Les 5 erreurs de Piketty sur les inégalités

Publié Par Nicolas Beyls, le dans Économie générale

L’année 2014 a été marquée par la traduction en anglais du Capital au XXIème siècle. Ce best-seller a eu un écho important aux États-Unis. Thomas Piketty a reçu les louanges des Prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz et a même rencontré des conseillers de Barack Obama. Mais que valent vraiment ses travaux ?

Par Nicolas Beyls.

Thomas Piketty lors d'une meeting du Parti Social Démocrate danois (crédits Anders Löwdin licence Creative Commons)

Ce que dit Piketty

L’ampleur des données statistiques de Piketty lui permet de conclure à un fort accroissement des inégalités de revenus et de patrimoine au cours des trente dernières années dans les pays développés. L’hyper-concentration des richesses reviendrait à des niveaux proches de la Belle Époque, après avoir décrue au cours du XXème siècle en raison des guerres et du renforcement de l’État-Providence. Piketty édicte une « loi fondamentale » du capitalisme (le fameux r>g), selon laquelle le taux de rendement du capital serait constamment supérieur au taux de croissance économique. Ce phénomène favoriserait la constitution de gros héritages et rendrait plus difficile la constitution d’un patrimoine par les travailleurs, fragilisant ainsi la méritocratie. Piketty préconise le renforcement de la progressivité de l’impôt sur le revenu et l’instauration d’une taxe mondiale sur le capital.

Erreur n°1 : Une définition confuse du capital

Piketty n’opère pas de distinction entre capital physique et financier : il englobe tous les actifs ayant une valeur de marché. Mais les bulles financières créées par des banques centrales ont pu gonfler artificiellement la valeur de ces actifs, notamment immobiliers, et donc accroître les inégalités. De plus, quatre chercheurs du LIEPP de Sciences Po ont critiqué la mesure par Piketty du capital-logement à partir des prix de vente. Ils utilisent plutôt les loyers, à la fois revenus du capital pour les propriétaires et dépenses pour les locataires. Ce problème d’évaluation réglé, le ratio capital sur revenu est en fait resté stable selon eux ces dernières années.

Erreur n°2 : Une prétention à l’universalité contestable

Pour Raymond Boudon dans La Place du désordre, il est « hasardeux de chercher à établir des propositions empiriques de validité générale à propos du changement social ». Des événements peuvent invalider à tout moment la loi de Piketty. Le XXème siècle a ainsi connu des guerres et des épisodes de forte inflation. Ses prévisions tirées de statistiques connaîtront-elles le même sort que celles de Malthus ou du Club de Rome ?

Erreur n°3 : L’omission d’évolutions récentes

Avec la mondialisation et la révolution technologique, l’économie mondiale a beaucoup changé. Cela a un impact sur les inégalités. Les revenus des managers sont de plus en plus constitués de revenus du capital (actions, options) et sont bien plus variables dans le temps. Les cachets des artistes et des sportifs augmentent avec l’élargissement de leur public. Enfin l’allongement de l’espérance de vie rend nécessaire la formation d’une épargne-retraite.

Erreur n°4 : Le facteur humain, grand oublié

Rien n’est figé dans le capitalisme ! Sa dynamique fait que les super-riches d’hier ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui. Une mobilité sociale descendante existe au sein du club très fermé des milliardaires. Malgré des inégalités en hausse, la société américaine reste mobile : les ménages y sont tout à fait susceptibles de connaître tour à tour pauvreté et abondance. Selon la Tax Foundation, sur l’ensemble des Américains devenus au moins une fois millionnaires entre 1999 et 2007, la moitié ne l’a été qu’une seule fois et seulement 9% d’entre eux le sont restés sur toute la période. Piketty omet totalement les cycles de vie individuels !

Erreur n°5 : La redistribution étatique, une bonne solution ?

Les préconisations de Piketty pourraient décourager l’épargne et l’entrepreneuriat et donc freiner la croissance. Les riches aiment l’État : il faudrait plutôt mettre fin au capitalisme de connivence qui renforce les positions établies. Enfin, n’oublions pas que les inégalités baissent à l’échelle mondiale grâce au capitalisme et que le monde va globalement mieux depuis 30 ans suite à l’intégration de l’Asie dans les échanges mondiaux.


