Exil : l’idéologie de la prison fiscale

Publié Par Alain Cohen-Dumouchel, le dans Politique

En désignant comme des coupables ceux qui choisissent l’exil pour des raisons fiscales, la gauche socialiste et la droite gaulliste tiennent un curieux raisonnement qui trouve son origine dans leur idéologie commune.

Par Alain Cohen-Dumouchel.

En désignant comme des coupables ceux qui choisissent l’exil pour des raisons fiscales, la gauche socialiste et la droite gaulliste tiennent un curieux raisonnement qui trouve son origine dans leur idéologie commune. Les dirigistes considèrent en effet que ce n’est pas parce qu’on a payé ses impôts qu’on est dégagé de ses obligations financières avec l’État. Parfaitement compréhensible s’agissant de la droite nationale, cette idéologie doit-elle faire l’unanimité à gauche ? Nous ne le croyons pas.

Gérard Depardieu s’est acquitté de ses impôts en tant que citoyen français pendant toute sa vie. D’un point de vue fiscal Gérard Depardieu et l’État français devraient donc « être quittes » et se séparer bons amis. Pourtant, non, cela ne suffit pas, le message envoyé par les dirigistes, c’est que Gérard Depardieu doit encore quelque chose à « la France ». Autrement dit tout ou partie de son travail et de ses revenus futurs « appartiennent » à l’État-nation France. Pour la horde dirigiste, Gérard Depardieu ne « peut » et ne « doit » pas quitter la France.

La France est-elle devenue une secte qu’on ne peut quitter sans être poursuivi ou menacé ? Ou bien, cette notion d’appartenance forcée de l’individu à la collectivité nationale trouve-t-elle ses racines dans une conception de la société que l’on croyait disparue, à savoir le servage et son proche parent l’esclavage ?

La définition du servage extraite de Wikipedia est en effet étrangement appropriée à la situation des exilés fiscaux français :

Le servage, du latin servus, « esclave », est défini par la convention relative à l’abolition de l’esclavage des Nations unies comme la « condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition ».

En 2012, Gérard Depardieu a indiqué avoir payé 85% de ses revenus en impôts. En 2013 et 2014, il est donc probable que ce pourcentage approchera les 95 à 100% puisque la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu passera à 75%, et que toutes les autres taxes, y compris indirectes, seront en augmentation.

Gérard Depardieu est donc invité à verser la quasi totalité  de ses revenus au fisc parce que les hommes de l’État ont mal géré les finances publiques pendant 40 ans. Et il lui serait interdit de « changer de condition » en quittant la France ?

On peut trouver la comparaison avec le servage déplacée pour la raison que Gérard Depardieu est (encore) riche et que les serfs étaient – relativement – pauvres. Et pourtant, à travers les âges et malgré les différences de conditions c’est bien la même vision de la société que l’on doit subir.

Dans cette conception particulièrement réactionnaire de la collectivité, l’individu autonome, libre de ses choix n’existe pas, il n’est qu’un citoyen qui ne doit son éventuelle réussite qu’a sa « mère patrie ».

Si Gérard Depardieu a réussi c’est grâce au cinéma français et à la langue française pensent les dirigistes qui s’estiment donc « propriétaires » de la langue et de la culture françaises. Pour les utiliser il faudrait donc les « louer » à l’État français, comme le seigneur le faisait de sa terre.

Dans cette conception d’ancien régime, tristement réactualisée par Hegel, ce n’est pas « le peuple réuni en Nation » qui fait la France (suivant la terminologie révolutionnaire de 89), c’est au contraire la Nation française qui « fait » le peuple et qui peut donc l’utiliser comme bon lui semble. L’individu n’est plus une fin, c’est un moyen au service du pouvoir, tour à tour chair à canon, ou rançonnable par le fisc

En conclusion, entre l’injonction de notre précédente équipe dirigiste : « La France, on l’aime ou on la quitte », et celle de la nouvelle : « La France, elle vous plume et on ne la quitte pas », la marge de manœuvre des Français rationnels commence à se rétrécir sérieusement.


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  1. Il n’est pas anodin que la révolution ait inventé l’impôt du sang ; tout citoyen est soldat de la république et de la patrie de 16 à 45 ans si mes souvenirs sont exacts.

  2. On recherche des immigrants de la France pour venir repeuplé le Québec à l’abri du fisc français. Y a t-il des preneurs ? On vous attend, nous sommes en pénurie de main-d’oeuvre.

      1. C’est d’ailleurs étonnant, serait.ce un mal des francophones ? La romandie est la partie la plus endettée et la plus socialiste de suisse. Et que dire de la Belgique avec sa première place pour la fiscalité ?

        Le sud de l’europe (racine latine) est aussi beaucoup plus touchée que le nord.

  3. Merci de ne pas associer le mot gaulliste à ce qui sert de « droite » en France!
    Il y a bien longtemps que cette étiquette est usurpée par de pseudos-héritiers indignes…
    Le Général estimait, quant à lui, qu’il était immoral de prendre plus de 50% des ses revenus normalement acquis, à quelqu’un quel que soit le « noble » prétexte invoqué pour ce faire, parce que cela revenait à de la spoliation pure et simple…
    Notre état dirigé par des socialistes de droite ou de gauche n’a plus de tels scrupules depuis 1974…