Genre ou liberté, par Sophie Heine

Publié Par Drieu Godefridi, le dans Lecture

Par Drieu Godefridi.

Sophie Heine genre ou libertéLe principal intérêt de cet ouvrage réside dans sa représentativité des études de genre contemporaines, dont l’auteur offre un tableau synthétique et clair, sans manquer pour autant d’originalité.

La thèse de l’auteur est que les stéréotypes dont les femmes sont l’objet, dans nos sociétés (sur l’empathie, la maternité, la beauté, la sexualité, la douceur et la rivalité) justifient non seulement la pérennité d’inégalités matérielles à leurs dépens (ce qui est la thèse générale des féministes du genre), mais facilitent l’abus et la violence : « les stéréotypes de genre facilitent l’installation et la légitimation des inégalités de traitement dans la sphère privée, des plus ordinaires aux plus extrêmes. » (page 39). L’auteur a, par ailleurs, qualifié cette thèse de continuum entre les stéréotypes sur les femmes et la violence dont elles sont victimes.

Il existe dans le champ des idéologies contemporaines, et sans doute fut-ce toujours le cas depuis l’affirmation de la science au sens d’un savoir objectif, deux familles : les idéologies qui se revendiquent de la science, et celles qui se passent de sa caution. L’écologisme, par exemple, prétend procéder de considérations scientifiques au sens strict : réchauffement climatique, recul de la biodiversité, inéluctable épuisement des ressources naturelles. Le rapport du genre à la science est plus nuancé. Certains auteurs — on pense à Cordelia Fine, ou la dernière Naomi Wolf — entendent se fonder sur des études scientifiques pour montrer que tout ou partie des différences entre les sexes relèvent de la culture, voire de l’imposture, et non de la nature. D’autres, telles que Judith Butler, font l’économie de la plupart de ces références scientifiques pour proposer un système philosophique novateur et cohérent, une vision anthropologique qui prétend se suffire à elle-même (Trouble dans le genre).

Dans une veine qu’on pourrait qualifier de structuraliste, bien qu’elle prétende faire droit à la liberté du sujet, S. Heine se range dans cette dernière catégorie. Elle soutient que la thèse des différences naturelles entre hommes et femmes, et inversement celle de leur absence, sont « aussi indémontrables l’une que l’autre » (page 22) et professe, dès lors, ce qu’elle appelle un agnosticisme millien. Cet agnosticisme inspiré de J.-S. Mill consiste à suspendre son jugement sur les inégalités naturelles éventuelles — ce qui est cohérent avec la position d’autres féministes du genre, telles que Susan Moller Okin — au nom de leur indécidabilité, tout du moins en l’état actuel de la science.

Cette position, que l’on qualifiera de principe, nous semble doublement problématique. D’une part, la négation, ou non-considération, des différences naturelles entre hommes et femmes, au sens le plus strictement biologique de ce terme, ne résiste pas à l’analyse objective ; sans doute n’y a-t-il pas un seul article publié depuis un siècle dans une revue de biologie reconnue qui s’y soit risqué. D’autre part, et c’est le cœur de la critique, concéder l’agnosticisme millien ne dispense pas l’auteur de traiter les stéréotypes allégués de façon rigoureuse.

Au risque de passer pour scolaire, rappelons que Karl Popper distinguait, dans son ouvrage séminal Logik der Forschung, les propositions réfutables, et celles qui ne le sont pas. Les premières, qui admettent la preuve du contraire, relèvent de la science (exacte ou humaine), les secondes de l’idéologie.

Donner, par conséquent, une valeur scientifique aux stéréotypes supposerait d’énoncer cette thèse sous la forme de propositions réfutables, du type : voici la liste des stéréotypes dont les femmes font l’objet, par exemple dans la France de 2015, la Russie du dix-neuvième siècle ou le grand siècle de Louis XIV. Un stéréotype du type « les femmes sont plus empathiques que les hommes » paraît, en effet, susceptible d’être mesuré, testé et formulé sous la forme d’une hypothèse scientifique réfutable (qui dirait : « dans la France de 2015, les femmes sont réputées plus empathiques que les hommes. »).

