Vu de l’étranger : le suicide fiscal de l’Europe

Publié Par Daniel J. Mitchell, le dans Europe, Fiscalité

Pas de réduction des dépenses publiques et hausse des impôts : le secteur privé est le seul à supporter l’austérité.

Par Daniel J. Mitchell, depuis Washington D.C., États-Unis.

Le mois dernier, j’ai partagé une stupéfiante illustration dévoilant que les hausses d’impôt comptent pour 90% de la soi-disant «austérité» en Europe.

« Pour chaque euro de réduction de dépenses, il y a 9 euros de hausses d’impôts. »

L’auteur du graphique, Véronique de Rugy du Mercatus Center, nomme cela «l’austérité du secteur privé» et soutient à juste titre que son continent d’origine aurait plutôt désespérément besoin d’une austérité dans le secteur public.

La bonne nouvelle est que davantage d’analystes rejoignent la lutte, considérant que l’Europe est en difficulté en raison de son incapacité à résoudre le réel problème des dépenses publiques excessives.

Voici quelques extraits d’une chronique de Matthew Melchiorre du Competitive Enterprise Institute pour USA Today, à commencer par un bon résumé de l’erreur européenne d’imposer l’austérité sur le secteur privé.

La folie de l’«austérité» essentiellement composée de hausses d’impôts, et non de réduction de dépenses, a conduit les économies du vieux continent dans le mur. Nous suivrons le même chemin sauf si le Congrès contient Oncle Sam hors des portefeuilles des Américains et donne des coups de hache dans le budget de Washington. (…) Que nous réserve l’avenir ? Pour en avoir une idée, nous pouvons regarder du côté de l’Europe qui, en adoptant une stratégie similaire, a rencontré peu de succès en matière de relance de la croissance. La réduction des dépenses a été faible. Aujourd’hui, pas un seul gouvernement de la zone euro n’est parvenu à réduire ses dépenses au niveau de 2007 en pourcentage du PIB, selon les données d’Eurostat. En revanche, les hausses d’impôts et de taxes ont été monnaie courante. L’augmentation de la charge fiscale totale des pays de la Zone Euro, corrigée des variations conjoncturelles, a été en moyenne de 5% entre 2007 et 2010, selon les données de la Commission européenne.

Eh bien, les dépenses n’ont pas été réduites, tandis que les impôts sont plus élevés. Cela ressemble fort à la malhonnête « approche équilibrée » d’Obama.

Mais il y a quelques exceptions à ce consensus de l’État obèse. Melchiorre note que l’Estonie et d’autres pays baltes ont décidé d’engager de véritables compressions budgétaires.

Plusieurs pays baltes ont brisé le carcan européen de l’«austérité» et de l’étranglement fiscal de la croissance, et ont connu par la suite un certain succès en comparaison de leurs pairs. Prenez l’Estonie, par exemple. Le gouvernement estonien a mis en place un programme d’austérité en 2009 (…) de coupe de 40% dans les salaires des fonctionnaires et d’une réduction de 16% des dépenses publiques totales en 2011.

Voilà qui sonne bien à mes oreilles. Je me suis fait l’avocat de l’approche Baltique depuis deux ans. Et il s’avère que ces nations ont suivi ma règle d’or pour de bons résultats.

L’économie de l’Estonie (…) a connu un rebond de 2% l’année suivante et a depuis continué de prospérer. Au cours des deux dernières années, par rapport à l’Allemagne, l’industrie estonienne a crû plus de deux fois plus rapidement. La hausse des impôts et taxes (…) ne contribue pas à la prospérité. Réduire le train de vie de l’État le permet.

Amen. Concernant le dernier point, je pense qu’on peut aller encore plus loin. Il ne s’agit pas seulement de dire que les hausses d’impôts ne fonctionnent pas. Mais qu’elles ne font qu’empirer les choses.

Le problème dans la plupart des pays est que la taille de l’État est trop importante. Dans le meilleur des cas, les hausses d’impôts se font concomitamment à la baisse des dépenses. Le plus souvent cependant, les hausses d’impôts conduisent à des niveaux plus élevés de dépenses publiques.

Cela nous ramène à la bagarre fiscale en cours aux États-Unis. Obama a campé sur ses positions et a exigé une augmentation des taux des tranches d’imposition supérieures. Il affirme que la responsabilité budgétaire rend nécessaire une telle approche digne de la «lutte des classes».

Mais posez-vous une question. Nous savons qu’à long terme le problème budgétaire de l’Amérique réside dans les dépenses sociales. Les politiciens doivent-ils être plus ou moins enclins à renforcer ces programmes s’ils pensent que les augmentations d’impôts sont une option ?

