L’économie est-elle une science ?

Publié Par Jean-Louis Caccomo, le dans Économie générale

S’ils passaient moins de temps à remettre en question le caractère scientifique de l’économie, les intellectuels français pourraient en consacrer plus à la recherche de solutions.

Par Jean-Louis Caccomo.

Pendant que cette sempiternelle question (L’économie est-elle une science ?) agite les débats confus entre les intellectuels français, la science économique évolue sans nous. Mais il est connu que nous avons l’art de nous enliser dans d’interminables débats qui ne débouchent sur aucune décision.

On dit souvent que l’économie n’est pas une science parce qu’elle est traversée par différentes écoles. C’est hélas une erreur tragique qui contamine toute la pensée française et nous empêche de saisir pleinement la réalité des enjeux qui nous attendent inévitablement.

On me rétorque alors, quand bien même elle serait une science, ce que l’on refuse néanmoins d’admettre, et le social ! Mais le « social » relève moins de la science que du registre des émotions et des rapports de pouvoir. De plus, l’économie montre que le « social » se résume nécessairement à une redistribution des richesses et qu’il faut donc au préalable produire des richesses pour pouvoir les redistribuer. Mais il y a un principe intangible : une redistribution trop massive des richesses finit toujours par étouffer et détruire le secteur productif lui-même. En économie, il est toujours question d’équilibre et de justes proportions.

En fait, l’économie est pareille à la médecine. Quand on souffre de la grippe, on prend un remède adapté, souvent léger. Mais quand on souffre d’un cancer, on doit subir une chimiothérapie, ce qui est un traitement bien plus lourd. Et parfois, hélas, malgré le traitement adapté, on ne parvient pas à soigner le malade car c’est une nouvelle maladie et que nous n’avons pas les médicaments. Alors il faut faire de la recherche et la médecine évolue.

Ainsi, il existe différents traitements selon les maladies diagnostiquées. Irait-on jusqu’à affirmer que la médecine ne mobilise pas des connaissances objectives reposant sur un savoir scientifique patiemment accumulé parce qu’il existe différents traitements correspondant à différents diagnostics ? Évidemment non !

C’est justement parce que le médecin est animé par une démarche scientifique, dans un souci d’obtenir des résultats tangibles et mesurables, qu’il va d’abord procéder à un diagnostic, ce qui l’oblige à se confronter et à accepter les faits, aussi désagréables soient-ils.

De la même manière, l’économiste dispose d’une boîte à outils riche et variée, résultat d’un long processus de recherche accumulée au fil des siècles. Il y a donc différents remèdes mais ils obéissent tous aux mêmes principes qui régissent les lois intangibles de l’économie.

Tony Blair à la conférence de Davos

Tony Blair à la conférence de Davos (CC, WEF)

Alors, comme l’avait dit Tony Blair devant les députés français ébahis (maudits anglais qui viennent nous faire la leçon…), « il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas« . Et depuis la nuit des temps, l’évolution humaine s’explique par le fait simple et universel que les hommes ont tendance à se tourner vers les solutions qui fonctionnent (rationalité), à moins de vouloir se suicider. Tandis que ceux qui s’obstinent à s’accrocher et mettre en œuvre les solutions qui ne fonctionnent pas, mais dont le maintien par la force génère une désastreuse accumulation de coûts, ceux-là sont progressivement évacués de l’histoire.

C’est tout simplement humain : les parents sont soucieux d’inscrire leurs enfants dans les écoles qui fonctionnent, et les entreprises cherchent à recruter les employés les plus performants. Et nous avons tendance, dans nos relations personnelles, à être mieux influencés par ceux qui s’épanouissent.

L’économiste raisonne donc ainsi, non pas parce que son modèle lui dit de raisonner ainsi, mais parce qu’il observe objectivement que les hommes se comportent ainsi quoiqu’il puisse dire, et surtout s’ils sont libres d’agir. Tous nos élus défendent avec force nos écoles publiques et le modèle universitaire français, mais en tant que parents, ils inscrivent leurs enfants dans des écoles privées ou des universités étrangères, en toute rationalité. Pourtant, nos écoles ne sont-elles pas gratuites ?