Au lieu de quoi l’auteur, comme la plupart des féministes du genre, se cantonne à l’affirmation d’une série de stéréotypes qui ne repose sur aucune étude, ni même référence documentée, avant de poser que ces stéréotypes sont la cause de telle ou telle inégalité matérielle entre hommes et femmes. Mais comment accepter l’existence d’un lien de causalité, lui-même non démontré, qui est fondé sur une proposition qui ne l’est pas davantage ?

Prenons l’exemple de la douceur. L’auteur pose que les femmes sont réputées plus douces que les hommes, que l’intégration de ce stéréotype, par les femmes, les empêche d’exprimer leur agressivité, pourtant condition sine qua non de la réussite professionnelle, et tout cela alors que, d’un point de vue scientifique, rien ne permet d’affirmer que les femmes seraient naturellement plus douces que les hommes (chapitre 6).

S. Heine va plus loin, et c’est là, nous le disions, que se profile l’originalité de sa position : la douceur, poursuit-elle, conduit à la soumission et la passivité, donc à l’acceptation de la violence et des situations d’abus : « La plupart des femmes victimes d’hommes maltraitants, violents physiquement ou verbalement, finissent par être habitées de haine et de rancœur envers leur abuseur. Certes, elles tendent à réprimer ces sentiments, notamment à cause de la peur et des traumatismes engendrés par la maltraitance qu’elles subissent. Mais les clichés qu’elles ont intégrés sur la féminité constituent des obstacles supplémentaires à leur libération. » (page 124)

La thèse est intéressante, originale et audacieuse. Elle pose aussi d’évidents problèmes. Outre la question déjà évoquée du statut des stéréotypes et du lien de causalité, cette fois avec la violence, se pose un problème logique. Des études empiriques ont montré, au Canada et en Espagne, que la violence psychologique s’exerce dans des proportions comparables, sinon identiques, contre les hommes et contre les femmes1 (dans le couple ; si l’on sort du couple, les hommes sont nettement plus sujets à la violence sous toutes ses formes, à commencer par les plus graves telles que les coups et blessures). Comment réconcilier cette donnée factuelle avec la thèse de l’auteur ? Sont-ce les mêmes stéréotypes qui « expliquent » la violence contre les femmes et contre les hommes ? Mais alors, quel est le potentiel explicatif de cette thèse ? Il y a manifestement là une impasse logique.

La thèse du continuum qui est celle de S. Heine ne mérite pas, pour autant, d’être balayée d’un revers de la main. Mais elle devrait, à tout le moins, être affinée, restreinte dans son ambition explicative ; bref, formulée d’une façon qui soit scientifiquement testable. Ce qui, on l’a dit, suppose de commencer par reformuler la thèse des stéréotypes avec davantage de rigueur.

Genre ou liberté est un ouvrage représentatif des études de genre contemporaines, dans leur versant féministe2. Outre la thèse du continuum, il offre une intéressante réflexion sur la liberté « réelle », et la possibilité de rapports entre hommes et femmes qui seraient dégagés des préjugés sans fondement. J’en recommande la lecture à toute personne qui souhaite s’initier à la théorie du genre du point de vue des féministes du genre.

  1.  Cf. cette étude du gouvernement du Canada, « La violence psychologique – un document de travail, 2008 », http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/famvio-fra.php (site consulté le 21 août 2014). La tendance égalitaire est confirmée par les rapports ultérieurs du gouvernement canadien ; cf. par exemple STATISTIQUES CANADA, La Violence familiale au Canada : un profil statistique, 2011, p. 9 : « Parmi les Canadiens interrogés sur leurs expériences durant les 12 mois précédents, la proportion disant avoir été victimes de violence conjugale est tombée à 2 %. Une fois de plus, le résultat était semblable chez les hommes et les femmes » (nous soulignons). Cf. également cette intéressante étude statistique menée sur une population de 1 800 étudiants universitaires espagnols (Madrid) des deux sexes qui indique, selon le point de vue de l’agresseur comme celui de l’agressé, une nette prévalence de la violence psychologique féminine : M.J. MUÑOZ-RIVAS, J.L. GRAÑA GÓMEZ, K.D. O’LEARY, P. GONZÁLEZ LOZANO, « Physical and Psychological Aggression in Dating Relationships in Spanish University Students », Psicothema, vol. 19, n° 1, 2007, p. 102-107.
  2. Je distingue, dans La loi du genre (Belles lettres, août 2015), deux courants au sein de la théorie du genre : le courant homosexualiste, et le courant féministe. Ces deux courants possèdent des fondements théoriques communs, pour diverger ensuite, à l’image des intérêts dont ils sont l’expression.
  1. merci pour cette recension, cependant, quelques remarques :

    1- elle est partielle, sélectionne adroitement des éléments de l’ouvrage, ce qui en donne une image partielle, voire, tronquée. C’est évidemment le risque d’une recension mais c’est important de le souligner.

