Droit naturel et Halloween

Publié Par Thierry Falissard, le dans Philosophie

Un conte de Thierry Falissard.

Halloween (Crédits Pedro Ferreira licence Creative Commons)

À l’occasion d’Halloween 2005, Francis Dumouchel avait brillamment expliqué dans le Québécois Libre comment vampires buveurs de sang et humains pourraient s’entendre, sur la base du droit naturel et de la coexistence pacifique, pour pratiquer l’échange volontaire dans différents domaines de leurs vies respectives.

En ce jour d’Halloween, essayons de pousser le raisonnement jusnaturaliste encore plus loin, en laissant de côté les vampires, héritage culturel un peu kitsch de notre passé terrestre, pour nous tourner vers le cas des extraterrestres, en adoptant une perspective futuriste (pure spéculation, sauf si vous vivez dans l’Aire 51 aux États-Unis).

Les Trantaloïds constituent une des 57 ethnies extraterrestres répertoriées en 1989 par l’armée US, l’une des ethnies les plus dangereuses (vérifiez avec Google si vous y tenez vraiment). Certains partisans des théories du complot vont jusqu’à affirmer que Ronald Reagan, plus ou moins bien informé par la CIA et la DIA lors d’un briefing à Camp David en 1981, lança le projet de Guerre des étoiles en réalité pour protéger la Terre de la menace que cette ethnie pouvait représenter…

Car les Trantaloïds, cousins des Heplaloïds dont ils sont probablement une variante clonée par les Zeta-Réticuliens, aiment manger de la chair humaine, et de la fraiche de préférence ! Un des best-sellers qui circulent dans leur lointaine planète s’appelle « Servir l’humanité » : il ne s’agit pas d’un manuel éthico-politique à visée humaniste, mais d’un simple livre de recettes de cuisine !

En outre, leur technologie a des milliers d’années d’avance sur la nôtre : elle leur permet d’apparaître n’importe où, sans prévenir, en traversant le continuum spatio-temporel à des vitesses supraluminiques, de passer inaperçus et même de prendre des formes humaines. Il s’agit de redoutables prédateurs, dont l’existence permet d’expliquer ces phénomènes étranges d' »abduction » qui de temps à autre ajoutent du piment à la vie terne de certains bipèdes terrestres que l’on ne revoit ensuite plus jamais…

À la différence des vampires qui ne peuvent survivre qu’en se nourrissant de sang humain, les Trantaloïds sont généralement végétariens : la chair fraiche humaine n’est pour eux (ou plutôt pour certains d’entre eux qui ont cet appétit particulier) qu’une sorte de dessert exceptionnel, un mets très apprécié mais dont ils n’abusent pas, car ce qui leur tient lieu de foie est aussi fragile chez eux que chez l’espèce humaine certains lendemains de réveillon bien arrosés… Et les voyages supraluminiques pour accéder au self-service terrien coûtent cher, au prix où est l’antimatière dans la galaxie… Nous constituons donc, à notre corps défendant, des mets rares, de choix, et de grand prix !

Alors qu’il existe des moyens reconnus pour se débarrasser des vampires ou des zombies, il n’y a aucune protection possible contre ces prédateurs exogènes. Notre planète n’est pas foutue pour autant − sauf bien sûr la France, pour d’autres raisons qui lui sont propres, voir les chroniques de H16 à ce sujet. Nous sommes entre êtres évolués, même si « eux » (certains d’entre eux) sont anthropophages et pas nous (ou presque aucun de nous)… Pourquoi ne pourrait-on pas appliquer, comme le proposait Francis Dumouchel avec les vampires, le principe de non-agression, le libre-échange, la division du travail, la loi des avantages comparatifs ?

La règle du know your customer nous incite à mieux connaître nos partenaires potentiels : leurs habitudes, leurs goûts et leurs dégoûts, aussi bizarres soient-ils. Or la NSA et la CIA mentionnent dans leur EBE GuideBook de 1979 (un manuel sur les ETs classé above top secret / top secret cosmic) que les Trantaloïds ont un problème avec la « viande humaine » : elle a souvent une saveur désagréable, car sa qualité est altérée en raison du stress bien compréhensible de l’humain « abducté », stress qui se traduit en de violentes décharges d’adrénaline qui rendent la viande assez dure et peu goûteuse. Un phénomène semblable, bien connu des éleveurs, existe pour les animaux terrestres.

Sur cette base, un partenariat win-win peut dès lors être envisagé : la Terre fournirait une viande de bonne qualité en échange par exemple de métaux rares issus d’autres planètes, ou de n’importe quel accompagnement en « technologie avancée » que les ETs seraient disposés à pratiquer avec leurs frères humains inférieurs.

Et comment fournir une viande humaine de bonne qualité, et de préférence consentante ? On pourrait penser aux personnes suicidaires, mais le problème du stress se pose alors pour elles, de façon critique, tout autant que celui du consentement.

Une solution envisageable est apportée opportunément par l’euthanasie active, avec certaines personnes qui se savent condamnées et ont choisi d’en finir par une mort douce (aidées en général par des associations spécialisées telles que Exit ou Dignitas en Suisse). Elles seraient encouragées financièrement (au bénéfice d’héritiers, de personnes qui leur sont chères, ou de bonnes œuvres) à donner aux visiteurs lointains, après leur mort, leur corps et leurs précieuses protéines humaines (dont la qualité pourra être évaluée par avance grâce à la technologie ET) plutôt qu’à laisser tout cela se dégrader selon les lois de la nature. Leur dernière bonne action serait ainsi deux fois profitable, en donnant lieu à un double échange : viande de qualité contre produits ETs rares, et produits ETs contre bonne monnaie terrienne.

Voici que grâce au droit naturel l’horrible prédateur venu du fond de la galaxie pourrait se transformer en un consommateur presque banal et presque bienvenu !

À condition – faut-il le préciser ? – qu’un autre prédateur, encore plus horrible, l’homme de l’État, n’intervienne pas pour interdire un si étrange commerce…