Industriels de la viande : élevés aux aides publiques

Publié Par Henri Dumas, le dans Agriculture

Par Henri Dumas.

Jeune veau credits Crazy Diamond via Flickr ((CC BY-ND 2.0))

Jeune veau credits Crazy Diamond via Flickr ((CC BY-ND 2.0))

 

Depuis plus de quarante ans je constate l’extension de la planification collectiviste de notre économie, comme tout un chacun peut le faire sous réserve d’avoir le poids des ans correspondant. Aujourd’hui, 57% de notre PIB dépend de l’État. Le coût induit de cet effrayant pourcentage se retrouve en taxes et charges qui s’accroissent année après année, avec une accélération exponentielle. Évidemment, une cohorte de textes liberticides encadrent et tentent de justifier ces contraintes.

Qu’ils soient ou non sincères, un certain nombre de responsables politiques participent à la dénonciation de cet état de fait, puis, parvenant au pouvoir, ils continuent, voire augmentent cette folie. Inutile de revenir sur l’explication connue de tous. Nul n’ignore que l’économie ainsi entravée, contrainte, perd de vue sa propre réalité et tombe de Charybde en Scylla. Croyant maîtriser la concurrence, organiser le marché, gérer l’égalité et humaniser la compétition, la planification collectiviste de l’économie enchaîne dysfonctionnement, ruine et pauvreté.

Le vrai problème tient au fait que cette planification agit comme une drogue, qu’elle dissimule ses carences sous l’apparence de la justice, de la sagesse, de la protection du plus grand nombre. Ceci au point que, lorsque apparaissent les symptômes catastrophiques des conséquences de ces erreurs, le désir de tous n’est pas de retrouver la liberté qui seule permettrait à l’économie de reprendre ses droits, mais au contraire d’amplifier la planification collectiviste. Ce paradoxe est lié au fait que la planification n’est pas une réalité mais une projection imaginaire, et que le rêve est toujours plus séduisant que la réalité. Occultant la réalité, l’utilisant même pour effrayer ses contradicteurs, la planification collectiviste prétend déjouer les crises, les faillites, les aléas de l’économie alors même qu’elle les amplifie à travers ses dénis.

Le placebo miracle qui occulte les travers de la planification collectiviste s’appelle le crédit ou la subvention. C’est-à-dire le moyen d’obtenir de la trésorerie sans rapport direct avec la réalité économique de son activité. Comme tout placebo, il ne soulage que celui qui y croit et laisse la maladie se développer en silence. Au terme des crédits et subventions diverses vient toujours la facture finale liée à une économie hors de ses réalités. Un temps celle-ci est payée par les autres à travers la fiscalité. Puis, l’effondrement du système ne connaissant pas de limite, il arrive un moment où tout s’écroule.

Mais, avant cet instant de vérité, qui signe la mort et la disparition d’une société planificatrice inutilement dévoreuse de liberté au profit d’un fantasme d’égalité qui cache en réalité la captation du pouvoir économique par le pouvoir politique, le chemin de la souffrance est long, c’est un enfer pavé de décisions toutes aussi stupides les unes que les autres, mais si prévisibles.

Éleveurs, industriels de la viande et grande distribution sont aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Ils paient toute une série de pseudo-avantages qui les avaient précédemment ravis. Ils applaudirent, en son temps, les « Safer » pour maîtriser la terre, les réglementations pour limiter la concurrence, les subventions pour arrondir les fins de mois, les crédits pour croître plus vite que la réalité. Aujourd’hui ils sont face au mur. Ailleurs, la liberté fait mieux, ils sont hors marché.

Contrepoints689 - Agriculture Politique agricole - René Le HonzecDoivent-ils disparaître, puis revenir plus tard, à la force du poignet, plus solides, ancrés dans le réel, ou doit-on les prendre encore plus en charge ? Il n’y a pas l’ombre d’une hésitation, c’est la deuxième solution qui va s’imposer. Donc, leur faillite doit être payée par d’autres. Ce ne seront pas les industriels de la viande qui paieront, ils sont logés à la même enseigne que les producteurs, que tout « mono-acteur ».

Ce sera donc la distribution. Pas n’importe laquelle, celle qui pourra faire un transfert de perte sur un autre produit. Ce sera donc la « grande distribution ». Ainsi sollicitée, la grande distribution va monnayer son intervention, peut-être des ouvertures le dimanche, ou encore plus d’entraves à la concurrence, à l’implantation de nouvelles enseignes, peu importe. Cela ne lui coûtera rien, elle négociera des remises sur ses fournisseurs moins spectaculaires, moins politiques, qui les absorberont et en mourront probablement, mais dans l’indifférence générale.

Cependant, ce cycle apparemment vertueux aura à se reproduire, pour le lait, le vin, le fromage et je ne sais quoi encore, jusqu’au jour, pas si lointain, où pour le pouvoir politique la tentation sera grande de nationaliser la dite « grande distribution ».

« C’est pour mieux te planifier mon enfant » dira le loup.

J’en ai déjà parlé et j’y reviens, tant la chose me parait inévitable.

Est-il un seul employé de ces monstres qui ne se verrait pas, avec ravissement, dans la peau d’un fonctionnaire ? Les familles possédant ces commerces sont si riches, pourquoi s’accrocheraient-elles à un truc devenu si complexe qu’il leur crée plus de soucis que de satisfactions ?

L’État planificateur en rêve évidemment : faisant abstraction de toute réalité économique, il ne voit que le pouvoir immédiat qu’il s’octroierait.

