Cigarette électronique : quand les vices ont des vertus

Publié Par Frédéric Sautet, le dans Santé

Par Frédéric Sautet.

e-cigarette - Credits TBEC Review (CC BY 2.0)

e-cigarette (Crédits : TBECvia Flickr ((CC BY 2.0) ) Review (CC BY 2.0)

 

La question est posée : la cigarette électronique, l’une des huit innovations perturbatrices de ce siècle selon Goldman Sachs, va-t-elle accentuer les effets néfastes du tabagisme ou au contraire aider à remédier à l’un des plus grands fléaux de notre temps ? Le débat fait rage. Les uns – généralement des gouvernements ou des organismes publics tels que l’Organisation mondiale de la santé – affirment que le ratio bénéfices-risques est trop incertain : tant que l’innocuité de l’e-cigarette n’a pas été entièrement établie, il faudrait l’interdire ou limiter sa consommation. Les autres voient au contraire un miracle de la technologie venant enfin à leur secours.

Plus de dix ans après son invention (dans sa forme actuelle), que peut-on dire ? Il est manifeste que ce nouveau mode d’absorption de la nicotine est plébiscité par les utilisateurs. L’e-cigarette est devenue une pratique courante de dizaines de millions de personnes dans le monde. Selon une enquête publiée en février 2014, son utilisation quotidienne concerne près de 3% de la population française. Aux États-Unis, les ventes sont passées de 500 millions de dollars en 2012 à 2 milliards en 2014. Et signe peu trompeur : les multinationales du tabac sont de la partie. Elles veulent éviter le sort de Kodak qui disparut, n’ayant pas pris le tournant du numérique. Plusieurs d’entre elles investissent dans le développement de nouveaux produits ou le rachat de startups. Contrairement au marché du tabac, resté longtemps en sommeil, l’innovation est forte. En décembre dernier, il est même sorti une e-cigarette à l’extrait de cannabis sans effet psychotique !

Soit, mais si l’e-cigarette crée une dépendance chez le non-fumeur et maintient les fumeurs dans la dépendance nicotinique, ne vaudrait-il pas mieux l’interdire ? Elle est clairement addictive car la nicotine, quel que soit son mode d’administration, est addictive. Mais l’e-cigarette fonctionne mieux que les méthodes classiques de prise en charge du tabagisme pour la raison qu’elle provoque un soulagement rapide du manque de nicotine. Ainsi, un nombre croissant d’études montrent son efficacité relative dans la réduction du tabagisme. Bertrand Dautzenberg, tabacologue, affirme même que l’e-cigarette est en train de contribuer au déclin du tabac, surtout chez les jeunes dont le nombre de fumeurs parmi les collégiens et les lycéens a fortement chuté depuis 2011. De plus, il semblerait que l’e-cigarette ne soit pas une passerelle vers le tabac. D’ailleurs, selon 43% des Français, l’e-cigarette serait un moyen de sevrage efficace. Au regard de la pauvreté des résultats des méthodes de sevrage classiques, cette alternative est la bienvenue, même si elle n’est pas parfaite.

Mais qu’en est-il de sa toxicité ? Un moyen de sevrage efficace mais toxique ne serait pas une alternative acceptable. Là encore, une lecture dépassionnée des analyses tendrait à montrer que l’e-cigarette est une alternative préférable au tabac. Le liquide qui produit l’aérosol – même s’il contient des impuretés telles que l’anatabine ou la norocinine – est quasiment dépourvu de nitrosamines, qui sont des cancérogènes naturellement présents dans le tabac. Les arômes chauffés posent le plus de questions quant à leur innocuité, car ils contiennent parfois de l’ambrox et du parabène. Mais à l’exception d’une étude de l’Institut national japonais de la santé publique, la recherche montre que la quantité de cancérogènes connus dans l’aérosol de l’e-cigarette est bien moins grande que dans la fumée de cigarette, car les concentrations sont plus faibles et les goudrons et le monoxyde de carbone sont absents.

Le marché de l’e-cigarette, avec ses 460 marques de par le monde, est jeune et encore sujet aux douleurs de la croissance. La façon la plus désirable de gérer ces difficultés est de laisser le marché sélectionner les meilleurs fabricants tout en établissant des exigences de sécurité élémentaires. Déjà, certains fabricants produisent sans ambrox et parabène. Des marques avec leurs réputations sont en train d’être bâties. On a d’ailleurs pu observer une évolution favorable de la qualité des liquides depuis 2009, notamment avec de plus en plus de fabricants utilisant des composants de qualité pharmaceutique. Si les fabricants et les distributeurs n’obtiennent pas la protection de la réglementation (et le lobbying se fait déjà sentir aux États-Unis et en Europe), le marché continuera à produire une plus grande qualité.

Il est encore tôt pour juger des effets complets de l’e-cigarette. Cependant, même si les nouvelles technologies posent souvent des questions, ce n’est pas une raison pour les interdire. Aujourd’hui, on sait que le risque de l’e-cigarette n’est pas nul, mais il est faible relativement à la cigarette traditionnelle. Même si la consommation de nicotine n’a rien de vertueux, rappelons que la recherche du mieux peut souvent devenir l’ennemi du bien (même si ce dernier est relatif).

