L’argent public, ça n’existe pas !

Publié Par Cécile Philippe, le dans Économie générale

Par Cécile Philippe et Nicolas Marques
Un article de l’Institut économique Molinari

 

Argent - Pièces de monnaie - Euro (domaine public)

Argent – Pièces de monnaie – Euro (domaine public)

Le constat est maintenant connu de tous, nous vivons en France une période de dérapage public inédite en temps de paix. Il n’y a pas eu de budget équilibré depuis 1974 et ce n’est en aucun cas dû à une baisse des recettes publiques. Rapportées au PIB, les recettes sont passées de 43,2% du PIB en 1978 à 53,6% en 2014, soit une hausse de 24% en 37 ans. La multiplication des déficits est due à une augmentation, encore plus rapide, des dépenses publiques. De 44,9% du PIB en 1978 elles ont grimpé à 57,5% en 2014, soit une hausse de 28%.

Depuis des décennies, les pouvoirs publics français ont donc laissé filer les dépenses. Dans le même temps, ils ont augmenté les recettes publiques, à un rythme insuffisant pour équilibrer les comptes publics, mais suffisant pour que la France caracole en tête des baromètres mesurant le poids de la fiscalité. Cette double dérive devrait conduire à s’interroger sur cette immense dissipation de l’argent public.

L’argent public, un concept sans contenu

Notons que ce concept d’argent public est un concentré d’ambiguïtés. Dans l’idéal, il s’agit de l’argent mis volontairement en commun pour financer des projets collectifs qui profiteront à tous. Mais, derrière l’argent public peuvent se cacher des calculs bien moins consensuels. L’argent public peut devenir la partie de notre revenu qui sera prise pour financer les priorités des autres ou, dans l’autre sens, l’argent qui sera prélevé sur les autres pour servir nos priorités. Difficile à contrôler, l’agent public a toute une série de soutiens. Il est perçu comme un remède lorsque la conjoncture est mauvaise selon la tradition économique keynésienne. Il est aussi un enjeu pour tous les groupes de pression qui pensent que la redistribution des richesses est la priorité ou ont développé des activités liées à la manne publique.

Cette notion d’argent public, l’argent de tout le monde et de personne, est devenue la porte ouverte à tous les dérapages. Elle s’est banalisée à l’extrême au point que nous pouvons avoir l’impression de nous être affranchis de la contrainte de rareté. L’argent public apparait comme un puits sans fonds, dans lequel il serait permis de ponctionner sans fin. Nous avons cessé de voir la signification réelle du terme, à savoir que l’argent public ne pousse pas dans les arbres mais que c’est notre argent. L’argent public, c’est le pouvoir d’achat ou l’épargne qui nous manque.

Le résultat est que le fonctionnement de la sphère publique dépend de plus en plus d’anticipations de rentrées fiscales futures. La valeur du patrimoine de l’État français, déduction faite de la dette publique, était d’un peu moins de 17% du PIB fin 2014. Et c’était sans tenir compte des engagements de retraite de l’État vis-à-vis de ses personnels, qui représentaient 73% du PIB selon la Cour des comptes. Le Trésor Public, qui n’a de trésor que le nom, est devenu un assemblage de dettes.

Vers où va-t-on ?

Alors se posent deux questions. Combien de temps cela va-t-il encore fonctionner et comment solder ces années de gabegie ? Le fonctionnement des administrations publiques dépend intimement de l’activité de l’agence France Trésor, qui émet de nouvelles dettes pour rembourser les précédentes et financer nos nouveaux dérapages. Si cette dynamique se grippe, comme ce fut le cas il y a quelques années pour plusieurs européens, quelle sera l’issue ? Comment réagira l’opinion publique et quelle sera la réaction des générations futures à l’égard de nos errements financiers ? Nos enfants vont hériter d’une dette colossale et d’un système démocratique générateur de dérapages financiers. Ils devront l’assumer dans un contexte de croissance faible, dans un pays victime d’une multitude de points de blocages, chacun étant attaché à ses avantages sans comprendre qu’ils conduisent à l’appauvrissement collectif.

Il est donc urgent de se réapproprier l’idée que l’argent public n’existe pas et que la contribution de chacun à la dépense publique doit être utilisée avec parcimonie. C’est un devoir moral et la seule façon d’alléger le fardeau qui pèsera sur les générations futures.

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial dépense publique

Sur le web

  1. vers où va t on? non ….par vers où va t on?

  2. Vue pédagogique mais sans condamnation aucune. Et pourtant cette dilapidation et non pas dissipation (doux euphémisme) tient du racket pur et simple.

    Tant que les nouveaux nobles (issus progressivement de la révolution de 1789) : les politiques, la fonction publique et la caste journalistique qui agite tout ça pour son propre intérêt (créer du buzz permanent en dépit du bon sens) ne seront pas mis au pas, le système continuera de s’écrouler. La fin n’est pas loin…et là encore avec NOTRE ARGENT.

    Ras le bol de cette nouvelle noblesse. Que lui a t’on fait en 1789 ?

  3. Bonjour

    Ne pas oublier que l’état français emprunte 200 Milliards € tous les ans pour ne pas faire défaut à comparer aux recettes de 300 Milliards €.