Sur le web

Lire aussi les articles de l’édition spéciale Piketty superstar ?

  1. La conclusion sur le « capitalisme » de connivence me semble correcte, l’article aussi dans son ensemble (il me semble qu’une critique de même qualité sur les travaux de Piketty ait déjà été réalisée ici même), il y a deux points qui toutefois sont tout à fait curieux :

    « Mais les bulles financières créées par des banques centrales ont pu gonfler artificiellement la valeur de ces actifs, notamment immobiliers, et donc accroître les inégalités »…

    Les « banques centrales » ? Mais toutes les bulles ont pour origine l’émission asymétrique et centralisée de TOUTE la monnaie, qu’elle soit centrale ou provenant des banques non-centrales, qui prétendent toutes produire la même valeur économique qu’elles nomment du même nom : la monnaie €, ou $, ou £… selon la zone monétaire. Mettre sur le dos les bulles immobilières générées par ce système monétaire sur la seule banque centrale est une profonde erreur de raisonnement.

    « Le capital » enfin, n’existe pas. C’est une pure estimation individuelle, ainsi l’unité de mesure choisie dans tout domaine d’étude où il convient de mesurer (mathématiques, physique, biologie…) influe non-pas sur l’objet observé, mais sur les mesures relatives observées (ainsi utiliser l’eau comme indicateur de température en physique ne permet pas de différencier -100°C de -1°C étant donné que la glace reste glace).

    Le problème de la mesure étant abordé par la Théorie Relative de la Monnaie.

    1. Les banques centrales ont en échange de leur pouvoir réglementaire le monopole de l’émission de la monnaie à cours forcé. La création qui petit localement sembler avoir lieu du fait d’une banque commerciale ne peut être une vraie création que par la banque centrale et son contrôle des banques «privés»
      Le free banking étant justement défini par l’absence de contrôle monopolistique par la banque centrale si elle existe.
      Donc oui la masse monétaire est contrôle et générée par la banque centrale et c’est elle qui provoque les bulles et crashs qui en découlent.

  2. La méritocratie est à la démocratie ce que le droit divin est à la monarchie : une fiction qui ne résiste pas à l’examen.
    La méritocratie n’existe pas en France, et surtout pas dans la sphère publique qui accapare plus de 50% des richesses.

  3. Un élément manquant que je n’ai pas vu relevé très souvent (en fait je ne l’ai vu nulle part et c’est pour le moins effrayant quant au niveau des «maquereaux» économistes qui s’expriment le plus souvent sur le Kapital II) c’est que l’équation qui fonde tout ça :
    r>g
    Est une évidence totale et une conséquence de deux choses, la nature humaine et la justice. Et qu’y toucher serait non seulement une injustice mais probablement la fin de toute croissance, innovation ou progrès.
    En effet le «capital» au sens de Micketty est par nature risqué alors que l’agrégat «économie» qui paye g est composé de ce capital plus les éléments étatiques, assurés etc. Le fait que les humains soient «in the large» averses au risque impose que pour qu’une activité risquée soit entreprise (ou un actif risqué soit acquis) elle doit en moyenne être plus rémunératrice.

    Ainsi l’entrepreneur qui ne bénéficie pas de l’assurance implicite du salariat doit en moyenne gagner (en revenus directs ou accroissement du capital investi, fut-il humain) plus qu’il n’aurait en exerçant la même activité comme salarié et comme salarié de droit privé plus que comme fonctionnaire.

    L’injustice serait que ce ne soit pas le cas.
    Ah… On me dit que pour la différence salarié du privé/fonctionnaire ce n’est déjà plus trop le cas. Voilà qui explique à la fois l’accroissement de l’Etat et le coût du travail trop élevé pour les entreprises.

    Envoyez derechef les «maquereaux» économistes suivre des cours d’introduction à la microéconomie financière, visiblement ils ont séché les cours avant de choisir leur spécialisation.

    1. Oui ! L’équation r>g est déjà un argument démagogique sans aucun intérêt car elle repose sur une nécessité fondamentale.