    2- Sur le caractère « non scientifique » des stéréotypes et le fait que cela rendrait leur usage inutile à la réflexion : cette critique de mon livre me semble peu justifiée, à partir du moment où j’affirme dès le départ que la querelle scientifique ou pseudo-scientifique autour de ce qui relève de la nature et de la construction sociale dans les clichés sur le féminin et le masculin ne m’intéresse que très peu. Si j’aborde ces débats dans le livre, c’est simplement, d’une part, parce qu’ils occupent une bonne partie de la littérature dans ce domaine et, d’autre part, pour montrer qu’en l’état, on ne peut pas trancher cette controverse et qu’il faut donc adopter une posture « agnostique » (au sens de Mill dans son essai sur « l’assujetissement des femmes »).

    Toutefois, étant donné qu’il n’y a aucune certitude sur le caractère inné de certaines de ces idées reçues (notamment celles qui sont analysées dans le livre sur l’empathie, la maternité, la beauté, la sexualité et la douceur), il est plus censé d’adopter un postulat constructiviste mesuré et non dogmatique. Autrement dit, si l’on ne peut prouver le caractère naturel de ce que recouvrent ces clichés (et j’argumente largement dans le livre là-dessus), il semble raisonnable de supposer qu’il s’agit de simples constructions sociales.

    3- Mais surtout, et c’est là l’un des nombreux points essentiels du livre que Drieu Godefridi élude dans sa critique : le postulat constructiviste est le seul qui soit compatible avec une défense de la liberté individuelle comme l’objectif d’une société juste.

    Ce livre cherche en effet avant tout à susciter la réflexion et l’engagement : pour s’engager pour une société de liberté (le contraire de celle dans laquelle nous vivons), les individus doivent tout d’abord parvenir à penser la liberté. Pour les femmes, cela revient à déconstruire les carcans sur leur supposée nature, en adoptant un parti pris plus ouvert : ainsi, plutôt que de rester emprisonnées dans des carcans symboliques les réduisant au statut d’objets, de choses et d’instruments des désirs, besoins et fins d’autrui – c’est le cas des idées reçues sur la féminité explorées dans ce livre –, elles pourraient affirmer leur statut de sujet en construisant d’autres approches du féminins.

    J’aborde dès lors les stéréotypes, non pas dans une approche qui se voudrait « scientifique » – je en crois pas à la science dans ce domaine et je récuse justement l’enfermement des débats sur le genre dans des querelles de type « pseudo-scientifiques » sur la biologie, la psychologie, les neurosciences etc – mais dans une perspective engagée et visant à susciter le mouvement. Cette posture est en réalité beaucoup plus présente dans les études sur le genre que ce que prétend Drieu Godefridi dans son ouvrage « La Loi du genre ». Cela n’aurait en effet aucun sens de prétendre faire de la science dans un domaine presque intrinsèquement idéologique (et politique, au sens large). Par conséquent, il est à la fois plus honnête et plus productif d’affirmer ses propres postulats en la matière – ce qu’échoue à faire Drieu Godefridi dans l’ouvrage précité. Voir ma recension à ce sujet : http://www.contrepoints.org/2015/08/01/216334-la-loi-du-genre-par-drieu-godefridi)

    4- le qualificatif de « srtucturaliste » utilisé par Drieu Godefridi pour désigner mon approche me semble très problématique : Si je reconnais en effet l’existence de contraintes, partiellement objectives et partiellement subjectives – à la liberté en général et des femmes en particulier, ma perspective est tout sauf structuraliste. Alors que le structuralisme, en tout cas dans sa version extrême, nie la liberté des agents (individuels et collectifs), les approches mettant uniquement l’accent sur l’ « agency » ou la liberté individuelle occultent l’obstacle à la liberté que constituent les structures d’injustices, d’inégalités et de dominations. L’approche du social et de l’histoire que je défends (voir à ce sujet : Oser penser à gauche et Pour un invidualisme de gauche) se veut intermédiaire : si les structures (et les rapports de domination qu’elles créent) limitent fortement la liberté, celle-ci peut être gagnée par un combat qui est à la fois proprement idéologique et inéluctablement collectif.

