Lettre ouverte à Nicolas Doze sur le défaut de la Grèce

Publié Par Patrick Smets, le dans Économie internationale

Lettre ouverte à Nicolas Doze : les souffrances actuelles de la Grèce ne sont pas dues à son défaut souverain, mais, au contraire, au refus catégorique de faire défaut.

Par Patrick Smets, pour le Parti Libertarien, depuis la Belgique.

«Monsieur,

Bien qu’habitant la Belgique, je suis un auditeur régulier de BFM Business, station sur laquelle j’ai le plaisir d’entendre régulièrement vos interventions pleines de bon sens.

Ce matin, lors du journal de Stéphane Soumier, vous avez déclaré (de mémoire) : « Si l’on pouvait éviter le défaut, ce serait bien. Personne n’a envie de se retrouver dans la situation grecque. »

À ce propos, j’aimerais attirer votre attention sur deux points.

D’abord, les souffrances actuelles de la Grèce ne sont pas dues à son défaut souverain, mais, au contraire, au refus catégorique de faire défaut. Très tôt, les économistes libéraux ont indiqué qu’il serait impossible à la Grèce de faire face à ses obligations de remboursement. Voilà presque 3 ans que le magazine The Economist a commencé à défendre le défaut grec comme une première mesure d’assainissement des finances publiques. D’ailleurs, ce journal spécifiait à l’époque que plus la Grèce tarderait à prendre cette mesure, plus celle-ci se révélerait douloureuse.

Hélas, les dirigeants allemands et français n’ont pas voulu l’entendre de cette oreille. Depuis le début, ils s’acharnent à forcer la Grèce à rembourser ses créditeurs. Toutes les mesures mises en œuvre ces dernières années visaient à empêcher un défaut, qui, paraît-il, aurait déshonoré la zone Euro. L’an passé, un timide premier pas a été fait avec le PSI, mais, trop tardif et trop restreint, il n’a pas permis à la Grèce de retrouver la bouffée d’oxygène nécessaire à la relance de son économie. Il semblerait désormais que Mme Merkel ne s’oppose plus à un défaut de la Grèce, mais pas avant un an ou deux.

Il me semble donc important de rappeler à chaque occasion qu’il n’y a pas véritablement eu de défaut grec et que le désastre économique actuel est lié à l’orgueil des instances politiques (France, Allemagne, UE, BCE, FMI) qui ont voulu conjurer l’inéluctable et n’y sont pas parvenues.

Ensuite, comme vous le précisiez, ce serait bien si l’on pouvait éviter le défaut souverain dans l’Europe du Nord. Mais le pouvons-nous encore ? Aujourd’hui, les dettes publiques ont atteint des sommes monstrueuses et nous asphyxient par leur remboursement. Quoique la période actuelle soit extrêmement favorable aux États, avec des taux d’intérêt proches de zéro, les gouvernements sont confrontés à des difficultés budgétaires colossales. Pour ne rien arranger, il n’y a aucune chance que les taux restent longtemps aux niveaux actuels. Que ce soit par le retour de la croissance ou par celui de l’inflation, les taux sont appelés à remonter un jour ou l’autre. À ce moment, les finances publiques imploseront sous le poids de la dette et nous serons confrontés à un choix cornélien : rembourser la dette ou l’annuler.

En ce qui concerne la Belgique, mon pays, le Parti Libertarien défend explicitement l’annulation pure et simple. Pour nous, il est hors de question de courir le risque d’une situation à la grecque. Nous refusons que le remboursement de la dette publique soit utilisé comme argument pour imposer l’austérité socialiste, augmenter toujours plus les impôts et détruire le peu d’économie privée qu’il nous reste.

La dette publique est le fruit de 60 ans de politiques interventionnistes et de pseudo-relance keynésienne. Nous ne nous sentons pas tenus par les conséquences d’une politique que nous avons toujours condamnée. Les créanciers étaient parfaitement au courant de la situation et ils ont fait le pari du toujours plus d’État. Ils ont perdu. Tant pis pour eux.

Loin de constituer une catastrophe économique comme on le dit trop souvent, l’annulation ordonnée de la dette doit être un nouveau départ. Accompagnée d’un grand mouvement de privatisation et d’une diminution drastique des impôts, cette annulation permettra l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs qui donnera un formidable coup d’accélérateur à notre économie. Ce sera le commencement d’un nouveau siècle de paix, de liberté et de richesse.

