Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité (2)

Publié Par Francis Richard, le dans Événements, Philosophie

Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité : ces notions sont à l’opposé de ce qui, aujourd’hui, détruit la France : le collectif, la société sans risques et l’irresponsabilité.

Par Francis Richard.

Chaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l’Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l’Institut Coppet et de l’iFRAP. Cette année, le thème était « Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité« . Ces notions sont à l’opposé de ce qui, aujourd’hui, détruit la France : le collectif, la société sans risques et l’irresponsabilité.

Suite du compte-rendu des conférences. Lire la première partie ICI.

 

Samedi après-midi, 6 juillet 2013

Lucas Léger

De la mondialisation

Lucas Léger, chercheur à l’IREF, traite de la mondialisation en trois points.

Un monde schumpétérien

Pour Joseph Schumpter, le fondement et le ressort de la dynamique de l’économie sont l’innovation et le progrès technique. Lucas Léger prend pour exemples d’innovations majeures l’invention du conteneur, en 1956, de Malcolm McLean et du triple W (World Wide Web), en 1989, par Tim Berners-Lee. Il faut soutenir l’offre et provoquer la demande. A contrario, les États ne peuvent pas soutenir la demande. Aussi est-ce la fin programmée des politiques de redistribution.

Comment soutenir l’offre ? En créant un environnement favorable. Et la mondialisation, dont les entreprises ont besoin, en est un. Si les entrepreneurs partent d’un besoin et d’un idéal, les ingénieurs partent du possible, remarquait Stefan Zweig. La mondialisation, telle que nous la connaissons, ne s’est vraiment développée qu’avec l’ère post-industrielle, la société de connaissance décrite par Alvin Toffler.

5 mythes

1) La mondialisation, ce serait la loi du plus fort : on constate au contraire que c’est un long processus de coopération, que la tendance est positive, que deux nations qui échangent ne se font pas la guerre (Jean-François Revel), que 65% de la production se retrouvent sur le marché mondial.

2) La mondialisation, ce serait plus de chômage : on ne constate pas de corrélation entre le taux de chômage et le taux d’ouverture.

3) La mondialisation, ce serait plus d’inégalités et plus de pauvres : on constate une amélioration de l’IDH, indice de développement humain, une baisse des inégalités entre pays. On constate également que, quand les inégalités n’augmentent pas, le chômage augmente. Plutôt que de réduire les inégalités ne faut-il pas réduire la pauvreté ?

4) La mondialisation, ce serait les délocalisations (les localisations à un autre endroit) : on constate qu’il y a en France 4 millions d’emplois plus ou moins liés à l’exportation, que le taux de délocalisation est 4,2%, que 73% des délocalisations se font au sein d’un même groupe, que 30.000 emplois supprimés en 3 ans le seraient pour cette raison et qu’on relocalise au Royaume-Uni et aux États-Unis.

5) La mondialisation, ce serait la concurrence des pays émergents : on constate que dans ces pays les salaires augmentent deux fois plus que la productivité, que dans les échanges entre l’Union européenne et la Corée du Sud la balance des biens est équilibrée et qu’elle est excédentaire dans les services en faveur de la première.

— Innovation

La peur du progrès n’est pas chose nouvelle. Nedd Ludd, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe organisait la destruction des métiers à tisser. José Bové fauche des OGM. Pour Martin Heidegger, les moyens deviennent les fins. Pour Jacques Ellul, l’homme est instrumentalisé par la technique. Or les idées sont l’oxygène de nos économies. Il suffit pour s’en convaincre de citer quelques noms d’entreprises : Apple, iRobot, Twitter, Facebook, Amazon, Pioneer, DaVita, Intuitive Surgical, Infosys… Elles ont donné naissance à Internet, aux biotechnologies, aux nanotechnologies. En France Arche, Astellia, Chauvin-Arnoux, par exemple, sont des entreprises innovantes.

En conclusion : Dans les pays ouverts, les productions sont les plus élevées. Il n’y a pas besoin pour cela d’une BPI (Banque publique d’investissement) ou d’un nouveau protectionnisme. Il faut en finir avec ceux que Frédéric Bastiat appelait les enrayeurs. Il faut s’adapter. En Nouvelle Zélande les agriculteurs ne reçoivent plus de subventions. Ils ne s’en portent que mieux et exportent dans le monde entier. Ils ne travaillent plus pour les subventions, mais pour leurs clients…

 

Patrick de Casanove

Santé : l’initiative individuelle, antidote de la déresponsabilisation étatique

Pour Patrick de Casanove, médecin, président du Cercle Frédéric Bastiat, l’État a confisqué la santé des personnes. Ainsi l’OMS (Organisation mondiale de la santé) prône-t-elle un système unique de toutes les fonctions de santé et déclare-t-elle que la santé publique doit organiser les soins curatifs. Les gouvernements seraient responsables de la santé de leurs peuples.

