Comment interpréter les barrages des agriculteurs français ?

Publié Par Open Europe, le dans Agriculture

Par Stephen Booth
Un article d’Open Europe

crise des éleveurs rené le honzec

Au lieu de dresser des barrages aux frontières allemande et espagnole pour bloquer l’entrée en France des produits alimentaires étrangers, les éleveurs feraient mieux de comprendre pourquoi l’agriculture française ne parvient pas à faire face à une nouvelle concurrence venue de l’Est depuis les élargissements de l’UE de 2004 et 2007.

Ce dimanche, en Alsace, des agriculteurs français ont bloqué avec des tracteurs six routes venant d’Allemagne afin de barrer l’accès aux camions qui traversent le Rhin et transportent des marchandises agricoles. Franck Sander, président de la branche locale du syndicat agricole FDSEA, a déclaré à l’AFP, « Nous laissons passer les voitures et tout ce qui vient de France », estimant que plus d’un millier d’agriculteurs prenaient part aux barrages routiers. Des tracteurs ont également bloqué des routes à la frontière espagnole.

Christian Schmidt, le ministre de l’Agriculture allemand, n’a pas apprécié, rappelant au gouvernement français qu’il devait faire « respecter les règles » du marché unique. « Je ne vois pas les agriculteurs français entraver leurs exportations, donc les importations ne doivent pas être entravées non plus », a-t-il déclaré, en conseillant aux agriculteurs français de comprendre plutôt pourquoi leur secteur d’activité est si peu compétitif.

Et c’est là qu’est le nœud du problème. Les agriculteurs français ont vu leur part de marché à l’export vers les autres pays de l’UE baisser de plus de 20% depuis 2005.

Les agriculteurs français perdent des parts de marché tandis que les agriculteurs allemands et espagnols sont restés compétitifs

PDM Agriculture export

Toutefois, comme le graphique ci-dessus le montre, ils n’ont pas chuté face aux agriculteurs espagnols ou allemands, mais face aux nouveaux États-membres d’Europe centrale et orientale (courbe « A10 Member States » sur le graphique) qui ont adhéré en 2004 et 2007. La part de ces pays dans les exportations du marché unique a augmenté de plus de 80% depuis 2005. Mais, alors que les économies agricoles d’Espagne et d’Allemagne ont réussi à rester compétitives face à la baisse des coûts du travail des pays de l’Est, la France n’est pas parvenue à le faire.

Ceci en dépit – ou peut-être à cause – du fait que la France est le plus grand bénéficiaire des fonds de la PAC : 62,8 milliards € sur le budget 2014-2020 de l’UE. Comme nous l’avions souligné dans notre rapport sur la PAC de 2012 :

« En fournissant un soutien au revenu, indépendamment du fait de savoir si cela a un sens pour l’activité économique de l’exploitation agricole, les subventions directes de la PAC n’incitent pas les agriculteurs à se moderniser, ce qui les confine dans des modèles d’affaires non viables et nuit à leur compétitivité en Europe. »

En définitive, la perte de compétitivité du secteur agricole est l’un des nombreux grands défis économiques que la France devra relever. Le pays a également un haut niveau de chômage persistant, des coûts de main d’œuvre unitaires élevés et en hausse, ainsi qu’une baisse de ses exportations (ces différents éléments étant reliés bien sûr). Tout cela semble être la manifestation d’un malaise économique plus large. Le risque est que l’opinion publique se retourne davantage contre la concurrence et le marché unique, au lieu d’appeler les réformes économiques nécessaires pour stimuler la compétitivité. Bien sûr, c’est loin d’être un phénomène nouveau en France. Accessoirement, le Front national a fait de cette question son cheval de bataille et cela pourrait stimuler davantage sa popularité déjà en hausse.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Voila! C’est aussi simple que cela a decrire et les solutions sont loins d’etre évidentes…
    Aussi nous devrions serieusement nous inquiéter d’une colere legitime qui sera bien difficile a calmer et qui pourrait bien déboucher sur un mouvement de constestation beaucoup plus violent.

