Le pouvoir des syndicats de la fonction publique

Publié Par Le Minarchiste, le dans Fonction publique, Syndicalisme

Profitant d’une situation de monopole et d’un pouvoir politique disproportionné, les syndicats de la fonction publique ont gagné des avantages colossaux.

Par Le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.

En ce moment, la plupart des pays du monde sont en position de déficit budgétaire ; c’est-à-dire que les dépenses de l’État sont plus élevées que les revenus, alors que leur endettement atteint des niveaux inquiétants, voire catastrophiques (pour les pays de l’OCDE, on anticipe 120% du PIB en 2014). La zone Euro est en détresse parce que les gouvernements des PIIGS n’arrivent plus à financer leurs déficits astronomiques. La Federal Reserve a dû créer des quantités gargantuesques de nouvelle monnaie pour acheter des bons du Trésor américain pour financer le déficit monstrueux du gouvernement. De plus, aux États-Unis, les gouvernements des États et des municipalités ont un déficit actuariel de leurs régimes de pension se chiffrant à 3,5 billion de dollars (x 10^12). Les syndicats de la fonction publique ont une bonne part de responsabilité relativement à cette situation critique.

La réalité est que les fonctionnaires bénéficient d’une sécurité d’emploi et de conditions de rémunération nettement supérieures à celles des citoyens qu’ils sont supposés servir (voir ceci). Aux États-Unis, la rémunération du secteur public a crû deux fois plus rapidement que dans le secteur privé (voir ceci) et est environ un tiers plus élevée dans le secteur public que dans le secteur privé. Par ailleurs, les avantages sociaux sont supérieurs, la charge de travail inférieure, l’âge de la retraite est moindre, les régimes de pensions sont à prestations déterminées (90% du secteur public aux États-Unis relativement à 20% dans le secteur privé) et la sécurité d’emploi est en béton (même pour les employés non-performants). Selon l’organisme britannique Policy Exchange, au cours de leur carrière, les employés du secteur privé travailleront 23% de plus que les fonctionnaires (si on prend compte du plus petit nombre d’heures par semaine, du plus grand nombre de jours de vacances et de maladie, et de la plus grande précocité de la retraite). L’économiste Barry Bluestone estime que le prix des services publics aux États-Unis a augmenté de 41% entre 2000 et 2008, alors que le prix des services privés a augmenté de 27%. Pourquoi ?

Tout d’abord, les syndicats fournissent souvent des services pour lesquels ils ont le monopole. Par ailleurs, ces services sont souvent essentiels à la population. Ils sont donc en position de tenir la société en otage. Lorsque des fonctionnaires font la grève, la grogne populaire finit par se soulever et le blâme est souvent jeté sur les politiciens, chose à éviter à tout prix à l’approche d’une élection.

Deuxièmement, les syndicats figurent parmi les groupes d’intérêt les plus influents et font preuve d’un vigoureux activisme politique. Leurs budgets pour le lobbying sont importants et leur taux de participation aux élections est élevé. L’American Federation of State, County and Municipal Employees a été le plus gros contributeur aux campagnes électorales entre 1989 et 2004 (selon The Economist). De plus, ces puissants syndicats ont les moyens de mener d’importantes campagnes médiatiques pour tenter de faire pencher l’opinion publique en leur faveur. Les politiciens ont donc fort avantage à leur plaire s’ils veulent remporter les élections.

Troisièmement, les politiciens n’ont aucun incitatif à tenir leur bout face aux syndicats pour protéger les intérêts des citoyens. Dans le secteur privé, les patrons n’ont pas le choix de négocier ferme puisque la compétitivité, voire même la survie de leur entreprise en dépendent. Pour le politicien, tout ce qui importe est la prochaine élection ; il est trop facile pour lui d’augmenter les taxes et impôts ou de s’endetter sur le dos des prochaines générations pour donner aux syndicats ce qu’ils veulent et acheter la paix.

Quatrièmement, les syndicats de la fonction publique ont non seulement obtenu des avantages déraisonnables pour leurs membres, mais ils ont aussi poussé l’audace jusqu’à favoriser la croissance (inutile) des effectifs et à s’opposer aux rationalisations. Par exemple, la ville de Buffalo avait autant de fonctionnaires en 2006 qu’en 1950, bien que sa population ait fondu de moitié.

Ils se sont aussi fortement opposés à toute mesure visant à lier la rémunération à la performance, à favoriser une plus grande compétitivité et à améliorer la transparence. Il n’y a donc pas moyen de changer les choses car toutes les voies d’amélioration sont bloquées.