    Pour les femmes, qui subissent des dominations spécifiques, l’enjeu est donc de s’impliquer dans le développement d’un projet de société alternatif et mobilisateur : cela suppose non seulement de récuser les catégories légitimant les dominations qui aujourd’hui les affectent, mais aussi d’en proposer d’autres, plus compatibles avec l’idéal de liberté.

    Drieu Godefridi omet cette dimension essentielle de l’ouvrage, alors qu’un travail de réflexion sur les alternatives (ce qui me distingue forcément d’une position structuraliste) est clairement entamé dans le livre, à la fin de chaque chapitre et dans le tout dernier intitulé « Vers une féminité repensée ».

    5- Sur la critique de Drieu Godefridi selon laquelle je nierais l’importance de la biologie (avec les autres « féministes du genre » – label, je le remarque, qui me dérange profondément étant donné que je ne me sens absolument pas appartenir à un quelconque courant « féministe » ; voir à ce sujet : http://www.contrepoints.org/2015/03/08/200456-sophie-heine-je-suis-liberale-avant-detre-feministe) : ce reproche est tout simplement infondé. Tout d’abord, je passe beaucoup de temps dans mon essai à discuter les études en la matière ; ensuite, sur plusieurs points, j’admets au contraire le caractère essentiel des différences naturelles (notamment pour tout ce qui touche à la maternité et à la sexualité). Simplement, je mets l’emphase sur l’impossibilité de fonder les clichés sur le féminin (tout comme ceux sur le masculin) avant tout par la biologie. Et pas seulement parce que le lien entre les deux niveaux n’a encore été attesté pour aucun de ces préjugés. Mais aussi parce que, si l’on prend au sérieux ce qui existe de littérature sur le sujet – et notamment l’épigénétique et la plasticité cérébrale -, on se rend compte que la biologie est avant tout le terrain de matérialisation et de rencontre et de la nature et de la socialisation. En d’autres termes, elle est à la fois le fruit de la « nature » et de la « culture ».

    Toutefois, le « différentialisme émancipateur » dont j’esquisse dans cet ouvrage les linéament devrait prendre au sérieux le présupposé de différences entre hommes et femmes, partagé par une majorité d’individus. Cela suppose de partir des différences intégrées par tout un chacun (difficiles, cependant, comme le souligne Drieu Godefridi, à lister de façon rigoureuse) et de certaines différences naturelles. Concernant ces dernières, il est alors impératif de ne se concentrer que sur celles qui sont incontestées et incontestables (ce n’est pas le cas de la plupart des différences alléguées par les approches naturalistes que je soupçonne Drieu Godefridi de secrètement partager). Cependant, in fine, l’objectif devrait être de permettre à chacun de construire sa perception du « féminin » et du « masculin », de la façon la plus libre possible.

    1. C’est assez rigolo, cette phrase.

      le postulat constructiviste est le seul qui soit compatible avec une défense de la liberté individuelle comme l’objectif d’une société juste
      Si c’est constructiviste, c’est contre la liberté.
      La liberté individuelle est antinomique avec le constructivisme (c’est pas moi que le dit, mais Hayek et quelques paquets d’autres philosophes de la liberté).
      Une société juste c’est un construit qui ne peut conduire qu’au totalitarisme. Parce que « une société » c’est quoi ? Qui la définit ? Juste c’est quoi, qui fixe les critères.

      Bref, madame vos thèses sont intéressantes et stimulantes parfois, mais par pitié arrêtez de vous considérer comme libérale et de parler de liberté, ça n’est jamais chez vous qu’un cache misère (ou sexe? ;)).

      Et puis autre problème la science ne vous intéresse pas alors vous faites comme si elle n’existait pas. Là encore assez drôle. Considérez un peu « la vérité ne m’intéresse pas alors je fais comme si elle n’existe pas ». C’est du niveau GIEC et assez effrayant. Lyssenko, sort de ce corps.

