Paul Jorion colonise la Suisse

Publié Par Pierre Chappaz, le dans Économie générale

Le blogueur économiste est un démagogue : il est tellement facile de dénoncer les méchants spéculateurs et de faire la fausse promesse d’augmenter les salaires.

Un billet d’humeur de Pierre Chappaz, depuis la Suisse.

Le blogueur Paul Jorion.

Comme je m’intéresse beaucoup aux blogueurs, depuis des années, j’ai souvent écouté les vidéos de Paul Jorion, et lu les articles des contributeurs qui s’expriment sur son blog, classé 3ième au classement des blogs économiques francophones. J’ai lu et écouté, avec une certaine perplexité, ou une perplexité certaine, devrais-je dire. On verra ci-dessous.

Difficile d’échapper à Paul Jorion à Genève ces jours-ci. L’économiste colonise les ondes de la RTS, la radio (le 17 février) et de la télé (le 18). En Suisse les journalistes du service public, comme partout, sont presque tous de gauche, et ravis de tendre le micro à Jorion pour écouter religieusement ses recettes néo-keynésiennes. Il faut dire que Paul Jorion, qui aime se comparer modestement à cet autre chouchou des médias, Joseph Stiglitz, prix Nobel, est un « bon client » pour les journalistes. Il diffuse ses idées simplistes dans un langage à peu près incompréhensible (même pour quelqu’un qui s’intéresse à l’économie, ce qui est mon cas). Jorion a l’air tellement sûr de lui, lui qui avait tout prévu, la crise, les subprimes, etc, que même si on ne comprend pas très bien ce qu’il dit, ça doit être important, et surtout ça doit être juste.

Le fait que les journalistes ne lui fassent pas la moindre objection confirme que sa parole est parole d’Oracle.

Confusion intellectuelle et Keynésianisme

Jorion est confus, mais pourtant comme il le dit : tout ça est tellement simple. « Pour sortir de la crise, il faut interdire la spéculation et augmenter les salaires », c’est en substance ce qu’il affirmait à la radio. L’auditeur peu au fait de l’économie se dit : mais c’est bien sûr, il faut interdire la spéculation et pourquoi pas pendre haut et court ces horribles spéculateurs. On (= les médias) lui répète depuis 5 ans que la crise, c’est la faute des spéculateurs et des banquiers qui ont trafiqué avec leurs subprimes. Le rôle économique de la spéculation, qu’il serait trop long d’expliquer ici, mais qui consiste pour faire simple à essayer d’anticiper les évolutions de marché, l’auditeur lambda ne le connait pas (et la journaliste non plus apparemment).

L’autre grande idée de Jorion, c’est qu’il faut augmenter les salaires. Il le dit poliment, mais son message est bien « ces salauds de patrons doivent payer ». Ou prendront-ils cet argent, alors que les marges et la trésorerie des entreprises sont plus basses que jamais, on ne le saura pas. L’économiste se contente de stigmatiser les écarts de salaires excessifs, ce sur quoi je le rejoindrai. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Jorion, quoiqu’il affirme le contraire, sait très bien que ce n’est pas en limitant certains salaires excessifs qu’on va pouvoir augmenter tout le monde.

Je regrette de dire que le blogueur économiste est un démagogue : c’est tellement facile, n’est-ce pas, de dénoncer les méchants (les spéculateurs) et de faire de fausses promesses (augmenter les salaires). La responsabilité des gouvernements et des banques centrales dans la crise d’endettement qui a commencé avec les subprimes et se poursuit aujourd’hui avec les dettes souveraines, il ne la voit pas.

D’ailleurs pourquoi s’affoler ? Il faut arrêter avec toutes ces histoires d’austérité, expliquent les keynésiens, empruntons, empruntons, et on verra plus tard.


Sur le web.

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  1. Très bon billet, merci.

    Par contre, Jorion n’est point économiste: il est chercheur en sciences sociales. Sa page Wikipédia indique qu’il a « [...] fait usage des mathématiques dans de nombreux champs disciplinaires : anthropologie, sciences cognitives, et économie » … économie arrive en dernier et, franchement, savoir qu’il a « fait usage des mathématiques … » ça m’impressionne autant que la recette de la tarte Tatin traduite en Mongol.

    Jorion est un peu la version soft d’un Lordon qui est sans doute trop puissant – car vraiment marxien – pour le bon peuple. En ce sens il apparaît comme un pion utilisé pour vendre la soupe empoisonnée collectiviste, préparant les esprits aux flots de décisions liberticides à venir – un peu comme Patrick Le Lay affirma un jour « du temps de cerveau humain disponible ». Je ne connais que peu ses travaux p.ex. dans le domaine de l’anthropologie, peut-être y est)il bon, mais en économie et en économie politique, c’est effarant …

    1. Jorion : vous avez raison… il y a bien une malencontreuse coquille :

      « Le blAgueur économiste est un démagogue »

      Ceci étant, bravo ! Vous avez trouvé un très bon moyen de faire du fric avec vos blagues économiques.