C’est donc vers cet avenir que la planification collectiviste nous entraîne inexorablement, avec la complicité aveugle des producteurs et industriels de tout poil qui espèrent ainsi échapper à la concurrence et se gaver en profitant de l’irresponsabilité et de l’incompétence des fonctionnaires qui gèreront ces monstres, comme c’est le cas lors de toute nationalisation.

Pour nous ce sera, à terme, quand nos impôts, subis ou extorqués, ne seront plus en mesure de payer la catastrophe, la danse devant les rayons vides, remake moderne de la danse de nos ancêtres devant les buffets vides.

Sur le web

  1. C’est à double tranchant. Un agriculteur que je connais a juste laissé tomber l’élevage, trop de normes et de contraintes.

  2. La doctrine socialiste de l’assistanat, sous l’appellation de solidarité, aux lieux et place de celle, ringarde, de liberté, égalité, fraternité, est appliquée avec constance par ce gvt . Celui-ci n’a plus d’autre objectif que de faire admettre aux Français qu’ils ne sont que les esclaves bien heureux de leurs dévoués politiciens, car ils sont bien incapables de penser et de vivre correctement de leur travail, sans être guidés et surtout subventionnés sur fonds inexistants par la fameuse promotion Voltaire, comme des enfants qui n’ont que le droit d’obéir et de confier tous leur biens aux représentants élus de l’Etat. Oui, bien que les races n’existent plus par décret présidentiel, ils sont quand même d’une race inférieure à toutes les autres et doivent à ce titre se soumettrent aux principes de précaution, à ceux de l’écologie, à ceux des autres religions, connus de leursseuls directeurs de conscience de la promo Voltaire, qui n’ont d’autre ambition que leur bonheur malgré eux et à terme bien entendu, en dépit des basses réalités quotidiennes qui ne sauraient intéresser personne…

  3. Bien vu !…… Le diagnostic est clairement posé. La servitude par la drogue des subventions à crédit et avantages sur l’ensemble de la chaîne démontre le mal d’un système de planification soviétiforme. Nos apparatchiks se comportent en naufrageurs sous prétexte de bons sentiments en utilisant les arguments les plus vils.
    Le logiciel de ces voyous est mortifère pour notre pays. Au fil des alternances nous ne voyons aucune alternative crédible se profiler et nous allons vers l’impasse morale et financière.

  4. Atroce!!!!
    Ce billet est atroce.
    « the truth the bitter truth » comme dit Marianne.
    En plus c’est bien dit on dirait du Huxley (Un socialiste pourtant).
    Atroce. Inéluctable, imparable.
    Où sont mes cachets de subventions? J’ai mal
    Où est ma tototte?
    Ce ne serait pas la réalité J’adorerais.
    Quoique?
    GM/OBAMA?

  5. « c’est la deuxième solution qui va s’imposer.  »

    Avec un deal sous entendu : je te file du pognon, tu votes bien en décembre. A six mois d’élections, la grande distribution de pognon gratuit va enfler.

  6. Cet article avait pourtant bien commencé. Analysant avec justesse, comme bien d’autres avant, l’impact délétère de la subvention sur l’économie et tous ces acteurs.
    Mais il est tellement dommage que l’article perde ainsi tout esprit d’analyse et sens critique arrivé au chapitre « grande distribution ». Ainsi, la grande distribution serait un monde uniforme, une espèce de, monstre, comme il est dit. Monstre homogène et bien sûr, sans cœur. Alors que d’autres acteurs souffrent des entraves à la liberté, par magie elle en jouirait.
    Ah, sans doute y –t-il des groupes et individus à qui ces entraves auront profité, sans doute est-ce de ceux-ci dont il est question lorsqu’on parle de ces « familles si riches ». Monsieur Dumas, à côté de quelques grandes (et belles) réussites de l’entreprenariat qui ont pu, parfois, mener à des dérives. A côté, donc, de ces quelques soit disant grands ogres, il y a une multitude de petits. De commerçants souvent loin d’être riches, sauf à juger la richesse selon le barème officiel socialiste.
    Une multitude de « petites gens » dont la fin de mois est difficile, dont l’entreprise survit par le sacrifice constant, d’eux et de leurs équipes. Une multitude que votre propos insulte gravement par l’ignorance manifeste dont vous faites la preuve en quelques phrases.
    En résumé, si j’ai bien compris, les producteurs augmenteront leurs prix puisqu’ils ne vivent pas, les industriels les suivront puisqu’ils sont à l’agonie, et les distributeurs tueront un autre pour le dépecer et payer les producteurs qui se plaignent.
    Lorsque vous parlez d’industriels, à qui faites-vous allusion ? Les abattoirs indépendants, les grands groupes de l’industrie de la viande, ceux qui acquièrent petit à petit un presque monopole sur l’abattage ? Ou les transformateurs, groupes internationaux pesant chacun bien plus que toute la distribution en France ?
    Appeler à la suppression des aides diverses et des contraintes, en vue de revenir à un libre marché est une excellente chose. C’est en multipliant ce type de propos que, peut-être, nous ferons évoluer les consciences.
    Mais insulter et désigner comme coupable, ou au moins complice, de ces maux une profession entière sans avoir le moindre élément pour l’étayer, c’est faire preuve au minimum de méconnaissance, et au pire de malhonnêteté.
    Un comportement que l’on attendrait d’un François Hollande, il a d’ailleurs dégainé le premier sur la grande distribution il y a quelques jours, lui emboiter le pas ne grandit personne.

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