UMP : on prend les mêmes et on recommence ?

Publié Par Serge Federbusch, le dans Politique

Par Serge Federbusch.

retour sarkozy Le Honzec

Quand Sarkozy ça recommence ! L’ancien et nouveau président de l’UMP est de retour avec autant d’énergie et plus de roublardise qu’aux meilleurs moments de sa campagne pour l’élection de 2007.

D’abord, ne minimisons pas son succès récent. Si les partisans de Juppé et Fillon étaient aussi nombreux que ces derniers le suggèrent, ils auraient davantage voté pour Mariton ou Le Maire. Sarkozy a les coudées franches pour phagocyter en douceur ses deux rivaux les plus sérieux. Il écrit la musique en la jouant, sait transformer les obstacles qu’il rencontre en marchepieds. Ainsi Le Maire est moins une menace qu’un idiot utile. Il incarnera à merveille une opposition de sa majesté pendant qu’à l’extérieur Fillon et Juppé s’agaceront d’être sur la touche. Le Maire a commis l’erreur de refuser de siéger dans les instances dirigeantes de l’UMP, imaginant que son score lui servirait de sauf-conduit et le légitimerait durablement. Mais la culture des motions minoritaires fait défaut aux caciques de l’UMP. Si Le Maire l’avait, il saurait qu’un résultat même honorable, dans une élection interne, est vite oublié et que les majoritaires font ce qu’ils veulent par la suite si les statuts n’instituent pas de garde-fous.

Sarkozy peut donc se permettre d’être magnanime en apparence. Décision savoureuse, pour garantir la neutralité des primaires, il a placé un lieutenant de Le Maire à la tête de leur comité de préparation. Si ce dernier est candidat auxdites primaires, il fera du reste un fameux rabatteur de voix pour Sarkozy au deuxième tour, privant Juppé et Fillon de suffrages précieux et négociant ainsi une chaude place à Matignon ou ailleurs, comme Montebourg se rallia finalement à Hollande plutôt qu’à Aubry, dont il était en apparence idéologiquement plus proche.

L’étrangleur ottoman

Puisqu’au même moment, les centristes de Lagarde ne veulent pas entendre parler de primaires ouvertes, tout sera concocté in petto par l’appareil UMP contrôlé par Sarkozy. Les électeurs de sensibilité centriste de Juppé et Fillon répugneront à voter dans des bureaux tenus par des comités de sans-culottes UMP. La primaire se déroulera dans un climat d’hostilité radicale à la gauche qui sied mal aux postures plus conciliantes des deux anciens Premiers ministres. La charte brandie sous le nez des électeurs rebutera plus d’un tiède. S’ils ne se ressaisissent pas rapidement, Juppé et Fillon, qui d’ailleurs risquent de se neutraliser l’un l’autre, réaliseront qu’ils vont mourir au moment où ils sentiront – trop tard – la cordelette sur leurs cous. Mitterrand appelait cela la technique de l’étrangleur ottoman pour désigner, sur un ton raciste qui n’a jamais choqué la gauche, Balladur. Rappelons-nous que Sarkozy fut le bras droit de ce fameux strangulateur…

Autre habileté, la composition des instances dirigeantes où les sarkozistes sont d’ores et déjà ultra-majoritaires. La guéguerre NKM/Wauquiez était parfaite pour amuser la galerie, s’agissant en réalité de deux « lieutenants » du nouveau chef. Aucun ne sera d’ailleurs un réel contrepoids à Sarkozy.

Les errements narcissiques de NKM, dévastateurs lors de la campagne pour les dernières élections municipales parisiennes où elle apporta à Hidalgo une victoire sur un plateau d’argent, la discréditent déjà. Sa façon d’insister pour être qualifiée de numéro deux et parler de Wauquiez comme d’un numéro trois est d’autant plus dérisoire que, dans les jours qui ont suivi, les documents publiés par l’UMP ont bien montré que c’était Wauquiez qui aurait autorité sur l’appareil du parti, sous la houlette du chef suprême. La liberté de parole que la députée de l’Essonne revendique risque de se transformer en machine à bourdes et de justifier à nouveau le surnom de Nathalie Fiasco-Morizet qu’elle s’est attirée à Paris. Son agitation ne fait en réalité que traduire sa marginalisation.

Wauquiez est d’ailleurs beaucoup plus habile. Il parle peu et se contente de coller étroitement aux désidératas de son patron. C’est sagesse : son poids spécifique dans le parti ne lui donne aucune capacité de s’opposer à Sarkozy.

