Est-il possible d’avoir « l’esprit ouvert » ?

Publié Par Vladimir Bressler, le dans Sujets de société
open mind crédits Anders Sandberg (CC BY 2.0)

open mind crédits Anders Sandberg (CC BY 2.0)

« S’ouvrir l’esprit », la formule semble être l’un des mots d’ordre de notre modernité. Quiconque exprime un refus, ne s’enthousiasme pas de la nouveauté, de l’extravagance ou de la différence risque aussitôt d’être accusé d’avoir « l’esprit fermé ». Mais qu’est-ce que l’ouverture d’esprit exactement ? Comment peut-on ouvrir un esprit ? Est-il seulement possible d’avoir l’esprit ouvert ?

Si l’ouverture d’esprit consiste à tolérer tous les modes de vie, toutes les façons d’être, ou disons plus généralement à respecter l’indépendance d’autrui, nous avons paradoxalement beaucoup plus de mal à accepter la co-existence de différents modes d’enseignement et de différentes façons d’apprendre. Et tandis que sont prônées la tolérance et l’accès démocratique à la connaissance, trop de professeurs voudraient qu’il n’existe qu’une voie certifiée vers le progrès et le savoir véritable – celle qu’ils ont eux-même suivi, et par laquelle ils s’attendent donc à ceux que leurs successeurs passent aussi.

Il y a 30 ans de cela, le mathématicien d’origine égyptienne Caled Gattegno – connu pour ses approches pédagogiques innovantes – posait déjà la question non sans provocation : est-ce que les enseignants de langues ont l’esprit ouvert ? (Can Language Teachers Be Open-Minded, in News Letter Vol. XV n° 5, Educational Solutions Inc., 1986, trad. Fr. Roslyn Young, Une École pour demain, 1987)

Dans ce texte surprenant, Caleb Gattegno interroge moins l’aptitude à enseigner les langues que les fondements de toute pensée personnelle. Le texte est surprenant par sa forme même : de longues listes de questions ouvertes, qui laissent le lecteur en suspens, quelque peu désorienté. Par certains aspects, la démarche est socratique : l’auteur pose des questions sans forcément y répondre, cherchant avant tout à placer le lecteur face à ses contradictions… Comment évalue-t-on la crédibilité d’une idée, d’une source, d’une référence ? Comment juge-t-on de la validité d’un raisonnement, d’une proposition, d’une méthode ? Dans quelle mesure sommes-nous réellement aptes à distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, le juste de l’injuste ? La question ultime pourrait se reformuler ainsi : « Qu’est-ce qui fait que l’on pense ce que l’on pense ? » Au fond, ai-je des raisons de m’accrocher mordicus à certaines idées, et à refuser d’en considérer certaines autres ?

Les raisons de penser ce que je pense

Dans une première partie, Caleb Gattegno utilise le pronom personnel « je », déclare questionner « ma » pensée… Il faut y voir le procédé utilisé par exemple par Descartes (« je pense, donc je… »), visant moins l’auto-expression qu’à impliquer le lecteur comme si c’était lui-même qui parlait à la première personne. Et de questionner :

Est-ce que je sais que je parmi les auteurs, les écrivains et les conférenciers, je préfère ceux qui adoptent mes préjugés en ce qui concerne la manière de chercher la vérité, de l’établir et de la formuler ?

Est-ce que je sais que je ne me soucie pas de beaucoup de choses, même dans mon domaine de prédilection, particulièrement si elles vont à l’encontre de mes positions, de mes croyances, ou de mes loyautés ? En d’autres mots, que je préfère ma tranquillité à la recherche de la vérité ?

Caleb Gattegno ne fait ici que mettre en lumière les ressorts du biais de confirmation, qui consiste à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues, et à dénigrer les hypothèses qui vont à leur encontre.

La théorie argumentative donne une nouvelle dimension au biais de confirmation. Des chercheurs ont mis en évidence que « notre capacité à raisonner n’a pas été conçue pour nous aider à rechercher la vérité, mais pour nous aider à argumenter » : c’est pourquoi « nos processus de pensée tendent vers la confirmation de notre idée », indépendamment de sa véracité, et indépendamment d’une défaillance de notre aptitude à raisonner. Nous utilisons précisément la puissance du raisonnement et des arguments pour justifier nos croyances et nos actions…

Bien que ce soit assez difficile à admettre, nous sommes donc tous prisonniers de ce biais cognitif à un niveau ou à un autre – et en prendre conscience n’est hélas pas suffisant pour s’en libérer. Il faut être prêt à réviser les prémisses, purement intuitives, à partir desquelles nous développons toute notre vision du monde, et les remplacer – au moins temporairement, dans un pur processus dialectique – par leur antithèse. Autant dire que c’est un travail long, fastidieux, et souvent très douloureux. Se laisser convaincre par de nouvelles idées a un coût non négligeable, tant affectif que financier. Quand nous nous sommes efforcés de bâtir notre vie sur la base de certains principes, comment remettre en cause ces principes sans avoir l’impression de sacrifier ou d’avoir foutu en l’air toute une partie de notre vie ? Ça fait mal. Et il faut être un peu maso pour aimer se faire mal.

Par ailleurs, les idées nouvelles ne nous tombent pas dessus et nous convainquent rarement d’elles-mêmes comme par enchantement. Il faut souvent faire l’effort d’aller les chercher, lire et analyser les textes qui les présentent, faire l’effort de les comprendre et de les incorporer à sa pensée…

Est-ce que je sais que mes limitations imposent des frontières sur ce avec quoi je peux entrer en relation dans le domaine de mes études ? en particulier, mon incapacité à lire plus d’une langue afin de connaître ce qu’est la recherche dans mon domaine, lorsqu’elle est présentée par des chercheurs qui ne l’offrent pas dans ma langue ?

Est-ce que je sais que je m’attends à ce que les chercheurs fassent le travail de rendre leurs résultats accessibles pour moi ?

