Dette publique : l’insignifiance des agences de notation

Publié Par Acrithene, le dans Économie générale

Les décisions des agences de notation n’ont aucun impact sur les marchés, une constatation tout à fait cohérente avec la théorie financière.

Par Acrithène.

Une des principales nouvelles économiques de la semaine dernière était la dégradation de la note financière de la France par Moody’s, seconde des trois grandes agences à retirer à la France sa note parfaite de AAA.

Immédiatement, journalistes, hommes politiques et groupes de pression (par exemple le MEDEF) y sont allés de leur commentaire sur la gravité de cette nouvelle. La vérité est que le peu d’importance dont disposent les agences de notation se trouve essentiellement dans la réglementation bancaire, et par exemple dans leur utilisation par la Banque Centrale Européenne. Quant aux marchés financiers, ils s’en moquent totalement. Autrement dit, les notes accordées par Moody’s, Fitch and Standard & Poor’s ne changent pas le coût auquel se financent les Etats.

Il y a une explication théorique au désintérêt total des investisseurs pour ces notes : l’efficience des marchés financiers. Cette théorie stipule que les prix des actifs financiers reflètent correctement leur valeur au regard des informations publiques disponibles. Contrairement à ce que beaucoup de commentateurs laissent entendre sur cette théorie, afin de l’utiliser comme homme de paille, elle ne prévoit absolument pas que les prix reflètent parfaitement la valeur des actifs financiers (ce qui empêcherait les krachs), tout simplement car de nombreuses informations pertinentes sont indisponibles. A l’impossible, nul n’est tenu.

La théorie financière prévoit donc que les analyses de Moody’s ne peuvent avoir d’impact sur les marchés que si Moody’s a des informations non publiques. La meilleure preuve de cela est que si les analystes de Moody’s avaient vraiment la capacité de mieux analyser le niveau de risque d’une dette que ne le fait tout seul le marché, alors pourraient-ils faire fortune en gardant cette analyse pour eux-mêmes et en ouvrant un hedge fund. Le fait est que, dans le cas de la notation des Etats, les informations utilisées par Moody’s sont aussi accessibles aux investisseurs, qui font eux-mêmes leurs analyses financières en ignorant totalement les scribouillards des agences.

Un de mes brillants camarades d’HEC avait réalisé une analyse du rôle des agences de notation dans la crise des dettes publiques grecques, irlandaises et portugaises, entre octobre 2009 et avril 2011. Elle montre clairement que les agences de notation ne jouaient aucun rôle dans l’évolution des taux d’intérêt exigés par les emprunteurs.

Je reproduis ci-dessous trois graphiques, représentant l’évolution du spread sur les obligations gouvernementales à 10 ans de ces trois pays relativement à l’Allemagne. C’est-à-dire la différence entre le taux d’intérêt demandé à un de ces trois pays et le taux demandé à l’Allemagne lors d’un emprunt à 10 ans.

Les points rouges représentent des dégradations de la notation. D’après ce qu’on entend à la télévision, cela devrait être suivi d’une hausse immédiate du coût de l’emprunt. Or les graphiques montrent qu’à l’évidence les spreads évoluent dans le plus grand mépris des analyses des agences de notation.  Ce qui est conforme à la théorie financière.

 

 

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  1. Ouais elles n’ont pas d’incidence surtout parce que la banque centrale suisse est contrainte d’acheter des aot francais et allemands pour pour eviter que la fuite des capitaux ne penalise son economie !

  2. A la base, la notation des Etats n’a aucun sens car les Etats ne peuvent pas faire faillite.

    En effet, lorsque les Etats font défaut, cela n’a pas de conséquence sur leur existence (du moins de conséquence majeure). Quelques millions de pauvres de plus, des émeutes de la faim de ci de là n’ont jamais fait peur aux politiciens illuminés par leur conscience supérieure du bien commun, tellement supérieur aux vulgaires intérêts individuels égoïstes !

