Loi Santé : l’exaspération des médecins

Publié Par Bernard Kron, le dans Social

Par Bernard Kron.

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

« La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. » (Henri Queuille).

Le mouvement de protestation des soignants va repartir lors de l’examen de la Loi Santé amendée par le Sénat car ce sera l’Assemblée Nationale qui aura le dernier mot.

Devant le déficit chronique de la Sécurité Sociale et la méfiance des élus envers la médecine libérale, j’avais essayé de faire bouger les lignes…  sans succès.

Avec des collègues de l’Académie de Chirurgie nous avions publié des recommandations pour une stratégie française de la santé dès 2005. Elles avaient fait suite aux recommandations tenues par notre Comité de soutien Santé et modernité au candidat Sarkozy. Elles reposaient sur l’idée de rupture avec le poids des tutelles administratives :

« Seule une simplification des normes et des lois permettrait à terme d’équilibrer les comptes sociaux tout en maintenant une médecine de qualité. Ces recommandations sont restées lettres mortes, c’est pourquoi j’ai écrit le livre « Chirurgie chronique d’une mort programmée »».

L’État, sous le règne des socialistes, n’a pas changé de direction pour la santé. Il n’a pas les capacités financières de mener à bien son projet de socialisation et d’étatisation de la médecine, mais il s’y évertue.

« Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l’épargne.
Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort.
Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l’employeur.
Vous ne pouvez pas favoriser la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes ».
(William J. H. Boetcke (et non pas Abraham Lincoln))

La politique hospitalière menée depuis des années est contraire à notre culture sociale : « Le non respect du droit de certains est acceptable s’il sert l’intérêt de la majorité ». Ce n’est pas le cas pour la politique de santé qui est menée depuis des dizaines d’années et qui n’apporte de progrès ni pour les praticiens, ni pour le confort des malades.

La nationalisation larvée de la médecine, au prétexte de donner accès aux soins à tous, va aboutir au contraire aux listes d’attentes et à la baisse de la qualité des soins.Notre devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » et les idées du CNR de 1945, rebaptisées « justice sociale » sont des leurres pour la médecine. Une médecine publique, contrôlée par l’État, repose sur des principes incompatibles avec la réalité.

Depuis les ordonnances de 1996 (Juppé), l’étatisation en marche de la médecine s’est accélérée. La Loi HSPT de 2011 et les ARS n’ont fait que préparer l’alternance socialiste et la Loi Santé. L’hospitalo-centrisme et les mises aux normes ont détruit les cliniques « familiales » au profit des chaînes. Elles font l’objet d’OPA juteuses et risquent de passer sous le contrôle des mutuelles et des fonds de pension.

Les députés sont majoritairement pour l’encadrement drastique des honoraires des médecins, mais ils ne veulent pas que l’on touche à leurs avantages. Cela explique peut-être pourquoi les nombreux médecins parlementaires oublient leur sacerdoce lorsqu’ils sont élus.

La Loi Santé sera à nouveau examinée par l’Assemblée Nationale après avoir été modifiée par le Sénat. Elle suscite une levée de bouclier de presque tous les soignants.

Les candidats aux primaires devraient se pencher sur ces équations avant d’établir leur projet devant les Français. Déjà Alain Juppé a fait « repentance » et regrette le contenu de ses ordonnances.

Après 30 années de déficits, notre système de soins, s’il n’était pas libéré, ne pourrait plus faire face aux besoins des plus démunis.

Si la Loi Santé est votée, ce sera alors des listes d’attentes et une médecine à deux vitesses qui laisseraient les plus défavorisés au bord du chemin.

Puissent les Conseillers Santé qui auraient une vision libérale lire mon livre et s’en inspirer.

La révolte du corps social et des soignants va reprendre son essor à l’automne. Le vent de la colère des médecins qui ne sont pas « des Pigeons » risque d’être dévastateur.


Pour aller plus loin, lire Chirurgie chronique d’une mort programmée, de Bernard Kron, publié aux éditions L’Harmattan.