Le cas de la Californie

Comme vous en avez sûrement entendu parlé, la Californie est pratiquement en faillite depuis la crise financière. Quelle est la force politique dominante et le lobby le plus influent en Californie ? Les syndicats de la fonction publique !

Il y a tout d’abord les enseignants (California Teachers Association ou CTA). En 1988, ce groupe a réussi à faire passer la Proposition 98, requérant que 40% du budget de l’État soit alloué à l’éducation locale. Pour ce faire, ils ont financé une immense campagne publicitaire. Cette victoire a permis d’augmenter le budget de l’éducation de 450 millions de dollars par an, somme qui a été refilée en augmentations de salaires. Pas surprenant que les enseignants californiens soient devenus les mieux payés du pays.

En 1996, le gouvernement bénéficiait d’un surplus budgétaire en raison du boum économique. La CTA a dépensé $1 million dans une campagne publicitaire faisant la promotion de classes plus petites. Ces pubs ont mis de la pression sur les politiciens qui devaient agir pour rassurer l’opinion publique. Le gouverneur Pete Wilson a alors alloué $750 millions annuellement pour réduire la taille des classes. Beaucoup d’enseignants ont alors dû être embauchés pour combler les nouveaux postes, créant presque une pénurie, ce qui a permis à la CTA d’augmenter son membership et aux enseignants de négocier des augmentations salariales. La performance des étudiants ne s’est cependant pas améliorée…  Deux ans plus tard, le gouverneur Wilson a voulu réduire encore plus la taille des classes, à condition que le système scolaire adopte un mécanisme de suivi de la performance. La CTA a dépensé 6 millions de dollars pour faire tomber cette initiative !

La CTA s’implique souvent dans des causes politique qui n’ont rien à voir avec son mandat de négocier les conventions collectives de ses membres. Par exemple, en 1994, la CTA s’est opposée à un projet de loi visant à reconnaître les mariages gay ayant été célébrés dans un autre État. La CTA installe son pouvoir à l’aide des élections scolaires, auxquelles les taux de participation sont très faibles. Les conseils d’administration des commissions scolaires se retrouvent donc dominés par les candidats supportés par la CTA, ce qui lui permet d’obtenir des privilèges plus facilement (puisque c’est le conseil qui approuve les augmentations salariales).

Le deuxième groupe syndical important est celui qui représente les travailleurs de la sécurité publique (policiers, gardiens de prison, pompiers, etc.), notamment la Correctional Peace Officers Association (CCPOA).

En 1998, quand Gray Davis s’est porté candidat au titre de gouverneur, la CCPOA lui a fourni son support monétaire (2,5 millions de dollars au total). Au cours des 5 années suivantes, le salaire moyen des membres de la CCPOA a augmenté de 34%.

Les syndicats de la sécurité publique ont beaucoup de pouvoir politique parce que les politiciens savent que les gens veulent se sentir en sécurité. L’appui des policiers est presque une nécessité pour gagner une élection. Bien au courant de ce fait, la California Organization of Police and Sheriffs (COPS) publie un « guide de l’électeur » dans lequel elle recommande les candidats pour lesquels elle croit que les gens devraient voter. Pour y figurer, les candidats doivent payer la COPS, qui amasse une dizaine de millions de dollars à chaque publication !

Les employés de la sécurité publique prennent généralement leur retraite à 50 ans avec une pension équivalant à environ 90% de leur salaire final. Les gardiens de prison de la Californie sont les mieux payés de tout le pays (les dépenses en services correctionnels représentent 11% du budget du gouvernement).

Le troisième gros syndicat de Californie est présent partout au pays, la SEIU. Le chef de cette centrale a rencontré la président Obama à la Maison Blanche au moins 22 fois au cours des premiers 6 mois de sa présidence. Cette centrale syndicale représente surtout les travailleurs de la santé. La branche Californienne de la SEIU a dépensé 20 millions de dollars en 2005 pour bloquer une série d’initiatives visant à limiter la croissance des dépenses de l’État. Ils ont aussi dépensé des millions pour faire instaurer des augmentations d’impôts (et ont réussi en 2004).

En 2003, ce syndicat a poussé le CalPERS (le fonds de pension des fonctionnaires Californiens) à arrêter d’investir dans des entreprises qui agissent comme sous-traitants à meilleur coût pour le gouvernement. Le conseil d’administration de CalPERS est d’ailleurs entièrement contrôlé par les syndicats de la fonction publique.

