34 plans de reconquête industrielle d’Arnaud Montebourg : un État stratège ?

Publié Par Philippe Robert, le dans Économie générale

Avec Arnaud Montebourg, on assiste à une extravagante régression de 300 ans dans l’histoire de France.

Par Philippe Robert.

Le 12 septembre 2013 a été un grand jour pour la France. En effet, dans un grand élan d’orgueil progressiste made in Marinière, François Hollande et Arnaud Montebourg ont doté la France non pas d’un ou à la limite de deux mais, excusez du peu, de 34 plans de “reconquête industrielle” !

Ainsi, nos élites fonctionnarisées se sont-elles souverainement autorisées, sous couvert de fausse démocratie, à décider de ce qui est industriellement bon pour notre pays pour les dix années à venir : TGV, voitures du futur, textiles innovants, biocarburants, objets connectés… Sauraient-ils lire dans un boule de cristal ?

En l’occurrence, nous sommes en train d’assister à une extravagante régression de trois cents ans vers ce qu’il est d’usage de dénommer, du nom du contrôleur général des Finances (1665-1683) du Roi-Soleil, Jean-Baptiste Colbert, la doctrine colbertiste qui introduit l’État stratège dans la vie des Français :

“Le colbertisme est une doctrine économico-politique du XVIIème siècle. Il correspond à la variante française du mercantilisme (…) le nom du très puissant ministre d’État reste assimilé à cette doctrine pour l’avoir systématisée et appliquée dans le France de la fin du XVIIème siècle” (Wikipedia).

Au 21ème siècle, je suis catastrophé d’assister ainsi, contraint et forcé, à un spectacle offert par un État pétri d’anachronisme dont la seule stratégie, arbitrairement imposée depuis le sommet de celui-ci, consiste à fonder l’avenir sur les bases d’un passé révolu, les Trente Glorieuses, mais aussi et surtout, peut-être, sans tenir aucun compte des réalités présentes.

En effet, malgré toutes les protestations de bonne foi du Président de la République, c’est bien à un retour en fanfare d’une économie mixte majoritairement pilotée par l’État, manifestement incapable de concevoir l’ampleur des violents mouvements de destruction créatrice issus de la crise mondiale, que nous assistons :

“La grande innovation revendiquée de la Nouvelle France industrielle est que les chefs de projet chargés de la mise en oeuvre seront en très grande majorité des industriels, “chefs d’orchestre” des projets. Ils devront constituer les équipes et bâtir des coopérations entre public et privé” (20minutes.fr).

La connivence, vous dis-je, encore et toujours la connivence malsaine et destructrice entre les forces vives soigneusement sélectionnées du pays et le pouvoir politique (en américain : crony capitalism). En un mot comme en cent, la poursuite du capitalisme d’État alors que nous entrons dans l’ère de la Liberté ! Pour preuve :

“L’État interviendra à travers la législation, les moyens fiscaux, les commandes, mais aussi avec des financements publics comme le Plan d’investissements d’avenir. Au total, 3,7 milliards d’euros d’argent public pourraient être consacrés aux plans, avec l’objectif que l’investissement privé prenne le relai à un niveau supérieur” (20minutes.fr).

Pour justifier mon scepticisme, souvenons-nous déjà de ce qu’il advint de la stratégie de Lisbonne qui prévoyait de faire de l’UE, je cite, “l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale”.

Les véritables avancées technologiques, les ruptures technologiques dirais-je même puisque nous y sommes en plein sous les puissants effets de la crise, ne se conçoivent certainement pas sous les ors de la République mais plutôt au sein d’une Université digne de ce nom ou même dans l’anonymat d’un garage… Suivez mon regard.

Alors, pourquoi ne pas s’informer aux bonnes sources qui, quoi qu’on en dise, ne manquent pas et dont la diversité, si utile et nécessaire aux esprits libres, permet de se forger une opinion à la hauteur des défis que lancent en permanence aux élites, et tout spécialement les élites politiques, la complexité des sociétés humaines:

“Il existe une contradiction de plus en plus profonde, entre le politique tel qu’il est encore souvent, et la mutation du monde à l’ère des “hubs”, du réseau et du flux”.

