Canada : une brèche dans le monopole de la distribution d’alcool

Publié Par Jasmin Guénette, le dans Canada

Par Jasmin Guénette.

Un article de l’Institut Economique de Montréal.

 

J’écrivais l’autre jour que la SAQ (Société des Alcools du Québec) est un vestige d’une autre époque. Peut-être que les vieux syndicats sont aussi le vestige d’une autre époque. Imaginez, la CSN s’apprête à distribuer des pamphlets aux portes de votre SAQ pendant le temps des fêtes.

Son but, sans le dire ouvertement, est surtout de protéger le monopole de la SAQ et les emplois très bien rémunérés de ses membres qui y travaillent. La CSN n’est pas encore en mode panique, mais plusieurs développements dans le dossier de la vente d’alcool au Québec commencent à l’inquiéter. Ce qui veut dire, en règle générale, que de bonnes nouvelles s’en viennent pour le consommateur.

Justement, je veux lever mon verre à une belle victoire récente des consommateurs et de tous les amateurs de vin au Québec.

Les vignerons du Québec ont enfin obtenu le droit de distribuer leurs produits directement aux marchands (comme les épiciers) sans passer par l’intermédiaire de la société d’État. C’est une première, car au Québec tout ce qui est vin et spiritueux doit passer par la SAQ, qui se prend une marge très généreuse et fait gonfler le prix de vente final. Cela, qu’on achète notre vin directement à la SAQ, dans une épicerie ou un dépanneur1.

D’ailleurs à ce propos, je vous conseille fortement la lecture de ce billet de mon collègue blogueur, Yves Mailloux, qui démontre qu’un vin vendu à un prix de détail approximatif de 11 $ dans les épiceries et les dépanneurs du Québec contient bien souvent moins de 1 $ de valeur en vin. Et qu’un vinier de 4 litres vendu autour de 40-45 $ ne contient probablement pas plus de 4 $ de valeur de vin.

Le début d’un temps nouveau ?

On est encore loin d’un marché concurrentiel, mais il s’agit quand même de la première brèche dans le monopole étouffant de la SAQ, et donc d’une excellente nouvelle pour les consommateurs de vin.

Notez que les vins québécois vendus à la SAQ bénéficient d’un programme d’aide gouvernementale depuis peu. Cette aide correspond à 18 % du prix de vente, plus 2 $ pour chaque bouteille vendue. Cette subvention n’est pas plus justifiée, à mes yeux, que les autres subventions aux entreprises. Mais il faut comprendre qu’elle existe…  pour compenser l’appétit vorace de la SAQ, et sa majoration de 135 % sur ces mêmes vins ! Appréciez l’ironie : le gouvernement doit subventionner les vignerons québécois d’un côté parce que, de l’autre, il est trop gourmand…

Est-ce que les vins québécois, libérés de la «taxe SAQ», se vendront moins cher en épicerie ? Cela reste à voir, mais tout indique que oui. Après tout, la marge que se prend la SAQ fait presque doubler le prix d’une bouteille. Sur une bouteille vendue 23,30 $ en épicerie, par exemple, 11,91 $ finit dans les poches de la société d’État.

Il est important de noter que ce débat n’est pas uniquement de nature économique. C’est aussi une question de principe. Il faut que les consommateurs puissent avoir du choix. En ce moment, à ma SAQ de quartier, je n’ai à peu près pas de choix de vin québécois. Alors je suis très heureux de pouvoir prochainement me rendre dans n’importe quelle épicerie tout près de chez moi et m’acheter un bon vin de la région de Brome-Missisquoi.

Le monopole de la SAQ a fait son temps. Certains de nos vignerons ne se gênent d’ailleurs pas pour le dire. « Je ne verrais pas pourquoi au Québec on ne pourrait pas ouvrir une boutique, quelques vignerons ensemble, et s’installer coin Sainte Catherine ou n’importe où », disait récemment Yvon Roy, propriétaire du Vignoble Morou, lors d’une entrevue. Plusieurs vignerons préfèrent se frotter à la concurrence dans un marché libre plutôt que d’être dépendants d’un programme qui peut être supprimé à tout moment. Ils ont des bons produits. Ils pourraient prendre des parts intéressantes du marché.

Nous sommes toutefois encore loin de la soupe au lièvre, comme disait Jean Perron. Notamment en ce qui concerne les microdistilleries, dont la compagnie Pur Vodka, qui a remporté de prestigieux prix internationaux pour la qualité de son produit. Ces microdistilleries ne peuvent même pas vendre leurs bouteilles sur leur lieu de production et dépendent de la volonté ou non de la SAQ de les distribuer. Ce que le gouvernement a fait pour les vignobles québécois, il n’y a pas de raison de ne pas le faire aussi pour les microdistilleries. J’espère pouvoir écrire dans un avenir proche que le gouvernement du Québec a pris une autre bonne décision dans ce dossier.

Dans un premier temps, réjouissons-nous. C’est le temps des fêtes après tout ! Une brèche est ouverte dans le monopole de la SAQ. Mais il y a encore fort à faire pour que le marché de l’alcool au Québec arrive au 21ème siècle.

Sur le web

  1. Au Québec, un dépanneur est un petit magasin d’alimentation dans lequel on trouve tout pour dépanner, c’est-à-dire les produits de nécessité quotidienne