Bref, l’ancien président de la République a tout du phénix qui renaît mystérieusement de ses cendres. Sa résurrection politique est une énigme si l’on considère que, durant la campagne de 2012, il ne s’est pas battu férocement, laissant par exemple Hollande dégoiser son anaphore moi-présidentielle sans l’interrompre. Aurait-il acquis l’habileté manœuvrière fardée de consensus qui lui faisait défaut autrefois ? C’est possible, même si sur le fond, c’est bien connu, l’homme change peu.

Pendant qu’on joue ce théâtre politique de quatre sous, où les idées programmatiques nouvelles sont totalement absentes des dialogues, le chômage bat tous ses records, la désindustrialisation se poursuit, le gouvernement tente vainement de duper Bruxelles et Berlin sur ses faux efforts budgétaires et la France assiste fatiguée et impuissante à la montée des périls sur tous les fronts diplomatiques et militaires qui l’entourent.

Et un grain de sable risque de toute façon d’enrayer la belle mécanique relancée de l’opposition : François Hollande. La perspective de son éviction dès le stade des primaires à gauche fait que l’actuel président sera en effet fortement tenté de rebattre les cartes par une opération de dissolution précédée du rétablissement de la proportionnelle. Tous les calculs des ténors de l’opposition voleront alors en éclats et la Cinquième république continuera sa course tranquille vers le précipice.


Sur le web

  1. Présentez vous, je voterai pour vous sans hésiter un instant.

    En plus je pense que vous avez vos chances dans ce paysage politique qui ne ressemble plus à rien, vous seriez comme une lumière au milieu d’une pièce sombre.

    Pensez y en vous rasant !

  2. Il faudrait que tous les partis qui ont comme intention prioritaire, la liberté, se réunissent et forment un parti unique. Comme l’UMP qui veut ralier a sa cause l’extreme droite (Estrosi, Mariani,…) et une droite un peu plus humaniste (NKM, Raffarin,…) ou comme le PS qui a rallier (2012) a sa cause l’extreme gauche (Front de gauche,…) et une partie extreme droite (Valls, ).

    Bref les partis liés aux libertés doivent parler et s’unir, bien sur que tous ne sont pas en parfait accord, bien sur que la victoire est loin d’etre assuré, bien sur que beaucoup ne s’entendront pas,… mais ca fera exister la notion de « liberté » dnas le paysage politique, et une fios que les citoyens auront compris que la liberté est possible et que cela va a l’encontre de tous les dogmes de défaites que proposent l’UMPSFNFG,… ca serait vraiment une nouvelle voix et voie a porter au citoyen.
    Je viens d’entendre qu’une election municipale (je crois) a lieu en ce moment avec 75% d’abstention… celui qui va gagner va le faire avec l’aval de 15 a 20% maximum de la population… comment on peut encore accepter cela ? Il faut que des alternatives se créént et quand elles sont d’accord sur le sujet premier, qu’elles s’unissent, ou sinon la seule conséquence, c’est que ca sera encore UMP/PS/FN a la prochaine election… il faut refaire naitre l’espoir, et parler du futur, c’est moins vendeur que de tapper sur des minorités ou de cliver le pays avec de fausses idées… mais ca les francais pourront le comprendre si on le met en évidence…

    UNISSEZ-VOUS partis des libertés.

    1. Le parasite va changer de nom, de forme. Mais il restera bien présent.

      C’est très simple, il est impossible de rentrer dans cette mafia. C’est chasse gardée.
      Ils sont con-sanguin et protège leur pouvoir avec les armes si il le faut.

      Peu de place ni de chance pour la liberté. Cela est incompatible avec les petits avantages que nos gouvernants ont mis en place (pour eux) depuis 40 ans.

      1. bonjour E-moi,comment mieux définir la réalité de la situation , de la présence de cette Oligarchie de fait .
        Pour aller aussi dans le bons sens de Liberté Adorée ,je suggère que toute élection atteignant 50% d’abstention soit caduque .

        1. « que toute élection atteignant 50% d’abstention soit caduque . »

          C’est vraiment une très bonne idée !

          Seulement il ne faudrait pas qu’une telle mesure soit instrumentalisée par les politiques en place pour y rester.

          1. Connaissant bien la mentalité de quelques élus et militants UMP, je peux vous dire qu’ils méprisent les abstentionnistes. Ils ont plus de respect pour un électeur qui vote PS ou même PCF que pour un abstentionniste.
            L’élu UMP débattra avec un opposant PS mais refuse tout débat avec un partisan de l’abstention.
            Pour eux l’abstentionniste est quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il veut, est incivique et, par conséquent, n’a pas de légitimité à être entendu.

