Le monétarisme pour les nuls

Publié Par Jean-Pierre Chevallier, le dans Économie générale

Par Jean-Pierre Chevallier.

Milton Friedman (Crédits : The Friedman Foundation for Educational Choice, licence Creative Commons)

Milton Friedman (Crédits : The Friedman Foundation for Educational Choice, licence Creative Commons)

Un minimum de réflexion s’impose pour comprendre ce qui se passe sur les marchés financiers en faisant de petits détours incontournables…

Les économistes du XIX° prenaient souvent des exemples tirés de l’observation du travail des paysans qui formaient alors l’essentiel de la population.

Ainsi, Böhm-Bawerk a montré qu’en investissant un peu (de son temps) un paysan pouvait augmenter sa production et sa productivité, donc sa richesse. Financiarisons son exemple…

Le paysan vend sa récolte de blé à un grossiste qui lui donne en échange des billets (de la banque centrale). Si le paysan les garde sous son matelas en continuant à vivre en autarcie, cet argent ne circulera pas. Le paysan n’augmentera pas sa richesse.

Si au contraire, ce paysan utilise une partie de ces billets pour acheter du pain, il sortira de l’argent (de dessous de son matelas) qui ira dans le tiroir-caisse du boulanger qui pourra alors payer de la farine supplémentaire à son fournisseur qui pourra à son tour payer des paysans pour leur acheter davantage de blé dont le prix augmentera ce qui augmentera leur richesse… Dans ce cas, l’argent circule. Le boulanger augmentera sa richesse de période en période ainsi que son fournisseur et d’autres paysans dont le nôtre.

C’est simple. Tout est simple. Tout le monde a compris. Le concept de circulation monétaire est fondamental. Il conditionne (avec l’innovation et l’investissement) la richesse des nations et de leurs habitants.

Cette circulation monétaire est possible car le paysan et toutes les autres personnes qui lui sont économiquement liées dans ce circuit monétarisé ont confiance dans les billets qui circulent. Là se trouve un problème important qui a été fort mal résolu pendant des siècles…

En effet, les hommes ont cru pendant longtemps que la monnaie (dont les billets de banque) a pour contrepartie l’or, ce qui est une grave erreur car, la véritable contrepartie de l’argent qui circule est la richesse créée qui en a été à l’origine, à savoir ici la récolte de blé de notre paysan, ce qui est une création de valeur.

L’or ne joue aucun rôle positif sur le plan monétaire. Pire même : Ben Bernanke, a montré dans ses premiers travaux académiques que la cause réelle de la crise de 1929, la Grande Dépression, a été l’achat de quantités très importantes d’or en particulier par la Banque de France.

En effet, en transposant ce problème dans l’exemple de notre paysan, s’il achète de l’or avec ses billets, il ne s’enrichira pas et il en sera de même pour toutes les personnes qui gravitent autour de lui (son argent ne circule pas, il est stérilisé).

En achetant des quantités très importantes d’or dans les années 20, les autorités françaises ont donc bloqué la circulation monétaire, ce qui a cassé la croissance des pays les plus développés au point de provoquer une crise très grave.

Dans les années 60, le général de Gaulle a voulu reprendre cette politique monétaire erronée en exigeant de l’or en contrepartie des dollars gagnés grâce aux excédents de la balance commerciale de la France, ce qui a provoqué une saine réaction des autorités américaines : le 15 août 1971, le Président Nixon, suivant les avis de ses conseillers (monétaristes), a décidé de ne plus rendre le dollar (US$) convertible en or.

C’est la date la plus importante de l’histoire économique moderne à partir de laquelle les monnaies sont définies les unes par rapport aux autres, sans être arrimées à l’or qui n’est qu’un métal dont le prix est déterminé en… dollars (US$) par les marchés.

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  1. Merci!

    Enfin un article qui explique au lieu de générer de la polémique basée sur les dogmes erronés datant de l’empire romain.

    J’ai toujours été très étonné du dogmatisme (voir conservatisme) de certains commentateurs et articles sur les sujets monétaires.

    L’indexation sur l’Or est une horreur : elle est à l’origine du développement des États Nations, des banqueroutes du XVIII, a l’origine de la thésaurisation et des privilèges d’une classe « capitaliste » au XIX, a l’origine des crises monétaires et du chaos politique du XXeme siècle…

  2. La Bourse (Basildon pour la France désormais) héberge une activité aussi irrationnelle qu’amorale et les robots-traders n’ont fait qu’aggraver la chose.