Et il faut engager une force considérable et une énergie énorme, qui consomment toutes les forces productives, pour aller contre cet ordre spontané des choses.

C’est pourquoi, dans les années 80, les régimes totalitaires à l’Est et les dictatures en Amérique Latine (mais aussi en Europe plus tôt, notamment en Espagne, au Portugal ou en Grèce), qui avaient l’ambition suicidaire d’échapper aux lois économiques, se sont effondrés, non pas à cause d’agressions extérieures, mais en raison de leur propre faillite économique. Aujourd’hui, ce sont les États-Providence européens, qui ont l’ambition démesurée de « réguler » ces mêmes lois et d’en corriger les « défaillances » supposées, qui sont au bord de la banqueroute.

Pendant ce temps, par la « magie » d’un simple accord de libre-échange, la zone APEC est devenue le moteur de l’économie mondiale. Mais pour un économiste, il n’y a là rien de magique. Lorsque l’on ne comprend pas le monde, on proclame qu’il est devenu fou. Et au lieu de changer de modèle explicatif, on veut changer le monde lui-même pour l’adapter au modèle. Le monde n’est pas si fou, il faut simplement mettre les bonnes lunettes !

Telle est la fonction de la science économique. Et il n’y a aucun brevet sur la science économique, elle est libre, tout est dans les livres, on n’a plus qu’à se servir et mettre les bonnes lunettes.


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  1. Les 3 lois fondamentales de l’économie (ignorées par les faux économistes) :
    - tu gagneras ton pain à la sueur de ton front
    - tu ne voleras pas
    - tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton voisin

  2. Ce qui est amusant avec les socialistes, c’est que d’une part ils dénient le caractère scientifique de l’économie et d’autre part justifient leurs politiques pour des raisons économiques…
    Enfin, ce n’est pas leur seule contradiction…

  3. C’est pas Tony qui disait « tu mets le clignotant à gauche et tu vires à droite. » Bien que l’économie n’a rien à voir avec droite / gauche, la bonne distinction étant fascisme/libéralisme. (Très bon, monsieur Caccomo)

    1. Le triangle fasciste/communiste/libéral est plus parlant. Va expliquer à Mélanchon qu’il pense comme Le Pen (ou inversement). Il va te dire que c’est faux, et il aura raison. Plusieurs points sont irréconciliable entre fascisme et communisme, même si les points commun sont nombreux

      1. Il n’y a pas de triangle, il y a le fascisme et rien d’autre. Si fascisme te pose problème à cause des juifs, sache que Staline avait un plan particulier pour eux et qu’il est heureusement mort sous la bénédiction de Kroukrou, au bon moment, avant de l’activer, plan à faire pâlir Adolf – donc, dans les fascismes nous avons le socialisme, un communisme de distribution.

        1. Un bel homme de paille … D’autant que l’holocauste n’a rien à voir avec le fascisme, quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage.
          Le communisme est un socialisme internationaliste, quand le fascisme est un socialisme nationaliste.
          Un communiste se bat pour les travailleurs de tous pays, un fasciste se bat pour les travailleurs de sa race

          1. « Le communisme est un socialisme internationaliste, quand le fascisme est un socialisme nationaliste. » Dans cette phrase, il y a un point commun : le socialisme.

            Fascisme, communisme, social-démocratie, toutes les variantes du socialisme, écologisme, féodalisme, systèmes de castes, autoritarismes divers et toutes les idéologies d’une façon générale sont de simples avatars de la même logique constructiviste qui consiste à refuser les 3 lois fondamentales de l’économie pour soi-même (et le groupe qu’on est supposé représenter) tout en survivant aux dépens d’autrui.

            Les nuances entre les idéologies se résument au choix des boucs-émissaires qui seront mis en esclavage, à plus ou moins de violence envers les victimes et à la couleur de la chemise des militants.

          2. C’est dommage. Ce qui unit les constructivismes est bien plus important que les petits détails qui les différencient. C’est une erreur de ne pas l’admettre.

