Un Quantitative Easing pour rien

Publié Par h16, le dans Édito

Énième bourde communicationnelle ou information lâchée volontairement ? Difficile d’évaluer la petite phrase de François Hollande, visiblement requinqué par une embellie sondagière caricaturale : le président français a assuré lundi, devant un parterre d’entrepreneurs et de journalistes frétillants de divulguer un tel scoop, que la BCE (Banque Centrale Européenne) allait « jeudi prendre la décision de racheter des dettes souveraines ».

Certes, l’information d’un prochain QE (quantitative easing) de l’institution bancaire européenne n’est pas à proprement parler une surprise, puisque, même incertain, il était attendu depuis des mois par une partie du marché et de la classe politique avides de trouver à un problème complexe de déflation et de croissance en berne une solution simple, rapide, coûteuse et inefficace. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’appartient décidément pas au président français d’annoncer ce genre de nouvelles, d’autant que la situation financière est actuellement très tendue, et que la maîtrise des enjeux financiers et économiques par nos dirigeants laisse plutôt à désirer, pour le dire gentiment.

petit sapin pas grave 3

En effet, le panorama prête difficilement à sourire, et encore moins à balancer de la petite phrase comme d’autres de l’huile sur le feu.

Pour rappel, les jours qui viennent de passer ont vu la Banque Nationale Suisse sortir d’un « peg » entre le Franc Suisse et l’Euro, fixation arbitraire de l’une à l’autre devise qui avait abouti à un taux de change un tantinet artificiel de 1.20 CHF pour 1 EUR. Ce « peg » envolé, la monnaie helvétique s’est assez brutalement renchéri pour atteindre la parité avec l’euro. Le choc a été si rude, notamment pour l’économie suisse, qu’on peut se demander ce qui a bien pu pousser les dirigeants de la BNS à une telle manœuvre, mais il est difficile d’imaginer qu’ils ont fait l’économie d’un calcul simple de comparaison entre les dégâts causés à l’économie du pays, et ceux que causeraient, à plus ou moins long terme, la conservation de ce « peg ».

La conclusion semblant être qu’il valait mieux les dégâts immédiats de la fin du « peg » aux hypothétiques dégâts futurs liés à sa conservation, on pourra raisonnablement penser que les économistes suisses n’ont rien vu de franchement réjouissant dans les prochains mois concernant l’euro. La proximité des annonces de Draghi au sujet de ce fameux QE ressemblent à s’y méprendre à un élément déclencheur.

chapatte - crise suisse

Pendant ce temps, on gardera un œil sur la situation grecque qui n’est toujours pas bonne, et dont la tendance n’est pas du tout à l’amélioration. D’une part, il y a bien sûr la prochaine élection qui a de fortes chances de donner une majorité, au moins relative si ce n’est absolue, à Syriza, le parti d’extrême-gauche. Ceci entraînerait une remise à plat conséquente du plan de restructuration de la dette grecque, avec en ligne de mire un défaut de paiement généralisé. Pour le reste des États membres de l’Union européenne en général et de la zone euro en particulier, il est impératif qu’une telle faillite se fasse avec la plus grande douceur, la meilleure préparation pour éviter la panique et l’éclatement de la monnaie unique. D’autre part, et c’est encore plus croustillant, le parti de gauche ayant, dans ses promesses de campagne, fait assaut de populisme (réductions d’impôts et annulation de dettes à gogo), l’État grec éprouve les plus grandes difficultés à collecter les recettes fiscales, ce qui accroît encore le problème général de la dette.

Enfin, à l’approche des élections, il semble que les citoyens grecs retirent discrètement mais obstinément leurs avoirs des banques locales, à raison de plusieurs milliards d’euros tout de même, ce qui, là encore, n’améliore pas franchement la situation de ces banques qui en profitent, du coup, pour réclamer bruyamment des liquidités aussi bien pour se protéger en cas de bank-run avéré que pour alimenter une tension financière apte à faire pencher les autorités européennes en leur faveur.

Parallèlement et parce qu’avec les éléments précédents, ce sera tout de même encore trop simple, on rappellera que les banques centrales continuent toujours de stocker de l’or, relique barbare et matière première encombrante qu’on ne peut pas manger mais diablement intéressante en cas de gros pépin. Bien sûr, j’en avais parlé dans ces colonnes, la Chine stocke à tout va. La Russie continue d’acheter de l’or à la tonne. L’Allemagne, dont on se rappellera qu’elle avait commencé à récupérer, avec difficulté, son or stocké à l’étranger, continue ses rapatriements avec une certaine gourmandise.

