Microéconomie et macroéconomie

Publié Par Vladimir Vodarevski, le dans Économie générale

Le sens du terme « microéconomie » a évolué. Il est trompeur : à chaque fois qu’il est employé, il faut faire attention à ce qu’il désigne réellement.

Par Vladimir Vodarevski.

Le terme microéconomie est utilisé pour désigner l’étude des agents économiques, comme le consommateur, l’entreprise, tandis que la macroéconomie désigne l’étude globale de l’économie, à travers des agrégats comme la consommation, la production, l’emploi. On considère que la microéconomie apporte des fondements à la macroéconomie, les deux champs d’études se complétant.

Cependant, si la définition de la macroéconomie est acceptable, celle de la microéconomie ne l’est pas tout à fait. Le sens de ce terme est ambigu car il désigne deux choses différentes. À la fois le sens courant défini plus haut, et elle peut dans ce sens être englobée dans la macroéconomie. Mais c’est aussi un courant économique totalement différent de la macroéconomie. L’évolution du sens du terme traduit ainsi l’évolution dans la manière d’appréhender l’économie.

Nous déterminerons ici les différences entre la microéconomie et la macroéconomie, et l’évolution de ce que recouvre la notion de microéconomie. Pour cela, nous présenterons d’abord la microéconomie, puis la macroéconomie, puis la microéconomie au sein de la macroéconomie.

La microéconomie utilise les mathématiques pour décrire la théorie économique. C’est la première forme de mathématisation de l’économie. Les représentants de ce courant sont, par exemple, Léon Walras, Alfred Marshall. Sa méthode consiste à partir du comportement de l’individu, mathématisé en un « homo œconomicus ». La microéconomie considère que l’individu cherche à maximiser son utilité. Cette maximisation se fait sous contrainte. En effet, l’individu n’a pas des moyens illimités à sa disposition, doit prendre en considération son environnement et les autres individus. L’économie est ainsi l’interaction des actions des individus.

La microéconomie, à l’origine, décrit donc le fonctionnement global de l’économie en partant du comportement de l’individu. Et non simplement le comportement des entreprises et des ménages. Ainsi, l’équilibre général de Léon Walras est une mathématisation globale de l’économie.

Cette mathématisation n’est pas descriptive, mais normative. Les mathématiques ne sont pas utilisées ici pour prédire un taux de croissance. Ils sont un outil pour expliquer, de manière abstraite, le fonctionnement de l’économie. Il est souvent reproché à la microéconomie cette conceptualisation d’un homo œconomicus, qui ne correspond pas à la réalité. C’est en fait le principe des mathématiques de travailler avec des abstractions. La microéconomie ne prétend pas que cet homo œconomicus soit réel. C’est un outil.

En outre, la microéconomie d’origine s’inscrit dans la continuité des travaux économiques précédents. Elle fait partie du courant néoclassique, qui est lui-même une évolution du courant classique, dans la lignée d’Adam Smith, David Ricardo. Les mathématiques sont utilisées pour mettre en équation une conceptualisation de l’économie issue d’une tradition littéraire.

La macroéconomie a ensuite supplanté la microéconomie. La macroéconomie qui s’est développée était d’abord une mathématisation des théories keynésiennes. Keynes étant lui-même assez peu favorable à cette mathématisation. La macroéconomie modélise l’économie à partir d’agrégats globaux : dépenses publiques, épargne par exemple. Elle étudie comment l’action de l’État, par la dépense publique, par le contrôle des taux d’intérêt, par la redistribution, peut créer de la croissance et des emplois.

La macroéconomie ne s’inscrit pas dans la tradition économique des classiques aux néoclassiques. Certes, Keynes considérait que le modèle microéconomique d’équilibre général était un cas particulier qui pouvait s’inscrire dans sa théorie. Cependant, la théorie keynésienne s’appuie pour cela sur une interprétation erronée de la loi de Say, qui la rend totalement différente de la tradition classique et néoclassique. En fait, le keynésianisme est basé sur la dépense. C’est une théorie de la circulation monétaire.

