Agences de notation : faut-il tuer le messager ?

Publié Par Xavier Chambolle, le dans Économie générale

Les politiques aimeraient pouvoir liquider le messager que sont les agences de notation, mais cela ne réglera pas le problème de fond.

Par Xavier Chambolle.

Le facteur est cet être détestable qui met dans votre boîte aux lettres des factures, vos factures. Elles amputent votre budget et réduisent votre pouvoir d’achat. Alors que faire ? À la lecture de ce communiqué de presse du Parlement européen au sujet des agences de notation, on comprend qu’il suffirait de menacer le facteur pour qu’il cesse de faire suivre ces courriers non-désirés. En substance, pour régler le problème, il faut liquider le messager.

Les agences de notation nuiraient aux pays endettés

Le Parlement européen nous dit ceci :

When a credit rating agency downgrades a country’s credit rating, it becomes more expensive for it to borrow money and more difficult to cut debts. The higher borrowing costs will also affect the services offered to ordinary citizens.

Si les taux augmentent, ce serait à cause des agences de notation. Or on ne veut pas que les taux augmentent, parce que cela rend notre endettement plus onéreux. Le problème ce sont donc ces agences, elles sont nuisibles. Ceci est la position du Parlement européen.

Pourquoi les agences de notation notent-elles ?

Dans la vie, il y a deux types d’individus : ceux qui prêtent de l’argent et ceux qui empruntent de l’argent. Ceux qui prêtent espèrent revoir la couleur de leur argent. Plus le risque de défaut de remboursement est élevé, plus le taux d’intérêt exigé le sera. C’est pour couvrir le risque. Ceux qui empruntent espèrent le faire pour le moins cher possible, ils essaient donc de donner des garanties.

Il est donc nécessaire d’évaluer ce risque, d’évaluer la capacité de remboursement de la dette à l’échéance prévue. Pour une entreprise comme pour un pays, cela peut être d’une très grande complexité. Imaginez que la Papouasie-Nouvelle-Guinée vous demande de lui prêter de l’argent ! Allez donc chercher de l’information sur la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour évaluer le risque. Savez-vous comment cet État gère son argent, quels sont ses antécédents, son niveau de dette actuel, etc. ? Admettez que ce n’est pas évident.

Voici donc le rôle des agences de notations : faire ce travail d’évaluation à votre place. C’est leur spécialité, c’est leur métier.

Avant de prêter à un certain taux à la Papouasie-Nouvelle Guinée, vous allez consulter une ou plusieurs agences de notation. Comme vous pourriez aller lire des articles de presse, des blogueurs ou demander à votre voisin qui se trouve être un expert en dette papoue !

Liquider le messager ne sert à rien

Ces diverses informations sont peut-être partiellement fausses. Elles peuvent également être assez proche… de la réalité.

Les agences de notation ne sont donc pas responsables de la fixation des taux d’intérêt. Le responsable c’est la réalité synthétisée (parfois mal) par elles… Mais également par d’autres acteurs : les journalistes, blogueurs et votre voisin expert en dette papoue. Sans oublier les autres acteurs, le marché, aussi imparfait soit-il. Si personne n’accepte de prêter à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, c’est peut-être parce qu’il y a anguille sous roche, non ?

En d’autres termes, les agences de notations sont des messagers. Rien de plus. On peut bien sûr regretter qu’il y en ait si peu, car nous sommes en présence d’un oligopole exclusivement anglo-américain…

Mais revenons aux eurodéputés : leur solution est d’encadrer ces agences. Imaginez donc un petit instant la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui viendrait « encadrer » votre voisin expert en dette papoue. Allez-vous encore lui faire confiance à l’avenir ? Et quelles conclusions tirerez-vous au sujet de ce pays ?

À vrai dire, les lois que vont nous pondre les eurodéputés ne serviront à rien, parce que les créanciers donneront du crédit à ces notes tant et aussi longtemps que ces agences seront à peu près fiables. Ils peuvent bien voter toutes les lois qu’ils veulent, pour plus de transparence ou carrément rendre responsables les agences de la fiabilité de leurs notes, cela ne changera rien au problème de base : certains États de l’UE gèrent très mal l’argent de leurs contribuables. Évidemment il est plus facile de pointer du doigt le messager que de s’en prendre à la source du problème.

