, car il s’agit d’un système couteux et qui produit un lait à la qualité douteuse ( notamment pauvre en omega 3 ) … et qu’il aurait fallu developper au contraire une production laitière basée sur l’herbe et le pâturage ( comme on la trouve en irlande par exemple ou plus loin de nous en NZ ), beaucoup moins couteuse, et plus interressante sanitairement. dans cette otique, l’europe du sud, qui peut fournir du fourrage à paturer presque toute l’année, aurait la possibilité de produire un lait pour moins cher que ses concurents danois ou hollandais

    1. « Le lait de qualité douteuse ». « production de lait basée sur l’herbe et la pâturage »
      Désolé mais ce sont là, des a priori que l’on retrouve notamment dans le discours écolo.
      Le facteur limitant dans la production laitière, c’est la production fourragère: pas de production fourragère, pas de production laitière « économique ».
      L’herbe peut être une des productions fourragères, mais elle est difficile à gérer, est très dépendante des conditions climatiques, contrairement à ce que l’on croit (une saison un peu sèche en NZ ou Irlande et les éleveurs n’ont plus de stock et c’est la cata). Et baser son système fourrager sur de l’herbe en Europe du sud, c’est un non sens économique, l’herbe (RGA, RGI) ne se développant qu’à des températures douces et une pluviométrie régulière. Déjà, au sud de la Loire en France, produire du lait sur un système herbe est problématique.
      Le système « hollandais » (assez drôle, cette appellation, d’ailleurs), basé sur le maïs est performant car la quantité de fourragère produite à l’hectare est élevée, facile à mettre en œuvre.
      Quant aux aspects de « qualité » et omega 3, sachez que, certes, on en retrouve dans le lait de vaches au pâturage, mais sur une courte période l’année. L’argument omega 3 est un argument marketing, rien de plus.

      Quant au Salon, ce n’est plus un salon pour les professionnels depuis longtemps.
      Le problème, c’est qu’il continue à véhiculer une image faussée de l’agriculture française, avec des traditions anecdotiques.

      1. merci de m’apprendre mon metier : je suis éleveur laitier …

        je suis d’ailleurs éleveur laitier au sud de la loire … ou j’ai mis en place un système fourrager particulièrement efficace ( c’est du moins l’avis de ma banquière … )

        il y a toutes sorte d’herbe : le sudan grass par exemple,, ça vous dit quelques chose ? le dactyle ? la luzerne ? ça ne pousse pas en climat méditéranéen par hasard ?

        vos connaissances sont tellement flou, que vous prétendez que le fameux système hollandais correspond à l’elevage à base d’ensilage de maïs ! or ce n’est pas tout à fait cela : le système hollandais correspond au  » hors sol  » qui n’est pas forcément basé sur le maïs : au danemark, par exemple, il est plutot basé sur la betterave, l’ensilage d’herbe et de céréales immatures et quasiment toujours sur l’importation de tourteaux importé.

        peut -etre que c’est la  » cata  » quand les éleveur néozélandais n’ont plus de stock ( sauf que du stock ils n’en ont pas besoin parce qu’ils travaillent à flux tendu … ) , mais alors expliquez moi pourquoi ils produisent sans problème un lait à 0,15 euro du litre alors que leurs collègues européens qui travaillent avec du maïs pleurent les subventions quand leurs prix au litre descend en dessous de 0,3 euros ?

      2. Il y a des plantes herbacées qui poussent très bien en période sèche.

        Le maïs issue de semence hybride moderne est très consommateur en eau et demande de l’irrigation très souvent, il est beaucoup plus intéressant de le remplacer par du sorgho qui pousse en période sèche.

  4. Concernant le lait je pense que dans un futur proche on courcicuitera la panse des vaches c’ est déja le cas ce qui signifie que vous pourrez fabriquer moins cher votre lait et produits liés tels du fromage à partir de matières premières tel le soja c’ est pour moi non seulement une certitude mais un futur marché

    1. et pour boire de l’eau , on en synthétisera à partir d’une source d’hydrogène et d’oxygène ?

      MDR pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…

      1. @yeneral je fabrique ma choucroute pour les fromages on verra + tard …..
        je ne place pas un cent dans un troupeau de 10, 50 ou 500 et 1000 j’ en ai placé un peu ds de la biotech pour l’ instant gagnant c’ est comme internet on est au début d’ une étonnante aventure

    2. Le lait de vache, en particulier avec ses hormones de croissance proportionnelles à la « grosseur » recherchée est globalementy nuisible à la santé

      Transformé il l’est seulement un peu moins

      Il n’est absolument pas la meilleure source de calcium

  5. Les agricultueurs les plus perspicaces devraient se dépêcher de vendre d’occasion leur gros matériel déjà payés ou non et de se reconvertir pour le principal dans le maraîchage bio en permaculture (dont les rendements démontrés sont bien supérieurs à l’agriculture insensée « moderne »), associé si possible à l’offre de chambres d’hôtes. En complétant si nécessaire les revenus du foyer par du gardiennage de chiens et chats pour vacanciers, voire du camping à la ferme sur la base d’un équipement plus ou moins rudimentaire mais néanmoins évidemment très propre sur le plan sanitaire.

