Le problème des excédents du commerce extérieur de l’Allemagne

Publié Par Vladimir Vodarevski, le dans Économie internationale

Par Vladimir Vodarevski.

Allemagne-UEL’Allemagne est critiquée à la fois par l’administration de Barack Obama et par la Commission Européenne pour les excédents de son commerce extérieur. Ces excédents atteindraient un niveau trop élevé, qui nécessiterait des mesures correctives. Ces excédents seraient mauvais pour l’économie européenne, et l’économie US également. Pourquoi ? C’est la question. Car l’analyse montre que ces excédents sont plutôt le signe d’un problème chez les partenaires de l’Allemagne.

D’abord, pourquoi l’Allemagne a-t-elle des excédents de la balance des transactions courantes ? Est-ce qu’elle force les autres pays à acheter allemand ? Non. Personne ne force des gens à acheter allemand de par le monde. Les produits allemands sont demandés. Mais ce n’est pas un défaut pour le pays. En revanche, les pays qui sont en déficits pourraient se poser des questions quant à leur modèle économique. Mais, dans ce cas, le problème ne vient pas de l’Allemagne. Il vient des pays en déficit.

Que peut faire l’Allemagne aussi, qui serait bénéfique pour l’Europe et pour le monde ? Augmenter les salaires, pour augmenter la demande interne ? Mais les salaires ont déjà été augmentés. Sans effet sur les déficits. L’Allemagne ne peut pas non plus obérer sa compétitivité. Que se passerait-il si les produits allemands étaient moins compétitifs ? Soit, ils seraient plus chers, mais resteraient indispensables à ceux qui les achètent. Ces derniers les paieraient plus chers, et donc achèteraient moins d’autres produits, éventuellement issus de la production nationale. Ou encore, les produits allemands ne seraient plus compétitifs, et seraient remplacés par des produits… chinois. En fait, le problème, c’est la compétitivité de la France, et des autres pays européens. Si les produits allemands étaient moins compétitifs, ils ne seraient pas remplacés par des produits français, mais par des produits chinois, espagnols, ou portugais. Le sujet reste donc la compétitivité française.

De même, les excédents allemands sont dépensés. Les Allemands voyagent beaucoup à l’étranger. Mais, une fois encore, pour les attirer, il faut être compétitif. De même, pour attirer les investissements allemands, il faut être compétitif. Le problème étant toujours la compétitivité de la France et des pays hors de l’Allemagne. Pas la compétitivité de l’Allemagne. Ceci dit, n’oublions pas que les banques allemandes financent les déficits des autres pays européens, et que l’Allemagne finance, ou garantit, les mécanismes de prêts au sein de l’Europe. Dire que l’Allemagne ne fait rien pour l’économie mondiale, et particulièrement l’économie européenne, est ainsi abusif. On peut aussi souligner les investissements allemands en Chine, qui soutiennent le développement du pays, et donc le pouvoir d’achat des Chinois qui rêvent de visiter la France. Une fois encore, il faut que la France soigne la compétitivité de son tourisme pour maximiser les revenus issus du tourisme chinois. Le problème est la France, pas l’Allemagne.

Ceux qui reprochent à l’Allemagne ses excédents souhaitent peut-être que ce pays, qui affiche un quasi équilibre budgétaire, dépense plus d’argent public, dans une optique keynésienne, pour soutenir la demande. Mais, là encore, qui en profiterait ? Les pays les plus compétitifs. Donc, pas la France. Les faits peuvent être retournés dans tous les sens, le problème n’est pas l’Allemagne.

En outre, une relance keynésienne est-elle efficace ? Ce type de relance a entraîné pour le Royaume Uni un plan d’ajustement du FMI dans les années 1970. Pour la France, ce fut la rigueur des années 1980. Jamais une politique keynésienne n’a permis de relancer la croissance. Aujourd’hui, certains prétendent que les États-Unis s’en sortent mieux que l’Europe car ils ont moins de rigueur budgétaire et font plus appel à la planche à billets. Cependant, la BCE utilise autant la planche à billet, comme je l’ai déjà expliqué dans l’article « La Fed contre la BCE ». De même, hormis en Allemagne, les déficits publics sont élevés en Europe, comme aux États-Unis. Donc, ce qui pourrait expliquer une différence de croissance entre les États-Unis et la France, c’est, d’une part, la flexibilité de l’économie. Les salaires s’adaptent, les entreprises se restructurent, l’investissement est moins imposé. D’autre part, la baisse du coup de l’énergie, avec le développement du gaz de schiste et du pétrole bitumeux, est aussi mise en avant.

