L’État actionnaire, toujours le plus gourmand des actionnaires

Publié Par Alexis Vintray, le dans Économie générale

Par Alexis Vintray.

Cour des Comptes à Paris (Crédits : Toun, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

Cour des Comptes à Paris (Crédits : Toun, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

 

Nous vous le signalions dès 2012, « L’État actionnaire est plus gourmand que les actionnaires du CAC40 ». En effet, quand, en 2010, les actionnaires du CAC 40 avait un taux de distribution moyen de 50% (part des bénéfices redistribués aux actionnaires), les entreprises relevant de l’Agence des participations de l’État devaient, elles, verser 55,7% de leur profit à leur puissant actionnaire.

Quatre ans plus tard, rien n’a changé. Selon les derniers chiffres disponibles, dans le rapport annuel de la Cour des Comptes sur l’exécution du budget de l’État (lien PDF), « de nombreuses entreprises dont l’État est actionnaire (neuf entreprises sur douze des plus grandes entreprises suivies par l’Agence des participations de l’État) ont affiché en 2014 des taux de distribution des résultats plus élevés que la majorité des entreprises du CAC 40. »

Un constat d’autant plus alarmant quand on sait que, comme le souligne la Cour des Comptes, « plusieurs entreprises ont versé des dividendes en 2014 alors que leurs résultats de 2013 étaient négatifs : c’est notamment le cas de GDF Suez qui a enregistré une perte de -9,3 Md€ en 2013 ».

Et les magistrats de la rue Cambon de souligner que : « le niveau élevé des taux de distribution soulève le risque pour l’État de privilégier un rendement à court terme de ses participations au détriment, potentiellement, des intérêts de long terme des entreprises et des siens. »

Dit autrement, l’État actionnaire extrait le maximum de dividendes immédiats des entreprises qu’il possède, au détriment d’une vision de long terme et d’investissements productifs. Qui disait que l’État est un bon actionnaire ?

Lire aussi notre dossier spécial État actionnaire

  1. l’état , il se sert grassement d’un côté et fait des cadeaux fiscaux de l’autre….le 29 septembre 2015 , hollande a annulé la dette fiscale de yannick noah , 1000 000 euros tout de même….cet argent censé rentrer dans les caisses de l’état , il va bien falloir qu’il rentre …d’une manière ou d’une autre ;

  2. http://www.boursorama.com/actualites/avis-d-expert-engie-turbo-infini-put-v822b-2e26886c4f344c715ed4c530ca5845cd

    De bien mauvaises nouvelles en perspective pour les finances publiques et ce alors que les taxes sur les factures de l’électricité n’ont jamais été aussi importantes…
    La consommation des ménages diminue mais pas la facture, les énergéticiens conventionnels ont des bilans catastrophiques…
    Combien de temps cela peut-il durer et quelles conséquences sur la sécurité des installations de production et la sûreté de l’approvisionnement des clients.

  3. Un peu sommaire comme raisonnement. Il faut aussi tenir compte du stade auquel est arrivé l’entreprise. Quand une entreprise est en phase de développement rapide, il est logique de réinvestir les bénéfices donc taux de distribution proche de zéro. Quand elle a atteint un certaine maturité, l’investissement doit aussi plafonner. Si une entreprise est dominante sur son marché et si les besoins des consommateurs n’évoluent plus beaucoup, il n’y a plus beaucoup de perspective de développement et le taux de distribution doit se diriger vers les 100%. Cela n’a rien à voir avec la rapacité de l’actionnaire (l’état en l’occurrence).
    Par ailleurs quand le taux de distribution est de 100% cela ne signifie pas que l’on n’investit plus, cela signifie seulement que l’on redonne le choix à l’actionnaire qui peut alors investir ses gains dans d’autres secteurs ayant plus de potentiel de développement.

    1. Tout à fait. Mais justement dans le cas d’EDF, l’un des plus gros apporteurs de dividendes, les besoins de réinvestissement sont élevés avec la fin de certaines centrales. Idem des entreprises où les cash-flow d’exploitation – dividendes sont négatifs.

      1. Remplacer une centrale par une autre ne devrait pas être un investissement. Le remplacement devrait normalement être payé avec l’amortissement de l’équipement remplacé. Le problème est que les couts de remplacement des équipements nucléaires ont énormément augmenté, d’où le besoin d’investir plus. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un marché à maturité et qu’il est donc légitime qu’il y ait un retour significatif vers l’actionnaire (quel qu’il soit). Quand un marché est à maturité, l’investisseur ne peut guère espérer se payer sur des plus values liées à un accroissement de taille, il ne peut compter que sur les dividendes. Si ceux-ci sont trop faibles, la sanction est classique : le cours de l’action dégringole pour ramener le ratio dividende/cours à une valeur raisonnable. C’est bien ce qui se passe pour EDF dont les bénéfices futurs sont en chute et qui en plus doit absorber l’océan de pertes d’AREVA.

        1. Maturité ou pas, quand une entreprise a besoin de se refinancer de 5 milliards par une augmentation de capital, on ne verse pas de dividendes, et encore moins plus de dividendes que le reste du marché, cf. annonce d’EDF cette semaine https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/marche-francais/cloture-paris-le-cac40-bondit-encore-de-3-boursier-5f2b02c5bf301910f2c36c74353d5d95c0faf5e5

          Et le CAC est tout aussi mature, on ne parle pas de start-ups en base de comparaison…

          1. Le plus gros actionnaire d’EDF est l’état qui proclame sans arrêt qu’il y a trop de nucléaire (50% d’électricité nucléaire visé), il est donc logique pour lui d’essorer au maximum les liquidités d’EDF pour pouvoir ensuite les investir dans autre chose que des réacteurs ! Il a évidemment tord mais étant le maitre, il fait ce qu’il veut.
            Il est étonnant qu’il y ait encore des volontaires pour être actionnaires privés d’EDF. Il faut fuir comme la peste les actions d’entreprises pilotées par l’état dont la moindre lubie (sur le prix de vent de électricité en particulier) peut changer du tout au tout les perspectives de bénéfices futurs (et c’est bien cela qui détermine la tendance long terme des cours).

  4. Comme en URSS, les entreprises contrôlées par l’Etat sont pressurées au maximum pour financer le social-clientélisme.

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