    2. +1000

      2017 risque de mettre le pays devant un choix pire que la peste et le choléra dont il a été habitué : le choix entre un parti dont le programme est une caricature du pire de la droite et du pire de la gauche (le FN) et un parti dont la politique est basée sur un statuquo entre privé et public (le premier finançant le second)

      On est bien loin du choix entre démocrates et républicains …

  3. On voit avec ce genre d’article sur « Contrepoints » que la mouvance libérale s’est trompé lorsqu’elle annonçait il y a moins d’un an , la « mort de l’UMP ».
    Les militants UMP sont très costauds et tant que ce sera le cas, un parti tel que l’UMP demeurera la seule alternative crédible face au socialisme.

    1. l’UMP est un parti socialiste. alors je vois mal comment un parti socialiste peut être l’alternative au socialisme

    2. Ce qui se passe en ce moment est très représentatif de ce que vous appelez « des militants costauds »…
      Dans la 3eme circo de l’Aube, l’élection va se jouer entre Bruno Subtil(FN) et Gérard Menuel (UMP). Menuel a obtenu 40% au premier tour et Subtil a obtenu 27%… donc finalement on se dit que vous avez raison l’UMP est fort… mais ca serait faire abstraction que ces chiffres sont totalement faux, car la réalité c’est qu’il y a 75% d’abstention, donc le super candidat UMP qui frime avec ces 40% est en réalité a 10% et le FN à 6% si on prend l’abstention en compte… ce qui en dit long sur la démocratie. La réussite de vos partis similaires (UMPSFN) n’est du qu’au déni de démocratie de vos partis, point final, l’abstention serait un parti, il serait à la présidence… mais non, vos magouilleurs tiennent la barre donc pas de probleme, ils continuent a diriger pour une minorité de citoyen… donc oui sans doute que l’UMP gagnera (bien que… vu que vous copiez le FN, il n’y a qu’a voir le bureau de Sarko (estrosi, wauquiez,…) pas sur que les gens veulent la copie, ils preferent souvent l’original, et donc je met mon petit billet sur le FN en 2017… ca sera pas forcément pire que vos partis super etatiste, juste pareil Etat partout, haine de l’autre, et 2/3 autres secrets que vous avez à l’UMPSFN….

      Vos partis ne comptent que sur l’abstention, certainement pas sur leur fanclub, vous etes juste bon a payer les dividendes à la mafia (Bygamlion) qui vous vole avec votre consentement… mais bon pour votre défense, on est pas loin de sectes donc l’endoctrinement est compréhensible.

      Allez bonne journée… nul n’est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

    3. Sarkozy I a fait comme Giscard : hausse de la fiscalité, ce qui a provoqué une baisse de l’activité et une hausse du chômage. Le PS n’avait plus qu’à se baisser pour ramasser la mise.

      Pire, Sarkozy a fait de l’activisme médiatique et de l’interventionisme étatique : un fait divers (un plan social) au journal de 20h, illico une mesure gouvernementale.

      Ceci s’appelle de la démocratie émotionnelle, abrutit l’opinion publique, sans lui faire une nécessaire pédagogie de l’économie (au moins Giscard essayait de la faire). L’étatisme se convertit en socialisme lors d’une alternance à gauche.

      Alors qu’est-ce qui nous prouve que Sarkozy II a changé ? Et en quoi ?

      Enfin si l’UMP permet à des leaders de la société civile (des entrepreneurs mais pas que) des non-fonctionnaires des non-politiciens professionnels d’être candidat UMP à la députation, pourquoi pas ? C’est Noël non ?

      Pour ma part au 1er tour je voterai Nous Citoyens !

    4. @Richard-UMP :

      Tant que l’UMP ne dénoncera pas clairement le programme de la CNR que le Gaullisme a avalisé en 1944 et continuera une fois au pouvoir à faire des courbettes devant les dinosaures communistes (syndicats , caisses sociales et intellectuels) qui tout minuscules qu’ils sont continuent à exercer un pouvoir de nuisance colossal, l’UMP sera taxée de socialiste au même titre que le PS … et le principal bénéficiaire de ce manque de courage, sera le FN.

    5. Sarkozy a changé … de talonnettes ❓

  4. Mourir de la peste ou du choléra …. cela change quoi ???????

  5. ne soyons pas dupes : du temps de son exercice, Sarkozy a lui aussi connu une cote de désaffection significative
    En fait, il ne revient « grandi » que par le fait que son successeur ait au moins autant déçu.
    Le vrai gagnant est le FN, jamais élu aux commandes et donc hors champ de ces critiques, mais toujours présent pour y prétendre, qui n’a qu’à patienter le temps du décompte de points de popularité que se partagent les deux partis mastodontes traditionnellement en lice.
    Sauf changement significatif, en 2017, Marine Le Pen sera élue au premier tour…quid du second, mais je ne fais plus aucune illusion : ce sera à n’en pas douter une déception

    1. Avec une différence significative : avec l’effondrement du PS, l’ennemi désigné de l’UMP est le FN : la machine à remuer la vase au fond du bocal a déjà commencé à se mettre en marche après à peine deux semaines : emprunt russe, coming out … il y a fort à parier que le feuilleton ne fasse que commencer.

