Bénin : 5 mauvaises pratiques de gouvernance

Publié Par Imani Francophone, le dans Afrique

Par Alan Akakpo, responsable d’IMANI Francophone – Bénin.

Drapeau du Benin, domaine public

Drapeau du Benin, domaine public

Dans cette tribune, le responsable d’Imani Francophone-Bénin révèle 5 erreurs graves du gouvernement béninois dans la gestion de l’affaire de détournement des fonds des Pays-Bas.

En mai 2015, le gouvernement des Pays-Bas a suspendu sa coopération bilatérale avec le Bénin suite à un acte de prévarication impliquant le ministère de l’Énergie, des Recherches Pétrolières et Minières, de l’Eau et du Développement des Énergies Renouvelables dont Monsieur Barthélémy KASSA avait la charge. Dans cette affaire de mauvaise gouvernance où 2,6 milliards FCFA ont été détournés, Imani francophone recense 5 pratiques de mauvaise gouvernance économique et politique dont les responsables à divers niveaux se sont rendus coupables.

  1. L’Assemblée Nationale manque de proactivité

L’Assemblée Nationale du Bénin a pour missions essentielles de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Malheureusement, celle du Bénin est clairement réactive. Les multiples demandes d’explication des parlementaires sont apparues « après la mort » c’est-à-dire après la suspension de la coopération hollandaise. En effet, conformément aux dispositions des articles 111, et 113 de la constitution, les parlementaires béninois ont le plein pouvoir d’interpeller les membres du gouvernement lorsque des rumeurs de mauvaise gestion leur parviennent. Dans cette affaire, l’assemblée nationale a brillé par son silence avant de réagir suite aux injonctions du partenaire hollandais. Pourtant, pour l’exercice 2015 par exemple, 360 millions FCFA sont dédiés aux enquêtes et contrôles parlementaires pour permettre au parlement d’être performant. Il y a eu pléthore de scandales sous le Président Yayi Boni à tel point que l’on peut s’interroger sur le nombre de députés qui connaissent réellement leur travail.

  1. Le Président Yayi Boni ne respecte pas l’autonomie des institutions

Après la publication du rapport d’audit par le cabinet en charge, la responsabilité de conduire les procédures incombe désormais au pouvoir judiciaire et au pouvoir législatif. Pourtant, entre provocation de l’Assemblée Nationale par recours aux communiqués publics, et recours à la presse, le Président Yayi Boni n’a pas manqué de s’immiscer dans la gestion de cette affaire. Il semble un peu tard pour entretenir une image publique qui a malheureusement été ternie par bon nombre de scandales économiques et de corruption en 9 ans de gestion du pays Ouest Africain.

  1. Les gaspillages de fonds

Le cabinet d’audit international Kroll a été recruté sur accord du Bénin et des Pays-Bas pour effectuer l’audit. L’ardoise des travaux du cabinet d’audit s’élèverait à plus de 700 millions FCFA, ce qui, pour un pays en voie de développement, constitue de la mauvaise gestion financière et du gaspillage indécent dans la mesure où des institutions autonomes telles que la Cour Suprême et la Brigade Économique et Financière existent pour effectuer les mêmes tâches. Plus d’un demi-milliard de FCFA (c’est-à-dire 27% de la somme initialement détournée) aurait donc pu être économisé.

  1. Les mensonges publics

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, M. Komi Koutché est monté au créneau à l’époque pour signifier à l’opinion publique que le gouvernement n’était pas informé de l’existence de ce rapport d’audit incriminant le gouvernement béninois, suscitant la réaction de l’ambassade des Pays-Bas via un second communiqué discréditant définitivement le gouvernement béninois et son ministre dans ce dossier. Sous d’autres cieux, ce mensonge public aurait été suffisamment grave pour impliquer le limogeage du ministre Komi Koutché. Il apparaît évident que les standards du Bénin sont bas en la matière étant donné que ce ministre fut récompensé par un poste de Ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et des programmes de dénationalisation.

  1. Des dispositions institutionnelles inadaptées au contexte béninois

L’immunité parlementaire est un principe formidable. Il permet de protéger les membres de l’Assemblée Nationale dans la mission dont le peuple les a investis. Cependant, plusieurs autorités politiques ont pu jouer à un véritable jeu de cache-cache avec le deuxième pouvoir constitutionnel du pays. La constitution du Bénin permet aux ministres de participer aux élections législatives et se repositionner dans les arènes du pouvoir exécutif, démissionner du gouvernement après des affaires de prévarication pour se réfugier au parlement. Ces jeux politiques ne sont pas fondamentalement mauvais dans un État de droit et la pratique est rendue possible dans d’autres pays. Cependant, pour un pays dont les mécanismes de contrôle de l’action publique sont en berne, et où l’impunité règne, il faudra songer à des ajustements constitutionnels pour induire une meilleure discipline politique et civique. Autrement, des ministres comme M. Barthélémy Kassa continueront d’être nommés Honorable, titre donné aux parlementaires, après leur démission pour cause de mauvaise gestion.

Les solutions

De façon progressive, le Bénin devra mettre l’accent sur une coopération économique gagnant-gagnant avec les partenaires bilatéraux en vue de réduire les effets pervers de la corruption inhérente au système de l’aide publique. Il faudra également que l’Assemblée Nationale béninoise soit plus dynamique et proactive dans sa mission de contrôle de l’action gouvernementale et de la prévention des actes de mauvaise gouvernance. La société civile doit également jouer son rôle de veille et s’organiser pour amener les élus parlementaires à rendre compte au peuple.

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