Élections andalouses : le début de la fin pour Podemos

Publié Par Jean Freysselinard, le dans Europe

Par Jean Freysselinard.

La veu del pais valencia credits podemos (CC BY-NC-SA 2.0)

La veu del pais valencia credits podemos (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Alors que les médias français ont beaucoup parlé des élections départementales et des scores du Front national, peu ont évoqué les résultats décevants de Podemos lors des élections devant renouveler le Parlement d’Andalousie.

Ces élections ont pourtant été suivies de près en Espagne car elles faisaient figure de grand test pour la formation populiste « Podemos ». Engagés pour la première fois dans une élection locale, le nouveau parti anti-crise s’attaquait à un bastion socialiste inscrit à gauche depuis les premières élections de 1982 et le retour de la démocratie en Espagne. Contrairement à la vague d’ampleur attendue par les sondeurs, Podemos n’a pas profité de l’augmentation de la participation et a dû se contenter de la troisième place avec 15% des voix, loin derrière le parti populaire : 26,7% des voix (droite) et le parti socialiste 35,4% des voix.

podemos rené le honzecSi le parti gagne 15 représentants, ce score, décevant par rapport au raz-de-marée attendu, pourrait même être plus grave qu’il n’y parait pour ce nouveau parti en signant la fin du phénomène médiatique qui l’avait jusqu’à présent porté sur le devant de la scène. L’Espagne possède un système politique bi-partisan autour de deux grands partis qui dominent alternativement la scène politique nationale depuis plus de 30 ans : le Parti Populaire et le Parti Socialiste. Si au niveau local le jeu politique est plus complexe (partis autonomistes, formations politiques locales), rien n’était jusqu’à présent venu rebattre les cartes. Sous l’effet de la crise beaucoup ont cru à la naissance d’un tripartisme à l’espagnole avec l’apparition des indignés puis de Podemos.

La résistance inespérée de la gauche traditionnelle qui conserve sans difficulté son bastion marque donc un sérieux coup d’arrêt au phénomène. Malgré leur succès populaire lors des manifestations organisées à Madrid et la forte couverture médiatique dont ils ont profité, le parti ne prend pas dans les urnes. Podemos bénéficie surtout de l’effondrement du Parti Populaire au pouvoir qui perd 17 sièges (33 contre 50 en 2012) mais n’arrive pas à en prendre un seul au Parti Socialiste qui conserve ses 47 sièges et sa large majorité. Les voix qu’il engrange proviennent en réalité essentiellement des abstentionnistes et des petits partis écologistes et communistes qui voient leurs électorats siphonnés par le nouveau phénomène.

Ce coup d’arrêt électoral et l’entrée de Podemos dans le système politique institutionnalisé pourraient donc marquer la fin d’un effet de mode. Le jeune parti qui avait jusque-là bénéficié d’une couverture médiatique avantageuse semble depuis une ou deux semaines être tombé dans l’oubli. Alors que l’on a vu en France le Front national perdre des voix entre le premier et le deuxième tour au profit des partis traditionnels, on peut imaginer que le phénomène se reproduise en Espagne avec un parti construit sur une logique de rejet et boosté médiatiquement sans que pour autant les électeurs ne soient prêts à lui confier les clefs du pouvoir. Plus que la progression importante de Podemos très souvent saluée par la presse espagnole, l’élection andalouse pourrait donc être le début de la disparation de Podemos, parti né de la crise et qui pourrait ne pas réussir à s’implanter durablement dans le paysage politique ou à résister à une éventuelle reprise économique dans les prochaines années.


Sur le web

  1. Voilà qui fait plaisir, l’Espagne est clairement en phase de reprise avec croissance supérieure à 2% cette année et baisse du chômage, il ne faudrait pas faire dérailler tout ça avec un parti qui voit le Venezuela de Chavez comme un modèle (regardez le pays maintenant) ou en faire ce qu’est devenu la Grèce de Syriza.
    L’Espagne s’est réformée et maintenant elle en récolte les fruits : Réforme, gros gains de compétitivité, langue espagnole qui permet des liens privilégiés avec l’Amérique Latine…Je vois un bel avenir pour ce pays 🙂

  2. « Les voix qu’il engrange proviennent en réalité essentiellement des abstentionnistes et des petits partis écologistes et communistes qui voient leurs électorats siphonnés par le nouveau phénomène. »

    C’est tout à fait vrai, mais pour une première élection, se classer troisième et être indispensable peut-être pour former un gouvernement majoritaire ce n’est pas rien.
    Les sondages depuis quelques semaines voire quelques mois n’indiquaient pas un raz-de-marée de Podemos en Andalousie donc les résultats ne me surprennent pas plus que ça.

    Et pourquoi cette absence de raz-de-marée? Simplement parce que le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en Andalousie est une version plus gauchiste que le reste du PSOE au niveau national, par conséquent la migration de voix vers l’extrême gauche était moins attendue qu’ailleurs. Sur Madrid, le centre et le nord de l’Espagne il peut y avoir raz-de-marée de Podemos au détriment du PP (because ras-le-bol classique contre les gouvernement en place) et d’un PSOE qui est plus centre-gauche dans ces régions. es résultats des prochaines élections générales au niveau espagnol et des élections locales dans ces régions devraient être plus intéressants.
    En revanche en Catalogne, Podemos ne percera pas, le mouvement de contestation est canalisé par les mouvements indépendantistes d’une part, et d’autres mouvements d’extrême gauche ou de centre-gauche sont encore vierges pour les électeurs et mieux implantés (ciutadans, CUP etc…).