Les sociétés politiquement les moins centralisées, celles où le gouvernement pèsera le moins sur l’économie, celles où on laissera davantage faire entrepreneurs, financiers, marchands et créateurs, celles où l’Etat concentrera ses activités sur la sécurisation des transactions entre individus libres et se concevra comme un prestataire de services pour la liberté d’agir et de créer, celles où un optimum sans cesse recherché de liberté individuelle ira de paire avec un optimum sans cesse recherché de sécurité, de garantie des droits de propriété et des contrats volontaires seront celles où la contradiction sera le plus aisément résorbée”.

Les gouvernements les plus efficaces seront ceux qui se concevront eux-mêmes essentiellement comme prestataires de service pour la liberté d’agir, de créer, d’entreprendre. Ceux qui comprendront que les détenteurs de capitaux ont et auront le choix” [1].

Il n’y a rien de spécialement révolutionnaire dans cette analyse de Guy Millière, si ce n’est un grand bon sens dont la source procède tout simplement de l’observation honnête des faits, le tout exprimé de manière très compréhensible par tout un chacun. Alors, dites-moi, pourquoi tant de haine envers la Liberté ?

  1. Guy Millière, “La Septième Dimension – Le nouveau visage du monde – Après la crise” aux éditions L’à part de l’esprit, septembre 2009

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  1. Le partenariat public-privé, c’est la pire des inventions des socio-démocrates pour financer leurs gabegies clientélistes. Il est difficile d’imaginer un système plus pourri que celui la, facilitant le gaspillage, encourageant la corruption, déconnectant toujours plus les bureaucrates de la réalité.

    Quel est le comble pour un socialiste néo-colbertiste, champion du fabriqué en France ? Verser une brouette de billets verts à un cabinet américain pour échafauder un plan de relance industriel national.

    Montebourg est décidément un champion industriel national. Celui de l’entubage.

  2. Haine de la liberté ? N’importe quoi d’étranger ferait l’affaire. Ca n’est à mon avis que la focalisation sur un ennemi extérieur pour assurer la place du chef de gang.

  3. Ces plans d’investissement sont bien financés avec nos impôts (après tout nous seront bien les payeurs de derniers recours en cas de faillite). Pourquoi ne sommes nous actionnaires, au prorata des impôts payés, des entreprises publiques et des entreprises privées financées par les aides de l’état ?

    1. Ben nous le sommes. Etre actionnaire d’une boite qui marche mal veut dire être appelé à remettre au pot plus souvent que toucher des dividendes, c’est la dure réalité chez les business angels aussi.

      1. C’est très bien dit. Pourquoi faire foirer une entreprise privée, c’est pour payer des impôts et en faire une entreprise publique.

        Certes il y a beaucoup d’exceptions qui sont des entreprises privées qui perdent de l’argent en magouilles inter-entreprises et qui pleurent pour avoir des aides, ce qui revient au même pour les impôts.

  4. je ne crois pas du tout que l’etat va contribuer à developper en france, les industries du future: c’est gens la, avec leur idéologie des années 70 ont au contraire une guerre de retard.
    dans le domaine agricole, ou je travaille, depuis 30 ans, l’etat a essentiellemnt eu une politique contreproductive: il a obligé les eleveurs à ce mettre aux normes envirronnementales pour des raisons falacieuses, la prétendu nocivité des nitrates: resultat, perte de compétitivité vis à vis de l’etranger.
    dans le domaine des céréales, alors qu’au brésil, l’association de l’etat, de constructeurs de materiel, de cooperatives agricoles a permit le developpement du semi-direct, en france, l’etat n’a pas bougé, les syndicats non plus, les coop non plus, et la plupart des gens sont encore à la charrue, technique moyenageuse. en chine, a l’heure actuelle, le semi-direct s’envole.
    dans le domaine de la foret, rebelotte: l’etat favorise encore des techniques digne du 19ième siècle et la filière bois qui se débat avec un euro trop cher est en train d’etre liquidé par la concurrence chinoise ( sylviculture du paulownia: 10 ans de rotation ) et brésilienne ( sylviculture de l’eucalyptus: 8 ans de rotation ).
    la recherche publique: en populiculture, l’INRA n’a pas sortie un clone de peuplier depuis 40 ans.
    les fonctionnaires, qu’ils soient grands ou petits, ne sont pas une bonne clientelle pour aller de l’avant: ils travaillent peu, sont trés conservateurs, imbu de leurs règlements et de leur statuts privilègier, ils croient que c’est eux qui font marcher la société alors qu’ils la freine.
    de plus, quel interet ont-ils à l’innovation, puisque leur paye leur est du de par la loi, en progression constante jusqu’au cimetierre ?