  2. Comment se fait-il que les Pays-Bas petit pays très densifié, au climat moins favorable, exporte plus de nourriture que la France, grand pays peu dense et au patrimoine agricole si prestigieux ?

    1. Les hollandais n’ont pas le choix. Ils ont une culture tournée vers le grand large et attendent peu de l’État providence..
      Ceci étant, les éleveurs hollandais commencent à sérieusement souffrir des contraintes « bien être », notamment en production porcine où ils doivent composer avec des élus de parti « anti viande ». Jusqu’ici, ils arrivaient tant bien que mal à concilier la production avec les exigences de ces élus, mais ça devient de plus en plus compliqué..

    2. Parce qu’ils bossent et n’attendent pas que ça tombe de maman Etat, et qu’ils se sont industrialisés.
      Survoler les pays bas est impressionnant… Des hectares et des hectares de serres les unes après les autres, un espace rationalisé, quadrillé par les canaux. Il est évident vu du ciel qu’il n’y a plus beaucoup de petits « artisans agriculteurs » avec 10ha un tracteur et trois poules… Spécialisation et concentration, « l’industrie agricole » contre le romantisme du péquenaud au teint rougeaud qui « fait vivre les paysages et les terroirs ».

      1. Après on peut « faire vivre les paysages et les terroirs » tout en étant compétitif, à savoir monter grandement en gamme 🙂
        Il suffit de laisser les agriculteurs et les clients s’organiser comme ils l’entendent.

  3. Et si les agriculteurs Français se contentaient de produire de la viande de qualité en préservant des paysages de qualité pour des consommateurs de qualité?
    Le problème, c’est peut-être qu’il y a trop de consommateurs qui préfèrent « les hectares de serres et un espace rationalisé séparé par des canaux » et manger des steaks hachés rectangulaires ou ovales faits à partir de vache de réforme bourrée d’antibiotiques … pour pouvoir s’acheter le dernier iphone à 800€ au lieu de payer la viande à son juste prix !
    On se demande bien pourquoi la France est encore la première destination touristique; ne serait-ce pas parce qu’elle est encore constituée de « paysages et de terroirs »?
    Je suis bien content que nous ne soyons pas les plus compétitifs dans une agriculture industrialisée qui produit de la sous-qualité… On n’est pas tous des MANGE-MERDE!!!

    1. « Vache de réforme bourrée aux antibiotiques »
      au lieu de raconter n’importe quoi, renseignez vous un minimum, plutôt que de ressasser des poncifs éculés.
      Et puis, du steak haché, ça vous gène? c’est au contraire, une manière de valoriser des morceaux de viande qu’on avait du mal à commercialiser, et en plus, ce n’est pas mauvais.

    2. e…que répondre à cette suite de poncif..
      la viande de qualité les paysage de qualité des consommateurs de qualité… les mange merde…

      le juste prix de la viande…

      usant usant usant…
      la qualité de la viande qu’on doit produire est celle qu’attend le consommateur, sinon forcement on a du mal à la vendre; il n’y a que le secteur du luxe qui choisit ses consommateur alors certes c’est une stratégie commerciale qui peut marcher mais qui est périlleuse…

    3. L’agriculture est une industrie comme une autre et doit produire ce que les consommateurs attendent.
      Le reste c’est du constructivisme.
      Si Philmascio consommateur de qualité veut manger de la viande de qualité qui préserve des paysages de qualité, cuisinée avec une électricité durable et assis sur sa chaise fabriquée par des industries éthiques et dans sa chemise en fibre eco-responsable il le peut mais qu’il ne vienne pas l’imposer aux autres.
      A ce titre il sera bienvenu de le faire sans les subventions des autres.