  4. Cette belle analyse sur l’argent public, rejoint celle sur le rôle des impôts : financement des dépenses communes ou moyen de redistribution des richesses ; et du domaine de compétence de l’Etat.

  5. Alors se posent deux questions. Combien de temps cela va-t-il encore fonctionner et comment solder ces années de gabegie ?

    Réponse 1: entre 10 et 20 ans au mieux, mais probablement entre 5 et 10 ans.

    Réponse 2: par une banqueroute, et qui sait, peut-être même par une révolution……..1789, 1790, 1791, […], 2017, 2018, 2019, 1789.

  6. Et les gens se demandent encore de où provient le chômage, le manque de croissance, la stagnation du pouvoir d’achat …

    Notre pays a connu une des plus grande croissance économique de son histoire entre 1970 et maintenant, une des plus grande mutation en terme de technologies, de capacité de création de richesse, en productivité … et qu’en a t’il fait ?

    Augmenter les prélèvements de 24% et la part de l’Etat de 28%

    Le processus de le « social démocratie » (donnez à l’Etat, l’Etat vous redonnera) a complétement planté ce pays.

  7. Ne cherchez pas de réponse globale à vos questions. Seules des actions ponctuelles multiples pour réorganiser la société peuvent produire des effets. Chacun de nous peut contribuer à réformer sa propre profession et à en Denoncer les dérives pour les corriger.

  8. Petit exemple illustré :
    L’ex région Poitou-Charentes présente une « impasse » financière de 132 M€ sur un budget de 600 annuel…à fin 2015 !
    Simple décalage de trésorerie que j’appelle « cavalerie » que croyez vous qu’il se passera ?
    ….des impôts ou taxes supplémentaires que le CONtribuable devra assumer.
    Un bon coup de pied au C.. ne suffira pas,
    Seule une jacquerie avec goudron et plumes pour ces irresponsables !
    Désespérant …

  9. Le socialisme (de gauche ou droite) se nourrit du décalé des coûts.

    Permettre de vivre au présent sur le compte du futur, sachant qu’au futur on ne sera pas là pour en faire le reproche, voire vous encensez d’avoir dépensé?
    Qui reproche à De gaule d’avoir laissé 30% du PIB en dette?
    Quel juge reproche à Giscard laissé 37% de dette?
    Ou Mitterrand 49%?
    ou Chirac 54%?
    ou Sarkozy 55?
    ou Hollande 57% Bientôt 58%……

    Je crois que 2 d’entre eux postulent encore pour en dépenser encore plus, un fait le fanfaron dans les puits d’Auvergne et d’autres qui postulent se réclament tous les jours du premier….

    1. vous faites erreur: le socialisme de gauche est pire.

      Giscard n’a laissé quasi aucune dette: à peine 20% à une époque ou l’inflation était élevé: autant dire rien du tout.
      Il a été le premier à dénoncer l’augmentation des prélèvement obligatoires, menant au communisme selon lui à partir de 40%(quelque chose comme ça)
      Barre a laissé des caisses pleines.

      Sarkozy a essayé de réduire la voilure: non remplacement d’un fonctionnaire sur 2: malheureusement effort saboté par les collectivités locales socialistes et la crise( avec une politique de relance moins forte que ce qui était préconisé par les socialistes de l’époque qui se gardent bien de le dire maintenant)
      Alors c’est vrai que chirac , on sait pas: il est de droite ou de gauche ?

      1. Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne crée d’économies qu’à la marge : il faut bien payer le nouveau retraité malgré tout. Mais le nabot de Neuilly avait oublié de dire qu’avec les minces économies réalisées il allait acheter la bienveillance des fonctionnaires en augmentant leurs traitements. Donc très gros foutage de gueule du socialiste de droite.

        1. De plus c’est absurde de procéder mécaniquement. Sarkozy aurait du avoir le courage de réfléchir au périmètre de l’état. Il aurait du expliquer aux Français que le rôle de l’état doit se limiter aux taches régaliennes, et que le statut de fonctionnaires ne doit être utilisé que pour les gens qui s’occupent des taches régaliennes.

  10. Bastiat l’avait justement dénoncé  » L’Etat c’est cette grande fiction par laquelle tout le monde cherche à vivre aux dépens de tout le monde »

  11. Laisser les socialistes gérer un état c’est comme prendre Dracula comme directeur d’un centre de transfusion sanguine.

  12. Il faut les virer à coup de pied aux fesses aux prochaines présidentielles.

  13. La démocratie qui délègue l usage des impots à des politiques peu rigoureux et qui n ont aucune obligation avant d engager des dépenses, doit être remise en cause. Avant engagement, un processus transparent doit avoir lieu avec un accord de tiers représentant des gestionnaires et techniciens expérimentés. Réduire le poids de la Polotique à l aune de nos capacités

  14. « L’argent public apparait comme un puits sans fonds, dans lequel il serait permis de ponctionner sans fin. Nous avons cessé de voir la signification réelle du terme, à savoir que l’argent public ne pousse pas dans les arbres mais que c’est notre argent. »
    Qu’est-ce que ce « Nous » vient faire là-dedans ? J’écrirais plutôt : « Les politiques et autres profiteurs cachent la signification réelle du terme… ».
    Nous, nous savons très bien que cet argent qu’ils dilapident est le nôtre et que ce sont nos économies qui garantissent la dette « publique ».

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