L’esprit de Georges Marchais est toujours présent

Publié Par Yves Buchsenschutz, le dans Économie générale

Par Yves Buchsenschutz, d’Emploi 2017

 

Georges Marchais est un homme politique français qui a démarré sa carrière syndicale, puis politique après la deuxième guerre mondiale, passant par la CGT puis le Parti Communiste dont il fut membre du Comité Central puis Secrétaire Général jusqu’en 1997, ayant pris la succession de Maurice Thorez.

Remarquable débatteur, en particulier à la télévision, sa célébrité dépassa largement son camp idéologique, et ses formules et messages furent la voix emblématique de la gauche française jusqu’à la renaissance du Parti Socialiste sous la conduite de François Mitterrand.

Marchais rené le honzecJe me suis intéressé à ce personnage car, en dehors des formules célèbres du genre « Taisez-vous Elkabbach », cet homme a eu, durant toutes ces années, un message annuel quasi unique : « cette année, une fois encore, la situation des Français s’est encore détériorée par rapport à l’année précédente, comme d’ailleurs l’année passée ». Et pourtant, il a démarré sa carrière politique au tout début des « 30 glorieuses », période de prospérité en France s’il en fut, laquelle a été suivie de 20 ans supplémentaires de croissance à 2% et plus, ininterrompue, jusqu’à sa retraite politique de fait.

Le PIB français par habitant en dollars Geary-Khamis1 dont l’indice tournait aux environs de 4 500 avant-guerre, est passé de l’indice 3 819 entre 1946, conséquence de la guerre, à 19 955 en 1995 ! Pour simplifier, le niveau de vie moyen des Français a été multiplié par cinq en cinquante ans. Et pourtant, quelqu’un a pu affirmer au vu et au su de tous, sans être immédiatement contredit ni mis au pilori, que le niveau de vie avait diminué chaque année ! (en fait, deux années sur cinquante ont connu une légère régression, 1975 et 1991). Plus visuellement, le Français de 1945 vivant dans une chambre avec l’eau sur le palier, un vélo et 15 jours de congés payés, vivait en 1995 dans un appartement, avec une voiture et 4 à 5 semaines de congés, parfois plus. Tout ceci sans même évoquer l’évolution de l’espérance de vie et autres bienfaits de la société de consommation. Dans le même temps, la répartition de la richesse a vu l’indice de Gini2 français passer de 0,50 à 0,30, divisant par 2 ou presque les écarts de revenus entre ces mêmes Français, ce qui reflète sans aucune contestation possible la diminution drastique des inégalités.

Et pourtant, un nouveau chantre du catastrophisme, j’ai nommé Thomas Piketty, fait la une des journaux alors que Jean Tirole, tout de même prix Nobel d’Économie, est considéré avec condescendance car il a, globalement, observé et accepté la fantastique puissance et réussite de l’économie libérale, voire a participé à son amélioration. Pour information, en parallèle, le pourcentage de pauvres dans le monde selon la définition de l’ONU, n’a jamais été aussi bas, et l’objectif de recul de la pauvreté dans le monde fixé pour 2015 a été atteint en 2013 !3

Quelles conclusions tirer de tout cela ? La première est que les faits sont une chose et leur perception une autre : le catastrophisme et la récrimination font recettes comme les crimes et les attentats en matière de journalisme. Ce ne serait pas grave si cela ne nous amenait pas à des choix politiques qui vont quasi systématiquement à l’encontre des décisions susceptibles d’améliorer la situation économique et en particulier le chômage, pourtant plaie principale de notre système de développement. Une large partie de l’opinion publique, en gros la gauche, n’a eu de cesse que de casser ou au moins enrayer le bon fonctionnement de la machine qui la fait vivre, alors qu’un travail collectif d’amélioration et de mise au point serait bien entendu le bienvenu et bénéfique pour tous. Cette « machine » est loin d’être parfaite, tout le monde en convient, encore faut-il la laisser fonctionner et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Observons plutôt comment s’y prennent les Allemands, ou d’autres pays étrangers qui ont mieux réussi que nous.

Une autre explication serait tout bonnement l’envie. L’égalité ne peut être atteinte que par l’alignement, voire le nivellement. Deux solutions sont possibles : par le bas ou par le haut ? Il est clair que la solution par le bas est moins difficile. Si atteindre l’égalité consiste à rendre tout le monde pauvre, la solution est à portée de la main. Ce n’est tout de même pas très enrichissant. Dois-je considérer que mon voisin, riche, m’a volé ? Ou bien dois-je essayer de devenir comme lui ? Au passage, la nature a donné à certains des yeux bleus, à d’autres bruns : devons-nous, par égalité, aligner également la couleur des yeux et si oui, sur laquelle ?

Le vrai problème n’est en fait pas là, mais dans notre aveuglement idéologique permanent : au lieu d’observer des faits et d’en sortir une théorie, nous inventons des théories que nous justifions ensuite, non par des observations contradictoires, mais par des affirmations péremptoires, à la façon de Georges Marchais. Qu’on le veuille ou non, la révolution industrielle et le capitalisme libéral ont amené l’humanité à un niveau de bien-être matériel moyen inconnu historiquement et inespéré, même s’il a égratigné la planète. Les migrants le redisent chaque jour avec leurs pieds. Que cela pose des problèmes de généralisation et de continuation, certes, mais, par pitié, ne cassons pas, perfectionnons et améliorons ! Il y a encore à faire4.


Sur le web

  1.  Source OCDE. Le dollar GK est une méthode de conversion de valeurs nominales en unités communes.
  2.  L’indice de Gini mesure les écarts de revenu dans les pays ; proche de zéro, l’écart entre les revenus est très faible, proche de 1 il est énorme. Les pays les plus « avancés » ont des indices proches ou légèrement inférieurs à 0,30.
  3. Voire statistiques de l’ONU.
  4. Dans la série, très riche, des affirmations de type Marchais, on peut citer pêle-mêle la qualité de l’air, les méfaits de l’automobile, la vaccination, l’électricité nucléaire, les OGM, etc. . La liste est très longue.
  1. Voir des gens désespérés dire, « plutot crever dans le tunnel sous la manque que de rester ici en france », ca devrait nous convaincer qu’on a un problème avec noter modèle sociale, qui de fact est un des moins inégalitaire du monde, avec un système fiscale des plus redistributif (si si quand on intègre tout, il est injuste mais/car redistributif)…

  2. Pas de polémiques, mais j’ose attirer votre attention sur le fait que M. Friedman (USA) a aussi eu le prix Nobel en 1976 pour ses théories ultra libérales. Le prix Nobel n’est plus un gage de sagesse, de connaissance, de bonne gestion citoyenne, d’honnêteté … depuis belle lurette. A part quelques cas précis en physique par exemple, mais certainement pas en économie et surtout pas concernant le prix Nobel de la Paix.

Les commentaires sont fermés.