    Quand ils font défaut, les Etats ne sont pas obligés de céder leurs îles à leurs créanciers, ni leurs routes, ni leurs avions de combat ou leurs monuments historiques. Ceux qui prétendent que la dette publique serait gagée par le patrimoine public, par exemple la tour Eiffel, les musées nationaux ou les lignes de TGV, racontent évidemment des fadaises. Et finalement, les dettes publiques ne peuvent être garanties autrement que par le potentiel de violence des Etats, notamment la violence fiscale envers leurs populations.

    L’histoire nous montre que la probabilité de défaut des Etats surendettés est maximale, précisément parce que les Etats ne craignent par grand chose de la part de leur créanciers. Conclusion : que les agences notent les Etats n’a aucune espèce d’importance car les dettes publiques portent toujours, quoi qu’on en dise, le risque maximum pour les investisseurs. Il serait bon que les étudiants d’HEC ou d’ailleurs prennent conscience de ce risque maximum et de la nécessité absolue d’interdire par principe les dettes publiques, toutes les dettes publiques.

    C’est à cette condition nécessaire et suffisante que les crises économiques systémiques disparaîtront.

    1. « les dettes publiques portent toujours, quoi qu’on en dise, le risque maximum pour les investisseurs. »

      Je ne le pense pas, ni qu’il faille interdire la dette publique.
      Selon moi la solution est la démocratie directe.
      Le contrôle populaire empêche les excès de la représentation, rétablit le contrôle du bon sens sur le conformisme.
      Mieux que l’étalon-or.

      Je pense important, aussi, de cesser de taxer les bénéfices afin de cesser de favoriser le recours à l’endettement chez les entreprises.

      1. Entièrement d’accord avec votre dernière phrase. L’autofinancement est la base d’une entreprise saine et l’IS est contre-productif à cet égard. L’effet de levier de l’endettement ne devrait venir qu’en troisième intention, après le recours à l’actionnariat et à l’autofinancement.

        Pour revenir au premier sujet, la dette publique est un impôt décalé sur les générations futures. Comment faire valider démocratiquement l’endettement par ceux qui seront réellement concernés, les contribuables votants de demain ? On voit bien que la démocratie directe, pourtant hautement souhaitable, n’est pas opérationnelle dans ce cas de figure.

        La dette publique est définitivement contraire à la démocratie. C’est aussi pour cette raison qu’il convient d’interdire fermement le recours public à la dette.

  3. Les décisions des agences de notation n’ont aucun impact sur les marchés, une constatation tout à fait cohérente avec la théorie financière.

    à laquelle?? ça n’a aucun sens de dire LA théorie financière

  4. Totalement d’accord avec l’article, d’autant plus que les agences tenues à la prudence ont toujours un (très long) temps de retard.

    Elle ne font qu’officialiser pour le grand publique une situation déjà prise en compte par le marché.

  5. Oui, c’est clair. Les agences de notation confirment ce que les marchés ont déjà intégré dans leurs cours.L’eefet retard est évident sur les courbes.
    C’est certain que les investisseurs font leurs analyses dans leur coin et en tirent les conséquences dans la composition de leurs porte-feuilles. Quand les investisseurs penchent majoritairement d’un côté, les cours baissent fortement.

    Exemple vécu à la fin des années 90 avec France Telecom. Nos analuystes financiers nous avaient alarmé sur la dette de France Telecom et nous avions eu l’ordre de vendre toutes les obligations FT de durée supérieure à 3 ans. Nous avons donc vendu discrètement nos titres et nous nous sommes rendu compte que nous n’étions pas les seuls : les spreads s’envolaient. Bien sûr, la note de FT a fini par baisser, mais après. Le spread est un indicateur avancé que tous les gérants obligataires surveillent en permanence.

    Ce qui serait bien dans l’article c’est d’avoir le graphique du spread OAT Bund 10 ans et de savoir aussi qui achète les OAT.

  6. Oiseau à grise robe

    Il manque une partie dans cette analyse. Lorsqu’une dégradation fait passer une note sous un seuil réglementaire (par exemple un fonds de type x ne peut contenir d’obligation ayant un rating inférieur à y), il se peut que la dégradation entraine une vente forcée (meme si la valoristion de l’actif n’a pas changée) et donc un bref relèvement des taux. Il ne s’agit pas d’une déficience du marché mais d’une déficience induite par la régulation, comme souvent.