Un système de santé est destiné à promouvoir, à restaurer et à entretenir la santé. Or seules les actions des individus sont des réalités concrètes (Ludwig von Mises). En France les pouvoirs publics décident seuls de l’affectation des sommes prélevées et ont un droit de regard sur votre intimité. Mais cette intervention de l’Etat dans la vie des gens est inefficace : la couverture des soins diminue de plus en plus.

Patrick de Casanove cite à son tour le magnifique texte de Frédéric Bastiat sur la responsabilité :

La responsabilité, mais c’est tout pour l’homme : c’est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l’homme n’a plus de libre arbitre, il n’est plus perfectible, il n’est plus un être moral, il n’apprend rien, il n’est rien. Il tombe dans l’inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau. (Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, Services privés, services publics)

Seules des initiatives individuelles peuvent pallier les défaillances de l’État. Emmaüs, les Restos du Cœur en sont des exemples emblématiques, de même que l’association Carpe Diem, au Canada, qui, sous la férule de Nicole Poirier, s’occupe des Alzheimer et offre des services adaptés à chaque personne et à chaque famille tout au long de sa maladie.

L’État, plus particulièrement la Sécu, par son intervention met fin au dialogue singulier qui unit patient et médecin. La solidarité véritable est remplacée par des droits sociaux.

Pour gérer la pénurie induite par son intervention, la Sécu s’immisce dans les prescriptions de médicaments. La ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) a été instituée à cette fin : il y a les gentils médecins qui se soumettent et qui touchent des sous, et les méchants médecins qui ne touchent rien. Un médecin peut ainsi se voir reprocher de prescrire trop d’antibiotiques par rapport aux autres, sans considération du bien-fondé de la prescription.

Le patient peut encore choisir son médecin, mais pas son assurance. Il paye deux fois : la Sécu et sa mutuelle.

Deux scandales majeurs sont dus à l’État : celui du sang contaminé et celui de l’hormone de croissance.

Les autorisations de mise sur le marché, AMM, sont délivrées par l’État, sans garantie. Le Mediator bénéficiait d’une AMM… Le Ritrovil a été retiré du marché jusqu’au jour où on s’est aperçu qu’il soignait les épileptiques, pour lesquels il peut désormais être délivré par dérogation… Les génériques sont le dada de la Sécu mais leur principe actif est plus ou moins pur… et, du coup, ils n’ont pas tous le même effet.

Les travaux de John Snow sur les épidémies de choléra, d’Edward Jenner sur la vaccination, de Louis Pasteur sur la rage, l’utilisation de PRP (plasma riche en plaquettes) sont des initiatives individuelles.

L’obligation d’être vacciné contre l’hépatite B, décrétée par l’Etat pour le personnel de santé, est controversée : il y aurait risque de sclérose en plaques et elle serait inefficace…

En conclusion, il faut rendre l’initiative aux individus, médecins comme patients. Le meilleur évaluateur du médecin, c’est le patient. La longue histoire de l’humanité est l’histoire d’une longue lutte de l’innovation contre la misère humaine et de la liberté contre l’oppression du pouvoir.

 

Vincent Bénard

Les prises de risque et l’irresponsabilité des financiers

Vincent Bénard, ancien président de l’Institut Hayek de Bruxelles, rappelle que la crise financière est communément interprétée comme le résultat de prises de risques excessifs, de l’appât du gain et de la spéculation (qui n’est pourtant que l’espérance de gains futurs). Le prétexte pour réguler.

En fait chaque échec individuel ne devrait pas entraîner l’échec de tout le monde. Pour l’éviter il existe plusieurs moyens qui ne font pas appel à la régulation étatique, mais, par exemple, au contrôle effectué par le marché ou par les personnes concernées :

  • le mécanisme des prix,
  • les assurances (« c’est vieux comme la marine anglaise ! »), qui permettent de supporter les conséquences financières de ses actes,
  • les taux d’intérêts, qui grimpent quand le risque est trop grand,
  • les actionnaires, qui peuvent mettre à la porte les dirigeants.

Les juges sont là également pour que les individus assument les conséquences de leurs erreurs. Les tribunaux civils accordent des dommages et intérêts aux personnes lésées et les tribunaux pénaux sanctionnent les fautes.

