Canada : quand un fleuron de l’économie nationale devient étranger

Publié Par Mathieu Bédard, le dans Canada

Par Mathieu Bédard.

Oh canada credits Ankakay (CC BY 2.0)

Oh canada credits Ankakay (CC BY 2.0)

La compagnie américaine Lowe’s a annoncé récemment qu’elle a acquis la chaîne québécoise de quincailleries RONA. Cette nouvelle a soulevé beaucoup d’inquiétude, comme c’est souvent le cas lorsqu’un «fleuron» de l’économie québécoise est acheté par une entreprise étrangère.

D’abord, il faut bien comprendre qu’il revient aux actionnaires de RONA, et non à la classe politique, de décider s’ils veulent vendre leur entreprise ou pas, et à qui ils devraient le faire. Le droit de propriété des actionnaires sur leur entreprise est aussi important et fondamental pour le bon fonctionnement de la société que le droit de propriété de n’importe qui sur sa maison ou sa voiture. La propriété privée fournit les incitations nécessaires à la bonne gestion des ressources et des entreprises.

Bien que le gouvernement ait déjà tenté d’empêcher une telle transaction en 2012, une intervention de ce type était cette fois-ci encore davantage malvenue dans le contexte où, dans ce cas particulier, la Caisse de dépôt détenait 17% des parts de RONA. L’offre d’achat, qui offrait aux actionnaires plus du double de la valeur des actions, profitait donc non seulement aux actionnaires, mais indirectement aussi à chacun de nous.

L’objectif premier de la Caisse étant le rendement de ses déposants, le choix d’accepter cette offre semblait donc évident.

Si, comme plusieurs l’ont appelé à le faire, le gouvernement avait bloqué cette transaction, l’effet sur RONA aurait été immédiat. Une telle intervention aurait réduit le bassin des acheteurs potentiels, en le limitant par exemple aux entreprises québécoises ou canadiennes. Le prix des actions aurait encore davantage chuté, alors qu’elles avaient déjà perdu environ 39% de leur valeur depuis avril dernier.

Cette nouvelle aurait même pu affecter négativement la valeur de toutes les entreprises québécoises si elle avait été interprétée comme une interdiction mur à mur des prises de contrôle étrangères. La possibilité d’acquérir des compagnies sans entrave profite à nos entreprises et augmente leur valeur. Pour les entreprises innovantes en démarrage, il s’agit même d’un élément central de leur plan d’affaires.

Faut-il s’inquiéter de ces pertes de sièges sociaux, ou dans ce cas, de la perte de certaines responsabilités de nos sièges sociaux au profit des sociétés mères à l’étranger ? Ce phénomène n’est pas récent. Entre 2001 et 2011, la part des sièges sociaux québécois dans le total canadien est passée de 24% à 20%. Cependant, entre 2001 et 2013, les entreprises québécoises ayant acquis des sociétés étrangères ont été énormément plus nombreuses que les sociétés étrangères ayant acquis des sociétés québécoises.

Toutefois, même si le constat avait été moins encourageant, il ne faut pas pour autant s’en inquiéter.

Premièrement, si l’on souhaite que les entreprises canadiennes continuent d’acquérir des entreprises à l’étranger, il faut accepter une certaine réciprocité. En effet, pour chaque RONA, il y a un Couche-Tard, un Garda, un Saputo, qui acquièrent des entreprises un peu partout dans le monde. Dans un marché libre et ouvert, ces transactions nous profitent, qu’on acquiert ou qu’on cède des entreprises.

Deuxièmement, il ne faut pas perdre de vue les avantages liés à un changement de gouvernance pour une entreprise en déclin, y compris lorsqu’il s’agit d’une prise de contrôle par une entreprise étrangère. Un tel changement amène souvent de nouvelles méthodes de gestion et un nouveau regard managérial. De plus, l’accès aux réseaux d’approvisionnement d’un géant étranger, ainsi que les économies d’échelles associées au fait de faire partie d’une plus grande organisation, permettent de réduire les coûts. Éventuellement, des coûts moins élevés peuvent se répercuter sur les prix au détail, à l’avantage des consommateurs du Québec.

Il n’y a pas que les consommateurs qui peuvent sortir gagnants de ce genre de transaction. La présence en sol québécois d’une très grande entreprise étrangère peut profiter aux entreprises d’ici en leur donnant accès à un plus grand marché. Les conditions économiques actuelles, avec un dollar canadien faible, sont particulièrement favorables à l’exportation. Dans le cas de RONA, les fournisseurs québécois pourraient accéder au marché américain à travers le réseau de distribution de Lowe’s.

Le patriotisme et l’émotivité face à ces transactions ne doivent pas éclipser les nombreux avantages qu’elles présentent pour le consommateur et pour les entreprises québécoises.

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  1. Surtout qu’à l’ère de la mondialisation cela n’a aucun sens.
    On s’en fiche qu’une entreprise soit nationale ou étrangère, l’important c’est son engagement à se développer et créer des emplois.

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