Sur le web

 

  1. Mmm attention tout de même…
    Selon les expérience autour de moi, les gens ‘fument’ bien plus e plus souvent…ça on tête un peu on arrête et on recommence…etc…

    1. C’est tout à fait vrai, le mode de consommation est différent.

      Mais je me suis lancé la dedans voici trois ans parce qu’au bout de 10mn de sport je finissais plié en deux à tousser et cracher mes poumons, sans compter le « bureau-Pompéi », la toux du matin etc. etc.

      Tout cela c’est terminé, plus de Pompéi, plus de toux, plus de pliage et nous avons économisé plus de 10’000 euros en plus.

    2. Le Pr Farsalinos à démontré dans une étude que la cigarette électronique de 3e génération réglé à 9W avec un liquide en 18 mg/ml (l’un des plus haut taux de concentration vendu en France), il faut 35 minutes pour que le taux de nicotine dans le sang soit au même niveau qu’en 5 minutes avec une cigarette de tabac.
      La conclusion est simple, il faudra utiliser sa cigarette électronique 7 fois plus longtemps ou 7 fois plus souvent par rapport à un fumeur de tabac ce qui donne l’impression que ces utilisateurs « fument » plus ou « tètent » tout le temps.

      L’étude en question : http://www.nature.com/srep/2014/140226/srep04133/full/srep04133.html
      La traduction française : http://jlhamzer.over-blog.com/2014/02/comparaison-de-l-absorption-de-nicotine-avec-une-e-cigarette-par-rapport-%C3%A0-une-cigarette.html

  2. Sur le principe, on sait également que l’utilisation des téléphones portables est nocives, à terme. L’alcool est également nocif. Pourquoi faut-il toujours faire preuve de démagogie. J’attend avec impatience que l’on arrive à me prouver que la cigarette électronique est plus dangereuse que la cigarette.

    1. Très agréable lecture que votre article, pas seulement sur le fond.

      Vous pouvez éventuellement supprimer « à l’exception d’une étude de l’Institut national japonais de la santé publique » de votre article car, contrairement au courrier qui en a précédé la publication, l’étude elle-même montre, comme les autres études depuis maintenant plusieurs années, que la vape engendre considérablement moins de cancérogènes dans l’aérosol que le tabac fumé.

      Concernant la nicotine qui serait « quel que soit son mode d’administration, addictive », d’une part c’est étonnant alors que tant de vapoteurs en baissent spontanément leur consommation (un phénomène contraire à l’addiction), par ailleurs pour qu’il y ait addiction, il faudrait qu’il y ait (entre autre) souffrance et nocivité. Autant cela est plus ou moins vrai du tabac qui est addictif chez nombre d’individus (étrangement pas tout le monde) puisqu’il est nocif à terme et qu’il engendre chez certains une souffrance de ne pouvoir s’arrêter, autant c’est discutable avec la vape (ou les gommes ou les patchs). Mais peut-être la définition même du terme addiction évolue-t-elle avec le temps et les intérêts de ceux qui prétendent les soigner ?

      @toy, les gens autour de vous qui vapent (car ils ne fument justement pas) ne sont-ils pas plus heureux ? ne l’êtes vous pas en pensant qu’ils sont ainsi, avec la vape, un peu moins morts ?

  3. après 45 ans et 2,5 paq./jour je vapote depuis près de 2 ans. Ma santé me dit merci, même mes tests hépatiquses entre autres sont revenus à la normale. Je reste à 3 mg de nicotine car suite au passage à 0 mg je me suis mise à fort grossir car le sevrage était trop rapide sans doute. Nous sommes 4 gros fumeurs dans cette famille et 3 ont totalement arrêté la cigarette et 1 est sur la bonne voie. C’est un produit formidable. Le vapotage passif n’existe pas, il n’y a pas de toxicité au niveau des cellules pulmonaires et cardiaques. Comme le corps est bien oxygéné vu l’absence de CO il est sûr qu’il se porte forcément meiux. Voilà mon témoignage et ma révolte aussi car les medias racontent n’importent quoi et surtout descendent le vapotage pour troubler les esprit. C’est un génocide rien de moins. 7O.OOO morts en France qui dit mieux??La nicotine n’est pas métabolisée de la même façon car il n’y a pas d’effets de shoot au cerveau car il n’y a pas d’ammoniac dans les e-liquides donc l’addiction est faible pas plus que le café ou chocolat.

  4. la nicotine consommée seul est très peu addictive, c’est pour ça que les cigarettiers ont ajouté entre autres de l’ammoniaque et du sucre dans leur produit. D’où l’absence d’effet passerelle vers le tabac.

    Pourquoi la consommation de nicotine n’a rien de vertueux ? Quid de la caféine ? La vape ne représente aucun risque de santé publique par rapport au sucre ou à l’alcool alors ne vous posez pas de question. Tuons le tabac.

  5. Merci pour cet article sur la cigarette électronique ! En effet, la e-cigarette n’est pas inoffensive, mais beaucoup moins nocive que la cigarette traditionnelle !

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