Or, dans le domaine financier, les risques financiers ne sont pas assumés par les responsables. C’est ainsi que la Fed a été créée en 1913 pour servir de parachute à des banques en difficultés ; que le hedge fund LTCM a été sauvé en 1998 par des banques obligées de le faire par la Banque fédérale de New-York, que Fannie Mae, Freddie Mac et AIG ont été sauvés de la faillite par l’État fédéral et la Fed. Des dirigeants se sont livrés à des manipulations frauduleuses et se sont enrichis sur le dos des institutions financières à la tête desquelles ils se trouvaient. Vincent Bénard cite Richard Fuld de Lehman Brothers, Angelo Mozilo de Country Wide et Franklin Raines de Fanny Mae. Bien que les pertes de leurs entreprises soient colossales, ces dirigeants ont joui d’une large impunité. Leur respect des normes leur a permis d’être exonérés de la plus grande part de leurs responsabilités et leur copinage avec les politiques les a immunisés : ils étaient too big to fail ! Aussi l’organisme régulateur, le SEC, s’est-il révélé impuissant face à de tels fraudeurs.

En raison de la faillite de la cogestion de la Finance et de l’État et du risk shifting (transfert du risque des banques vers l’État), Vincent Bénard préconise donc leur séparation et de laisser faire faillite les banques, en convertissant, par exemple, leurs créanciers en actionnaires.

 

Vincent Ginocchio

Samedi soir, 6 juillet 2013

Le principe de précaution

Vincent Ginocchio, président de Liberté chérie, traite du principe de précaution. Le théologien Hans Jonas parlait dans cette acception de principe de responsabilité. Il entendait par là que l’homme était capable de provoquer sa propre destruction et qu’il fallait l’empêcher de le faire.

Le philosophe Mark Hunyadi distingue :

  • La prudence : les risques sont avérés et la probabilité est estimable.
  • La prévention : les risques sont avérés et la probabilité n’est pas estimable.
  • La précaution : les risques ne sont pas avérés et la probabilité n’est pas estimable.

La déclaration de Rio de 1992 énonce en ces termes le principe de précaution : « Là où existent des menaces de dommages sérieux et irréversibles, le manque de certitude scientifique ne doit pas constituer une raison pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. »

La loi numéro 95-101 du 2 février 1995, dite loi Barnier, le définit ainsi : « Le principe de précaution [est le principe] selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable. »

L’article 5 de la Charte de l’Environnement de 2004, à laquelle fait référence le Préambule de la Constitution, dès le 1er mars 2005, définit le principe de précaution par lui-même [sic] : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’applications, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

Bref, avant de pouvoir agir, il faut prouver qu’un risque qui n’existe pas n’existe pas…

Lors d’un mémorable débat, organisé par l’Institut Molinari le 22 novembre 2005, qui l’opposait à Me Jean-Philippe Feldman, Nathalie Kosciusko-Morizet, responsable de la rédaction de cette charte, déclarait que le champ d’application du principe de précaution était celui du risque incertain à la probabilité estimable et qu’il ne couvrait pas le risque inconnu ou fantasmé…

Quelques exemples montrent les effets pervers des interdictions :

  • Le DDT a été interdit en 1970, puis réintroduit en 2006 en raison de son effet contre la malaria et est l’objet d’un moratoire depuis 2009 jusqu’en 2020.
  • Les OGM, qui améliorent la culture et ont des application médicales (insuline), sont interdits alors qu’ils sont cultivés dans de nombreux pays sans aucun effet néfaste.
  • Le Bisphénol A qui est utilisé un peu partout sera interdit en 2015 et sera remplacé par le Bisphénol S qui est autorisé sans que des études n’aient été faites pour prouver son innocuité.
  • Les gaz de schiste sont exploités ailleurs sans dommages, mais, en France, le sol appartient à l’État qui a interdit leur exploitation.
  • Des antennes-relais sont interdites dans la région de Lyon, y privant de réseau les téléphones portables.

Comme le prouve l’interdiction des OGM pour le cas de l’insuline, ne pas agir peut être un risque… En réalité la vraie raison du principe de précaution est la recherche par la classe politique de la réduction des risques pour elle-même…

Pour que la prise de risque soit responsable il faut qu’il y ait des droits de propriété, des possibilités d’assurance contre les dommages (en faisant au besoin jouer la concurrence) et des stratégies individuelles.

Frédéric Bastiat écrivait dans Les harmonies économiques :

Plus souvent [le sophisme] se comprime, il se resserre, il se fait principe , et se cache tout entier dans un mot.

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