      Elles sont dangereuses pour la société (et pour nos enfants) vos blagues, mais me direz-vous, qu’en avez vous à faire. Après vous le déluge !

      Avez-vous essayé de vendre vos blagues à un marchand de bonbon ?

  2. Une des raisons de la crise des subprimes c’est bien les banques qui investissent sur des marchés pourris avec comme garanties les depots des clients et avec la benediction de l’Etat américain, donc oui la speculation est en partie responsable de la crise des subprimes. Apres le grand problème qui est encore d’actualité s’est que la politique monétaire actuelle est décidé par la FED ou la BCE et ces institutions se moquent bien de correler les taux à la réalité economique mais joue pour les interets des banquiers et des Etats. Avec tout de même la peur plus que fondé que la manipulation des taux puissent entrainer une situation pire que celle prévu par les lois de l’offre et de la demande. En gros les Banques et les Etats jouent contre le reste du monde et vont perdre en partie mais pas grave ils detiennent l’argent des autres. Jorion et consorts ne proposent rien, le keynesianisme c’est ce que font en permanence les banques et les etats pour se sauver en spoliant l’argent des autres acteurs économique.

    1. Je me permets un petit bémol, non ce n’est pas la spéculation qui est responsable, même pas en partie, c’est la malhonnêteté de personnes disposant de moyens de coercition et d’imposition de comportements dont les conséquences seront à assumer par les autres.

      Enlevez la malhonnêteté, les possibilités de coercition et d’arrangements entre amis aux frais des autres, et l’opération de spéculation n’aurait jamais eu lieu car les spéculateurs auraient dû éponger eux-mêmes les pertes qu’ils auraient bien évidemment su prévoir s’agissant de leur propre argent.

  3. Il m’arrivait de lire le blog de Jorion sur lequel j’avais coutume de laisser quelques commentaires. Et puis ce blog est devenu un fourre-tout où n’importe qui se laisse aller dans n’importe quelle direction sous prétexte que ce blog a du succès. Ainsi, Jorion, compte tenu du nombre de lecteurs et de commentateurs de son blog, en a déduit, comme si c’était une conséquence directe, qu’il détenait la vérité. C’est un peu comme une chaine de télévision qui déverse des imbécillités affligeantes plaisant à un public replet pour faire de l’argent : Jorion fait passer des idées fausses ou obsolètes ou encore faussement marxisantes profitant de l’ « audimat » de son blog. Belle réussite assez fallacieuse.

  4. Et tous les braves citoyens iront voter oui massivement à l’initiative Minder, tout heureux que l’Etat régule encore davantage le privé. Non pas que j’approuve les salaires exorbitants d’une poignée de patrons (et hop, une loi supplémentaire pour quelques exceptions), mais j’approuve encore moins une intervention de l’Etat dans ce domaine.

  5. Ce monsieur a dit des choses intéressantes sur les subprimes. Normal : il travaillait à intérieur. Après, il est loin d’être le seul à s’être alarmé du n’importe quoi de la situation. Beaucoup ont même gagné de l’argent sur les mêmes réflexions.
    Ensuite, il occupe une place de semi-gourou en caressant la psyché francophile dans le sens du poil : la spéculation, c’est mal; le marché, c’est dégueulasse. Un marxiste de plus dans l’offre pléthorique française.
    Enfin, ça devient franchement comique lorsqu’il sort de son domaine de compétences et qu’il se targue de parler finance, philosophie, enfin absolument de tout. On obtient une grosse meringue indigeste à la Attali, à la Minc. C’est vraiment le mal français : un intellectuel est celui qui embrasse l’univers et qui va régler le problème du mal. Une prétention sans nom.
    Enfin, ne pas s’inquiéter non plus de l’influence réelle du personnage : à N-Y, Londres ou HK, personne ne connaît Paul Jorion. Et c’est là que les choses se passent.:

  6.  » Par contre, Jorion n’est point économiste: il est chercheur en sciences sociales  »

    Ca tombe bien parce que ton libéralisme de mes 2 n’est pas une science non plus.

      1. Ah! que j’aime ces commentaires de fins lettrés, ces interventions constructives et bien argumentées, construites sur de solides bases académiques complétées d’expérience diverse et variée.

        A propos de science, nous avons maintenant la preuve que les Trolls se masturbent …

    1. le libéralisme est une philosophie, pas une science, ni une idéologie. Mais vous devez savoir surement la différence entre une idéologie et une philosophie, vu votre vocabulaire et vos arguments raffinés….