    2. Il faudrait lire votre livre, mais je ne sais s’il s’adresse à moi, homme de conviction libérale, plaçant la liberté bien plus haut que l’égalité, considérant que ce sont les thèses égalitaristes qui sont les problèmes de notre société, que la liberté est une donnée et qu’elle n’est pas à construire, mais juste à ne pas détruire, ce à quoi les égalitaristes s’adonnent en permanence.

      Votre agnosticisme peut très bien se comprendre en ce qui concerne l’empathie, la beauté et la douceur, dont les femmes sont très inégalement dotées ; les hommes aussi d’ailleurs. Mais en ce qui concerne la maternité et la sexualité, il n’y a aucun constructivisme qui tienne : il s’agit de réalités plus réelles si possible que le roc. Cela n’empêche pas l’état amoureux de permettre à chacun de percevoir un tout petit peu de ce qui se passe chez son partenaire et de faire des miracles. Cela n’empêche pas non plus un père de ressentir aussi de la tendresse envers ses enfants.

      Je n’aime pas beaucoup l’idée que l’agressivité est une condition sine qua non de la réussite professionnelle. Elle relève d’une image bien noire de l’entreprise, hélas trop répandue et qui détourne notre jeunesse de l’entrepreneuriat, car elle a intégré cette image noire qu’on leur enseigne à l’école.

      Je m’intéresse fort peu en réalité aux différence entre hommes et femmes et je ne vois pas l’intérêt de les mettre en avant. Ce que je sais, pour l’avoir constaté durant de longues années, c’est que les aptitudes professionnelles sont distribuées de la même manière chez les hommes et chez les femmes. Toutes les activités sont menées avec un bonheur équivalent par elles/eux et la proportion de difficultés rencontrées est à peu près la même. En définitive, le travail rapproche considérablement les hommes et les femmes.

      Je viens de parcourir votre article intitulé « je suis libérale avant d’être féministe ». Décidément, il est bien étrange ce libéralisme qui parle de projet de société, qui considère la liberté comme un but et non comme un point de départ, qui se passerait enfin bien volontiers du libéralisme économique. Cette idée que le bien est un concept structurant est bien étrange : ne pas entraver la liberté d’autrui, c’est suffisant. Comment voulez-vous que les conceptions du bien ne s’affrontent pas ? Le projet de construire l’ordre social autour du bien tel qu’il est vu de chaque fenêtre est impossible et dangereux.

      Enfin, il me faut parler de la violence. Vous avez raison de penser qu’il faut mettre un terme à la violence faite aux femmes. Personnellement je pense que la violence faite aux hommes est une réalité aussi, que ce soit dans le couple et dans l’entreprise aussi, par les femmes en position de pouvoir. C’est une violence bien plus odieuse que la violence physique qui n’est que stupide, cruelle et facile à réprimer, dans le fond.

      Cette violence des femmes n’est pas reconnue et elle ne parait pas vous effleurer, en dépit de sa réalité massive, quotidienne et universelle. On est donc dans l’erreur de l’analyse ou dans l’insuffisance de la réflexion si l’on reste dans le cliché de l’homme violent et de la femme victime. D’ailleurs ce cliché n’a pas l’air d’agir vraiment dans le sens d’une ‘évolution en profondeur de la réalité dans ce domaine.

      Il faudrait bien mieux parler de l’intrusion des relations de pouvoir dans la relation amoureuse et des abus de pouvoir auxquels elles donnent naissance, que ce soit du fait des hommes ou des femmes. La violence manifeste ou la violence insidieuse ne sont que des résultats de ces abus qui fonctionnent en pratique comme des entraves à la liberté.

      1. « [L’agnosticisme millien de Sophie Heine] peut très bien se comprendre en ce qui concerne l’empathie, la beauté et la douceur, dont les femmes sont très inégalement dotées ; les hommes aussi d’ailleurs. Mais en ce qui concerne la maternité et la sexualité, il n’y a aucun constructivisme qui tienne : il s’agit de réalités plus réelles si possible que le roc. »

        @Brutus : Allez-y donc, n’ayez pas peur, expliquez-nous précisément votre argument selon lequel, grosso modo, les désirs sexuels des femmes sont différents de ceux des hommes, et les femmes normales ont toutes les mêmes goûts sexuels.

        Je sens que je vais bien me marrer !