    1. Très juste Tremendo. Parler de l’Espagne sans mettre en perspective les régions, est une erreur assez grossière.

      L’exemple de la Catalogne est en effet parfait. Là bas, le discriminant c’est nationalistes pas nationalistes. Le reste passe au second plan.

      Donc, avant d’enterrer Podemos…. attendons les élections générales.

      Le PP est englué dans ses scandales de corruption. Rajoy est notre Valls/Hollande à nous… il pérore sur la « reprise »…mais cette dernière est toute relative.

      Banques pourries (faillite de Banco Madrid récemment), marché de l’immobilier pas assaini (faillite de Martinsa-Fadesa, énorme promoteur avec 6,5 milliards de passif), chômage toujours stratosphérique, etc.

      Bref, de la poudre aux yeux.

      Mais bon, ce jugement pourrait être étendu à l’Italie, le Portugal, la France etc.

      Le Potemkine tient toujours…. Mais pour combien de temps encore ?

      1. Toute relative? Avez vous vu les chiffres du chomage en Espagne? Comparez à ceux d’il y a deux ans…. C’est quoi une reprise « pas relative » pour vous? 18% de croissance, et -15% points de chomage en 6 mois? Si c’est ça, oubliez vos rêves, c’est mort, ça ne marche pas comme ça. L’Espagne a commis les mêmes erreurs que nous pendant des années, cela mettra des années à être réparé.
        Au passage, le chomage « stratosphérique » de l’Espagne pourrait passer en dessous de celui de la France d’ici fin 2016…
        Ma famille vit toujours en Espagne, et contrairement à ce que vous dites, non ce n’est pas d ela poudre aux yeux. La différence est palpable désormais. Les gaspillages sont en très nettes diminution, et surtout, beaucoup de gens qui étaient au chomage depuis des lustres ont retrouvé un emploi ces derniers mois. Je ne crois pas que ma famille soit un cas à part. Leur condition s’est améliorée ces derniers mois, c’est indéniable.
        Il en va de même pour le Portugal.
        Il faut ouvrir les yeux, la France est désormais seule en compagnie de la Grèce.

        @Tremendo: Les résultats en Andalousie sont quand même une sacrée défaite. Si intrinsèquement vous n’avez pas tort, le problème, c’est que Podemos à largement communiqué sur une victoire annoncée, sur un score triomphant, bref, ils ont survendu le truc, et finir aussi loin du PP (pourtant très mal en point an Andalousie), c’est de fait un echec. Et ce d’autant plus que la couverture médiatique dont ils ont bénéficié était énorme et a donc suscité logiquement encore plus d’attente. C’est ce décalage entre la communication et le résultat réel qui est un échec.
        D’autre part, d’ici la fin d’année, deux choses peuvent contrecarrer leur avancée dans les autres régions: la reprise, qui commence à se faire sentir même parmi les ménages, mais aussi l’exemple grec. Il ne faut pas oublier que Podemos a énormément bénéficié de l’effet Syriza. Or aujourd’hui, le soufflé est retombé, Syriza est confronté à ses mensonges, et d’ici aux prochaines élections espagnoles, il pourrait s’en passer des choses. Podemos peut toujours tenter de se désolidariser du parti grec, ça ne changera rien, ou si peu, ils ont bénéficié de l’effet Syriza, si ces derniers se ramassent, ils en subiront aussi les effets, négatifs cette fois. L’enlisement rapide de la situation en Grèce après l’arrivée de Tsipras a décrédibilisé ses alliés.

  3. Une autre raison possible aussi, Podemos a nuancé dernièrement ses positions sur certains thèmes comme Syriza en Grèce. Ils restent à gauche de la gauche dans le style Mélenchon tout de même. Ceci dit je ne sais pas si l’électeur moyen leur en tiendra rigueur pour le moment, car le repositionnement est très léger tout de même.

  4. 2 autres news.

    La 1ère qui montre à quel point la Catalogne se sent proche de l’Espagne : vote d’ici juillet d’une mesure adoptant les horaires « classiques » de travail 9/17h, contre les horaires espagnols.

    http://www.lefigaro.fr/international/2015/04/10/01003-20150410ARTFIG00151-la-catalogne-veut-en-finir-avec-la-mythique-sieste-espagnole.php

    Et une autre, qui montre la fumisterie de la reprise chantée en Angleterre (article publié récemment).

    Le Labour passe en tête des sondages ! 3 0 6 points d’avance sur Cameron.

    Etrange, non ?

    http://www.lefigaro.fr/international/2015/04/10/01003-20150410ARTFIG00179-grande-bretagne-a-4-semaines-des-legislatives-le-labour-passe-en-tete-des-sondages.php

    1. Qu’est-ce que c’est que ce lien figaro qui nous raconte cette histoire de sieste?! Sérieux mais c’est quoi ce torchon bordel?! Je travaille depuis des années en Espagne et personne n’y fait la sieste, je ne connais personne qui la fait donc stop les saloperies de clichés de parisiens hautains. Ce genre d’articles est à vomir

      1. Si, en Andalousie ça se fait ;). Il faut dire que quand on bosse dans le bâtiment et qu’il fait plus de 50° au soleil, ça devient difficile de travailler sans faire une crise cardiaque… (et en plus les matériaux comme le béton et le ciment ne résistent pas)

Les commentaires sont fermés.