Bien sûr, il est impossible de tout savoir, ni de suivre de façon exhaustive tous les développements d’une discipline dans tous les pays du monde en même temps… Certains feront d’ailleurs valoir que la généralisation des publications en anglais offre pourtant un moyen dans ce sens. Mais encore une fois, le point le plus important est que les critères de sélection que nous appliquons spontanément dans nos recherches, mêmes élargies au monde entier, ne favorisent jamais qu’une certaine perspective que nous visons plus ou moins inconsciemment, sans prendre en compte la possibilité radicale de s’en détourner.

esprit ouvert rené le honzecÀ ce titre, l’usage d’internet est édifiant, et tout particulièrement la pratique des réseaux sociaux : malgré la possibilité de se connecter avec n’importe qui, malgré l’immensité des ressources mises à notre disposition, nous favorisons systématiquement celles (et ceux) qui nous confortent dans nos opinions, et « bloquons » ceux qui véhiculent des idées que nous désapprouvons. Et nous sommes bien sûr persuadés d’avoir raison. Le débat semble être devenu quasiment impossible – alors même que les outils permettant de s’unir dans un libre échange d’idées atteignent une puissance inégalée…

Dans une deuxième et troisième partie, Caleb Gattegno soulève plusieurs questions sur le langage et nos facultés d’apprentissage. Il pointe du doigt plusieurs problèmes non résolus à ce jour, qui devraient pourtant orienter les recherches et redéfinir nos façons de faire. L’idée sous-jacente est la suivante : puisque nous en savons si peu, et qu’il ne faut pas chercher bien loin pour se heurter à nos limites, comment pouvons-nous par ailleurs nous permettre d’être si catégorique sur certains points (qui dépendent précisément de ces questions) ? Que les choses soient claires : il ne s’agit aucunement de verser dans une forme de relativisme en déclarant que tout se vaut ou que l’on ne pourra jamais être certain de rien, mais, à l’inverse, refuser tout dogmatisme. Et laisser ouvertes les possibilités d’explorer de nouvelles voies.

La voie de l’enseignement des langues étrangères

Caleb Gattegno continue de questionner, mi-inquiet, mi-amusé :

Savons-nous que nous avons une tendance à imposer aux autres ce qui nous a été imposé ?

Pour illustrer ce point, j’aimerais vous raconter ici une petite anecdote… Je me souviens d’une longue discussion avec une enseignante de Droit constitutionnel qui défendait farouchement la constitution de la Ve république (contre le projet de « C6R » porté par Montebourg à l’époque), sur laquelle avaient d’ailleurs porté sa thèse et les principaux travaux qui lui avaient valu sa réputation d’experte sur le sujet. Par-delà tous les dispositifs juridiques dont elle faisait valoir la pertinence, elle finit par glisser au détour d’une phrase : « Mais vous vous rendez compte, il faudrait que tous les profs comme moi réapprennent une nouvelle constitution, on serait pénalisé pour donner nos cours… » Stupéfiant. Cette prof enseignait donc à ses élèves que la constitution actuelle était la plus aboutie, quasi-parfaite… Car l’idée d’une nouvelle constitution aurait surtout représenté pour elle une nouvelle charge de travail et l’aurait probablement déclassé en tant que spécialiste de la question !

Le problème semble peut-être ne pas en être un, en tout cas concernant le Droit qui n’apparaît de toute façon que comme un ensemble de normes et de conventions (donc plus ou moins « arbitraires »). Pourtant, le même processus est à l’œuvre dans les sciences les plus « dures ». Les résistances à tout changement de paradigme sont principalement d’ordre affectif, tel professeur en poste favorisant les étudiants étayant ses thèses et non ceux qui pourraient les renverser. Dans cette perspective, à titre d’exemple, les réticences d’Einstein face aux percées de la physique quantique sont suffisamment significatives. Et Gattegno de s’interroger :

Savons-nous ce que signifierait une révolution copernicienne dans le domaine du langage ?

Seule question à laquelle nous pourrons toujours répondre avec certitude « non »… Cela nous étant bien sûr impossible – tant que ladite révolution n’est pas advenue…

Puisque nous suivons – ou défrichons – un chemin, c’est le seul sur lequel nous pouvons guider ceux qui voudraient nous suivre. Comment enseigner la création et l’utilisation d’outils qui n’existent peut-être pas encore, et qui serviraient précisément à aller voir là où nous ne soupçonnons même pas qu’il y a peut-être à voir ? Les « matières » telles qu’elles sont conçues dans l’enseignement se forment essentiellement à partir d’un contenu à ingurgiter (et à régurgiter lors des examens), imposant à travers lui la logique qui le structure. Or c’est précisément cette logique que l’esprit doit pouvoir dépasser, par exemple pour parcourir tous les contenus de manière transversale.

Même ceux qui croient faire la révolution ne font souvent que reproduire l’idée ou le goût de la révolution qui leur a été transmis. Qu’on le veuille ou non, même les esprits jugés comme étant créatifs ne font bien souvent que reproduire des mécanismes qui leur ont été inculqués, quand bien même il s’agit de mécanismes favorisant la créativité. Si nous pouvons bien souvent, par le seul effort de la réflexion, remettre en cause le contenu de ce qui nous a été enseigné, il est beaucoup plus difficile de se départir des visées et des pré-requis implicites de cet enseignement en lui-même. C’est pourquoi la critique d’un « système » n’aboutit généralement qu’à une demi-critique, nous faisant simplement basculer d’un bord à l’autre dudit système.

En matière d’enseignement des langues étrangères, nous pouvons chercher des moyens différents d’enseigner, des moyens plus ludiques par exemple… Nous pensons alors innover, alors que nous restons piégés dans les conceptions plus fondamentales de ce que doit « contenir » ou viser cet enseignement. Nous sommes piégés par des croyances que personne ne pourra jamais ébranler puisque nous refusons le droit de citer à ceux qui ne partagent pas déjà ces mêmes croyances.

Savons-nous que nous croyons que l’apprentissage d’une langue consiste en l’acquisition du vocabulaire et des règles de grammaire et, donc, est basé sur la mémorisation et, de ce fait, demande des « drills » et de la répétition ?