    Quoique la fixation de son cours est aussi dépendante de manipulation de banksters et de quelques compagnies spécialisées, l’or reste une valeur refuge palpable à côté de la monnaie « fabriquée » par un clavier d’ordinateur sans la moindre contrepartie palpable.

    1. C’est ce que vous croyez. La valeur de l’or n’est liée qu’à la foi que vous avez que quelqu’un, dans le futur, voudra bien échanger quelque chose dont vous aurez envie ou besoin contre votre or. La seule contre-partie est donc une notion impalpable de confiance, ce qui ne diffère en rien fondamentalement de la monnaie.
      Quant à échanger votre or sans lieu dédié où vous avez la garantie de trouver un acheteur à un prix transparent et honnête, quels qu’en soient les mécanismes cachés de fonctionnement, une bourse en somme, je vous souhaite bien du courage…

      1. tout est question de confiance.
        il y a 5000 ans , l’or servait déjà aux échanges et il servira certainement encore longtemps.
        toutes les monnaies papier ont fini par retourner à leur vraie valeur, c’est à dire zéro.

  3. Euh il ne faut pas oublier Nixon qui détruit ensuite les accords de Bretton Woods sous la bienveillance de Keynes… Pour le coup je ne suis pas sûr que de Gaulle eût tort de s’opposer aux États-Unis et leur financement via un « déficit sans pleurs » c-à-d l’exportation de leur inflation aux autres comme l’a prophétisé Jacques Rueff.

    Il est vrai que Keynes était en faveur du Bancor, que les États-Unis n’ont pas voulu au nom de leurs intérêts nationaux d’après-guerre.

    Mais bon peu importe, une monnaie nationale ne peut pas décemment servir de monnaie de réserve internationale sur le long terme, comme le montre le dilemme de Triffin.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Dilemme_de_Triffin

    1. Je suis bien sûr que Keynes était très bienveillant lors de la destruction du système de Bretton Woods au début des années 1970 par Nixon puisqu’il est mort en 1946…

      1. Formule maladroite, par bienveillance je voulais dire qu’il était contre l’étalon-or « relique barbare » qui était au centre du système de Bretten wood…

  4. En théorie , c’est vrai et ça marche. Quand je serai plus vieux j’irai vivre en Théorie parce que là-bas tout va bien.
    l’or a une valeur en dollar , oui … actuellement. Il y a 5000 ans l’or avait déjà de la valeur alors que le dollar n’existait pas, on peut parier que dans 5000 ans ( ou dans 1 an ? ) , l’or aura toujours de la valeur alors que le dollar n’en aura plus.
    Dans l’histoire de l’humanité, on ne compte plus les monnaies papier qui sont retourné à leur vraie valeur , soit zéro.
    L’or est une des façon de sortir sa richesse ( celle que l’on a créée et échangée contre du papier ) du circuit papier/virtuel pour la protéger.

  5. Voilà là théorie, seulement appliquée par des banquiers centraux ayant pratiqués un keynésiensme de pacotille précédemment cela donne la ruine des épargnants dans le monde. Ayant constaté que l’argent injecté lors des QE ne circulait, ils ont décidé les taux zéro pour stimuler la consommation et justement faire circuler la monnaie. Sauf que l’on ne décrète pas les anticipations négatives.

  6. L’exemple est plus que sommaire. Pourquoi le paysan prendrait il la peine de produire s’il compte garder éternellement son gain sous son matelas ? La vraie création de richesses grâce à la circulation de monnaie est que justement cela facilite le recentrage de chacun sur ce qu’il sait le mieux faire. Le paysan moderne ne prendra pas la peine de cuire lui même son pain, il l’achètera avec une partie de ses gains. La monnaie est un médiateur favorisant les échanges et ce sont les échanges qui accroissent la richesse.
    Il est bien évident que les flux de monnaie et les flux de richesses échangées s’équilibrent et bien entendu le flux est proportionnel aux vitesses de circulation. C’est bien pour cela que les manipulations des masses monétaires sont impuissantes à créer de la richesse. Si l’on crée plus de monnaie, elle circulera simplement moins vite et en plus, au passage, ceux qui auront créé la monnaie risquent d’en avoir gaspillé une partie !