L’UE fait un cadeau aux États-Unis

Ces lois ne seront bien évidemment qu’appliquées en Union Européenne. Or, en imposant une régulation stricte et contraignante, l’Union Européenne se prive tout simplement de voir émerger dans ce domaine des acteurs européens (quelle agence européenne serait plus crédible qu’une agence chinoise ?). Ainsi nous offrons sur un plateau d’argent le marché de la notation aux Américains pour les décennies à venir.


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  1. Méfions nous. Certains pourraient bien vouloir l’encadrement de Contrepoints, qui ne cesse de dénigrer les politiques nationales et européennes du moment !

  2. Il ne faut pas tuer le messager mais il faut certainement changer son modèle économique. Les conflits d’intérêts résultant de la dépendance des agences vis à vis des émetteurs de produits sont très nocifs. Un modèle où ce type de service est à la charge de l’investisseur me paraît beaucoup plus viable, comme chez Egan Jones.

  3. Stephane LallementStéphane Lallement

    Depuis que les agences de notation existent, les gouvernements peuvent emprunter à des taux très inférieurs aux taux auxquels ils empruntaient avant l’apparition des agences de notation.
    Cela a une explication très simple : l’existence des agences de notation a pour effet de rassurer les prêteurs, si bien que les prêteurs consentent à prêter à des taux moindres.

    Si les gouvernements se mettent à opprimer les agences de notation, on en reviendra à la situation antérieure, et les gouvernements seront perdants.

    De fait, les gouvernements sont en train, en s’attaquant aux agences de notation, de mordre la main qui les nourrit.
    Il s’agit là d’une illustration du fait que le niveau intellectuel des hommes politiques, bien loin d’être supérieur au niveau moyen dans la population, lui est nettement inférieur : les hommes politiques sont des aliénés mentaux.

  4. « Imaginez donc un petit instant la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui viendrait « encadrer » votre voisin expert en dette papoue. Allez-vous encore lui faire confiance à l’avenir ? Et quelles conclusions tirerez-vous au sujet de ce pays ? »

    Des agences qui ont noté des pays comme nous AAA jusqu’a maintenant ont perdu ma confiance depuis longtemps……. A combien été la note des banques avant la crise des subprimes ? …. Ces agences snt depuis longtemps, si ce n’est leur création, pas dignes de confiances et liées aux Etats et banques pour délivrer de fausses évaluations, ils ne pensent que quand c’est trop tard ou qu’ils n’ont plus le choix parce que la presse en fait ses gros titres.

  5. Beaucoup parlent des agences de notation sans savoir ce qui s’y fait. Du coup, les politiques peuvent s’en servir facilement comme de boucs émissaires. Cela donne des situations ubuesques comme lorsqu’ Alain Minc soutenait que les analystes de ces agences étaient des gamins qui n’y comprenaient rien. on lui fit remarquer alors que beaucoup de ces « gamins » avaient fait la même école que lui.

  6. Bon article qui oublie cependant l’essentiel. Noter les dettes souveraines tient de la haute fantaisie financière. Dans « souverain », il y a implicitement « je fais la loi », « je fais -presque- ce que je veux » (comme le prouve d’ailleurs la déclaration stupide du parlement européen). En conséquence, la seule note valable pour une dette souveraine, quel que soit le pays noté, est la plus faible possible, exprimant ainsi le risque que supportent les créanciers des Etats : le plus élevé qu’on puisse imaginer.

  7. Le principe des agences de notation est juste. Le problème est la manière dont elle sont utilisés dans les faits. Il suffit déjà de voir les origines de leur financement : des grandes banques. Par exemple, on peut créer des effets boules de neiges en spéculant sur une dette qu’on a dégradé sciemment (ce qui se passe vis à vis de certains pays de l’UE) pour faire grimper les taux, inversement les lobbys qui jouent avec ces agences défendent leur intérêts, lorsqu’il y avait eu le premier plafond de la dette au US où à quelque jours près le pays allait faire défaut et son prolongement aujourd’hui »hui avec le Fiscal Cliff, seul une agence a timidement dégradé la note des États-Unis.

    Tout cela donne des situations très malsaines puisque les notes données ne sont plus fiable mais le système se base quand même sur elle (quelle était la note de Lehmann Brothers avant fin 2008?) et peut avoir un effet très néfaste sur l’économie avec des prophéties auto-réalisatrice : la dégradation d’une note peut être la cause du problème qu’à montré cette note, inversement, une bonne note pour des banques comme Dexia, et tout le monde met aveuglement son argent dans l’affaire alors que le business ne tient pas.