        Tenez, je vous donne quelques idées pour me contre-argumenter :
        – Tout d’abord, traitez-moi de gauchiste.
        – Ensuite, écrivez quelque chose du genre : « La Nature de la femme, contrairement à la Nature de l’homme, c’est de ressentir une immense culpabilité lorsqu’elle couche avec quelqu’un sans préalablement être Amouuuureuse. L’éducation et la culture ne jouent strictement aucun rôle dans cette culpabilité qu’éprouve la femme face à la sexualité. »

        1. @commando, vous n’avez pas lu ou pas compris mon texte. Je ne vous en incrimine pas car j’y suis sûrement pour quelque chose. En fait, je ne pense rien de ce que vous me dites avoir écrit ou de ce que vous dites avoir sous-tendu mes écrits (ce qui est une approche structuraliste de la lecture que je conteste, rejoignant en cela Sophie Heine).

          Je pense plutôt le contraire. Chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps et d’avoir les relations qu’il veut avec n’importe quel adulte consentant. La culpabilité provient de schémas sociaux qui dominèrent à un moment donné et qui furent contrebattus avec un certain succès par ma génération et par les suivantes.

          En plus, je ne pense pas qu’il y ait une nature de la femme et une nature de l’homme. Je crois avoir dit le contraire. Tout ce que j’ai dit, c’est que ce n’est pas trop contraindre la réalité de dire que les appareils génitaux sont différents et que c’est la femme qui met au monde les enfants.

          Peut-être ce qui vous a énervé est-il le constat d’expérience selon lequel les femmes et les hommes n’exercent pas les mêmes formes de violence. Les force musculaires en présence ne sont pas les mêmes non plus.

          P.S. Entre nous, d’où vient le ton quelque peu agressif que vous avez utilisé ? Apportait-il réellement quelque chose de plus à votre propos ? Ne provient-il pas lui-même de quelque conditionnement social ?

    3. @ Sophie Heine

      Ne croyais vous pas que ne pas prendre position sur des différences que tout un chacun sent instinctivement est contre productif ?

      Celà peut amener à rejeter l’idée et avoir un sentiment négatifs sur les idées suivantes, qui auront donc plus de mal à passer.

      Pourquoi ne pas accepter ces différences et la création de stéréotypes qui sont là aussi naturels ?

      Pourquoi ne pas s’orienter plutôt sur le pourquoi des problèmes liés à la différence de l’autre et aux rapports de force qui en découlent ?

      Ces questions dépassent le seul problème du féminisme mais englobe les problèmes de discrimination de toute minorité ou plutôt d’un groupe qui se trouve en position de force par rapport à l’autre.
      Le rapport de force entre l’homme et la femme n’étant pas basé sur un groupe plus nombreux que l’autre mais sur la supériorité de la force physique de l’homme sur la femme.

      Une piste serait donc de se penchait sur la problématique du vouloir dominer l’autre dès que l’on est en position de force.

      Il y a aussi une propention naturelle de l’autre à rejeter ce qui est différent de lui. Une piste serait d’aborder la problématique de tolérance et pourquoi la différence de l’autre peut apporter quelque chose et pas nécessairement s’y opposer.
      La raiellerie de certains stéréotypes féminins pourraient d’ailleur venir du sentiment de supériorité de l’homme par rapport à la femme. Etant plus fort, il jugera ces stéréotypes à lui comme forcéments meilleurs.

      Pour ma part j’y voit une problématique lié à l’égo, nos peurs et l’orientation sociale qui nous poussent à prendre le dessus sur l’autre.

      Pour le reste je vous rejoint sur un besoin idéologique (je ne sais pas si c’est le terme exact, en tout cas une réflexion) sur l’orientation de nos sociétés, et sur les problèmes de violence psychologiques (qui ne touchent pas que les femmes).

      Je vous rejoins aussi sur le fait que « les clichés qu’elles ont intégrés sur la féminité constituent des obstacles supplémentaires à leur libération ». Tant d’un point de vue de la personne qui s’enferme dans un rôle que de celui qui profite de ce rôle.

      Le problème de contradiction logique évoqué par l’auteur de l’article pouvant être levé s’il accepte ma généralisation de la problématique sur les rapports de force et la création des rôles qui en découlent.

      Cordialement.