Savons-nous que nous croyons que le vocabulaire est la partie la plus importante d’une langue et que l’on devrait mémoriser autant de mots que possible avec leur signification donnée dans les langues que les étudiants peuvent utiliser couramment ; que certaines structures doivent aussi être mémorisées et leurs variations dictées par les règles de grammaire, que cette logique est inattaquable et devrait, donc, servir de base pour tout enseignement des langues étrangères ?

Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir n’importe quel manuel, scolaire ou non, de quelque langue étrangère que ce soit. Dans l’immense majorité des cas, on y retrouve des listes similaires de vocabulaire et de règles de grammaire. Outre l’aspect contre-productif des « listes » pour la mémorisation, les mots proposés sont souvent eux-mêmes inutiles : listes d’animaux, d’aliments ou de métiers dont on ne se servira jamais (dont on ne se sert déjà quasiment pas dans sa langue natale…), positionnement généalogique inutile pour un débutant (à part papa / maman, pourquoi apprendre à tout prix comment dire oncle, tante, arrière-grand-père ou cousin issu de germain…), verbes inusités, numération en dizaines et centaines de milliers, complexité affolante pour donner l’heure à la minute près… Autant de points bien peu utiles sur le plan pratique, qui ne permettent en rien de considérer que l’on « maîtrise » mieux la langue, mais qui décourageront les esprits les moins aptes à bachoter, alors qu’ils pourraient si besoin les acquérir naturellement en immersion.

Certains élèves vont donc se détourner de l’apprentissage d’une nouvelle langue, se convaincre qu’ils ne sont pas « doués », et laisser cela à d’autres. C’est à l’immense majorité du monde qu’ils se ferment alors sans s’en rendre compte, se repliant malgré eux sur une vie strictement délimitée localement ou nationalement. Ces décisions qui s’imposent aux enfants persistent avec le temps, d’autant que l’on se convainc aussi qu’on ne peut vraiment apprendre de nouvelles langues que pendant l’enfance ou la jeunesse – et qu’à partir d’un certain âge on ne peut plus. Une part immense de la population se retrouve ainsi piégée, d’un point de vue tant intellectuel que géographique, limitée dans ses rapports avec autrui et dans le développement de soi.

Comme l’exprime remarquablement l’auteur par ailleurs :

L’apprentissage d’une langue pourrait facilement devenir une des études les plus captivantes, les plus profondes, les plus engageantes, les plus importantes de la créativité humaine liée aux Moi d’individus qui peuvent être eux-mêmes, tout en acquérant les moyens d’être avec autrui.

La véritable ouverture d’esprit inclut l’esprit d’autrui

À la suite de ses questions, Caleb Gattegno formule quelques amers constats :

Si quelqu’un suggère une approche totalement différente à l’enseignement des langues, et en particulier si cette approche prétend être plus efficace et peut-être demander moins d’effort, les enseignants s’y opposent, sont pleins de résistances et ne le croient pas.

Nous sommes insensibles à la possibilité de notre perte si une telle approche si efficace existait.

Sur ce tout dernier point (cette dernière phrase), m’est avis que Caleb Gattegno se trompe ! Certes, nous ne nous rendons pas compte du manque à gagner, nous ne le soupçonnons même pas. Mais il me semble au contraire que l’immense majorité des enseignants et des personnes maîtrisant une langue (ou toute autre « matière ») voient tout à fait ce qu’ils risqueraient de perdre : leur avance sur les autres, sur tous ceux qui se cassent les dents sur les méthodes traditionnelles ! Exactement comme dans le cas de ma prof de Droit constitutionnel… Quand il a fallu à certaines personnes des années et des années pour maîtriser un sujet, et bien souvent tout autant de souffrances, de privations et de frustrations, on peut comprendre que voir des petits jeunes inexpérimentés parvenir au même niveau beaucoup plus vite et plus facilement les fasse enrager… Parce qu’ils se sont heurtés à des difficultés, parce qu’ils s’y sont eux-mêmes cassés les dents, ils tolèrent d’autant moins que de nouvelles voies beaucoup plus rapides et beaucoup plus confortables soient ouvertes sous leurs yeux. Cela anéantit le bénéfice qu’ils ont si durement acquis. Ils veulent conserver jalousement cette supériorité, et qu’elle ne soit accordée qu’à ceux qui la « mériteraient » à leur tour, en empruntant le même chemin…

On peut les comprendre, leur réaction est humaine, hélas, trop humaine. Mais on a tout autant de raisons de leur en vouloir de faire à ce point obstruction. Au final, c’est toute la société qui en pâtit. Pourquoi les enfants des profs réussissent mieux dans le système scolaire que les autres enfants ? Ce seul point suffirait à faire douter du système éducatif dans son ensemble et des intentions de ceux qui en tiennent les rênes.

Alors… À la question posée en guise de titre de cet article, voilà la réponse (provisoire) que je veux proposer : avoir « l’esprit ouvert » ne consiste pas à accepter n’importe quelle idée, n’importe quelle méthode ou n’importe quel comportement. Avoir l’esprit ouvert consisterait davantage à accepter, voire encourager des voies différentes de la sienne, permettant à ceux qui les empruntent d’avancer plus vite que soi, voire de se sentir mieux ou même d’être plus heureux, et plus encore : d’atteindre un point qui ferait apparaître nos positions ou bénéfices si durement acquis comme insignifiants… Accepter, reconnaître – et même revendiquer – des critères selon lesquels l’esprit d’autrui dépasse le sien. Voilà ce que serait une véritable et authentique ouverture d’esprit…

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Sujets de société

  1. J’aime bien cet article, quoiqu’un peu long

    1. Et un peu fouillis aussi. Alors qu’il aborde des angles et de principes qui sont généralement insuffisamment mis en exergue, et aborde des sujets qui m’intéressent, je me sens frustré au final.

      1. Bonjour, merci pour vos remarques P & Pragmat.
        Un peu long oui, j’étais si pressé de partager ces idées que je n’ai pas trouvé le temps de faire plus court 😉
        Fouillis, c’est en effet l’impression que peut donner l’article de Caleb Gattegno, qui semble n’apporter aucune réponse ou principe suffisamment concret. Quel(s) point(s) vous frustre(nt) en particulier ?