Nous ne doutons pas que le mouvement initié par les libertariens belges trouvera très prochainement un écho auprès de nos compagnons français.

En vous félicitant encore pour la qualité de vos émissions, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations respectueuses.

Patrick Smets »


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  1. « Les créanciers étaient parfaitement au courant de la situation et ils ont fait le pari du toujours plus d’État. Ils ont perdu. Tant pis pour eux. »

    Que d’erreurs fatales dans cette lettre !

    Première erreur qui consiste à confondre la faillite privée avec le défaut public ! Faire faillite pour une entreprise fait partie de la vie économique normale. Mais, parce qu’il n’est pas un agent économique, un Etat ne subit pas la faillite : il fait volontairement défaut.

    Un défaut public est une perversion politique qui n’a rien à voir avec l’économie, puisque l’Etat qui choisit le défaut a toujours les moyens de rembourser. Un défaut public n’est qu’un crime contre la liberté et la propriété privée, donc contre la vie, au même titre que le chantage, le vol ou le meurtre sont des violences inacceptables dans l’économie de marché libre.

    Deuxième erreur, celle qui consiste à isoler les créanciers du reste de la population, comme si les créanciers n’en faisaient pas partie, comme s’ils étaient des sous-hommes négligeables. Ces propos n’ont pas plus de fondement que ceux des socialistes de droite ou de gauche qui stigmatisent leurs boucs émissaires préférés (riches, immigrés, apatrides mondialistes, etc.) Troisième erreur, conséquence logique de la seconde : sous-entendre la duplicité des créanciers. Est-il nécessaire de rappeler que de nombreux créanciers ont été légalement contraints d’acheter de la dette publique ?


    « (…) l’annulation ordonnée de la dette doit être un nouveau départ. Accompagnée d’un grand mouvement de privatisation et d’une diminution drastique des impôts (…)  »

    C’est la quatrième erreur du raisonnement, sans doute la plus risible si elle n’était la plus grave. L’effondrement économique inexorable à la suite d’un défaut comporte le risque maximum de voir s’aggraver le poids de l’Etat, par l’arrivée d’un gouvernement totalitaire. Avez-vous donc oublié que la révolution socialiste a commencé par un défaut en Russie ?

    Aujourd’hui, ce que beaucoup croient être une crise est en réalité une mutation, mutation qui nous fait quitter le XXe siècle collectiviste pour entrer dans le XXIe siècle nécessairement libéral. La social-démocratie, avec ses Etats providentiels obèses au bord du défaut de paiement, est le dernier avatar du collectivisme. Elle va disparaître sous le poids de ses contradictions, comme les autres collectivismes soviétiques ou nazis avant elle.

    L’un n’allant pas sans l’autre, la réduction du poids de l’Etat et le remboursement de la dette doivent être impérativement réalisés simultanément. Pas la peine de perdre votre temps à chercher d’autres solutions « libérale » : il n’y en a pas.

    1. Bubulle,

      Comment pouvez-vous dire que l’Etat a toujours les moyens de rembourser? L’Etat n’a pas d’autres moyens que ceux qu’il se procure par la spoliation de la propriété privée. Que l’Etat rembourse ou non ses dettes, dans les deux cas il y aura spoliation, soit des contribuables, soit des créanciers. Et il a de bonnes raisons morales pour préférer sacrifier les seconds plutôt que les premiers.

      http://www.contrepoints.org/2012/10/29/102389-rothbard-et-la-perspective-libertarienne-sur-la-dette-publique

      1. L’état français n’aurais donc pas d’actifs à céder?
        Il parait que ces actifs sont supérieurs à la dette. C’est bien simple, une grosse vente aux enchères, une flat tax à 15%, une gestion régalienne sans déficit. En deux ans tout est en place.

        Tout ce que l’état a déjà pris sera difficile à réattribuer, le céder semble la meilleure solution.

      2. « (…) spoliation, soit des contribuables, soit des créanciers. »

        Laura Le Coz, cette distinction n’est pas opérationnelle et vous faites là une erreur assimilable à la deuxième visée ci-dessus. Contribuables et créanciers sont les mêmes individus. Si l’Etat fait défaut, il va spolier deux fois les individus, une première fois par la destruction de leur revenu (l’impôt), une seconde fois par la destruction de leur patrimoine (le défaut).

