Sciences

Allons-nous tous devenir des biohackers ?

Publié le 18/02/2013

Le mouvement "Do it yourself" qui prend de plus en plus d'ampleur ne va pas seulement se limiter à la production de biens et services, mais concernera aussi avec le biohacking la biologie amateur et la manipulation génétique...

Par Aymeric Pontier.
L'impression 3D est devenue tendance ces derniers mois. Plus un jour ne passe sans qu'un article ou un reportage sur le sujet vienne nous rappeler la progression incroyable de cette technologie. Beaucoup voient à juste titre dans l'impression 3D la prochaine révolution industrielle permettant entre autre le prototypage rapide des produits ainsi que leur production sur-mesure en fonction des besoins réels des clients. Alliée à l'automatisation de l'économie, cette technologie est censée permettre en outre la re-localisation de l'outil industriel dans les années qui viennent, ainsi que la transformation de chaque consommateur en producteur d'après ses zélateurs.

Mais il y a une autre révolution en cours dont on parle beaucoup moins, et qui pourtant promet de transformer le fonctionnement de la société de façon tout aussi radicale : la biologie amateur ou biohacking. Telle l'informatique devenue grand public, la science génétique (en particulier la biologie de synthèse) est vouée à se répandre dans toute la société, et ne plus être l'apanage des centres de recherche gouvernementaux ou des labos d'entreprises pharmaceutiques. Si la technologie n'est pas encore tout à fait là, elle arrive cependant à grands pas. La baisse des coûts sans précédent du séquençage et de la synthèse de l'ADN, de même que l'apparition des toutes premières imprimantes 3D organiques, rendent ce processus irréversible à terme.

Preuve en est que les conférences se multiplient dans le monde scientifique et universitaire, et qu'on assiste à la création de mouvements comme celui du DIY Bio.

Ces biologistes amateurs ou biohackers tentent de créer un vaste réseau à travers le monde afin de partager leurs connaissances et découvertes et de diffuser le plus largement possible le "savoir génétique" acquis au fil de leurs expérimentations. Cette communauté reste assez peu connue, mais souffre déjà de son image dans les rares médias qui en parlent. Les "apprentis-sorciers" comme on les surnomme sont soupçonnés (bien souvent à tort) de ne pas respecter les réglementations très strictes en matière de génie génétique.

Il faut dire qu'ils agissent en dehors de tout cadre de contrôle des autorités sanitaires, vu que ces dernières ne sont pas du tout adaptées au phénomène. Comment le pourraient-elles d'ailleurs ? Donc, face aux risques de dérapage non négligeables, cette révolution génétique suscite des peurs abondantes et compréhensibles chez ceux qui la découvrent sur le tard avec effarement.

Certains biohackers (très marginaux heureusement) ont déjà affirmé avoir relâché dans la nature des organismes vivants génétiquement modifiés, et ce sans autorisation. Ce qui pose bien sûr de sérieux problèmes éthiques. Toutefois, la plus grande crainte réside dans le potentiel bioterroriste. Car si la science génétique devient open source comme on le prévoit, cela peut signifier que des groupes fanatiques finiront par avoir accès aux éléments nécessaires à la création d'armes létales ou destructrices d'écosystèmes. Cette hypothèse est pour l'instant peu probable, mais il ne faut pas pour autant l'écarter. D'où des questions très sensibles concernant la régulation de cette activité. A priori, le contrôle des particuliers paraît irréaliste sur le plan technique ou financier. On ne va pas demander aux autorités sanitaires d'inspecter chaque laboratoire communautaire (ou chaque garage) à chaque instant ! Ne reste alors que la responsabilisation des participants et le nécessaire contrôle par les pairs.

Au-delà de ces questions, la majorité des experts s'accordent pour dire que les gains potentiels du DIY Bio l'emportent largement sur les risques en l'état actuel des choses. Pour approfondir davantage le sujet, je vous propose d'écouter la biologiste Ellen Jorgensen qui expliquait en Juin 2012 lors d'une conférence TED le genre de recherches qu'elle mène dans son laboratoire communautaire à New-York.

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