        1. « Est-ce que je sais que mes limitations imposent des frontières sur ce avec quoi je peux entrer en relation dans le domaine de mes études ? en particulier, mon incapacité à lire plus d’une langue afin de connaître ce qu’est la recherche dans mon domaine, lorsqu’elle est présentée par des chercheurs qui ne l’offrent pas dans ma langue ? »

          – usage de la forme interrogative pour amener une idée par le questionnement,
          – discussion sur le biais cognitif,
          – discussion sur le savoir et l’apprentissage,
          – discussion sur la nécessité d’apprendre d’autres langues et la difficulté de les maîtriser,
          – discussion sur la transmission du savoir.

          Cela fait beaucoup en un seul paragraphe. On ne sait pas où vous allez et comme vous ne pouvez approfondir chacun des sujets, on est forcément frustré.

          1. On ne peut que vous comprendre.

            Cependant, je crois que tout l’article, comme son sujet ou ses deux références principales sont bien résumées dans le début (ou « partie Thèse » d’une dissertation française « classique » qui se continue par « anti-thèse » et se termine par « synthèse »):

            « Si l’ouverture d’esprit consiste à tolérer tous les modes de vie, toutes les façons d’être, ou disons plus généralement à respecter l’indépendance d’autrui, nous avons paradoxalement beaucoup plus de mal à accepter la co-existence de différents modes d’enseignement et de différentes façons d’apprendre. »

            Il suffit d’élargir les notions « d’enseignement » et « d’apprendre » bien au-delà de l’éducation de nos parents et de l’influence de nos enseignants, pour bien comprendre.

            Oui, nous sommes bien les « produits » de ceux qui nous ont formés, au départ, avec plus ou moins d’autorité, suivant le « moule » de LEURS idées et de LEUR façon de penser (souvent plus théorique que celle qu’ils avaient eux-mêmes pratiquée!).

            Il n’est évidemment pas insignifiant que le passage à l’âge « adulte », appelé « adolescence » par convention, s’accompagne régulièrement d’une « révolte » (sorte de « révolution » individuelle), pour définir au moins des choix personnels dans ce qui a été « reçus » suivant la forme: « je garde, je jette » que la suite des expériences de vie viendra sans doute encore modifier.

            Ce passage de « produit » à « soi-même », est un apprentissage essentiel, depuis Socrate, apprentissage qui reste éminemment curieux des autres sources de « culture » (de cela vient la formule: « les voyages forment la jeunesse »).

            C’est bien là que se décide « l’aventure de la vie et de l’esprit »: conserver les façons de penser de son moule, hérités dans un cadre étroit de temps et d’espace, ce qui est souvent rassurant car conforme à son environnement.

            Ou bien explorer ce qui est différent, et se confronter à d’autres façons de penser, de réfléchir, avec d’autres « valeurs », dans d’autres langues, d’autres coutumes et habitudes etc…

            Cette ouverture de l’esprit peut être aussi merveilleuse, si on croit y avoir trouvé des richesses qu’on n’a pas chez soi, ou dramatiques, si on a encore besoin de se rassurer selon la caricature: « j’ai raison et ils on tort ».

            J’ai eu, personnellement, l’occasion de rencontrer les 2 attitudes. Mon choix s’est souvent (toujours?) porté vers l’ouverture: je crois que chacun de nous est « limité » à soi-même et que tous les jours nous offrent l’occasion de rencontrer ce que nous ne connaissions pas la veille. On n’a jamais fini d’apprendre.

  2. L’ouverture d’esprit renvoi à la sagesse :

    « Seul le sage ne cesse d’avoir le tout constamment à l’esprit »

  3. Excellent.
    De quel côté de quel « système » se trouve C. Gattegno et existe-t-il un autre système qui le dépasse?
    Ceci dit, je vais le lire.

    1. Gattegno est notamment connu pour sa méthode de « lecture en couleur ». Il fustige ce qu’il appelle la méthode « traditionnelle », basée sur des idées préconçues de ce qu’est la lecture ou même le langage, et fait valoir ce qui correspond à une approche « globale » (mais il fustige également la méthode dite globale, qu’il juge incomplète et qui produit des dyslexiques). Sa méthode permet à des enfants de 20 mois comme à des adultes analphabètes de 60 ans d’être capables d’associer en moins d’une demi-heure des signes et des sons -ce qu’il appelle lecture au sens très général du terme.

      Caleb Gattegno veut utiliser les sciences cognitives alors en plein développement (années 50 – 70) pour bâtir de nouveaux types d’enseignement, et déplore d’être si peu entendu par les professeurs et institutions d’alors, qui se contentent de « faire comme on a toujours fait », et font valoir l’habitude et la tradition comme seuls critères de validation des méthodes pédagogiques, semblant refuser par principe les innovations et le changement…

      1. « être capables d’associer en moins d’une demi-heure … »

        Je me souviens sans problème de ce que j’ai fait il y a une demi-heure. Mais c’est oublié 2 jours après. Les sciences cognitives ont certainement une valeur extrêmement grande en tant qu’outil permettant d’élaborer des outils. Mais avez vous des références sur le sujet, qui aborde la question avec une analyse objective du champ d’application, des résultats, des limites, des audiences …

        1. @ Pragmat

          Non sans ironie, votre attitude semble exactement celle décriée par Gattegno. Parmi toutes ses autres questions que je n’ai pas reproduit dans l’article, celle-ci : « Est-ce que je sais que je m’attends à ce que ces chercheurs, ou d’autres personnes, fassent le travail de rendre leurs résultats accessibles pour moi ? »
          Rendez-vous compte, internet n’existait pas encore.

          Je peux vous citer des sources, mais vous me demanderez de résumer les études concernées et d’en extraire les résultats probants. Je peux résumer ces résultats, mais vous débattrez de la forme et des lacunes de ces résumés, sans jamais pouvoir vous référer aux études complètes. Je peux extraire quelques chiffres significatifs, mais les prenant isolément, vous ne pourrez comprendre l’ensemble desquels ils sont extraits et objecterez qu’ils n’ont rien de convaincant en eux-mêmes. (Vous avouez d’ailleurs un peu plus loin ne pas avoir pu lire une simple notice wikipédia en entier. Comment voulez-vous qu’on avance sérieusement sur le sujet ?)