      1. à ceci près que certains gardent en mémoire que lorsque l’ennemi le plus dangereux de l’UMP fut le PS, le premier n’a pas longtemps tergiversé à faire des œillades aux adhérents FN pour gagner quelques voix de plus.
        Je n’appréhende rien de très bon quant au dernier épisode de ce feuilleton
        Au fond que m’importe que le peuple élise un libéral ou un socialiste…si déjà il pouvait s’agir de quelqu’un animé de réelles convictions plutôt qu’un opportuniste, ce ne serait déjà pas si mal

        1. Ce pays meurt d’être rempli de convictions. La France est un des pays au monde où il y a le plus de convictions. Les doctrines socialistes de tout bord, et majoritairement marxistes ont figé le pays dans des certitudes absolues.

          Il suffit d’une idée de ‘réformette’ pour que ce soit de suite la foire d’empoigne idéologique sans fin. Regardez ce qui s’est passé pour le Mariage pour tous : un truc qui n’intéresse que 6 à 10% de la population s’est transformé en guérilla idéologique.

          Le surmoi marxiste a tellement connoté moralement le mot d’opportuniste, que les gens pourrait passer 100 fois devant une liasse de billets de 100, en évitant de la ramasser pour ne pas être traité d’opportuniste….

          L’opportunité, c’est la vie. Ne pas saisir les opportunités, c’est mourir frustré et dépendant. Exactement ce qui se passe en ce moment : ce pays meurt de frustration et de dépendance, la première étant la frustration et la dépendance devant le gouvernement de l’Etat.

  6. Excellent Serge comme d’hab. N’en déplaise à mes proches et amis électeurs ou sympathisants UMP, le retour de Sarko était une catastrophe aux conséquences prévisibles qui va forcer Hollande à faire de la m*** pour l’avoir en face te le système médiatique derrière lui comme en 2012. Donc on aura perdu gentillement 5 ans.

    Un bémol juste : Le retrait de Le Maire est regrettable politiquement mais logique car il se tient fidèlement à sa parole et à ses engagements. Si l’UMP version Sarko se plante, il n’est pas mouillé et apparaîtra comme le seul type qui se sera impliqué dans les élections internes sans manger dans la main du vainqueur. Far ahead de Juppé et de fillon donc. A suivre.

    1. Parce que ce que fait Hollande actuellement, c’est quoi ?

      1. Il peut faire bien pire en cédant aux sirènes des paléocommunistes genre Aubry ou frondeurs. Pour le moment il a décidé de s’en passer. Je vous assure qu’il pourrait faire encore bien pire…

        1. OK, merci, j’ai compris ce que vous vouliez dire, je suis d’accord.

          Dans ce cas, là Aubry ne veut pas dire perdre 5 ans (ce qui se passe actuellement avec l’inaction) mais reculer de 40 ans en arrière et réussir la mise en place en France du Grand Bond en Avant et autres soviétisations fantasmées pendant Mai 68.

  7. sarkozy n’a pas changé ; il a juste modifié sa façon de d’entourlouper son monde ; et il est pro américain , donc les intérets de la france , il s’en bat l’oeil ; remettre ce type au pouvoir c’est la fin de notre pays qui est déjà mal en point suite aux politiques des umps dans leur ensemble ;

    1. Et la théorie du complot dans toute sa splendeur : tremblez braves gens : Sarkozy est un membre de la 5° colonne, un traitre à la Patrie qui va poignarder le pays dans le dos !

  8. Ce n’est pas un problème de personne, c’est un problème de job. Que ce soit Sarkozy, Juppe, Fillon ou Hollande, le problème est encore là. Tant qu’on ne changera pas la définition de poste, donc la définition du role de l’état sur le papier, rien ne changera. Et comme la définition du role de l’état est entre les mains de ceux qui sont à la tête de l’état, et pas du tout entre les mains du peuple, ça ne bougera pas.

    CQFD, CPEF

    1. Oui, mais ce n’est pas le principal problème : les communistes et nationaux-socialistes l’ont bien compris, en allumant un contre feu et en demandant la mise en place d’une 6° république encore plus étatique, ce qui brouille et discrédite complétement tout discours constitutionaliste tant soit peu libéral.

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