      1. Juste oublié une autre piste sur la nocivité de l’accumulation de sentiments négatifs au sein d’une société via des violences psychologiques (raielleries, …) qui risque d’aboutir à terme à des conflits plus sérieux et l’éclatement du corps sociale.

  2. Une chose qui me fait particulièrement rire avec ceux qui nient la biologie, c’est que même chez les animaux ont retrouve à peu près exactement les même stéréotype entre mâle et femelle et souvent ont choisi en fonction des besoins.

    Les animaux seraient des victimes de construction sociale? Rien que ça suffit a debunker la théorie des genres.

    1. Effectivement, nous sommes des animaux; et le seul obstacle à la liberté, d’abord au senes de penser librement, c’est la peur et non le carcan social, qui vient d’une sociéte construite pour compenser la peur. Mais une fois la peur compensée par ce qu’on pourrait appeler la sagesse, nous sommes face à notre responsabilité vis à vis de nos actes. Liberté-responsabilité! Pourquoi alors vouloir intercaler une idéologie entre l’animal peureux que chaque humain est et le monde tel qu’il le perçoit ?

      1. « Pourquoi alors vouloir intercaler une idéologie entre l’animal peureux que chaque humain est et le monde tel qu’il le perçoit ? »

        Peut être parce que le carcan social vise aussi à nous donner une orientation et rassurer notre égo. La peur ne serait pas la seule cause.

        Je ne parle pas de tuer l’égo mais plutôt de tenter de discipliner ses excès (prendre le dessus en toute circonstance, gagner coûte que coûte, mauvaise foi, se mentir, caprice, …). Car on en a aussi besoin (respect de soi même, être en paix, s’accepter, s’aimer, …).

        Je ne vois pas non plus une relation de cause à effet clair et distincte entre égo et peur mais plutôt une sorte d’interaction réciproque.

        Vous pourriez m’objecter que le fait de vouloir gagner coûte que coûte provient de la peur de perdre, à moins que ce soit notre vanité qui nous y pousse, aider en celà par l’orientation sociale qui nous fixe l’objectif d’être le meilleur en toute circonstance.

        D’où peut être la nécessité d’une idéologie pour nous orienter à displiner notre égo (plutôt que le satisfaire outre mesure), et nos peurs (plutôt que nous rassurer faussement). Une fois disciplinés peut être qu’il n’y aura plus besoin de beaucoup de règles, chacun sera responsable et restreindra ses instincts naturels à vouloir prendre le dessus sur l’autre en vu d’une paix et d’une unité sociale. Je parle juste d’une éducation de base avant d’être laché dans la nature.

        Peut être le combat contre la nature et le développement du sens morale dont parler Darwin pour notre survie.
        http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/11/darwin-et-le-darwinisme-social.html

        Qu’en penser vous ?

        1. La peur est viscérale, c’est rivé à l’animal pour sa sauvegarde.
          Là où nous faisons mieux en tant qu’humain, c’est que nous sommes peut-être un peu plus conscient de nous-mêmes et par voie de conséquence de notre disparition imminente. Nous sommes en sommes plus peureux que les autres animaux.
          Le rapport avec l’ego est assez clair il me semble. Nous sommes peureux et nous devons avancer pourtant. Nous produisons donc l’ego qui est là pour intercaler des choses rassurantes et valorisantes entre notre peur de la réalité et notre conscient .
          Ex: nous avons peur d’affronter des difficultés pour atteindre un objectif , alors l’ego fabrique une raison extérieure à notre responsabilité, pour que notre conscient soit convaincu tout de même de notre capacité à continuer (amour propre,….). Et pour que tous ces égos travaillent dans un sens commun qui peut servir à une société toute entière, on invente l’idéologie; avec des méchants qui viennent de l’extérieur, puis des process qui évitent d’avoir peur ( on contourne l’égo), puis encore on passe à l’étatisme qui court-circuite même la créativité des égos pour fabriquer de la société industrieuse où les individus sont des outils au service d’un Etat qui finira par s’effondrer tellement il est hors sol!

  3. Bonjour M. Godefridi, bravo pour votre article.

    Mme Heine,

    1. vous dites que « Cela n’aurait en effet aucun sens de prétendre faire de la science » et « je ne crois pas à la science dans ce domaine ». Cela indique-t-il que les études de genre ne sont pas une discipline scientifique ? Vous semblez le reconnaître, mais alors je vous poserais la question : un mouvement non-scientifique a-t-il sa place à l’université ?