          Résultats : twitter. On se répond par phrases de 140 caractères en disant POUR, CONTRE, c’est à tribord c’est à bâbord qu’on gueule le plus fort, sans aucune réelle possibilité de discuter et d’avancer.
          Si vous êtes vraiment préoccupé par la question, ou que vous prétendez l’être, ou qu’il s’agit de votre activité professionnelle, alors peut-être est-ce à vous de chercher et sélectionner des sources, les consulter sans préjugés, les confronter, et être prêt à réviser vos idées, être prêt à arrêter de penser ce que vous pensez et laisser de nouvelles idées émerger. En tout cas c’est ce que souhaite Gattegno de la part de toute personne ayant la prétention de faire autorité sur un sujet donné.

          1. Vos 22 lignes de procès d’intention au lieu des 3-4 liens pertinent demandé sont complètement en décalage avec la question.

            Relisez.

            1. @Ilmryn

              132 caractères. Ça va, votre message rentre bien dans un tweet.

              (Re)lisez tous les messages de Pragmat en suivant l’intégralité de la discussion, vous comprendrez peut-être mieux les remarques que je lui adresse.

              (mince, 71 caractères en twexcédent pour ce message, on a presque trop développé…)

  4. L’ouverture d’Esprit est liée à l’empathie, ce trait de la personnalité qui est loin d’être partagé par tout le monde !

    1. Yep, en France la raison prime de loin sur l’intelligence du coeur (sensations, intuitions) que l’on apprend pas trop à développer, ça nous coupe d’un autre mode de connaissance. Je crois pourtant qu’elle a un lien avec l’empathie. D’autant plus qu’au fond de nous nous savons ce qui est vrai ou non, après les fonctions cognitives prennent le dessus et nous perdent dans nos besoins de justifications comme le montre l’article (moi le premier lorsque j’y fait pas gaffe). Serait-ce en lien avec l’arbre de la connaissance cet éloignement du mode intuitif ?

      1. Là, évidemment, on (les « rationalistes ») vous demandera de définir « empathie » qui n’est pourtant que la capacité (relative) de se mettre « à la place de l’autre » comme « si ça m’arrivait d’être dans sa situation », ce qui ne peut être possible à 100%, ni d’ailleurs utile, puisque vous, capable de sortir de « son état », serez aussi capable du recul nécessaire pour y remédier, si c’est votre but.

        1. @Mikylux

          « Là, évidemment, on (les « rationalistes ») vous demandera de définir « empathie » qui n’est pourtant que la capacité (relative) de se mettre « à la place de l’autre » »

          D’un point de vue rationnel tout à fait, c’est la définition. En développant l’intelligence du « coeur » et le mode intuitif/sensitif (par la méditation par exemple) on casse une certaine rigidité lié au rationalisme et au fait de rejeter par principe ce qui est différent de nous (ce qui rejoint l’article). Ça permet de faciliter le processus de se mettre à la place de l’autre en limitant cette sensation de rejet que l’on arrive à sentir monter en nous avant d’entamer le processus d’intellectualisation visant à se justifier
          au lieu d’essayer de se mettre à la place de l’autre, et donc à contrer cette sensation de rejet lié à nos instincts (difficile de me faire comprendre si vous ne pratiquez pas, on quitte le domaine de l’intellectualisation pour rentrer dans celui des sensations qui est moins pratiqué en occident qu’en asie par exemple, les asisatiques ont d’ailleurs tendance à plus se méfier de la logique).

          D’un point de vue purement rationnel l’expérience que je cite en commentaire plus bas tend aussi à se mettre à la place de l’autre. Dans un sens je n’oppose pas intellectualisation (rationalisme) et mode intuitif en disant que l’un est meilleur que l’autre, je les vois comme complémentaires.

          1. Je suis persuadé que nous parlons bien de la même « chose », qui n’est de fait pas facile à définir en termes d’arguments, mais qui fait intervenir ce qu’ici nous appelons « bêtement » le coeur alors qu’il s’agit évidemment bien d’un processus cérébral, déjà prouvé par l’imagerie des neurosciences. Il en va de même de « l’intuition », de la « révolte » et probablement du « sens des valeurs », autres termes que, seule, une expérience personnelle peut faire comprendre à défaut de pouvoir les définir exhaustivement.

            Et on voit bien que si le rationnel peut s’exprimer en termes assez précis, ces « dimensions » humaines-là sont bien moins facilement explicables en termes clairs, alors que la poésie, un court récit ou un dessin parviennent souvent à les faire partager sans jamais savoir si il y a identité entre le locuteur et l’auditeur, entre ce qui est exprimé et ce qui en a été retenu.

            C’est pourtant à la base de la psychologie occidentale post-psychanlytique qui, elle, pourra sans doute, un jour, se reposer sur un support biologiquement confirmé objectivement.

            1. « il s’agit évidemment bien d’un processus cérébral »
              Oui, normale. Toute activité de l’individu en général à un écho cérébrale. Sinon c’est la mort. Mais est-ce que cela répond au fait de savoir si l’être humain est une simple somme de stimuli organique ou non ?
              Ceci dit je crois qu’on est d’accord pour différencier un processus d’intellectualisation (rationalisation) du « coeur » comme manière de « comprendre ».

              « C’est pourtant à la base de la psychologie occidentale post-psychanlytique qui, elle, pourra sans doute, un jour, se reposer sur un support biologiquement confirmé objectivement. »
              Je ne comprend pas où vous voulez en venir ? Ou alors ça rejoint peut-être la question du dessus ?

  5. « Savons-nous que nous croyons que le vocabulaire est la partie la plus importante d’une langue et que l’on devrait … »

    J’ai un peu de mal à cerner l’opinion de Gattegno et de l’auteur de l’article sur le sujet, ainsi que la motivation et la finalité de l’argumentation. En revanche si quelqu’un a une méthode miracle pour apprendre les langues, je suis preneur.

