La crise de l'école cubaine
Publié le 7/01/2013
La « haute qualité de l’éducation cubaine » que beaucoup ont vantée dans le monde est un mirage qui n’a pas réussi à se prolonger très au-delà des années quatre-vingt.
Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba.
Hier soir une voisine a frappé à la porte ; il était près de dix heures. Son petit-fils devait apporter un cadeau à la maîtresse et la dame cherchait un papier de couleur pour l’envelopper. Il nous restait quelque part une feuille de papier avec un motif de petites fleurs lilas, qui s’est révélée assez grande pour recouvrir quelques savons et un crayon à lèvres. Aujourd’hui le garçon est parti tout fier, son cadeau en mains, vers une école où la musique résonnait dès le matin dans les hauts parleurs. Le jour du maître est depuis toujours une grande fête dans tous les collèges cubains, un moment à part pour que les élèves fêtent les professionnels de l’enseignement. Pourtant l’époque n’est guère propice aux célébrations ni aux commémorations vu l’état actuel de ce secteur clé.
La « haute qualité de l’éducation cubaine » que beaucoup ont vantée dans le monde est un mirage qui n’a pas réussi à se prolonger très au-delà des années quatre vingt. Soutenue depuis le Kremlin, cette île est parvenue à afficher une infrastructure éducative qui n’avait rien à voir avec ses réelles possibilités économiques et productives. C’est comme si un homme malingre et sans dents arborait un bras digne du culturiste le mieux doté. Cette disproportion entre ce dont nous bénéficions et ce que nous pouvions réellement nous permettre est devenue évidente quand les subsides soviétiques ont été coupés ; les écoles du pays sont entrées dans une crise profonde dont elles ne sont pas encore remises. Une crise qui ne concerne pas uniquement la dégradation physique des locaux et des classes, mais aussi la perte de qualité de l’enseignement et l’appauvrissement éthique et moral de l’éducation.
Au centre du problème : le maître qui a cessé d’être un professionnel respecté pour tomber dans les dernières catégories d’emplois. Les expériences de formation d’enseignants émergents ont aggravé la situation et aujourd’hui il n’est pas rare de rencontrer le titulaire d’une classe d’Espagnol qui ignore la différence entre « littéral » et « littéraire ». L’excès d’idéologie, le manichéisme qui prévaut dans l’illustration de l’histoire nationale, les freins à la créativité et à l’esprit critique, s’inscrivent parmi les caractéristiques négatives que présente l’éducation cubaine. Et pourtant, malgré tout cela, il reste encore des professeurs qui se distinguent dans les conseils de classe car ils exercent leur métier avec dévouement et excellence. Des éducateurs dont les bas salaires, la déchéance matérielle, la médiocrité environnante et l’intromission de la politique dans le travail, n’ont pas coupé le désir d’enseigner. Félicitations à ceux-ci en ce jour particulier.
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Sur le web.
Traduction : Jean-Claude Marouby.
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