    1. C’est bon merci ! On en a plein en stock également. Faut dire que vous ne nous aidez pas… aussi.

      C’est clair que sur le constructivisme social et la défense des idées collectives y pas vraiment de pénurie… surtout en période de récession.

  7. Je viens de faire un petit tour sur le blog à Jojo.
    Quel mauvais charabia verbeux et rempli de formules à 2 balles.
    Ca me rappelle les journaux de la LCR de jadis, avec plein de phrases tranchantes, plein de jolis mots, parfois compliqués, et au final le néant (et leurs bouquins sont pareils)
    C’est sur qu’à coté de cela, la lecture d’un Rothbard ou d’un Von Mises a de quoi surprendre par sa simplicité.
    Et puis, si j’ai bien lu, le Jojo nous la joue ancien trader sur son CV, mais ça n’a pas duré bien longtemps (90/91), preuve qu’il avait pas du tout comprendre. Là aussi ça change d’un Jim Rogers qui lui a fait ses 500 MM de Dollars avant de nous expliquer comment fonctionne le monde (et qui se réfère d’ailleurs à l’école autrichienne).

  8. Cherchez donc à identifier les « camarades et sympathisants » de thèses à-la-Paul-Jorion ?

    Vous comprendrez vite d’où sortent ses fixations (qui ne sont point des idées géniales).

  9. Ceux qui ne sont pas d’accord avec vous ne sont pas forcément stupide. Ce qui est intéressant c’est de connaitre et confronter les thèses différentes, de Friedman à Marx sans les caricaturés de manière simpliste(comme on le fait souvent avec Keynes ou Friedman).
    Pour rappel Philippe Herlin qui est un libéral donc pas de la même école que jorion reprend dans son livre la théorie du prix de Jorion.
    Essayer de ne pas caricaturer et attaquer violemment (d’ailleurs étrange pour un libéral).

    1. Les gens agressifs et cassants sont invariablement des gens peu sûrs d’eux. Je me sens beaucoup plus en phase avec votre démarche qu’avec des gens qui règlent l’affaire en trois poncifs totalement déconnectés du sujet qui sautent aux yeux quand on le connait un peu.

      Personnellement je pense que certains sont tellement engagés dans un dogme que quand Jorion propose de considérer les actionnaires comme de simples prêteurs et non des propriétaires des sociétés, ils s’étouffent en panique (et moquent, insultent, ne discutent surtout aucun argument, etc.).

      Pourtant, comme entrepreneur, je ne peux qu’être d’accord. Si on considère le premier investisseur de Google ou d’Apple comme prêteur, quel était son taux à la cotation actuelle et vue les dividendes touchés ? 20 000 % ? Plus ? Un taux usuraire, que les empressés de la soumission à l’autorité décriront comme « une récompense du risque ». Pour eux, 200%, 20 000%, 2 000 000% c’est pareil, quel que soit le risque, vu qu’on se garde bien de le mesurer ce risque. On pourrait pourtant procéder comme dans le crédit, prendre le taux de retour avéré à 10 ans par secteur, établir que 30% des investissement font un défaut total ou partiel et en déduire qu’une perspective de gain équilibrée plafonnerait à, 220% à x années, par exemple. Au delà, ce serait (et donc: c’est) non pas de l’investissement mais du servage : « ah vous avez les idées, la compétence, la force de travail, mais vous êtes nés désargentés, baisez ma main, mon petit, et ma fesse aussi ».

      Et ils la baisent aussi, la fesse, tout ces prétendus entrepreneurs en général plus ici d’écoles de commerce que d’écoles d’ingénieurs, qui quand ils se décrivent en pigeon, le sont du méchant état et de leurs parasites de concitoyens mais pas du tout des quelques bienfaiteurs nantis dont ils convoitent les mannes.

      1. Philippe_Murray_Rothbard

        « On pourrait pourtant procéder comme dans le crédit, prendre le taux de retour avéré à 10 ans par secteur, établir que 30% des investissement font un défaut total ou partiel et en déduire qu’une perspective de gain équilibrée plafonnerait à, 220% à x années, par exemple. »

        Désolé mais ce genre de généralisations macroéconomiques est typique des mauvais raisonnements de l’économie moderne.

  10. Bravo à l’auteur pour cet article qui est n’est qu’un magnifique troll (détritus irait pas mal aussi) ultra-libéral.
    68% des suisses ont voté la proposition Minder, peut-être que ce « démagogue » de Jorion y a contribué un petit peu. Ca vous fait mal au cul hein ? en tout cas j’espère bien ! :)