        Entre autres pour les motifs évoqués dans l’article que vous citez, la dette publique est illégitime et, tôt ou tard, il faudra faire de l’interdiction des dettes publiques un principe politique, juridique et économique absolu dont le non-respect devra être sanctionné par des peines exemplaires. Mais en attendant, nous sommes contraints de faire face à la réalité, aussi déplaisante soit-elle. Pour dire le fond de ma pensée, espérer ou réclamer le défaut est plutôt un signe d’immaturité.

        Les créances actuelles sur l’Etat sont parfaitement légitimes et les créanciers de bonne foi puisqu’ils sont en même temps des contribuables. Il est donc immoral de leur faire porter le poids de l’inconséquence de l’action politique, d’autant que l’Etat a largement les moyens d’assumer la totalité de sa responsabilité, en dépensant moins à ressources équivalentes. Comme je l’ai déjà expliqué dans une file récente, créer un effet de rareté sur la dette publique pour étaler sa charge sur plusieurs décennies réduirait les risques à néant. Pour y parvenir, il convient de cesser de produire de nouvelles dettes : l’équilibre budgétaire strict est la clé du problème.

        C’est parce qu’ils le savent bien que nos politiciens, roublards, ont commencé par augmenter les impôts de 60 milliards (Sarkozy puis Hollande) depuis 2 ans, avant de concéder la moindre économie. Malgré cela, leur projet va échouer, mais c’est un autre sujet.

        1. « l’Etat a largement les moyens d’assumer la totalité de sa responsabilité, en dépensant moins à ressources équivalentes. »

          Comme la Grèce par exemple… Ah bah non ils ont sans cesse aidés et 50% de leur dette privée a été effacée.

  2. @bubulle. Comment pouvez vous sortir des âneries comme  » les créanciers sont les contribuables » je croirais entendre parler mon grand père. Et quand bien même ce serait vrai, quel est le seul d’imposer le contribuable pour rembourser le créancier, vu que c’est une seule et même personne. À part générer des frais de fonctionnement, ça n’a aucun intérêt.

    1. « Et quand bien même ce serait vrai » : mais c’est le cas ! En dernière analyse, ce sont toujours des individus, contribuables par ailleurs, qui sont propriétaires des créances. A partir de là, le reste du raisonnement proposé dans cet article ne tient plus. La faillite (privée) est économiquement acceptable dans la mesure où elle est subie. Mais le défaut public est inacceptable car il est toujours volontaire.

      1. Non, ce que vous dites est totalement faux. Evidemment qu’en dernière analyse, ce sont toujours des individus (que pourrait-ce être d’autre ? des martiens ?) mais ce ne sont pas les mêmes individus. Déjà plus de 50% de la dette publique est détenue hors du pays (chiffres belges) et, de plus, à l’intérieur du pays, rien ne permet de penser que les titres de créances sont répartis de façon proportionnelle au taux d’imposition. Et quand bien même, j’y reviens, c’est votre hypothèse d’identité qui ne tient absolument pas la route, parce que justement, dans le cas d’une identité parfaite des créanciers et des contribuables, un défaut est un événement totalement indolore pour eux. Et même positif car ils ne payeront les frais de fonctionnement de la levée de l’impôt suivi du payement de leurs intérêts.

  3. @bubulle. Comment pouvez vous sortir des âneries comme  » les créanciers sont les contribuables » je croirais entendre parler mon grand père. Et quand bien même ce serait vrai, quel est le seul d’imposer le contribuable pour rembourser le créancier, vu que c’est une seule et même personne. À part générer des frais de fonctionnement, ça n’a aucun intérêt.

  4. La seule raison pour laquelle on a pas sortie la Grèce de l’euro est politique, ils ne veulent pas ouvrir la boite de Pandore, ils veulent éviter l’effet de domino inévitable: la sortie 1 par 1 des pays de l’euro.

    Les euro-fédéralistes sont allés de concession en concession « au nom de l’Europe », zappés les peuples, les faire revoter s’ils votent mal, ne jamais leur demander clairement s’ils veulent cette UE et s’ils en veulent une fédéralisée, créer une monnaie unique sans Etat qui pus est sur des pays trop différents et en en incorporant toujours plus etc. Ils sont près a sacrifier nos pays millénaires sur l’autel de l’Europe. Comme dit Nigel Farage, ils agissent comme des drogués et plus ils avancent leur Europe plus elle est anti-démocratique et non-viable.