  1. Cela fait hélas bien longtemps que la médecine libérale est morte. Cette loi ne fait que fait que persévérer dans l’étatisation du système. Alors, oui, c’est déplorable pour les médecins. Mais l’Ordre et les autres lobbys médicaux/sanitaires ont énormément participé à l’aliénation des professionnels.

    En effet, où étaient les médecins et autres praticiens au sens large quand il fallait dénoncer les numérus clausus, les diplômes d’État, les restrictions vis-à-vis des étrangers (notamment non-européens) ?

    Où étaient les praticiens au sens large quand il fallait dénoncer les différentes atteintes à la liberté d’installation ? Où étaient les praticiens quand il fallait dénoncer la raréfaction artificielle de l’offre en matière de professionnels et d’infrastructures médicales ?

    1. “Où étaient les médecins et autres praticiens au sens large quand il fallait dénoncer les numérus clausus, les diplômes d’État, les restrictions vis-à-vis des étrangers“
      Depuis 30 ans, l’état ne discute strictement qu’avec les syndicats qu’il achète en créant des structures payantes fictives mais obligatoires, prélèvements fait par l’Urssaf: Union régionales, formation professionnelle, etc

    2. « Où étaient les praticiens … »
      C’est exactement la question que je me suis posé, ils en ont forcement tiré un bénéfice de cette politique corporatiste (numerus clausus et non liberté d’installation) mais maintenant que ça sent le roussi (dégradation de qualité) c’est bien trop tard pour empêcher l’avancé du rouleau compresseur étatique.

      1. De même qu’il ne vous est laissé tous les 5 ans que le choix de voter pour la peste ou le cancrelat, les médecins libéraux n’ont pas le plus petit droit de parole sur l’organisation de leur profession.
        Le numerus closus n’est décidé chaque année strictement que par le ministère, de même que le nombre de postes validant pour chaque spécialité.
        Depuis 30 ans, la technocratie socialiste de droite ou de gauche avance masqué en pratiquant la technique des petits pas.
        Pour simple exemple, la sécu, organisme satellite des syndicats, n’a été créée que comme simple organisme de remboursement des patients, mais s’est un jour donné le nom de partenaire de santé, puis celui d’organisateur pour aujourd’hui en revendiquer la Direction.

        1. N’est ce pas la corporation (i.e. syndicats ou fédérations) qui n’a pas fait son travail de libération depuis 30 ans ? Ne peut on vraiment rien améliorer dans ce pays ?

    3. Bonjour
      Le numerus clausus a été créé en 1970 alors qu’on admettait 12 000 étudiants en PC2, ce qui était trop.
      De là à passer à 3500 dans les 90′, le gouvernement a encore montré sa myopie. Le but, avec la MICA, était de baisser le nbre de médecins tout de suite, et non pas de réguler à long terme.
      Cette explosion d’étudiants des années 70 était la conséquence de la loi DEBRE qui a créé des fac de médecine dans toute la france.

      1. « était de baisser le nbre de médecins tout de suite, et non pas de réguler à long terme. »
        Pourquoi contrôler ou réguler ? C’est justement ce mal qui entraîne ce pays dans le fossé.

        1. Bonjour apippugeho
          Je suis d’accord, pas de régulation.
          Je vous parle du but du gouvernement du moment.
          Le bon système, supprimer le monopôle de la médecine aux diplômés d’état.

    4. La médecine libérale est peut être morte parce qu’elle ne soigne plus les causes mais propose des rustines pour réduire les conséquences des maux à coup d’anti inflammatoires, de sirops, d’anti douleurs… 90% des médecins au sens large, ne sont plus que des fonctionnaires d’un Etat… Ils se servent sur la bête et savent pertinemment que la sécu est condamnée… Des médecins préventionistes existent, des soignants tous métiers confondus savent qu’il faut préférer le « care » au « cure »… La médecine à 2 vitesses arrive et la sécu vit ses derniers jours, les mutuelles vont prendre le relais et les élus négocieront une CMU pour réster solidaire avec les plus pauvres, ainsi les cotisations sur le coup du travail vont disparaître, bien sûr qu’une privatisation du social est en marche et la France ne sera peut être plus aussi attrayante !
      Il faut être réaliste et pragmatique, on a plus le temps pour des verbiages inutiles, il faut agir sinon d’autres le feront mais pas forcément de bonnes manières…