      1. Le consommateur s’éduque ou va vers la facilité. MC Donald et Subway en tête. Il a le choix entre se cultiver ou s’abrutir…et les fournisseurs de sous-produits alimentaires ou culturels sont toujours à l’affût pour lui refiler du bas de gamme pourvu qu’il y ait du profit facile à la clef… Qui réclame de la viande à 2€ le kg ou du boeuf à 6€? Les « pauvres » qui dépensent 15€ chez MC Do? L’éducation sous toutes ses formes demande du temps et des efforts…
        En attendant, l’économie productiviste imposé sa médiocrité au plus grand nombre et le nivellement par le bas.
        Les producteurs et restaurateurs qui ont le goût du travail de qualité en souffrent chaque jour davantage.
        C’est un choix de société auquel je n’adhère évidemment pas.

        1. C’est bien ce que je disais vous voulez imposer votre idée du bonheur aux autres et les éduquer à votre façon car vous savez ce qui est bien, vous êtes du camp du bien, vous détenez La Vérité.
          Il y a des gens qui mangent juste pour se nourrir et peu leur importe que leur viande soit finement persillée, le principal étant qu’il leur reste assez d’argent pour le reste : s’habiller (taxe 20%), se chauffer (taxe de 60%), se déplacer (taxe de 150%).
          L’éducation à votre manière demande surtout des taxes et des subventions pour modifier le comportement des gens. Non les producteurs et restaurateurs ne souffrent pas de l’économie productiviste mais du fait qu’une fois les dépenses contraintes payées il nous reste de moins en moins d’argent pour justement faire ce que l’on en veut… dont aller au restaurant.
          « Le panier moyen du Français qui déjeune à l’extérieur le midi est de 7,20 euros » (2013)
          Que croyez-vous que les gens dont avec les 8 ou 10E qu’ils ont économisés en mangeant ainsi le midi? Ils font juste fonctionner d’autres industries. Ce n’est pas de l’argent perdu et ce sont d’autres emplois qui en bénéficient. Pourquoi vouloir avantager les restaurants au détriment des autres industries ?

          Vous faites juste partie de ces gens qui veulent vivre avec l’argent des autres.

          1. Si vous le dites…
            Tient au fait, Jean-Pierre Coffe a écrit un bouquin qui explique comment nourrir une famille correctement avec 15€ par jour après avoir dénoncé pendant des années les excès et déviances de l’industrie agro-alimentaire. Peut-être à vos yeux détient-il aussi La Vérité comme vous l’écrivez…
            Si vous préférez aller dépenser vos 15€ chez Mc Do ou KFC ou tout un tas de restaurants qui n’en sont pas, libre à vous de le faire mais n’imposez pas votre médiocrité aux autres…
            Je n’ai rien d’un bourgeois friqué mais je déteste le nivellement par le bas. Je suis pour la défense de la qualité pour tous, pas élitiste. Je défends les boulangers qui font du vrai pain contre les terminaux de cuisson qui décongèlent des pâtons, les restaurateurs qui font eux-même la cuisine contre ceux qui vous réchauffent des plats « 5ème gamme », etc. L’artisanat sous toutes ses formes, le « savoir-faire » ou encore « les règles de l’art ». En bref, l’héritage culturel, qu’il soit de France ou d’ailleurs. Vous ne comprenez peut-être pas que la mondialisation est en train d’écraser les cultures et de créer une sorte de monoculture uniforme, inodore, insipide, …
            Quant à vos affirmations du style vous faites partie des gens qui veulent vivre avec l’argent des autres, elles n’ont aucun sens étant donné que vous ne savez rien de moi sinon que je déteste la médiocrité sous toutes ses formes, qu’elle soit dans l’assiette ou dans la pensée.

            Bien à vous.