    On peut par ailleurs s’en prendre à certaines méthodes d’apprentissage : le vocabulaire ou la grammaire ou je ne sais quoi. Mais au final l’ensemble forme un tout cohérent. Il est par exemple difficile de lire un roman sans posséder un large vocabulaire et difficile d’en comprendre les nuances sans maîtriser la grammaire. Et doit on classer les expressions et usages des mots dans le vocabulaire ou la grammaire ?

    Le reproche sur les listes de mots tels que « oncle, tante, arrière-grand-père ou cousin issu de germain … » me semble injuste et surtout secondaire. D’abord ce sont des mots très courants, et ensuite la mémorisation des mots concrets, ayant une parfaite correspondance sémantique avec notre langue natale est en fait relativement facile.

    Je crains qu’il n’y ait pas de méthode miracle d’apprentissage. En revanche l’intérêt porté au sujet est déterminant pour toute mémorisation. Il est plus facile de dégouter quelqu’un que de l’intéresser. Il faut séduire et non dogmatiser. C’est ce que j’attends par exemple des MOOC : que chacun puisse trouver un « cours » adapté à son cas particulier, privilégiant l’attrait et plébiscité par les lecteurs par opposition à une approche académique qui a certes fait ses preuves mais a aussi atteint ses limites. Une alternative « libérale » à l’enseignement, par opposition à l’EN qui s’enfonce toujours plus dans le dogmatisme à force de politisation.

    1. Le gros problème de L’Éducation Nationale, c’est que les réformes sont imposées du sommet, rarement évaluées mais simplement jugées sur les % de réussite au Bac, alors que des pays se portent aussi bien sans Bac!

      Combien de personnes parlent un Français très correct sans même connaitre l’existence de « Le Bon Usage », la meilleure grammaire de la langue française (d’ailleurs pas écrite en France par Maurice Grevisse, à l’origine)?

      Et combien de mots n’ont pas de traduction précise ni exclusive, alors qu’ils sont fort bien compris, dans le contexte, y compris les intentions de l’auteur dans une phrase de roman?

      De toute façon, un auteur écrit son texte, mais c’est le lecteur qui l’interprète, comme il le reçoit.

      Il conserve toute sa liberté! Y compris de n’être pas d’accord avec les goûts officiels de l’Académie Française qui n’échappe pas à sa propre idée de la définition de la langue française, à laquelle nos contemporains sont totalement insensibles!

      Je n’ai vu qu’une tragédie classique française, en vers, avec les unités de lieu, de temps … et tout etout: c’est emm…ant comme la pluie!

    2. Le vrai problème de l’Éducation Nationale, c’est qu’elle impose son système à tous, sans aucune distinction!

      Et qu’aucune réforme ne donne jamais lieu, d’abord, à des études statistiques par des observateurs indépendants, sur des échantillons significatifs, qui pourraient objectiver les résultats et, de préférence, cibler préférentiellement les élèves qui en tireraient profit.

      Il s’agit donc de politique avec complicité des enseignants-fonctionnaries!

    3. pragmat: « En revanche si quelqu’un a une méthode miracle pour apprendre les langues, je suis preneur. »

      J’ai eu une discussion intéressante avec mon père quadrilingue et prof de français/allemand à la retraite à ce sujet.

      Il n’y a pas de méthode miracle, parce qu’il n’y a pas d’élèves uniforme, Certains sont plus intuitif, d’autres plus « mathématique », une méthode peut faire des miracles pour un groupe et s’avérer désastreuse pour une autre forme d’esprit.

      Il fustigeait quand même les méthodes globale déstructurées.

  6. La méthode globale ne produit pas de dyslexiques mais elle peut les révéler. Par ailleurs, son intérêt principal est qu’elle s’accorde parfaitement avec le concept qui prétend que l’humain est en quête de sens. Ici, les mots, phrases, paragraphes etc… interrogent en effet l’intelligence de l’enfant. Les démarches, en cours d’apprentissage s’adressent , elles aussi, à l’intelligence et à la prise de risque tandis que la méthode traditionnelle est précautionneuse et peu confiante, bonne pour de futurs petits fonctionnaires

    1. La méthode globale ne produit pas de vrais dyslexiques (c’est une pathologie neurologique, innée, pas acquise par une méthode ou une autre) mais elle produit des imitations très réussies… Et elle ne « révèle » pas les vrais, mais pour eux elle fait de l’apprentissage un cauchemar, alors qu’ils supportent bien la méthode syllabique traditionnelle.
      Par ailleurs, son intérêt principal est qu’elle s’accorde parfaitement avec le concept qui prétend que la famille est un obstacle à la socialisation égalitaire de l’enfant : introduire une méthode absconse inaccessibles aux parents permet d’éviter qu’ils interférent avec le travail du pédagogue. Sauf qu’évidemment les classes supérieures ont les moyens de ne pas se laisser faire, et ce sont les classes inférieures qui trinquent le plus. l’egalitarisme produit plus d’inégalités.
      Autre malheur, c’est que toute intelligence est évacué et qu’il est parfaitement impossible de lire un mot nouveau, même très simple : savoir lire globalement « ru » et « pla » ne vous permet pas de lire « ra » ni « plu ».
      Le français devient aussi difficile à lire qu’une langue étrangère à apprendre : il n’y a plus de règles simple de lecture, il n’y a qu’une interminable liste d’exceptions qu’il faut apprendre une par une. il faut apprendre chaque mot. pire encore, les risques sont grand que le mot « pue » (si il est nouveau) soit lu « que » (si il a été appris globalement).
      La méthode traditionnelle est très sécurisante pour les enfants, et c’est la sécurité qui permet la prise de risque, pas l’arbitraire de l’exception permanente. Ça, oui, c’est bon pour de futurs petits fonctionnaires…

      1. Que d’affirmations sans lien sérieux avec la méthode globale. Il y en a trop !

      2. Bonjour P

         » ..introduire une méthode absconse inaccessibles aux parents permet d’éviter qu’ils interférent avec le travail du pédagogue »
        C’est la même chose avec les math modernes, et la théorie des ensembles (Bourbaki et les patates) qui a été introduit volontairement pour empêcher les parents d’aider leurs enfants. Le pb est que même les profs aussi n’y comprenaient rien.