En 1998, lors des élections, le candidat Gray Davis a reçu $600,000 en contributions électorales de la SEIU. En 1999, ce gouverneur a adopté une loi augmentant les prestations de pension des fonctionnaires et permettant aux employés de la sécurité publique de prendre leur retraite à 50 ans avec 90% de leur salaire. Le fonds CalPERS a déclaré qu’il pourrait se permettre ces dépenses additionnelles en utilisant son surplus et en augmentant la portion d’actions dans son portefeuille pour obtenir de meilleurs rendements. Qu’est-il arrivé après l’éclatement de la bulle de 2000? Le gouvernement a dû renflouer CalPERS avec l’argent des contribuables.

En 2002, après sa réélection, le gouverneur Davis a annoncé que l’État faisait face à un immense déficit budgétaire. La population a alors voulu destituer Davis, mais la SEIU a dépensé $2 millions pour le supporter, sans succès.

Ce fut alors l’entrée en scène du gouverneur Schwarzenegger, qui a vite réalisé à quel point le gouvernement Californien est paralysé par les syndicats. En 2005, il a tenté une série d’initiatives visant à réduire le pouvoir politique des syndicats (les empêchant notamment d’utiliser les cotisations syndicales pour contribuer aux caisses électorales) et ralentir la croissance des dépenses de l’État. La CTA a dépensé $57 millions pour défaire ces initiatives (notamment en hypothéquant son siège social).

Suite au boum immobilier des années 2000, les revenus de l’État ont augmenté considérablement. Cependant, cet argent a été vite dépensé car en 4 ans, les dépenses de l’État ont augmenté de +32% ou $34 milliards. Le crash immobilier de 2007 a amené un dur retour à la réalité, mettant l’État en faillite. Dès la mi-2009, le déficit atteignait $21 milliards et le gouvernement n’avait plus assez de liquidité pour payer ses factures.

Le problème en Californie n’est pas nécessairement le nombre de fonctionnaires, mais plutôt la générosité de leurs salaires et avantages sociaux, qui dépassent l’entendement. Le gouvernement fait ce qu’il peut pour se sortir du trou et réduire les dépenses, mais est complètement paralysé par les syndicats, car les salaires des fonctionnaires représentent la part du lion des dépenses de l’État. Ce problème n’est pas unique à la Californie, plusieurs autres états sont aux prises avec d’immenses déficits. Récemment, nous avons aussi assisté à la débâcle de la Grèce, dont la situation est fort similaire.

Les syndicats et la publicité partisane au Québec

La Californie n’est pas le seul endroit où les syndicats utilisent les cotisations de leurs membres pour manipuler l’opinion publique à leur guise. Au Québec, les centrales syndicales utilisent allègrement les fonds recueillis par les cotisations obligatoirement versées par leurs membres pour faire de la publicité partisane.

À l’été 2012, la CSN a lancé une campagne publicitaire de $200.000 pour critiquer le gouvernement Charest à l’aube des élections provinciales (ici). En mai 2013, la SCFP a lancé une campagne médiatique pour critiquer la décision du gouvernement Harper d’utiliser la formule PPP en ce qui concerne le nouveau pont Champlain (ici). En 2011, la SCFP avait aussi lancé une ridicule campagne contre les compteurs intelligents d’Hydro-Québec (ici et ici).

Récemment, avec la loi spéciale sur la construction, l’élimination du crédit d’impôt aux fonds de travailleurs et le projet de loi fédéral C-377 les forçant à ouvrir leurs livres comptables, les syndicats sentent le besoin de réagir. La FTQ, de concert avec le Congrès du travail du Canada, prépare une vaste campagne publicitaire pancanadienne pour vanter les mérites du syndicalisme. Est-ce vraiment dans l’intérêt des membres, ou est-ce plutôt dans l’intérêt des centrales syndicales elles-mêmes, ces empires bureaucratiques pour qui la fin justifie toujours les moyens ?

Un sondage effectué en mars 2012 auprès de 1 049 Québécois(e)s par la firme Léger Marketing pour le compte du Conseil du patronat révèle pourtant que le grand public est contre une telle utilisation de l’argent des cotisations. Une proportion de 88% des répondants ne trouve pas acceptable que les cotisations syndicales servent à prendre position sur différents enjeux de société, et 97% qu’elles servent à appuyer un parti politique. Soulignons que le montant des cotisations syndicales perçues annuellement au Québec est de l’ordre d’un milliard de dollars (source).

Un poids sur l’économie ?