    5. Jean Paul Ben Nichoins

      On etait au boulot ; cad soigner les gens , en esperants que les politiques et les syndicalistes feraient leur boulot pendant ce temps la . A 70 h par semaine de travail on peut pas s occuper de tout …Mais les politiques ont confondu servir et se servir et ce n est pas « que  » les medecins qui les ont elus ….

  2. Trop tard. Ce n’est plus la colère qui nous anime, mais le sauve qui peut.

  3. Parmi les atteintes parfois fort anciennes à la médecine libérale, je tiens à rappeler l’existence des obligations vaccinales qui imposent donc à l’individu a priori sain, un acte médical non dénué de risques pour un intérêt hypothétique, sans se préoccuper du consentement préalable dudit individu, du libre-choix thérapeutique, etc.
    Le système est renforcé plus ou moins directement par exemple avec la ROSP (Rémunération sur objectifs de santé publique) ou P4P (paiement à la performance) dont l’un des objectifs fixés est la couverture anti-grippe des plus de 65 ans, etc. Dans le même sens, le fichage Cartovaccins, financé par GSK, pour mettre la pression sur les médecins qui ne vaccinent pas assez…

    1. Désolé, mais l’état, (technique des petits pas) vous laisse encore la liberté de lui vendre la vôtre à vil prix en adhérant ou pas aux ROSP, P4P, etc. .
      Il suffit de ne pas rentrer dans la combine.
      Ce ne sera plus possible avec le tiers payant, mais nous n’y somme pas encore.

    2. L’efficacité de la vaccination a été mainte fois prouvée, le problème n’est pas là.

      Le problème tient dans l’objectif fixé: est ce (1) de faire disparaître une maladie ou (2) d’éviter d’être malade (d’un point de vue individuel). Si l’objectif est (1) alors il est normal que la vaccination soit obligatoire, si c’est (2) chacun devrait être libre. Libre ça veut dire assumer les conséquences de sont choix, en la matière, potentiellement risquer de mourir de manière anticipée.

  4. En tant que médecin rural ayant exercé de multiples responsabilités professionnelles: Syndicat, ordre, ARS force est de constater que la médecine française aura été assassinée par l’action conjointe
    – des politiques planqués dans leurs certitudes absolues,
    – des syndicats achetés, je dis bien achetés par ces mêmes politiques (un petit chèque à 6 zéros et MG France ou SML signe les yeux fermés)
    – des jésuites de l’ordre aux vues étriquées et conservatrices voyant le numérus clausus d’un bon oeil (moins il y a de convives plus la galette est grosse) ignorant superbement ce qu’est et ce que dit une courbe démographique.
    – des médecins eux mêmes toujours et encore persuadés qu’ils sont des « libéraux » mais un libéral sans aucun pouvoir de manoeuvre est il encore un libéral ???
    La signature de la première convention médicale a été son arrêt de mort programmé.

    Maintenant est venu l’heure du constat des dégâts ……

  5. Je me disais justement que la place de l’industrie pharmaceutique dans l’économie et la position de la France de premier producteur mondial de vaccins n’étaient pas hors sujet…

  6. Jean Paul Ben Nichoins

    La medecine liberale n est pas morte ! … Les politiques l ont aliene avec le systeme conventionnel et a fait marche le systeme social et ses prelevements obligatoires sur le dos des medecins qui ont assures les soins depuis la fin de la guerre. Mais la medecine liberale n est pas morte ; elle existait avant la SS et il y aura tj des toubibs apres que la SS aura disparue ( dans pas longtemps) et que son contrat esclavagiste appele « Convention » soit denonce .

Les commentaires sont fermés.