        1. J’ai appris les « maths modernes » il y a une quarantaine d’années. Les patates et autres trucs curieux. Pour moi, enfant, ca n’avait rien de complexe, mais il est vrai que mes parents ne suivaient pas trop.
          Ce que j’en ai retenu c’est que c’est « maths modernes » ont structuré mon esprit et développé un réel sens commun, un « bon sens » comme on disait jadis.
          Je peux ainsi assez facilement me représenter un ensemble de la classe politique : les « interventionnistes » (socialistes, républicains, FN, etc.), distincts des « libéraux » (au sens Bastiat on Contrepoints).
          Je crains que ces « maths modernes » aient perdu de leur sens, puisque ces ensembles pourtant bien définis, aux recouvrements et inclusions simples, ne sont plus vus comme tels dans n outre société…

          1. Bonjour Stephane

            Il existait une volonté du groupe Bourbaki (Dieudonné Weil ..) de mettre à bas la géométrie Euclidienne qui était trop bien connu des parents.

            Adieu Pythagore Euclide et autres Thales.

            Bienvenue chez les zinzins.

            1. J’ai aussi appris la géométrie classique, qui me sert toujours régulièrement. Bref, maths modernes et maths classiques, les deux m’ont édifié, les opposer aujourd’hui ne me semble plus d’un grand intérêt.
              Mon regret, tardif, c’est de ne pas avoir eu les mêmes enseignements de base (dès la petite enfance) et opposés (au sens math modernes et géométrie) et économie par exemple.
              En tant qu’ingénieur puis chef d’entreprise, je n’ai eu mes premiers cours d’économie qu’après le bas. Et encore… Et cette inculture, que j’ai en partie comblée en ce qui me concerne, fait le lit de nos hommes politiques de tous bords… A mon avis…

    2. @P et Louveigne

      J’ai voulu approfondir sur wikipedia. Je me suis arrêté à :

      « la méthode globale des pédagogues progressistes remet l’élève au centre du lire. »

      Je me suis dit que je n’apprendrai rien en continuant (si vous voyez ce que je veux dire) …

      Cependant, 2 questions :

      – ils font comment dans les autres pays et en particulier les anglophones, car il me semble que l’écart entre la façon d’écrire et de prononcer ne doit pas arranger les choses ?
      – où est le problème avec la dyslexie ou autre cause d’inadaptation, si on testait simplement les aptitudes de chacun pour déterminer la meilleure façon d’enseigner, et si bien sur on abandonnait les idées stupides de l’enseignement égalitariste ?

      1. @ P Pragmat Louveigne

        Sur la méthode globale et la dyslexie, je ne fais que retranscrire ici les propos de Gattegno. Lors de l’un de ses séminaires sur la présentation de ses outils pédagogiques (en 87 à Paris) :

        « Savez-vous pourquoi, quel que soit le choix que l’on ait fait pour transcrire la langue parlée en langue écrite, on est obligé de mettre les signes sur des droites ? Que ce soit verticalement comme en japonais et en chinois, que ce soit horizontalement, de gauche à droite comme la plupart des langues (mais l’arabe, l’hébreu, l’araméen et le syrien s’écrivent de droite à gauche), c’est toujours sur des droites.
        …Le langage est dans le temps. S’il est dans le temps, ça veut dire qu’il y a un ordre pour l’émission des sons et s’il y a un ordre, seule la droite va l’expliciter, la droite ou, comme nous disons aujourd’hui, les espaces homéomorphes.

        Quand les enfants entrent à l’école, quand ils rencontrent pour la première fois le langage écrit, ils ne voient pas très bien pourquoi ces choses-là sont comme ceci. Si j’écris sur un carton ‘école’ et que je le montre (…) il n’y a rien dans ce mot écrit ‘école’ qui dise que ça commence à gauche et que ça se termine à droite, le mot lui-même ne le dit pas.
        C’était une excellente idée qu’avait retenu Decroly et d’autres avant lui que l’on pouvait faire de la lecture globale, seulement ils n’avaient pas vu qu’ils allaient créer des dyslexiques. Ils ont produit des dyslexiques parce qu’ils ont enlevé une composante essentielle du langage qui est le temps, ils ont donné des images spatiales. »

        Gattegno se trompe peut-être sur la cause ou origine véritable de la dyslexie, mais ce n’est pas directement le propos, il pointe du doigt un problème avant tout pédagogique.

        L’écrit qui précède l’oral doit de fait s’organiser de façon linéaire. Toutefois on peut très bien imaginer un langage logique purement formel qui s’organiserait différemment, par exemple à la manière d’un assemblage « cruciverbiste » – ce langage serait le seul à ne pouvoir se capter que de façon « globale », par exemple par une machine (qui scannerait l’intégralité d’un texte spatialement comme un gros QRcode) mais serait imprononçable par un humain. A une moindre échelle le principe peut au moins s’appliquer aux syntagmes – ce qui se produit en partie pour les idéogrammes (où l’on retrouve d’ailleurs le « idéo » de « idéo-visuelle » – généralement confondue avec « globale »).
        Le principe de « global » ou plus précisément « idéo-visuel » veut que l’on scanne un mot dans sa forme globale sans avoir besoin de décomposer une à une toutes les lettres qui le composent pour le reformer progressivement. Techniquement, c’est exactement ce que pratique intuitivement un bon lecteur, qui survole les lignes et reconnait un mot au premier coup d’œil sans avoir besoin de le « lire » selon l’acception commune de la lecture : pas besoin de faire minutieusement défiler son regard de gauche à droite, il suffit de regarder le mot en son centre comme formant un tout pour l’entendre résonner dans sa tête. On peut même atteindre ce point où le regard « englobant » tout en paragraphe anticipe la lecture d’une, deux voire trois lignes suivantes. Seulement, le bon lecteur parvient à ce niveau par des années d’expérience et une farouche volonté ou disons un vrai plaisir de lire. Tandis que l’élève encore analphabète ne peut comprendre spontanément le principe de l’écriture.