Si vous répondez «plus», vous devriez passer faire un tour en Grèce et voir comment votre système fonctionne.

—-
Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

Laisser un commentaire

    1. Les signes « supérieur » et « inférieur » que j’avais mis pour encadrer le bout de phrase à corriger, suivi de la bonne orthographe proposée, ont supprimé la phrase elle-même et sa correction, rendant incompréhensible mon message.

      Je reprends. Ma proposition concernait :
      « le secteur privé est le seul a supporté l’austérité »
      À corriger ainsi :
      « le secteur privé est le seul à supporter l’austérité »

      Désolé pour ce cafouillage dû à mon manque de maîtrise des « finasseries » de l’informatique et de l’internet… :-(

      1. Faux. Les grecs ont relevé les impôts et les taxes mais il y a de moins en moins de grecs prêts à les payer (et on les comprend). Quant aux dépenses publiques en Grèce, elles n’ont pas été réduites dans les faits malgré les annonces.

  1. Confirmation de terrain !
    Un article intéressant sur l’Agefi-Actifs n°565 concernant l’état du marché de l’immobilier neuf.
    Hors résidences services et ventes en bloc, les ventes ne devraient pas dépasser 68 à 70.000 unités en 2012. L’important est que les ventes aux investisseurs se sont effondrées de 45%.
    Si on analyse le tableau fourni on constate que les ventes ne dépassent jamais 100.000 unités si la part des investisseurs est inférieure à 50% (par rapport aux ventes en accession). On ne trouve que l’année 2007 avec 127.300 ventes et 49% part investisseurs. (année record depuis 1995).
    Compréhension si on n’est pas énarque, plus on tabasse l’investisseur moins il investit… Je vous laisse imaginer le manque à gagner fiscal : 2009 – 106.000 ventes et 64% – 2010 – 115.000 ventes et 63% – 2011 – 103.300 ventes et 57% – 2012 (e) 70.000 et 46% d’investisseurs. (Les ventes sont soumises à la TVA)
    Et nos merdias-pravda annoncent de nouvelles taxes sur la bibine, sur les desserts et qui… vont rapporter à l’état !

  2. Encore un va-t-en-guerre contre le social et de la paix publique dans votre tribune … il faudrait dire une bonne foi pour toute à ces gens que tout n’est pas binaire et que leur rêve de farwest se bloque à une réalité anthropologique. D’autres modèles sociaux sont possibles, mais celui du « bossez bande de feignasse pauvre » n’est ni enviable ni performant.

    1. @Neoxys

      Intéressant. Et comment vont vivre les pauvres s’ils ne produisent rien? C’est quoi votre système enviable : « bossez sales riches pour que les pauvres se la coulent douce »?

      1. Il ne faut pas être binaire …

        Vous n’allez quand même pas être de ces gens qui pensent que le chômage est le fait « de gens fainéants et assistés » qui parasitent et ponctionnent les richesses du bon père de famille qui « se lève tôt » pour faire un travail aliénant après son heure de bouchon automobile journalier.

        Je préfère caricaturer car pour certains c’est un véritable dogme et une méconnaissance totale de la réalité (réalité qui dépasse le simple « et si » du marché libre et des individus raisonnables).

        La condition du libéralisme c’est selon moi le revenu de base (une somme d’argent pour tous et sans conditions) déjà largement finançable avec un remaniement des dépenses sociales et qui permettrait à l’individu libre d’agir librement sur un marché libre du travail. Personne ne serait alors contraint à travailler pour servir (situation tragique qui a détruit le libéralisme) mais pourrait choisir de produire de son chef, d’investir, de développer, etc.

        1. « Il ne faut pas être binaire … »

          Mais c’est vous l’êtes! je n’ai fait que vous aider à en prendre conscience.

          Pour le reste de votre propos, « la condition du libéralisme etc » c’est tellement absurde que cela ne vaut même pas la peine d’être repris.

    2. Neoxys: « Encore un va-t-en-guerre contre le social et de la paix publique dans votre tribune »

      Absolument pas, il part du principe que pour distribuer il faut d’abord gagner l’argent, que pour avoir des entreprises il faut les favoriser.

      Des trucs que tout bon éleveur à pigé depuis des milliers d’années: Une bonne viande et une bonne traite s’obtient quand on s’occupe bien du bétail.

