Ce que Conchita Wurst peut nous apprendre

Publié Par Emmanuel Bourgerie, le dans Sujets de société

Par Emmanuel Bourgerie.

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La victoire de Conchita Wurst, candidate autrichienne pour l’Eurovision 2014, a beaucoup à nous apprendre sur la tolérance et l’autodétermination vis-à-vis du genre.

J’ai toujours vu l’Eurovision comme étant un concours plus ou moins réactionnaire : des chansons vieillottes et des références traditionnelles (voire nationalistes ?), malgré les quelques tentatives de sortir des prés carrés comme avec  Hard Rock Hallelujah. Quand j’ai vu pour la première fois Conchita, je ne pensais pas qu’elle pouvait réellement gagner le concours. La jeune génération peut élire une chanteuse transgenre, mais leurs parents ? Je suis content d’avoir eu tort sur ce coup. Ça, ou alors le public de l’Eurovision est bien plus jeune que je ne l’ai imaginé.

Certains pensent que ce résultat doit être pris dans le contexte de la montée des violences à l’encontre des minorités sexuelles en Russie – et dans une moindre mesure dans des pays comme la France, où la légalisation du mariage homosexuel a déclenché une vague de protestations et d’agressions homophobe de la part d’une certaine droite. Les minorités sexuelles attirent l’attention ces derniers temps, pour le meilleur comme pour le pire. Est-ce que la victoire de Conchita doit être vue comme un symbole d’une plus grande acceptation des minorités sexuelles ? J’aimerais le croire. J’aime la voir comme un doigt d’honneur barbu géant adressé à M. Poutine et ses fanatiques.

De nombreuses personnes se demandent ce qu’est Conchita. Est-elle un homme ? Une femme ? Transsexuel(le) ? Travesti ? Transgenre ? Homosexuel ? Hétérosexuelle ? Lesbienne ? Cette obsession hystérique à vouloir déterminer sa sexualité n’a strictement aucun sens. Vous ne poseriez la question à personne d’autre. Vous n’en auriez rien à faire, et ce serait bien normal. À moins que vous vouliez tenter de la trouver et de la séduire, ce qu’elle a sous la ceinture n’est pas votre affaire. Les chanteuses polonaises étaient peut-être des lesbiennes asexuelles, est-ce que quelqu’un a posé la question ? Non, personne.

Je vais vous dire ce qu’elle est : un individu, point final. Elle se définit à travers son nom d’artiste, son jeu de scène, son maquillage, ses vêtements, mais elle se définit elle-même. C’est son droit en tant qu’individu, et nous devrions le respecter.

Les gens sont obsédés par l’idée que l’on devrait rester confinés dans les rôles attribués par notre sexe. Comme si Dieu – ou Darwin – nous avait créés d’une telle façon que « avoir un pénis » est fondamentalement incompatible avec le port du maquillage et « avoir un vagin » est la condition sine qua non pour porter une robe. Au nom de quoi est-ce que raser quoi que ce soit est socialement interdit pour les hommes, mais est un impératif pour les femmes ? Bien entendu, il n’y a aucune loi qui m’interdit de porter une robe. Mais est-ce que je peux réellement le faire ? Comment est-ce que quelque chose d’aussi inoffensif que porter un « vêtement féminin » peut être un tel motif de haine, d’insultes et de moqueries ? Conchita joue avec ces normes genrées et les agite devant nos esprits conservateurs. Nous ne voulons pas accepter le fait que chacun peut s’habiller ou se maquiller comme il le souhaite, et que nous n’avons rien à y redire.

Nous entrons dans une nouvelle ère pour les minorités sexuelles. Ils sortent du placard, et ça énerve les gens. Conchita énerve beaucoup de monde. Les minorités sexuelles ne sont plus confinées au placard. Les transgenres peuvent avoir le corps dont ils ont toujours rêvé grâce à la chirurgie. Vous pouvez être une chanteuse à succès en portant une robe et une barbe. La route vers l’acceptation de l’auto-détermination de chacun est longue, mais nous sommes sur cette route, et nous avançons pas à pas.