Mais peu importe ces nouvelles, et peu importe qu’elles pointent résolument vers un affaiblissement à venir de l’euro (dans des proportions qu’on laissera au lecteur le soin d’évaluer, sachant que « total » n’est pas à exclure). Au moment où ces lignes sont écrites, rien n’est encore fixé, mais le Quantitative Easing a été décidé, ou, au moins, ardemment poussé par les politiciens en mal de robinet à pognon. Et puisqu’il pourrait, selon toute vraisemblance, finalement advenir, on doit pouvoir se demander ce qu’on peut en attendre. Malheureusement, si on utilise les expériences passées pour évaluer les performances futures de cette opération, force est de constater que les banques centrales qui y ont eu recours jusqu’à présent n’ont pas du tout obtenu les résultats escomptés. En fait, plus il y a eu de QE et de bidouilles diverses sur les monnaies (dollar, yen et maintenant euro), plus l’effet escompté (une belle inflation solide) s’est fait désirer.

Quantitative Easing selon Crédit Suisse

Quantitative Easing selon Crédit Suisse

Quant à la croissance obtenue par ce moyen, au demeurant trop faible, elle a ce délicieux parfum de l’artificiel assis sur des bases douteuses qui font se demander ce qu’on lui trouve de si sexy au point d’en vouloir encore plus. Du reste, et comme l’analyse un récent article de ZeroHedge au travers de graphiques fournis par la banque Crédit Suisse, la BCE risque surtout d’envoyer avec son QE un énorme signal déflationniste alors que l’Europe est actuellement en plein milieu d’une déflation (ou, dit plus pudiquement, une inflation de -0.2%)

la rentrée d'hollandeComme on le comprend, la situation va, très certainement, prendre un nouvel essor dans les prochains jours, et la tension financière actuelle devrait gagner en intensité. Face à celle-ci, on peut se demander si le président français sera à la hauteur ou si, plus prosaïquement, le déluge de communications et d’apparitions médiatiques que lui et son gouvernement nous réservent permettront de surmonter les crises à venir.

On est en droit de douter.
—-
Sur le web

  1. QE, c’est bien le mot savant pour dire « planche à billets » ?

    1. Le-Grand-Méchant-L

      +1000
      Il faut appeler les choses par leur nom, et ne pas reprendre la novlangue des technocrapules.
      Planche à billets donc, mais virtuelle, car même plus besoin de papier…. Il s’agit de jeux d’écriture.
      Il faudrait qu’h16 nous trouve une expression bien inspirée. QE, c’est vraiment trop propre trop clean pour une vaste opération de contrefaçon monétaire.

      1. QE = Quelle Erreur !

    2. oui mais avec une petite nuance qui n’est pas tout à fait négligeable : la planche à billet ruine les banques, le QE les enrichit

  2. on peut se demander ce qui a bien pu pousser les dirigeants de la BNS à une telle manœuvre

    Simple, la BNS a plié. Elle aurait du débourser plus de 100 milliards pour défendre le PEG.

  3. Et hop ! On achète du temps avec l’argent des autres !

    La seule et unique stratégie politique pathétique, qui a déjà prouvée son inefficacité à une échelle locale et nationale, sera donc déployée de force à une échelle Européenne.

    Mais que dire, moi qui ne suis un bouseux de campagne, j’enrage de voir nos technocrates payés avec des gros lingots, des putes et du champagne nous entuber comme ça, avec le sourire et tout et tout.

    Il devient de plus en plus dur d’étouffer la réalité, les chiffres, Internet (l’ennemi d’Etat N°1), l’ensemble des paramètres pointent vers la pure démagogie des États comme la France.

    2017, notre flan va prendre ses jambes à son coup. Il n’attendra pas son jugement. Il laissera la merde aux Français, comme son prédécesseur.

    Pendant ce temps, l’UMP, prépare l’union:

    Comprendre se faire mettre par une politique enfin soudée contre le petit peuple qui doit travailler plus pour que l’État dépense plus….(pour lui même)

    Bref, ce pays est foutu, il est de plus en plus con. Les gens sont débiles, et ils en redemandent.