    Les recherches et études sur le genre me semblent pourtant présentées comme de la science, au sein de facultés universitaires, paraissent dans des revues prenant l’apparence de revues scientifiques, etc.

    Mais si les études de genre ne sont pas une discipline scientifique, que sont-elles ?

    2. vous parlez de « postulat constructiviste », de « perspective engagée », de « susciter le mouvement », cela signifie-t-il que les études de genre seraient en réalité un mouvement politique ? Le fait que ces études servent de base à des revendications politiques semble le confirmer.

    Un mouvement politique a-t-il sa place à l’université ? Ou au contraire, l’entrée d’un mouvement politique à l’université, prenant toutes les apparences d’une science, présente-t-il un risque d’instrumentalisation de celle-ci, à des fins politiques ?

    4. Ne pourrait-on pas dire que les études de genre font partie du mouvement politique plus général du féminisme, qui défend les intérêts des femmes ? Vous faites référence aux problèmes des femmes à sept reprises dans votre réponse, ce qui semble confirmer cette analyse.

    Les études de genre semblent donc être un mouvement politique défendant des intérêts particuliers, non-scientifique mais prenant toutes les apparences de la science, à l’université.

    Partagez-vous mon analyse ?

    Or ce qui définit l’université c’est « la production (recherche), la conservation (publications et bibliothèques) et la transmission (études supérieures) de la connaissance. »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9

    Si le genre est un mouvement politique, qui défend des intérêts particuliers, comment peut-on l’appeler « connaissance » ?

    5. Si le Genre, faisant partie d’un mouvement politique, le féminisme, profite de financements publics, ne s’agit-il pas de financement occulte et illégal d’une activité politique ? Qui serait réalisé en présentant ladite activité politique comme étant une « science » sociale, malgré le fait qu’elle soit reconnue par ses partisans comme non-scientifique.

    Et qui serait, par là, un contournement grave au fonctionnement des institutions démocratiques ? En produisant, sous le nom de « recherche » et « études », ce qui serait en réalité une campagne politique ?

  4. Ce ce que je comprends il s’agit surtout de savoir comment il est possible d’être libre sachant qu’il existe un conditionnement social, où se trouvent les degrés de libertés. On ne peut pas dire que la construction du genre se fasse dans toutes les cultures de la même façon, que la distribution des rôles soit toujours identique ; même au sein de notre propre histoire ce n’est pas le cas.
    Il me semble que c’est notre responsabilité qui est interrogée, dans une auto-représentation de nos propres comportements… juste parce que c’est comme ça que l’humanité est plus efficace que les autres espèces. Ainsi je ne suis pas certain qu’il faille aller à l’encontre de tous les conditionnements, parce qu’il faut tout de même s’intégrer à une organisation sociale, a fortiori c’est le rôle du parent de donner les repères et les moyens cognitifs à ses enfants de réussir à se comporter avec les autres (c’est un rôle : on a le droit de ne pas le suivre, mais cela a des conséquences).
    Je pense que nous sommes à même d’être libres à partir du moment où on a une représentation assez efficace des contingences et contraintes matérielles/sociales/intellectuelles… et relativement à elle de ses propres capacités. Et comme nous ne savons pas adopter un comportement neutre par rapport à tout ça, nous nous retrouvons forcément avoir une approche proto-constructiviste… je sais que c’est un gros-mot, mais ça nous échappe (l’impensé, le laisser-aller à la reproduction des comportements n’est pas non plus une liberté: il est possible d’agir et, en fait, nous le faisons). Ce qu’il est possible sans doute c’est de limiter le périmètre de cette approche, oui, avec une posture agnostique pourquoi pas.
    Comme semble l’être l’auteur (mais je n’ai pas lu le livre), je suis dubitatif quant à la pertinence des « résultats scientifiques » comme ligne à suivre dans ses comportements. Si on peut considérer la méthode scientifique comme une base pour la construction d’une éthique, utiliser des résultats comme une sorte de recette (et confondre la réalité avec une modélisation) est plus de l’ordre du conditionnement que de la liberté. Évidemment ça ne veut pas dire être complètement débile et partir dans l’irréalité totale : bien au contraire puisqu’il s’agit de bien prendre en compte les contingences.

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