        1. Le dernier paragraphe ( « Le principe de global… » ) de l’intervention de Valentin donne une idée juste de la méthode globale mise au point en son temps par le médecin belge Ovide Decroly. Il ne s’agit pas d’écrire mais de lire et le regard global sur un texte est celui d’un vrai lecteur, en conséquence bon lecteur. Il existe une ou deux écoles Decroly à Bruxelles, une autre à Paris et la méthode est reconnue dans les écoles avancées notamment en Scandinavie. La plupart des critiques à l’égard de la méthode trouvent leur origine dans sa méconnaissance et sa caricature. Les partisans de la routine pédagogique officielle pour qui apprendre à lire signifie délettrer au sens de déchiffrer, décomposer le mot. On trouvera des informations sur la dyslexie dans Marie de Maistre : Dyslexie Dysorthographie , Editions universitaires, 1970 et Pierre Debray-Ritzen, neurologue, a écrit aussi un ouvrage qui aurait du être définitif sur la question.

          1. Sans être aussi instruit que vous deux sur le sujet, une petite chose me revient à l’esprit. On m’a expliqué un jour que pour reconnaître, il fallait au préalable connaître. J’ai aussi lu de nombreuses fois que la lecture était un processus curieux : note esprit se souvient des mots (il les reconnaît), il ne les déchiffre pas. Sauf pour une langue étrangère (pour moi qui ne suit pas germanophone, l’allemand ou l’islandais sont ainsi des épreuves !). C’est ainsi que l’on arrive sans trop de difficulté à lire un texte dans lequel l’ordre des lettres de chaque mot est modifié…
            Ainsi, je me dis que pour bien appliquer une méthode globale destinée à permettre de reconnaître les mots dans leur ensemble, et donc de lire vite et/ou efficacement, il conviendrait de commencer par connaître ces mots. Et donc de les apprendre avec une méthode reproductive. Les lettres, syllabes et autres règles que j’ai eu le plaisir d’apprendre il y a longtemps me semblent efficaces. Je reconnais l’adhérence intellectuelle que j’y accorde. Pour moi, la lecture est venue au fur et à mesure de l’écriture. Et j’ai un peu de mal à imaginer une méthode globale d’écriture dans n outre belle langue…

  7. La seule expérience que je connaisse et qui permette de tendre à modifier son opinion de manière rapide est de demander à quelqu’un de rédiger un texte qui défende le contraire de ces opinions. Certainement une piste au niveau éducatif s’il peut y avoir un lien avec une modification de la plasticité de notre cerveau qui nous pousserait à atteindre plus facilement cette ouverture d’esprit.

    Reste aussi les conflits d’intérêts évoqué dans l’article, et les normes sociales qui ne facilite pas trop cette ouverture d’esprit.

    1. C’est un excellent exercice en effet, que Philippe Breton a d’ailleurs utilisé lors d’ateliers pour favoriser la pratique d’authentiques débats démocratiques et délibérations, cf. son livre « L’incompétence démocratique – La crise de la parole aux sources du malaise (dans la) politique ». Il note à quel point tout un chacun (élèves lycéens comme adultes) a du mal à s’y appliquer, alors que c’est pourtant la meilleure façon de préparer un débat contradictoire (anticiper les critiques et arguments de l’adversaire).

      J’utilise souvent un procédé similaire lors de mes formations en rhétorique : quand quelqu’un exprime un avis tranché lors de la distribution des sujets pour les joutes oratoires, je lui impose aussitôt de défendre la position inverse. Le résultat est souvent surprenant pour les autres participants : ils se font davantage convaincre par une thèse soutenue par un débatteur qui prétend par ailleurs la rejeter ! Tandis que le contradicteur trop sûr de ses idées, à défendre une idée qui est la sienne, se révèle paradoxalement très vite à court d’arguments et moins convaincant.

      Cela montre que par-delà toutes les revendications en faveur de davantage de « démocratie », la majorité des individus renient une certaine altérité dans leur incapacité à prendre en compte un point de vue qui n’est pas le leur. Nous voulons seulement avoir raison, nous croyons avoir toujours raison, alors que nous sommes illégitimes pour imposer nos opinions – qui ne sont que des opinions – et bien peu compétents pour les porter dans un débat digne de ce nom.

      1. C’est donc bien l’humilité qui reste la clé de « l’ouverture de l’esprit » comme de tout apprentissage! Ce fait que « je pense que j’ai raison » n’a pas fort trouvé d’écho dans les commentaires alors qu’il devrait être lui-même d’abord mis en doute pour être remplacé par « je ne sais pas tout, loin de là! ».

      2. @Valentin
        Et est ce que vous pensez qu’en multipliant ce genre d’exercice (qui consiste à se mettre à la place de l’autre) et/ou en l’incluant dans un processus d’éducation on pourrait apprendre à notre cerveau à rentrer dans cette logique de mise à la place de l’autre, donc de favoriser l’empathie ?
        J’ai en tête des méthodes comportementales qui consistent à faire pendant un certain laps de temps le contraire de ce que l’on a l’habitude de faire (si l’on trouve que c’est négatif), le temps que notre cerveau prenne le pli dans le but de changer d’attitude.

        1. La connaissance et la maîtrise des procédés rhétoriques et communicationnels, à défaut de les utiliser pour servir nos propres idées, nous permet surtout d’aller au-delà des premières impressions, et donc d’atteindre un autre niveau de communication. Cela s’appelle-t-il empathie, ou à l’inverse rationalité ? Ou les deux seraient-ils les faces d’une même pièce alors qu’on les oppose si souvent dans le langage courant ? Toujours est-il que l’enjeu est de dépasser les oppositions de pure forme, de se faire un peu moins piéger par les représentations.

          1. Si la rationalité consiste à faire en sorte de se comprendre plutôt que de se faire la guerre, oui cela revient au même.
            L’autre enjeu (qui découle du vôtre) ne serait-il pas aussi de mettre au point des principes éducatifs et structurels globaux dans le but d’éliminer nos biais de perception qui tendent à nous mettre en opposition et donc de tendre vers une harmonie ? Sinon pourquoi faire (hors buts manipulatoires qui iraient à l’encontre de la rationalité dite plus haut, si l’on est d’accord là dessus) ?

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