  4. Ce qui m’inquiète n’est pas le QE en lui-même, il aura probablement un effet assez positif en rendant le crédit moins cher et l’euro plus bas pour favoriser les exportations européennes.
    Cependant cela enverra le signal aux dirigeants qu’ils peuvent mettre le frein sur le réformes structurelles, ce qui est dangereux à long terme.

    1. on n’a pas besoin de crédit moins cher. le crédit n’a jamais été aussi bon marché. si, bien qu’il soit si bon marché, on n’en prend pas, c’est qu’on ne voit pas dans quoi de rentable on pourrait l’investir, vu que le risque reste pour nous, et la réussite éventuelle sera confisquée par le fisc. autant ne rien faire alors.

      on peut simplement attendre, acheter un bon gros bouquin de 1 100 pages pour 30 euros et passer un bon moment à le lire et à se sentir en phase avec le dit gros bouquin : http://www.lesbelleslettres.com/livre/?GCOI=22510100896680

      1. Exactement. La disponibilité de fric à 0.05% plutôt que 1% n’a aucun effet favorable sur les investissements. Aucun investissement qui ne serait pas intéressant avec des taux à 3% ne le devient avec des taux à 0 : sinon, les investisseurs auraient emprunté en CHF quand les taux étaient à 3%, or seuls les politiques l’ont fait. Ce qui montre bien, également, que les taux trop bas favorisent les emplois peu ou pas rentables du capital, et l’aveuglement vis-à-vis des risques.

        Au contraire, les taux trop bas rendent les profits normaux ultra-rares — si vous avez du fric, pas moyen de le faire rapporter normalement — et vulnérables à l’opinion publique, au fisc, et aux risques. Le cas du tight oil aux US (et notamment au Texas, cher à SweepingWave) est caractéristique. Il faut être à même d’amortir son investissement en 2 ans de production, vu la vitesse où les forages se colmatent. Ca veut dire, compte-tenu des intérêts, 52% la première année et les autres 52% la seconde. La baisse des taux vous ramène ça à 51% et 51%. Qu’est-ce que ça change, par rapport au risque de diviser par 2 les rentrées la 2e année, comme aujourd’hui ?

    2. Au passage, les critères de Bâle font qu’il est beaucoup plus facile pour les banques de prêter aux Etats (taux de couverture en fonds propres requis : 0%) qu’aux entreprises (taux de couverture : 100%).
      Résultat : les Etats empruntent à bon compte, les déficits publics se creusent et les entreprises manquent de moyens. Et quand bien même elles les auraient ils seraient bouffés par les impôts et taxes diverses.

      1. le QE n’est pas fait pour les entreprises, ou alors à la marge. il est fait pour que le secteur publique continue à se financer à bon compte… vu qui a bientot fini de saigner le secteur privé.

  5. Le grand gagnant est le dollar au final, sa valeur a fortement remonté ses derniers mois face à quasiment toutes les devises et la monnaie regagne donc du terrain et consolide sa domination mondiale. Ce QE ne fera que renforcer cela en amenant à la parité euro/dollar, sans oublier que la Fed remontera les taux d’intérêt dans le courant de l’année.

    La gestion de la crise par la Fed aura été un modèle du genre il faut bien le reconnaître car aucun des risques, donc Contrepoints était d’ailleurs certain de voir se matérialiser, n’a eu lieu et les choses se sont faites en douceur et intelligemment.

    1. et oui, un peu comme la gestion de la crise asiatique par les chinois en 1998 …

    2. Les USA font tourner la planche à billets à grande vitesse mais ils ont l’atout de pouvoir exporter leur inflation dans le monde entier. Pas nous.

  6. Voilà, c’est fait !

    SuperMario vient de prononcer l’acte de décès de l’euro.

    Mieux encore, avec ce sérieux éhonté qui distingue si bien l’élite de la piétaille lorsque les premiers décident de ruiner les seconds, il a déchiré les traités européens en direct à la TV, en bafouant la disposition la plus importante qu’ils portaient, à savoir l’interdiction de l’achat des titres publics par la BCE et le réseau des banques centrales nationales.

    Effectivement, c’était bien un geste historique (pour reprendre l’expression des mous du bulbe qui font fonction de journalistes) !

