Arbitraire et religion

Publié Par Fabrice Descamps, le dans Religion

Malgré des formes différentes d’expression, les religions ont le même but, celui de produire une morale universelle.

Par Fabrice Descamps.

La première chose qu’on vous apprend, quand vous découvrez la linguistique à l’Université, est que le langage est arbitraire. Quoi de commun en effet entre les deux phrases suivantes : « Ich stelle einen Tisch um » et « Mahai bat mugitzen dut » ? Rien, si ce n’est qu’elles signifient toutes les deux que je bouge une table. Les mots « table », « Tisch » et « mahai » désignent tous une table, mais il aurait pu en aller de même du mot « trucmuche ». Or ce n’est pas le cas ; pourquoi ? Pas de réponse : le langage est arbitraire ; c’est une convention passée entre les gens pour se comprendre et, comme toute convention, elle est en grande partie arbitraire.

Mais, comme pour le contrat social – dont elle est une composante puisque nous avons mutuellement avantage à vivre ensemble, donc à nous comprendre –, ni vous ni moi n’avons vraiment signé ce pacte qui nous fait parler la même langue. C’est une convention tacite : nous sommes tacitement convenus de parler comme ceci et non comme cela pour nous comprendre. D’ailleurs si l’un d’entre nous ne respecte pas cette convention, il est corrigé par les autres ou reste incompris ; on ne change pas une telle convention sur un coup de tête individuel, il faut que ce changement soit le bienvenu et fasse consensus. Ce fait ravissait Friedrich von Hayek qui y voyait une preuve supplémentaire que la société, pas plus que le marché, n’a besoin de planification pour fonctionner. Notez d’ailleurs que, comme toute convention, le langage change par petites touches sans que nous sachions vraiment qui d’entre nous est l’auteur de ces changements successifs. Aucun roi, si puissant soit-il, n’a jamais pu modifier par décrets la façon dont parlaient ses sujets. Le langage change comme change la mode.

Le langage est donc arbitraire dans ses modalités, mais pas du tout dans ces buts. Il permet d’abord de vivre et travailler ensemble, une fonction fort rationnelle puisque le partage du travail est le secret de l’essor des sociétés humaines. Il permet en outre de décrire le monde de façon satisfaisante. Le fait que nous exprimions notre science en de nombreux langages ne nous empêche nullement de comprendre le monde et de pratiquer une science commune.

Il en va de même pour les religions. Comme le langage, elles sont une convention entre coreligionnaires pour accepter les mêmes doctrines et commandements. Or elles sont aussi fort arbitraires, comme on peut le noter à l’exemple des interdits alimentaires du judaïsme ou des principes théologiques bizarres du christianisme – un dieu « manifesté » (on se demande bien comment et en quel sens) en trois personnes dont deux sont invisibles ! Mais, comme les langages, leur but est éminemment rationnel : faire de nous des hommes bons.

Mon pasteur enrage quand on lui dit que toutes les religions se valent car elles auraient finalement les mêmes normes éthiques. Lui voudrait au contraire qu’on reconnût les spécificités, voire la supériorité du christianisme parce qu’il redoute que de tels propos favorisent le relativisme moral. Or il n’en est rien : la plupart du temps, les gens de toute religion comme ceux qui n’en ont pas sont d’accord dans leurs évaluations morales. Je dis « la plupart du temps » car cela s’avère parfois faux, comme le démontre le débat actuel sur le mariage homosexuel en France. Mais là non plus, ce fait ne mène en aucun cas au relativisme moral puisque je sais que, des partisans ou des adversaires du mariage homosexuel, seul un des deux camps a raison et je pense sur la foi de tel et tel argument que celui ayant tort est en l’occurrence celui des adversaires de ce mariage.

Résumons-nous : de la même façon que les mots « mahai » et « Tisch » désignent une seule et même chose, à savoir une table, les religions ont, malgré des formes différentes d’expression, le même but, celui de produire une morale universelle. Les religions sont les langues naturelles de la morale : elles varient considérablement d’un endroit à l’autre de la planète, mais elles savent désigner les mêmes réalités sous divers noms.

Vouloir gommer l’aspect arbitraire des religions relève de la même tentative désespérée que de désirer remplacer les langues vivantes par l’Espéranto. Nous sommes attachés à nos langues locales comme nous sommes attachés à nos religions locales. Cet attachement est compréhensible et même nécessaire puisque nous savons qu’il n’est pas moralement rationnel d’être moralement rationnel : l’adhésion à la morale est affaire de désir, non de conviction rationnelle. Car nous ne pouvons être moralement rationnels antérieurement à notre désir de le devenir.