        2. baratin….tout ce que vous dites est subjectif..dialogue impossible puisque VOUS SAVEZ. ce qui est bon ou pas…

          ce n’est pas si grave…mais comment diable pouvez vous , sans prendre les gens pour des crétins, décider à leur place et le faire savoir…???

          ne mangez pas de sous machin médiocre , ce ‘est pas fait pour vous , c’est pour le petit peuple…
          sinon si vous avez des critiques objectives, faites les:

          moins nourrissant, toxiques ( plus) etc…ça on peut vérifier…et discuter..mais cette suite de banalité jean pierre coffe…
          vous êtes une machine à insulter les autres…

          1. Pour répondre à votre question, comparez les audiences de TF1, M6, La cinq et Arte et vous aurez une idée de la proportion de « crétins » dans la société selon ma vision des choses.
            Maintenant, si vous n’avez aucune notion de nutrition, de diététique et d’art culinaire, que peut-on encore vous dire pour vous convaincre? JPC est certes assez théatral mais ne dit pas tant de banalités que cela.
            Regardez Julie Andrieu dans Fourchettes et sac à dos ou Jean-Luc Petitrenaud dans Escapades gourmandes si vous préférez. Ça vous laisse indifférent? C’est pour les « bobos »? Vous préférez peut-être vous régaler de pop-corn au cinéma avant d’aller manger un burger frites en sortant du cinoche? Pas moi!

    4. Ca existe déjà en Suisse et la viande est à 90CHF le kilo (et n’est pas meilleure qu’en France voisine)…

  4. C’est que le Black Angus ou le T-bones du Texas ou argentin c’est pas si mauvais que ça! Je laisse notre Salers ! Dommage qu’on en trouve guère ! On a des asperges du Chili et pas de viande étrangère de qualité ! Où est l’erreur ?

  5. Une nouvelle fois la France est la risée du reste du monde. Quelle honte !

  6. tout cela a du sens , la monnaie européenne est allemande . Allemagne dirige l’économie européenne, elle privilégie son industrie mécanique en boostant l’agriculture des pays de l’est et sans doute leur industrie , récupère leur monde rural pour son monde rural donc devient championne agricole, super bonne en exportation de machines et autres..et comme en France nos politiques ne s’occupe que de culture et de spectacles..tout va bien

  7. Avant les subventions c’est surtout les obligations des agriculteurs (normes, règles, lois) qui les coulent. Les subventions ne sont que l’outils étatique qui permet de contrôler l’agriculture sans qu’elle ne bronche mais aujourd’hui on atteint le point de rupture et quelque soit la décision ça va saigner, soit c’est le contribuable qui paiera soit c’est l’agriculture qui coulera.

  8. La France est maintenant si chère. même les voitures de occaision sont le double du prix d’une voiture ailleurs dans l’UE. Tout est maintenant si chère. Boeuf par exemple un bœuf écossais de bonne qualité, avec un âge maximum légal de 3 ans, est d’environ € 18 le kilo au Royaume-Uni, alors qu’une diminution de la qualité pièce française de la vieille vache laitière peut-être 6 ans seulement autorisés à être vendus en Angleterre aliments pour animaux est vendu comme viande de bœuf pour € 22 ou plus. Si la France et les français ne se réveillent pas le déclin continuel de 0,5% par mois permettra d’accélérer tandis que le Royaume-Uni est actuellement plus de 0,7% par mois avec des prix réducteur. Blocage des routes ne feront qu’exacerber le déclin de la France.

    1. On ne doit pas vivre dans le même pays: j’achète de la basse côte (de bœuf) à griller, filière française, à 6,90€/kg dans mon supermarché du coin… Le même qui me vends des tomates ou des pêches à 3,50€.
      J’ai même vu du porc aux alentours de 3€/kg pendant l’hiver.
      Ça vous semble normal? Quand on sait le nombre de kilos de céréales qu’il faut pour produire un kilo de bœuf!
      Je propose aux adorateurs des autres pays qui font tout mieux que nous de demander leur carte de séjour, il y en a qui s’expatrient. Le monde est entré dans une grande compétition qui fait des dégâts faramineux. Doit-on foncer tête baissée les yeux fermés ou réagir avant qu’il ne soit trop tard?

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