En revanche, l’ObamaCare est mise en avant comme favorisant le temps partiel (qui n’est pas soumis aux mêmes obligations en termes d’assurance maladie que le temps plein), ce qui n’est pas bon pour la croissance. Tandis qu’en Allemagne c’est la transition énergétique qui obère le pouvoir d’achat des ménages en renchérissant le coût de l’énergie. Mais les Allemands semblent décidés à revenir sur certaines dispositions de cette transition.

Il n’en reste pas moins qu’il semble que ce soit plutôt des mesures d’adaptation structurelle, prises par l’Allemagne, et qui existent aux États-Unis, qui expliquent la reprise, plutôt que la relance keynésienne. Sinon, l’Europe serait en pleine reprise, compte tenu des taux d’intérêt bas, de la création monétaire, et des déficits publics.

On a beau retourner les faits dans tous les sens, les excédents allemands ne sont pas le symptôme d’un déséquilibre en Allemagne, mais plutôt d’un problème dans les autres pays. D’ailleurs, quand un pays connaît une certaine réussite économique et sociale, sachant que l’Allemagne dispose d’un État-providence qui n’a rien à envier à la France, ne serait-il pas plus logique d’imiter ce pays plutôt que de le critiquer ?


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  1. Bien sûr que le cœur du problème concerne les autres pays. Néanmoins les entreprises allemandes exploitent à fond les avantages des politiques d’austérité imposées aux pays en difficulté.

    Cela se voit moins en France, mais, par exemple en Italie du Nord, pour beaucoup de PMIs les allemands sont à la fois clients et concurrents. Il s’avère que, dû à la pression fiscale et aux alléchantes propositions d’achat des gros groupes allemands, ces entreprises ferment.

    Ce n’est pas mon but de déresponsabiliser l’incapacité des politiciens et des dirigeants italiens. J’estime que c’est principalement eux les responsable du déclin italien.

    Cela dit, il faut aussi vérifier que les multinationales et les gros groupes allemands ne fassent pas cartel et n’utilisent pas des techniques de concurrence déloyale.

    Si vous souhaitez approfondir le sujet à l’aide d’un traducteur en ligne, je vous conseille cet article.
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    1.  » Néanmoins les entreprises allemandes exploitent à fond les avantages des politiques d’austérité imposées aux pays en difficulté »

      Ben non justement. Les entreprises espagnoles n’ont jamais autant exporté , signe qu’un tout petit peu d’austérité de la part de son gouvernement et déjà on va un petit peu mieux.

       » Il s’avère que, dû à la pression fiscale et aux alléchantes propositions d’achat des gros groupes allemands, ces entreprises ferment »

      Elles sont rachetées ou fermées?

      1. « Ben non justement. Les entreprises espagnoles n’ont jamais autant exporté , signe qu’un tout petit peu d’austérité de la part de son gouvernement et déjà on va un petit peu mieux. »

        Je suis très sceptique sur les politique d’austérités appliquées pays où l’assistanat n’a pas les mêmes proportions qu’en France. Chaque contexte, chaque pays a ses particularités et si ça marche en Espagne, cela ne veut pas dire que c’est une recette applicable à tous les pays. Est-ce que les entreprises espagnoles concurrencent les allemandes? Est-ce que l’Espagne, par rapport à l’Italie, n’aurait pas une position d’avantage sur le commerce avec l’Amérique du Sud?

        Certaines analyses de la dépense publique italienne montrent qu’une partie significative est déterminée par les taux d’intérêts (plus élevés que ceux appliqués à l’Allemagne) que l’Italie doit rembourser. En cas de récession ou de croissance quasi nulle, la réduction du montant de la dépense publique ne résout pas le problème car les taux d’intérêts ne cessent d’augmenter.

        « Elles sont rachetées ou fermées? »

        Dans un premier temps rachetées, pour les brevets et la transmission du savoir faire et ensuite relocalisées en Allemagne ou en Asie, bref où la pression fiscale et le coût du travail sont moins élevée. Peut- être qu’elles laissent quelques effectifs en Italie, mais pas sans lourds licenciements.

  2. Cette question des soi disant problèmes d’excédents de l’Allemagne ne fait que suivre la logique socialiste habituelle qui veut que celui qui s’enrichit le fait au détriment d’autres qui s’appauvrissent.

    Ce n’est pas de la mauvaise foi de la part des pestiférés, c’est du pur dogme socialiste, socialistes qui en veulent toujours autant au capitalisme sur le fait qu’il n’enrichit pas les pays qui ne le sont pas.