    N’hésitez plus : fuyez…

    1. Quand le bateau coule, il faut suivre les souris.
      Hélas, une souris est petite, rapide, flexible.

      Les gros rats vont donc crever, les autres aussi !

      Reste les porcs:(technocrates, escrocs, élus…)
      Ces porcs sont des visionnaires, y a pas à tortiller.
      Suivons les au bon moment: ils nous montreront la voie….

      Enfin, certains essayent de voler d’une tour de 10 étages: un poil de réflexion s’impose quand même.

    2. mon pauvre cavaignac , c’est pire que la mort de l’euro , c’est la mort de l’europe …

      comme le premier juillet 1916 à vu la mort de l’empire britanique sur la somme , aujourd’hui , le continent européen , jadis fière et dominateur , montre à la face du monde, qu’il ne réformera rien , qu’il ne réformera jamais. les gitans et les grecs ont gagnés … le petit fonctionnaire content de lui et de sa petite villa pas encore payée , pourra continuer à se foutre le cul devant la TV pour regarder la faune sauvage  » menacée  » et des ch’ti décérébrés arborer leur dernier tatouage.
      et c’est ces gars là qui veulent allez commander en ukraine ? quand on est pas capable de commander chez soi , on ne va pas commander chez les autres !
      on a cru que la merkel était capable de prendre la direction de l’europe, et de faire le ménage ? bernic ! tel une girouette en fonte balancé à tout les vents , sans armée, sans marine , sans volonté , sans or , la grosse teutonne vient de capituler dans la plaine d’iéna .

      1. scoob, vous ne connaissez pas les Allemands, moi non plus….

        Mon avis, intuition, est que l’Allemagne, comme la Suisse, rigole un moment, et puis tourne le dos.
        Et elle aura raison !

        1. Tout à fait.

          Après la phase d’euphorie, les marchés vont comprendre que le QE fractionné entre banques centrales nationales favorise les attaques ciblées sur les dettes publiques européennes. Surtout, ils vont comprendre que les Allemands n’acceptent plus de financer les fainéants de la réforme. Si le QE n’est pas annulé par une justice pour l’instant sidérée par la manoeuvre illégale, l’Allemagne choisira alors la sortie de l’euro, de même que des pays qui lui sont liés, choisissant la sécurité d’une monnaie forte et stable à la gabegie monétaire. L’exit allemand conclura le suicide monétaire de l’Europe.

          L’Allemagne et ses alliés sortis, il ne restera dans l’euro que la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et… la Grèce. Avec cette décision historiquement catastrophique, Draghi vient de réinventer l’Union Latine dans une version dégradée.

          Lorsque ce qui restera de la BCE se retrouvera avec les montagnes des dettes des Obèses socialistes impécunieux dans ses comptes, elle sera obligée d’imprimer à tour de bras pour les annuler, le nouveau euro-croupion perdant rapidement le peu de valeur qu’il pouvait encore avoir. Les Français connaîtront la joie de payer leur baguette avec de jolis billets d’un million.

  7. Délit d’initié ?
    Un autre du gvt avait fait cette « bourde » dans le gvt, non ?
    Montebourg et /ou Royale.

  8. Prix du baril, euro, QE, le gouvernement socialiste s’interroge déjà sur comment dépenser tout ces merveilleux gains.

    La fête peut continuer encore un moment.

    1. Surtout que l’on peut lire de partout que la crise:

      – c’est à cause de l’austérité
      – d’un capitalisme qui nous a créé la crise
      – que les libéraux sont les coupables
      – que la gôche va nous sauver avec des faux billets
      Etc….

      L’Etat laïc refuse les religions, il nous impose néanmoins d’avoir une foie illimité. Cette foie qui déplace des montagnes en soufflant dessus.
      Comment faire ?

      Il faut acheter un gros livre et attendre…..la gôche va nous sauver ! Ou pas.
      C’est pas grave, c’est l’Etat d’Europe qui paye. C’est gratuit.

      Pendant ce temps concentrons nous sur les terroristes et la terre qui chauffe. Balançons nos faux billets par les fenêtres pour faire de l’inflation.

      Ironie du sort, ça ne marche même pas. C’est assez pathétique de les voir ainsi se débattre dans leur propre purin.

Les commentaires sont fermés.