Le syndicalisme nuit à la flexibilité du marché du travail et au dynamisme de l’économie. Les avantages soutirés par les syndicats réduisent la compétitivité des entreprises, qui réduisent leurs plans d’investissements et, par conséquent, leur croissance. Au niveau de la fonction publique, les largesses consenties par les politiciens aux fonctionnaires sont financées par les taxes et impôts ainsi que par endettement, ce qui nuit à l’économie. Pour ces raisons, il n’est donc pas surprenant de constater une corrélation négative entre les indicateurs d’emploi (comme le taux de chômage) et le niveau de syndicalisation (voir ceci). Pour un exemple plus concret, voyez ce que les syndicats ont fait à Détroit (voir ceci).

La solution

Ceci étant dit, je ne suis pas en train d’affirmer que l’on devrait interdire le syndicalisme dans la fonction publique ; ce droit est tout à fait légitime. Cependant, comme il crée un grave problème économique étant donné les quatre arguments décrits ci-haut, son influence devrait être réduite au minimum. Comment faire ? En réduisant au maximum la taille de l’État. Si certaines fonctions du gouvernement était abolies et que d’autres étaient confiées à des entreprises privées en concurrence, la taille de la fonction publique serait grandement réduite, tout comme les distorsions économiques que celle-ci occasionne.

Par ailleurs, il serait aussi important de retirer aux syndicats certains privilèges, comme les lois anti-briseurs de grève et la formule Rand (qui oblige les travailleurs à joindre le syndicat). Ces lois empiètent sur la liberté des travailleurs et violent leur droit de gagner leur vie comme bon leur semble. Certains États américains ont adopté une législation de type « right-to-work » et ceux-ci ont bénéficié d’une meilleure performance économique, d’une croissance de l’emploi plus élevée ainsi que d’un plus bas taux de chômage.


Sur le web

Lire aussi : Salaires des fonctionnaires : mieux que le privé

Les articles de l’auteur sur son blog qui ont inspiré ce billet sont les suivants :

 

  1. Merci pour cet aperçu intéressant de la vie outre-atlantique qui finalement ne se résume pas à Obama 😉

  2. Les problèmes sont finalement les mêmes partout. Savoir que les syndicats de la fonction publique sont la cause de la ruine des états aux USA comme ailleurs est significatif. La Suède a tout de suite écarté les syndicats de son programme de refonte complète du système de retraite.

    1. Et en même temps, on a besoin de syndicats parce qu’un contre-pouvoir est important pour l’équilibre.
      Le problème vient de ce qu’une face des syndicats il n’y a rien ou pas grand chose.

      1. et « nos » syndicalistes ne représentent personnes (a peine 8% des travailleurs) et vivent de l’argent publique. Tout ça pour des raisons « historiques » dont plus aucun syndicaliste ne peut se revendiquer aujourd’hui.

      2. Le problème n’est pas les syndicats mais l’État, et les politiciens, qui octroient aux syndicats des pouvoirs absurdes et qui imposent des monopoles d’État au service de l’égalitarisme.

        La réalité est que les syndicats se battent contre l’intérêt général, par définition, puisqu’ils s’occupent de celui des syndiqués.
        Le bien commun est donc mis à mal lorsqu’ils ont trop de pouvoir.
        La faute est celle des politiciens socialistes.

      3. Il n’y a aucun besoin de contrepouvoir au sein des entreprises, puisque si le travail est trop peu rémunéré il sera surexploité, ce qui mène au plein-emploi, lequel fait monter les salaires.
        Le marché vaut mieux que la politique.
        Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas de syndicats, mais il faut les voir pour ce qu’ils sont.

  3. hippolyte canasson à labourre

    J’ai bien aimé le sort de la CAMIF, la centrale d’achat-vente des enseignants, qui a fait la démonstration de son incurie magistrale.

    La CAMIF est à mettre au catalogue des démonstrations de la capacité, hautement réaliste, des syndicats à prendre en compte la réalité.

  4. Les syndicats de la fonction publique: Un contre pouvoir contre quoi? Contre les méchants contibuables qui payent leur traitement sous peine de prison? Contre les méchants patrons qu’ils n’ont pas? Je comprend pas trop.
    Alors certes on ne peut pas les priver de la liberté associative. Donc qu’ils aient leur8s) syndicats, pourquoi pas, mais qu’on subventionne ces syndicats? La je comprend vraiment pas comment on peut justifier ca.
    Mais surtout, que le peuple ne se rende pas compte que les fonctionnaires sont un pouvoir auquel il faut un contre pouvoir et non pas un soutien, me semble etre une fumisterie. Le pire qui soit arrivé à la France est le fait que les francais aient cru que les fonctionnaires sont leurs amis, alors que ces gens vivent toujours du fric quÄils leur prennent. Concretement, les fonctionnaires ne sont plus les serviteurs du plublic mais bien les maîtres du public, des citoyens.

Les commentaires sont fermés.