Si nous voulons être moraux, il faut que nous aimions la morale. Cet amour ne peut passer que par un attachement à une expression particulière, localement et historiquement située, de cette morale. Nous aimons la morale parce que nous aimons le Christ, Bouddha, Muhammad ou… nos parents qui sont chrétiens, bouddhistes, musulmans ou ce que vous voudrez.

Une fois cette adhésion accomplie, notre travail n’est pas terminé. Il nous faut en effet critiquer cette religion de l’intérieur pour la faire participer à la production d’une morale universelle. Si je m’en tiens à mon identité de protestant sans tendre à l’universel, je retombe dans le particulier, l’arbitraire et le relativisme moral. Je trahis ce faisant la fonction ultime de toute religion.

Contrairement à ce qu’on pourrait donc penser au premier abord, les partisans des versions conservatrices, orthodoxes, fondamentalistes ou rigoristes des religions ne sont pas des serviteurs de Dieu, mais au contraire des complices du relativisme moral et des traîtres à leur propre cause puisqu’ils trahissent le sens même de toute religion. Une religion qui n’est pas libérale est une religion moralement faillie.

La religion sera libérale ou elle ne sera pas [1].


Sur le web.

Note :

  1. La conséquence de tout cela est que je suis un partisan convaincu, mais non fanatique, de la laïcité ; convaincu puisque je dois traduire les convictions morales que m’aide à formuler ma religion en un langage compréhensible de ceux de mes concitoyens qui ne sont pas mes coreligionnaires ; non fanatique parce que je pense que l’irréligion défendue par certains « laïcards » en France affaiblit le désir des individus de devenir moralement meilleurs.

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  1. « Les religions sont les langues naturelles de la morale : elles varient considérablement d’un endroit à l’autre de la planète, mais elles savent désigner les mêmes réalités sous divers noms. »

    Vous avez sérieusement besoin de vous cultiver en théologie.

    http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/theses/tresmontant/enseignement_de_Ieschoua.htm

    http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/theses/tresmontant/elements_de_theologie.htm

    « Ieschoua enseigne que, de la part du Créateur, le souci est grand de sauver chacun des êtres en particulier, et de n’en laisser perdre aucun. C’est pourquoi Ieschoua va en mission dans les milieux mal famés. Son point de vue est donc très différent de celui de «la morale». La morale s’occupe d’établir des règles universelles de conduite qui permettent à une société de survivre. Ieschoua, lui, s’occupe de régénérer des êtres, tous les êtres, et d’abord ceux qui en ont le plus besoin. C’est le point de vue du Créateur. […]

    C’est pourquoi ramener le contenu de l’enseignement évangélique à une morale ou à un moralisme, est non seulement une erreur concernant la nature de cet enseignement, l’omission de ce qui constitue le principal de cet enseignement, mais, bien plus, une inversion et une véritable trahison. Car l’Évangile enseigne justement, — et Paul développe ce thème, — que la vie divine et la sainteté qui est ce qu’ils appellent la «justice», n’est pas donnée à l’homme en fonction de sa soumission à la loi morale, mais en fonction d’autres valeurs, qui sont beaucoup plus vitales, qui appartiennent à l’ordre de la vie. »

    Quant à l’arbitraire des religions:
    « Pie IX, Encyclique « Qui pluribus », 9 novembre 1846 :

    La raison humaine, afin que dans une affaire d’une telle importance elle ne soit pas déçue et afin qu’elle n’erre pas, il faut qu’elle fasse une enquête, d’une manière appliquée, pour établir le fait de la révélation divine, afin qu’il soit certain pour elle, la raison humaine, que c’est Dieu qui a parlé, et afin que à Dieu, comme l’enseigne très sagement l’Apôtre Paul, elle puisse accorder un culte raisonnable (= logique) Romains 12, 1.

    On peut ne pas accepter les conclusions des chrétiens, mais ce serait bien de leur répondre sans faire comme si tout l’édifice de l’apologétique chrétienne n’existait pas…

  2. Article contenant beaucoup de faussetés et très partisan.
    Ni « la religion » ni « les religions » ne sont créatrices de morales, pas plus que la ligne droite euclidienne ne « crée » une trajectoire rectiligne: ce sont des individus humains, s’autoréclamant et s’autolégitimant à travers des proclamations strictement personnelles idéologiques mais à prétention collective, qui fabriquent des normes morales totalisantes.

