Jura : la percée du vin jaune

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans Culture

Par Jean-Baptiste Noé

Chateau Chalon by Dominic Lockyer(CC BY 2.0)

Chateau Chalon by Dominic Lockyer(CC BY 2.0)

 

Tous les ans depuis 1997 le Jura est en ébullition au début du mois de février : les tonneaux de vin jaune sont mis en perce, le vin nouveau, qui a déjà six ans et trois mois, en sort pour être mis en bouteille. La percée est une des nombreuses fêtes populaires viticoles qui enchantent les vignobles. En 2016, les 6 & 7 février, c’est Lons-le-Saunier qui accueille la vingtième édition : la ville du sel, cœur d’un Jura plissé qui offre à la France son vin, ses vaches, sa saucisse au chou, sa lunetterie et ses articles pour fumeur et, autrefois, son sel en grande quantité. La percée, ce sont des moments de sympathies vivifiantes autour d’un vin somptueux qui a réussi à mettre le temps en laisse. Le Jura a beaucoup d’autres vins à proposer, étant une des rares régions de France à produire toutes les gammes possibles : rouge et rosé, blanc et mousseux, divers digestifs et eau-de-vie, vieux marc et produits distillés. Le Jura a su tirer le meilleur profit des cépages bourguignons, chardonnay et pinot, et élever aussi les siens propres, notamment le savagnin aux arômes si particuliers.

Processions et mise en perce

La percée est un moment de fête au creux de l’hiver. Un moment de repos qui commémore le travail harassant des vignerons : pour que la joie s’installe autour d’un verre, il faut des heures de travail à la vigne pour couper et émonder, pour bêcher, désherber et sulfater. Il faut des heures de travail dans les chais ainsi que dans ce moment clef qu’est la vendange. Du côté du buveur, le vin a toujours le parfum de la joie et de la fête, des moments agréables de partage et de détente. Du côté des vignerons la joie n’est pas toujours partagée quand il faut supporter la grêle, le trop de pluie ou le trop de soleil, les mauvaises ventes et les petites années. Sur les tables, le vin brille. Avant cela, le vigneron trinque souvent à vide. C’est pour cela que ces moments de fête régionale sont si importants, pour que les vignerons puissent se montrer et que leurs produits soient récompensés et célébrés.

Dans les rues défilent les confréries en nouvel habit traditionnel. La messe est dite, en l’honneur de saint Vincent et de tous les saints patrons de vignerons et de vendangeurs. Durant celle-ci l’évêque bénit le nouveau tonneau, un fût de 228 litres qui est mis en perce à la sortie sur la place du village. Le vin est ensuite partagé entre toutes les personnes présentes. La musique emplit les rues, tout autant que les groupes de musique. Les produits du Jura se montrent ; le comté ne perd pas cette occasion festive pour aérer ses arômes et rappeler ses accords merveilleux avec le vin jaune.

Concours de vin et de produits

Une série de concours ponctue aussi cet événement. Un concours de chefs, pour s’affronter autour des meilleurs plats et de l’exaltation des produits. Un concours de clavelinage, où sont dégustés à l’aveugle des échantillons de vin jaune afin de promouvoir les meilleurs. Pour les vignerons l’enjeu est donc réel, et la percée n’est pas uniquement le temps de convivialité que viennent chercher les visiteurs.

Le samedi 6, à 14h30, se tient la vente aux enchères des vieux millésimes. 280 lots de flacons rares, dont certains remontent au XIXe siècle, comme un Château Chalon 1842 et un vin de paille 1865. Les grands millésimes sont présents. Ceux qui veulent trouver leur année de naissance auront là l’occasion de satisfaire leur rêve.

La prochaine percée se tiendra en 2018. Le comité d’organisation a en effet annoncé une pause : il n’y aura pas de percée en 2017. Après vingt ans de festivités et d’événements ils ont estimé nécessaire de prendre un an de pause pour analyser leur façon de faire et proposer des améliorations et des nouveautés. Si vous n’y allez pas cette année, il faudra donc attendre, mais moins longtemps toutefois que la percée du vin jaune qui reste six ans en fût.

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