      Piketty enfonce des portes ouvertes, mais seulement celles qui le mènent à la conclusion choisie d’avance. Et tout ça pour en arriver à « C’est trop injuste, il faut redistribuer ». Il me semble totalement stupide d’établir de grandes théories pour conclure qu’il faut redistribuer au nom de la justice. Il faut redistribuer, mais au nom de l’efficacité pour atteindre des buts qui ne sont même pas clairement définis.

      Par ailleurs, je souhaite bonne chance à quiconque voudrait donner une définition mathématiquement cohérente à « l’augmentation des inégalités ». (Et ne vous arrêtez pas à la simple défaillance de la formulation.)

      1. Bah on peut dire que « l’augmentation des inégalités » est mathématiquement (théorie de l’information) ou physiquement équivalent à dire « l’entropie augmente ».

        Mais de la même façon que trouver que la thermodynamique est très méchante n’y changera jamais rien, trouver que « l’augmentation des inégalités » c’est mal ne pourra rien y faire. Question d’échelle. Plus on est riches (collectivement), plus on est « inégaux » sur le point du pognon. Plus on est pauvres plus on est égaux.

        Et vice versa…

        1. Oui, votre explication a l’avantage d’être concise. J’ai supprimé les 3/4 de mon argumentaire car je sais que peu de gens pourraient le comprendre. L’argument sur les inégalités est démagogique, et donc très difficile à réfuter.

        2. Déjà, « r>g » est difficile à admettre pour le public. C’est pourtant le fondement de toute compagnie d’assurance ou de la sécurité sociale : la garantie a un coût, sinon pourquoi payer les bénéfices et le système administratif de l’assureur. Et si les français avaient une idée du différentiel entre ce qu’il payent pour s’assurer (assurance privée ou publique) et ce qui leur est rendu, ils serait peut-être moins réceptifs aux attaques sur les dividendes des méchants actionnaires.

          1. Effectivement, l’ensemble du problème se résume en trois mots
            « prime de risque » !

            Mais visiblement ça n’effleure que rarement l’esprit de la majorité des français qui de ce fait ne comprennent pas grand chose au monde qui les entoure et se font pigeonner assez facilement par les vendeurs de « sécurité gratuite » (l’Etat en premier… )

  4. Les inégalités ne sont pas le problème. Le problème réside dans le fait que certains hommes n’aient pas de quoi se nourrir. Y apporter une solution ne passe certainement pas par le vol des autres.
    Réfuter un par un les données de Mickeytti n’est pas la bonne approche quand on pose comme postulat que les inégalités ne sont pas le problème.
    Car prendre en compte les inégalités de revenus ou de conditions
    signifie se positionner dans le relatif et donc l’arbitraire cher aux socialo étatistes.

  5. En fait la seule chose insupportable dans les idées de Mickeytti c’est qu’il entretient et valide les sentiments d’envie, de jalousie et de rancœur. Elles poussent à haïr une partie de la population et à la jeter à la vindicte populaire.
    Et c’est abject. Bien plus que toute inégalité de condition.

    1. oui, ou plutot, il lèche le cul et flatte les medias et des dirigeantq en place, sans quoi personne n’en aurait jamais entendu parler …

  6. 20 ans avant Das Kapital, et 150 ans avant que Piquetout ne relance l’erreur marxiste, Frédéric Bastiat avait établi ce théorème qui en est la réfutation:

    « À mesure que les capitaux s’accroissent, la part absolue des capitalistes dans les produits totaux augmente et leur part relative diminue. Au contraire, les travailleurs voient augmenter leur part dans les deux sens. »
    http://bastiat.org/fr/capital.html

    La fausseté de ce marxisme 2.0, dont j’espère qu’il ne détruira pas autant de richesses et de vies que la version 1.0, est évidente si on se rappelle ceci:
    « Rappelons donc à quelles conditions, et dans quelle mesure les quantités de monnaie traduisent les jugements de valeur : dans tout échange effectif de monnaie contre quelque chose d’autre, l’« acheteur » démontre qu’à ce moment, il donne au moins autant de valeur à ce qu’il « achète » qu’à la quantité de monnaie qu’il aura livrée à la place.
    C’est ce rôle des prix en monnaie comme repères de la valeur qui permet ce que Ludwig von Mises appelait le « calcul économique », et qui fait de la comptabilité en monnaie, avec les opérations financières éventuellement associées, le seul domaine de l’économie où l’emploi des mathématiques peut avoir un sens.
    Il s’ensuit que les quantités de monnaie ne peuvent servir comme repères de la valeur que s’il s’agit de prix authentiques, c’est-à-dire de biens effectivement échangés par leurs propriétaires au moment où la transaction se fait. »
    http://blog.turgot.org/index.php?post/test-2-Guillaumat&pub=0#pr