            Par exemple, savez-vous pourquoi Adolf H a déclaré la guerre en 1939 et non entre 43 et 45 comme prévu ? Parce que le Reich était au bord de la banqueroute : en moins de 6 ans de pouvoir socialiste nazi, malgré l’Anschluss et l’or viennois, les caisses étaient vides pour cause de politique sociale débridée. Eh oui, le peuple allemand a été acheté par les nazis avec des dépenses sociales inconsidérées et des montagnes de dettes, exactement comme nos social-démocraties « modernes » achètent les électeurs avec des dettes. Pour la petite histoire, les premiers soldats allemands qui ont envahi la Pologne étaient accompagnés d’économistes et de comptables. Ils ont foncé directement vers la banque centrale à Varsovie… mais une grande partie des réserves d’or avaient été transférées en France avant l’attaque par les responsables polonais qui ne se faisaient aucune illusion.

          3. Or polonais transfere apres l’attaque, d’extreme justesse, via la Roumanie puis la Turquie du 10 au 29 septembre 39, jusqu’en France puis Afrique du nord a partir de juin 40.

  4. L’économie n’est pas une « science », c’est une « science humaine ».
    Même si,à mon humble avis, elle tient plus de l’art, tout comme la politique ou la médecine. Mais ce n’est qu’un avis (la notion de « science humaine » étant de contours très flous contrairement à la « science » — que certains qualifient inutilement de « pure » ou « dure » —, qui elle est parfaitement définie (cf. : Popper).

    Quand à la médecine, elle a une obligation de MOYENS, pas de RÉSULTATS (cf. : Hippocrate). De même que le « droit à la SANTÉ » est une aberration, alors que le « droit aux SOINS » pourrait être une réalité (peut-être, question de coût).

    1. Aucun science n’est une science. Il y a seulement des gens qui appliquent la méthode scientifique, et des gens qui ne le font pas, et c’est vrai aussi bien dans les domaine relevant des « sciences dures » que dans ceux des « science molles ».
      Et de ce point de vue le parallèle avec la médecine est très pertinent : on peut délirer sur des modèles (théorie des humeurs ou IS/LM ) qui s’auto-justifie quelque soit le résultat réel obtenu (« j’ai saigné le malade, il est mort, c’est donc qu’aucun traitement n’aurait pu le sauver que les humeurs nocives étaient trop répandues ; désolé »)
      ou on peut regarder froidement les réalités, corrélations, etc.
      Il y a peu d’économistes scientifiques, mais il y en a.

      1. Chaque branche a ses fruit pourris, nous sommes bien d’accord, et bon nombre sont dénoncés (je ne citerais pas de noms, sauf peut-être Gilles-Éric Séralini, mais on s’éloigne beaucoup de l’économie ;).

        Mais quant à quant à considérer que l’on puisse appliquer la méthode scientifique à l’économie, je ne suis pas près à sauter le pas, celle-ci étant par définition, puisqu’elle est régit par des comportements humains, subjective (et « aux mêmes maux les mêmes remèdes » n’est PAS une affirmation « scientifique »).

  5. Le grand principe de l’art médical, énoncé par Hippocrate et toujours valable:
    « D’abord ne pas nuire, ensuite soigner. »

    Si un politique inscrivait cela dans son programme, je voterais pour lui aussitôt.

    J’en profite pour dire qu’un art véritable s’appuie sur un savoir solide. (Contrairement à ce que laisseraient penser les fumisteries de « l’art contemporain ».)

  6. Si on connaitrait tout de l’économie, il n’y aurait plus de variation entre la prévision et la réalité, d’où un risque nul et une activité spéculative qui n’aurait plus ni de raisons ni de revenus.

    Toute la différence qui disparait entre deux pays va à l’encontre de la croissance de l’activité économique.

    Le plus gros problème c’est qu’une multinationnale financée par des retraites peut fermer une entreprise viable pour des raisons de rendement.
    C’est une maladie financière qui ne cesse de croitre.