    Mais acceptons par commodité cette sémantique métaphorique ou au moins statistique.

    En occident, avant l’apparition du monothéisme ( vers 1350- 1340 BC ) créé par un Pharaon dément ( paranoïa de Kraepelin) et « universaliste », Amhenotep VI,, l’intolérance religieuse ( pendant de la prétention à une morale universelle!!) était inconnue; les seules héritiers immédiats de cette « religion akhénatonienne » furent les hébreux, puis leurs avatars chrétiens et musulmans.

    Les religions « antiques » occidentales furent des religions nationales, et: ou civiques et/ou ethnotribales, mais jamais « universelles »: la tolérance religieuse était de règle « à chacun ses dieux », et le prosélytisme était inconnu..
    D’ailleurs, si nous prenons l’exemple de l’antiquité gréco latine, cicvilisation intellectuellement supérieure et seule racine réelle de l’occident, nous remarquons que la religion n’ y a avait aucun rôle en termes de morale individuelle: les comportement de l’individu y étaient régis par la loi, totalement individuelle précisément ( base de notre droit romain-germanique, totalement opposé aux conceptions confucéennes de la Loi), et la formation de l’esprit dévolue à la philosophie( « philosophia naturalis »: mathématiques, droit, médecine, arts…); rien de religieux là-dedans.
    L’antiquité gréco latine fut le domaine de la libre réflexion, de la libre recherche du vrai et du beau, et de la tolérance sexuelle…… jusqu’à l’apparition de Constantin.

    Les prétentions à une « morale universelle » sont le fait de malades de la toute puissance, qui tout en s’assurant de leur propre sentiment interne d’individualité, ne peuvent considérer que des races, espèces, ensemble collectifs, et surtout pas les individus-sujets; il convient évidemment aux peuples serviles de se prosterner devant les nouveaux ou anciens gurus vecteurs d’idéologies universalistes ( les msuslmans et les juifs se prosternent devant un « vide », un non représenté, les chrétiens devant un cadavre de menuisier essenien cloué sur deux planches de bois, les bouddhistes devant de très laides statues colorées, les écolos devant des salades vertes, les bolchéviques russes devant leurs nouveaux tsars et chinois devant leurs nouveaux empereurs, les droitdel’hommistes devant la première victime autodéclarée comme telle etc..

    LA « morale universelle »? relisez Eschyle et Sophocle; quant à moi, je refuse de me soumettre à de petits esprits, qui trouvent dans la lucrative répétition de niaiseries pour petits gens, des excuses pour être improductifs….

  3. Il n’y a qu’un protestant libéral pour défendre l’idée que la grande affaire du christianisme est de produire une « morale ».

    Cela dit je vous rejoins sur l’observation que quand je m’adresse à mes concitoyens, je dois le faire dans des termes accessibles à ceux qui ne partagent pas ma foi.

    Vous aurez bien sûr remarqué que dans le débat sur le mariage dit pour tous, beaucoup de responsables religieux se sont astreints à argumenter sur la base d’une réflexion anthropologique qui ne fait pas appel aux vérités révélées de leurs fois respectives.

  4. Le « sentiment moral » n’est rien d’autre que l’intériorisation de contraintes initialement extérieures, de même que les lois qui d’ailleurs ne requièrent aucune intériorisation pour être respectées: la force extérieure , le gouvernement, suffit.

    Il n’ y aucun droit naturel non plus que de droit divin: les lois et les injonctions morales n’ont aucune autre fonction que celle de réprimer les tendances naturelles, les vraies ( égoïsme et érotisme) ;

    ceci est connu depuis l’aube des temps, aussi bine des primitifs que des civilisés, et je voit guère ce qu’un morale chrétienne, c’est à dire de traîne savates représentant la lie de la sociéé juive d’alors, pourrait apporter, sinon des revendications vengeresses et « égalitaires » caractéristiques des « petits ».

  5. Fucius, le catho imbécile de service qui croit en des divinités qui n’existent pas, et qui oublie un peu trop rapidement que le Moyen-Age est un âge sombre à cause du fanatisme chrétien, basé sur un mythe fumeux d’un homme n’ayant jamais existé. Être ainsi endoctriné démontre à quel point Fucius n’est qu’un imbécile !