    1. Non, la création ou la destruction monétaire n’ont pas d’effet absolus, mais uniquement relatifs qui sont toujours toxiques quant ils sont artificiels : ainsi par moment la circulation de monnaie demandera de la création monétaire, a d’autres moments, l’inverse.

      C’est une des bases du monétarisme : la manipulation de la monnaie en dehors du flux naturel dans une optique « morale » d’impact de l’économie est toujours toxique. Ainsi affirmer des dogmes comme quoi les taux d’intérêts doivent être ainsi dans l’absolu, que la création monétaire doit être ainsi etc… C’est comme dire qu’en fixant des limitations de vitesse on peut supprimer le chauffeur de la voiture.

      Si tous les propriétaires de maisons en France décident tous de faire un jeu de chaises musicales, de tous vende leur maison à leur voisin, il faudra une énorme création monétaire le jour des signatures et une énorme destruction le lendemain.

  7. En cette première partie, l’article n’intègre pas (encore) la notion d’endettement (privé et/ou public). Y manque donc un pan pédagogique qui le complèterait ?

    Si les pouvoirs publics des années ’30s gelèrent la nécessaire circulation monétaire, ne semble-t-il pas que les méga-travaux « publics » attribués à une idée incitatrice de Keynes… contribuèrent eux à amorcer la pompe à endettement public, en une époque d’entre-deux-guerres où toutes les nations se trouvaient notablement affaiblies ? Je ne dispose pas de chiffres pour étayer cette observation. D’autres vont-ils y pourvoir ?

  8. Stéphane Lallement

    La doctrine exposée ici par Jean-Pierre Chevallier me semble s’opposer fortement à la doctrine libérale.
    En effet, d’un point de vue libéral, chacun doit être libre de faire ce qu’il veut avec son bien, y compris l’accumuler. C’est pourquoi parler de « stériliser une ressource », ou de « bloquer la circulation » n’a aucun sens et ne saurait désigner quoi que ce soit de condamnable, moralement, juridiquement, ni économiquement.

    1. Stéphane Lallement

      La doctrine selon laquelle il serait bon de faire circuler la monnaie n’est qu’une forme de pensée magique absurde.

      1. C’est exactement l’inverse : le monétarisme dit que la liberté des agents économique est permise par la circulation de la monnaie, que l’indexation sur l’or, que les techniques de régulations bloquent cette circulation et créent les crises.

    2. Je remarque que personne ne se pose la question de savoir pourquoi le paysan « thésaurise » ses billets sous son matelas – ses ancêtres mettaient leurs pièces d’argent économisées dans un pot caché derrière la cheminée dans un coin secret.
      Comme tout paysan, il a son rêve, celui d’agrandir sa terre en achetant une parcelle puis une autre dès que l’occasion se présentera.

      Pareil aujourd’hui. Il y a ceux qui craquent pour un i-phone ou une télé UHD et qui l’achètent à crédit et il y a ceux qui ont la même envie mais économisent un certain temps pour l’acheter cash.

      1. Mon exemple du consommateur est mauvais.
        Le paysan est un producteur, un exploitant qui raisonne comme le petit patron d’une entreprise.
        Comme le paysan, le petit patron rêve de développer son entreprise.
        Pour cela il a le choix: soit d’aller voir son banquier et négocier un prêt, soit d’économiser suffisamment sur ses « bénéfices d’exploitation » pour « autofinancer » son développement.

  9. Donc si je résume, l’argent papier « toilette » créé à partir de rien par les banques centrales et créant une croissance artificielle infinie ne créé jamais de crise, ne permet jamais aux banquiers de créer de l’argent gratuit pour faire payer des intérêts aux citoyens…

    Non, le standard OR est certainement un obstacle important à l’enrichissement de personnes non productives (la banquier par ex.) sur le dos des masses productives (les paysans par ex.)

    Si c’est le paysan qui produit la richesse d’un pays, alors comment se fait-il que les financiers gagnent BEAUCOUP, BEAUCOUP plus que les paysans.

    Si demain il n’y a plus de banquier, la monnaie existera toujours

    Si demain il n’y a plus de paysans, alors il sera difficile de manger ce papier sans valeur qu’on appelle MONNAIE !

    Un dernier point, les crises sont créé de toute pièce par les banques centrales, qui sont des entreprises privés, comme la FED. Objectif, créer des cycle et permettre un transfère des productifs vers les non productifs… Dans un autre temps, on appelait ça l’esclavage !