    1. Mais si, l’INRA a sorti plusieurs clônes de peupliers mais ils sont restés dans les serres confinées, les écologistes ont interdit les essais plein champ. Comme vous pourrez le constater en parcourant mon blog, je suis à cent pour cent pour les plantes transgéniques, j’ai même encore écrit un article aujourd’hui sur les résultats prometteurs réalisés sur le venin d’une araignée (http://jacqueshenry.wordpress.com/2013/09/15/une-araignee-au-secours-de-lagriculture/ ) mais les écologistes, comme je le dis dans cet article veulent que le paysan revienne à la paire de boeufs tirant une charrue en bois d’érable avec un aiguillon en bois de houx, comme dans la chanson. C’est une véritable catastrophe, sans compter aussi les désastres de la MSA (savez-vous que vous pouvez souscrire à une mutuelle privée qui vous coûtera moins cher et vous affranchir de la MSA ?) Bon courage !!!

      1. franchement, moi qui suis un peu populiculteur ( j’ai 4 hectare de peupliers ) je peut vous dire qu’ à l’heure actuelle , nous n’avons pas besoin de peuplier transgénique. la populiculture a déja mauvaise réputation vis à vis de la société, il faut dire qu ‘ à certain endroit, c’est partie en monoculture, alors avec des OGM en plus merci !!
        voila la recherche française: tous de suite, on part dans des plans impossible. on ne demande pas à l’inra de sortir des peupliers OGM, mais déja de faire ce qui devrait etre leur boulot: des clones de peuplier tout court. depuis 40 ans, tous les clones viennent du bénélux et d’italie du nord, pourquoi ? parce que la bas, on à une recherche pragmatique, qui correspond à la realité sur le terrain.
        quand a s’attaquer a un puissant monopole d’etat comme la MSA, je ne suis pas marteau: je paye mes cotisations en calculant au plus juste pour leur en donner le moins possible et je capitalise un max pour mes vieux jours, car je sais pertinement qu’ils me donneront des queux de cerises.

  5. En fait, ce sont des comiques qui s’emploient à nous divertir !
    Ayant qqs réunions en 2009-2010 avec le ministère de l’économie, on devine vite que le progrès ne viendra pas d’eux….

  6. Les pères de nos élites, eux-mêmes enarques, polytechniciens et hauts fonctionnaires dans les années 70, avaient eux une vision justes et efficaces de l’industrie du futures :
    – Le téléphone portable était un gadget rigolo mais inutile. Ils ont flingué la R&D sur le sujet.
    – L’informatique : trop confidentielle et limitée à la sphère industrielle. Sans intérêt. Ils ont flingués Bull.
    – La réseautique : aucun intérêt de faire communiquer entre-eux des ordinateurs puisque que de toutes façons cela reste du domaine industriel.
    – Le TGV c’est l’avenir.

    Puis les années passants :
    – L’informatique c’est démocratisé grâce à Apple, Microsoft, IBM et Atari… Il fallait reprendre la main… avec Bull… qu’ils avaient détruit !!!
    – La réseautique c’est fortement développée sous l’effet de l’Arpanet puis de internet. Il fallait reprendre la main… grâce au Minitel …. (je pouffe de rire, excusé moi).
    – Le téléphone portable… Ils ont même pas essayer de reprendre la main. C’était trop tard.

    Et pour demain :
    – Ils ont déjà flinguer les nanotechnologies en laissant faire les militants écologiste anti-tout !!!
    – l’avion électrique… Je repouffe de rire… Excuser moi, c’est maladif !!!
    – La voiture sans chauffeur… alors que le première raison de l’achat d’une voiture c’est le plaisir de la conduite !!!
    – La robotique… Ils vont détruire les labos de recherche privée… et Publics aussi !!!