La macroéconomie s’appuie cependant sur des fondements microéconomiques. Elle étudie le comportement des consommateurs, des entreprises, pour modéliser les effets de la dépense publique. C’est aussi une reprise par la macroéconomie des outils mathématiques développés par la microéconomie.

Ce mélange d’outils de microéconomie et de macroéconomie keynésienne a reçu pour nom économie de la synthèse. Le plus souvent appelé synthèse néoclassique. Cependant, elle est largement keynésienne au départ, et je préfère donc le terme de synthèse keynésienne.

Mais ce n’est pas la microéconomie d’origine dont il est ici question. En effet, celle-ci était une théorisation globale de l’économie, qui partait du comportement de l’individu. La microéconomie est réduite à des outils mathématiques de modélisation du comportement des individus et des entreprises.

La macroéconomie est donc d’origine keynésienne. Cependant, une macroéconomie classique s’est ensuite développée. Avec par exemple Milton Friedman. Cette macroéconomie démontre que l’intervention de l’État ne permet pas de relancer l’économie. Cette macroéconomie classique reprend la méthode de la macroéconomie keynésienne. Le comportement des individus, des entreprises, est modélisé, pour ensuite étudier les effets des décisions du gouvernement, par la dépense publique par exemple. C’est une méthode qui se veut empirique. Des hypothèses microéconomiques sont définies à partir de l’observation des agents économiques, puis elles sont utilisées pour construire un modèle macroéconomique.

La science économique rassemble ainsi la microéconomie et la macroéconomie. Certains économistes se focalisent sur l’étude d’un type d’agent, sur une hypothèse. Le champ d’étude peut être le marché du travail, l’hypothèse l’asymétrie de l’information. La méthode est de développer une hypothèse à partir de l’observation, et de construire une modélisation à partir de l’hypothèse, tout en la confrontant à la réalité.

Le sens du terme « microéconomie » a donc évolué. Il est trompeur. À chaque fois qu’il est employé, il faut faire attention à ce qu’il désigne réellement. Cette évolution illustre aussi la manière d’appréhender l’économie, d’une conceptualisation théorique vers une méthode qui se veut plus empirique. La macroéconomie, et ses fondements microéconomique, est dominante. Même si d’autres branches existent encore, à travers notamment l’école autrichienne.

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  1. Autrement dit le grand bout de la lorgnette et le petit bout le la lorgnette.

    J’aime assez essayer de constater si les deux disent les même choses.

    Concernant l’immobilier, je constate, localement, que de nombreux logements sont libres, j’en déduis que, globalement, l’offre est supérieure à la demande.

    Sur les revenus, je vois que les gens qui font la manche aux abords des supermarchés low-cost sont plutôt jeunes, ce que les statistiques ne nient pas.

    Bref, assez souvent le zomm et le panorama coincident.

  2. Aujourd’hui la macroéconomie est totalement micro fondée. Ce ne sont pas les nouveaux classiques qui ont repris la macroéconomie keynésienne (d’ailleurs Milton Friedman n’est pas un nouveau classique, au passage) mais bien l’inverse.

    Le courant nouveau classique adresse des critiques microéconomiques à la macroéconomie keynésienne, et ces critiques ont été si fortes et si pertinentes que l’ensemble de la macroéconomie traditionnelle a disparu, pour ne devenir que des chapitres de cours de licence.

    A la place, et les nouveaux classiques, et les nouveaux keynésiens fondent leur analyse macro sur de la micro. C’est donc historiquement la micro qui a « gagné », il suffit de lire de la macro contemporaine.

    Par ailleurs, les classiques sont foncièrement des macroéconomistes, contrairement au néo classiques. D’où la dénomination « nouveaux classiques » pour les microéconomistes qui se sont attaqués à la macro. David Ricardo, c’est l’étude de la répartition des revenus entre classes sociales : fondamentalement de la macroéconomie ! Malthus, c’est la démographique, donc de la macro… etcetera

  3. Ca sert à pas grand chose de connaitre la micro et la macro éconnomie si au final on sait toujours pas faire mieux que de parler PIB et d’être en crise.

    C’est la preuve que l’indicateur est mauvais !