  7. ce que je trouve marrant c’est que les gens qui veulent combattre les inégalités ne parlent jamais de la mobilité sociale. que faut il mieux vivre dans un pays certes où il y a plus d’égalité sociale mais où les pauvres n’ont aucune chance de changer de classes sociales, de devenir riches. ils sont condamnés à rester des assistés toute leur vie, à dépendre de l’aide sociale. ou bien vivre dans pays où il y a plus d’inégalité mais où il y a une grande mobilté sociale, càd que les pauvres peuvent devenir plus richer, passer dans une autre classe. dans ce genre de société, le mérité personnel importe beaucoup plus et conditionne beaucoup plus notre condition sociale ?? perso, je préfère la seconde option que je trouve plus juste à la première. or comme par hasard, plus un pays est socialiste moins il y a de mobilité sociale. les économistes qui combattent les inégalités ne s’intéressent jamais aux effets secondaires négatifs qu’entraine leurs solutions pour lutter contre les inégalités. or la lutte contre les inégalités mènent en un appauvrissement général (y compris des pauvres). de manière plus général, l’égalitarisme mène au nivellement vers le bas ( regardez les politiques désastrueuses mises en place dans l’enseignement pour lutter contre les inégalités qui mènent à un abaissement général du niveau de l’enseignement). sans oublié le fait que la luttre contre les inégalités nuisent à la mobilité sociale

  8. le problème vient du fait que les socialistes ont tellement influencé les gens avec les inégalités sociales. ils ont fait des inégalités sociales un problème majeur d’aujourd’hui alors que le vrai problème vient de la pauvreté et non pas des inégalités sociales. les libéraux s’occupent du problème de la pauvreté mais pas de la lutte contre les inégalités car les libéraux sont pour l’égalité de droit. or l’égalitarisme s’oppose aux inégalités de droit. l’égalitarisme sous ses airs de bons sentiments charitables n’est que motivé par la jalousie et l’envie. http://www.contrepoints.org/2011/01/06/10334-etre-de-gauche-intolerant-et-peu-genereux
    http://www.contrepoints.org/2011/04/13/21001-radins-envieux-racistes-et-intolerants-les-socialistes-et-les-anticapitalistes http://www.contrepoints.org/2010/10/04/2621-gauche-intolerance-generosite-droite-liberalisme

  9. imaginons qu’on est d’accord que les inégalités sociales sont un vrai problème. il y a plusieurs questions à se poser. 1 est ce que les inégalités s’accroissent ? la réponse est oui mais les socialistes comme piketty ont une tendance à exagérer fortement (voir très fortement) les inégalités. ils n’hésitent pas à truquer leurs chiffres, à prendre juste les statistiques qui les arrangent (en écartant les stats qui les dérangeraient). 2. qu’est ce qui cause les inégalités ?? là, les socialistes ont (en grande partie ) faux car ils ne parlent pas de certains facteurs (la politique des banque centrale, le capitalisme de connivence,….) et certains des facteurs qui ,selon eux, accroisseraient les inégalités sont plus que contestable. il n’existe aucune preuve concrète. 3. comment combattre les inégalités ? certaines de leurs solutions sont aussi très contestables. on risque de voir ce qui s’est passé dans les pays communistes avec d’un coté la population qui crève de faim et de l’autre, les dirigeants membre du parti qui sont milliardaires. 4. est ce que les solutions proposés pour combattre les inégalités n’ont elles pas plus d’effets négatifs que d’effets positifs ??? là, la réponse est clairement oui. ces solutions nt plus d’effets négatifs que d’éffets positifs. cela conduit à un appauvrissement généralisé.

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