    1. Si les financiers gagnent tant de plus que les paysans, comment se fait-il qu’ils soient obligés de demander aux politiciens de prendre l’argent du contribuable pour les renflouer ? Comment se fait-il, aussi, que ce soient les mêmes politiciens qui décident que les paysans n’ont pas le droit de vendre dans tel ou tel pays, de produire sans s’endetter pour investir pour respecter des normes idiotes, etc. ? Et les politiciens sont trop nuls en économie pour avoir des objectifs autres que leur maintien à la mangeoire, les crises viennent toutes seules à la suite de cette « stratégie » contre-productive.

    2. « Si c’est le paysan qui produit la richesse d’un pays, alors comment se fait-il que les financiers gagnent BEAUCOUP, BEAUCOUP plus que les paysans. »

      On peut gagner beaucoup d’argent sans créer la moindre richesse. C’est ce que font les Etats en rackettant les populations.

    3. Le mythe du bon sauvage, de l’autarcie, de la sacralisation de la valeur travail ….

      C’est l’échange qui crée la valeur.

      Un paysan sans circuit de distribution, sans voisins, sans clients, sans fournisseurs de matériel, de maison, d’électricité, etc… est un chasseur cueilleur (espérance de vie 25 ans, mortalité infantile 90%, aucun loisirs, aucun répits, violence, famine, maladies, etc… )

  10. L’abandon de l’étalon or n’a t il pas surtout permis aux USA de s’affranchir de toute limite en matière de création monétaire ?

    D’autre part cette histoire de paysan m’étonne un peu. L’or acheté existait avant. Donc il n’y a pas « stérilisation » de valeur mais transfert au vendeur d’or, qui lui a sans doute fait usage de la monnaie ainsi récupérée. Et puis après tout, notre brave paysan a bien le droit d’épargner sous la forme qui lui parait la plus souhaitable pour lui.

    1. Une simple réponse à cette question.
      Les accords de Bretton Woods de 1944 consacraient le USD comme monnaie d’échanges internationaux; c’est un « Gold Exchange Standard » fondé sur une seule monnaie, le dollar américain : toutes les monnaies sont définies en dollar et seul le dollar est défini en or. Le rattachement à l’or, sur la base de 35 dollars américains l’once d’or, suppose qu’il n’y aura pas de dérapage incontrôlé de la part des États-Unis et qu’ils chercheront à maintenir la valeur « réelle » de leur monnaie.

      Avec la fin de Bretton Woods en 1971, les EUA ont pu faire payer au reste du monde leur déficit budgétaire, leur course à l’espace, leurs guerre du Vietnam et celles qui suivirent.

      Aujourd’hui l’once d’or vaut 1096 dollars actuels.

  11. Il est temps pour les monétaristes de intéresser a l’école autrichienne : un bien pour devenir monnaie doit avoir une valeur intrinsèque a la base.
    Ce qui exclu donc la fiat monnaie.
    Il va falloir que les monétaristes m’explique comment le monde industriel s’est si bien développé en angleterre et en europe avec des monnaies or.
    Il y a un bug dans vos raisonnements.
    Les QE et autre LTRO ne sont rien d’autre qu’une forme d’assignat, basé sur des dettes d’Etat etvotre capacité a payer des impôts.
    Ce jeu pitoyable prendra bientôt fin.

    1. Euh … Il va falloir m’expliquer comment Christophe Colomb a découvert l’Amérique avec des bateaux à voile.

      Je crois qu’il y a un bug dans votre raisonnement.

      Il est surtout temps que s’arrêtent les querelles de chapelle et que les matérialistes de tout bord écoutent un peu les opinions des autres et regardent pragmatiquement les choses, mais c’est sans doute trop demander.

      Le monétarisme reprend une énorme quantité d’éléments de l’école autrichienne, mais oui critique une bonne quantité de dogmes, dont celui selon lequel l’économie devait être basé sur une dimension matérialiste. C’est d’ailleurs le même dogme critiqué envers le marxisme, et je pense que cette origine commune explique l’absence de dialogue, le radicalisme etc…

      1. Euh … Il va falloir m’expliquer comment Christophe Colomb a découvert l’Amérique avec des bateaux à voile.

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        Vous avez du vous tromper de forum ou d’article

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