      Actuellement les PME sont responsable de l’écologie, de foultitudes de règles et freins (vous avez 3200 pages de lois pour vous servir d’un iPod ?) de faire travailler la population, de verser 65% de leurs revenus pour les pauvres mais surtout pour l’état qui les collectes et si malgré tout ça un entrepreneurs réussi encore on lui prend 70% à la sortie en le traitant de salaud.

      Sur le même mode on va aller pisser sur le vaches et leur donner des coups de trics a ces salopes qui gardent toute la viande et l’herbe.

      1. Il ne faut pas tout mélanger …

        Il y a des excès de règles et un mépris dommageable pour l’entrepreneuriat en France, on est d’accord là dessus. L’idée c’est maintenant de trouver des solutions viables, réalisables et bénéfique pour le plus grand nombre.

        Ce que je condamne c’est la posture « beauf » (qui n’est pas populaire, le beauf est l’idéologie des bas-instincts manipulés) qui consiste à exiger un sacrifice masochiste et surannée, criant à une liberté qui se soustraira à la leur. Vos métaphores du « bon paysan » me font bien rire quand on voit ce qu’est un paysan aujourd’hui (et ce qu’ils représentent encore en France). Le monde a changé, votre vieux coq doit devenir SmartBird.

        Il y a d’autres solutions que détruire des acquis avec pour seul argument la contrainte de la crise : la restructuration acceptée par exemple. Si vous ne voulez pas faire une nouvelle St Barthélemy en France, je vous conseille de penser plus loin que « contrainte = casser §§! ». Le poudjatiste a de cela en commun avec les nervis punk à chien du Front de gauche (le premier sur l’économie et la solidarité, le second sur l’ordre et la morale).

        Bref, je suis « tellement absurde » dixit Lio que je ne vais pas vous faire sentir attaqué plus longtemps (alors qu’on ne pense pas loin la même chose, simplement une question d’être visionnaire ou non).

  3. « Pas de réduction des dépenses publiques et hausse des impôts : le secteur privé est le seul à supporter l’austérité. »

    C’est exactement le problème, que personne ici en France, n’a souligné ou si peu (en dehors de quelques sites comme celui-ci)!

  4. Ouaw prendre l’Estonie comme exemple…. Bravo.
    Pour y avoir été, on prend quand même comme exemple des gens qui attendent à minuit que le petit bonhomme passe au vert sur un feu rouge alors qu’il n’y a AUCUNE voiture.

    1. nico: « des gens qui attendent à minuit que le petit bonhomme passe au vert sur un feu rouge alors qu’il n’y a AUCUNE voiture. »

      Force de l’analyse, pertinence des arguments !

      1. La notion de culture est essentiel dans l’analyse de n’importe quel pays, désolé de te décevoir. Mais j’oubliais que les libéraux était lobotomisés à ce niveau là héhé.

        Si c’est des chiffres macro que tu veux, n’importe qui sait faire une recherche sur google. Aller cadeau, http://www.est-emb.fr/estonie/economie/aid-120 .

        Pour le moment le pays n’a même pas retrouvé son niveau d’avant 2008, et voila d’où il part aussi.

        1. Ben Nico, si, le pays a retrouvé son niveau, justement … Merci pour le lien ;-) qui l’illustre …
          C’est stupide d’argumenter sur des concepts « les liberaux sont lobotomisés » etc. Personne ne détient la Vérité Universelle – elle n’existe pas. Par contre il existe des principes humains (identité des peuples, efficience des institutions etc) qui donnent de la cohérence aux décisions prises. Et ce sont principalement les résultats qui les illustrent.

          1. Tu lis mal, Yves, non, il n’a pas retrouvé son ancien niveau. Enfin, pas en 2011 (dernier chiffres produits). Un PIB de 16 G€ en 2011 *aux prix courants* ça ne vaut pas un PIB 16 G€ en 2007 : l’inflation en a bouffé pas loin de 20% ; en fait 16 G€ en 2007 aux prix de 2007 avec 20% d’inflation cumulée ça vaut 16/1.2=13,3 G€, c’est à dire peu ou prou le niveau de 2006. Ce qui ce voit aussi dans un taux de chômage encore important (12% contre 5% avant la crise).
            Par contre les finances publiques sont saines et la trajectoire est bonne (hausse de l’emploi, inflation correcte, croissance non nulle, …)

        2. nico: « Mais j’oubliais que les libéraux était lobotomisés à ce niveau là héhé. »

          L’Estonie (à l’économie dévastée par 50 ans d’occupation soviétique) prend une bonne direction. C’est à ce titre qu’elle est citée et pas au titre de son état actuel ou de l’état de ses feux de circulation.

          Tu es vraiment un gamin toi, faut tout t’expliquer.