  6. le fait qu’on discute de l’avenir de l’agriculture laisse songeur, pour être agriculteur il faudrait juste produire et réussir à vendre et en dégager un revenu… petite ferme grande ferme hors sol herbe, ça n’a pas d’importance, c’est juste un métier …je comprends très mal qu’on ait besoin de défendre un modèle hors sa viabilité économique. A la rigueur quelques contraintes environnementales, mais avec des règles claires.

  7. Si je comprend bien certains ou certaines parlent du lait unique alors qu’il y a des laits car leur composition est différente selon l’alimentation des vaches et des races , comme les femmes nourricières, grasses ou maigres ou consommant des drogues ou fumant!!!
    La diversification des laits est l’avenir , pas pour les ingénieurs mais pour les cuisiniers, les nutritionnistes, les créateurs de consommations différentes et plus personnelles et alors finies les marques premiers prix appauvrissantes et justes bonnes pour les systèmes marxistes ou dictatoriaux!!Vive la créativité, et à bas toutes les noblesses sectaires des filières de la production au distributeur qui veulent piquer le fric des autres, exemple le lait LIDL copieur d’une grande marque laitière créative!

  8. Selon un vieux cadre supérieur du ministère de l’agriculture mis au placard (le cadre, pas l’opuscule), la PAC avait été et était encore (au moment où il écrivait), pour la France, un système conservateur pour figer la rente agricole et maintenir une sous-productivité soi-disant propice à l’emploi, et pour l’étranger y compris l’Allemagne (mais aussi l’Espagne, l’Italie du nord, etc.), un outil de financement de sa modernisation. La France était donc en train de créer sa propre concurrence, plutôt que suivre la voie de l’industrialisation.
    On comprends pourquoi ce monsieur était dans un placard …
    La philosophie agricole est la même que celle des taxis : le marché est captif et fixé, dans ces conditions ça ne sert à rien de se battre entre agriculteurs, il vaut mieux se le partager ; celui qui se modernise chasse un collègue pour prendre sa place, mais après on sera moins nombreux, on pèsera moins et pourra moins bien se défendre, la course à la productivité est donc une trahison. Sauf que … à l’étranger ils ont bien compris que le marché n’était pas fixé et qu’il avaient le droit, et la possibilité, de tailler des croupières à ces français assez stupides pour croire que tout leur était du et que leur part de marché était définitive. Certains autres français moins stupides ont d’ailleurs participé eux-mêmes à la curée, en s’installant à l’étranger.
    Et pour couronner le tout, on a rajouté des couches délirantes de protection environnementales (dans toute l’Europe) et de droit social (spécificité française) que les fermes industrielles supportent bien mieux que les petites et moyennes. Une ferme géante de mille vaches est moins gênante pour les voisins que son ancêtre traditionnel 20 fois plus petite.
    Bref : « plutôt crever que se moderniser ». 50 ans après la PAC, 15 ans après l’opuscule, le résultat est là : on crève. L’agriculteur nouveau doit miser 300 000 € pour avoir le droit de gagner un SMIC en bossant 70 h par semaine, si tout va bien (et « tout va bien », ce n’est pas tout le temps, n’est-ce pas …). tout ça pour quoi ? pour que maintenant en France le lait premier prix dans les supermarchés vienne d’Allemagne, ce qui aurait été inconcevable.
    Et quand les matières premières de base foutent le camp, les filières « de qualité » meurent aussi. Il n’est pas difficile de faire aussi bon que le roquefort ou le camembert en Silésie ou en Prusse.
    bottom line : c’est à la France de se réformer, pas aux autres de lui faire plaisir.

  9. Sur RMC, un éleveur expliquait que la FNSEA avait laissé ses adhérents surproduire ce qui avait engendré un effondrement du prix. Les syndicats agricoles et leurs annexes – chambres d’agriculture (8 000 salariés), SAFER (1 000 salariés) – gèrent l’économie agricole du pays à la place des agriculteurs et décident de qui a le droit de s’installer pour exploiter une propriété agricole ou en acquérir une. Ils étouffent les agriculteurs sous les réglementations. Il faut simplifier ces règlements, supprimer les organismes qui en vivent et traiter par des aides sociales directes la situation des agriculteurs en difficulté.

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