Le dopage de Lance Armstrong, une affaire d’État ?

Publié Par Contrepoints, le dans Sport

Tout cela n’a pas commencé (et ne finira pas) avec les 7 victoires au Tour de France enlevées à Lance Armstrong pour dopage.

Par Ed Krayewski.

Le cycliste Lance Armstrong n’a jamais été contrôlé positif aux tests de dépistage des substances illicites, malgré des années de soupçon d’utilisation de produits dopants. Armstrong a gagné sept titres de Tour de France consécutifs entre 1999 et 2005 et a été blanchi après chaque victoire.

Et pourtant Armstrong a été déchu de ses titres du Tour récemment par l’Agence Antidopage des États-Unis (USADA), qui est en réalité une organisation « non-gouvernementale » qui reçoit près de 10 millions de dollars par an de l’Office of National Drug Control Policy [pdf].

L’USADA affirme avoir au moins 10 anciens coéquipiers qui témoigneraient contre Armstrong. Ce dernier a refusé de participer à une enquête plus approfondie. Selon les règles de l’USADA, cela vaut aveu, et l’USADA estime qu’elle a autorité pour retirer à Armstrong ses titres gagnés en France, car elle fait partie de l’Agence Mondiale Antidopage et que l’AMA est liée par les décisions de ses membres. Pendant ce temps-là, l’Union Internationale du Cyclisme, qui organise le Tour de France, annonce attendre l’explication complète de l’USADA sur son dossier contre Armstrong.

Quoi que vous pensiez de la culpabilité ou de l’innocence d’Armstrong – et s’il a bénéficié d’un procès équitable ou s’il s’est fait avoir – sa situation souligne à quel point les agences financées par l’État interviennent dans le sport. Les États n’ont jamais eu honte de s’immiscer dans les affaires sportives, grandes ou petites. Voici 5 exemples amenant à réfléchir sur le cas de l’affaire Armstrong.

1.  Les agents fédéraux s’acharnent contre les stéroïdes dans le Baseball

La première incursion du Congrès dans l’enquête sur l’utilisation de stéroïdes dans l’histoire américaine de ce siècle remonte à 2005, quand le Comité Parlementaire de Réforme Gouvernemental (sérieusement) a tiré hors de l’eau Mark McGwire, qui avait dépassé le record de vitesse de lancer de Roger Maris en 1998. McGwire avait initialement refusé de répondre à la question concernant l’utilisation de stéroïdes, mais en 2010 il a admis avoir utilisé ces stéroïdes durant cette saison.

Les enquêteurs fédéraux sont devenus plus agressifs dans leur poursuite contre les substances dopantes. Une enquête sur plusieurs années a mené Barry Bonds à passer des mois en maison d’arrêt en 2011 pour avoir menti à un grand jury en 2003. Et le Département de la Justice a lancé une enquête sur Lance Armstrong durant deux années.

Une deuxième série d’audience devant le Congrès sur l’utilisation de stéroïdes dans le baseball a eu lieu en 2008. L’ancien Sénateur de la majorité George Mitchell a été nommé par le commissaire au baseball, Bud Sellig, afin de mener une enquête sur l’utilisation de substances dopantes dans le baseball, et le Comité aura finalement retenu les audiences sur le sujet, le Président du Comité Henry Waxman déclarant que 500 000 adolescents avaient déjà eu recours à l’utilisation de substances illicites. Les témoignages fortement médiatisés n’ont mené à aucune action de la part du Congrès, même si le lanceur Roger Clements a été accusé de faux témoignage pour avoir menti au Congrès. Il a été acquitté cette année.

2. Washington pousse le football américain universitaire à des playoffs

En 2009, le Congrès a porté son attention du baseball professionnel au football américain universitaire. Le Républicain Joe Barton (R-Texas) avait pris pour cible les Bowl Championship Series (Championnat NCAA de football américain), un système post-saison pour le football américain universitaire qui comprend 10 équipes jouant 5 matchs post-saison, y compris le BCS National Championship Game entre les deux équipes sélectionnées comme étant les meilleures du pays. Deux décennies après la chute du Mur de Berlin, Barton a comparé le système BCS à du communisme. Il s’agissait d’une affaire bi-partisane, où le Président Obama n’a pas hésité à se servir de son statut pour forcer le football universitaire à abandonner le BCS et à adopter le système de playoffs. Plus tôt dans l’année, les commissaires de la BCS ont finalement accepté, et ce système de playoffs prendra effet en 2014.

Pour la petite histoire, le Président Teddy Roosevelt est souvent désigné pour avoir « sauvé » le football universitaire en intervenant pour réguler le système de jeu au début du 20ème siècle. Après les insultes et quelques morts sur les terrains, le football américain universitaire était devenu la cible d’une campagne anti-football pour sa brutalité. Roosevelt a encouragé la création du système 10 yards first down (ndlt : premier essai, 10 yards à parcourir) et une interdiction des mêlées de masse et des plaquages en groupes.

3. Cibler les Mixed Martial Arts

Les Mixed Martial Arts (MMA) sont l’un des punching-ball préférés des politiciens qui veulent s’immiscer dans le domaine du sport, surtout maintenant qu’ils remplacent la boxe comme spectacle sportif. Le Sénateur John McCain (R-Arizona), grand fan de boxe, a désigné le MMA comme étant « un combat de coq humain ». La Thaïlande a complètement banni le MMA pour protéger leurs Muy Thai. Dans les années 90, le MMA était banni dans plus de 40 États. Greg Beaton, de Reason, notait quelques années auparavant à quel point les efforts des politiciens pour sanctionner le MMA avait finalement mené au développement de sa plus grande entreprise, l’Ultimate Fighting Championship (UFC), afin de lancer les changements qui le transformera en courant dominant ; en 2006, il dépassait la boxe et la lutte en revenus en paiement à la séance. En mai, le Vermont est devenu le 46ème État à réguler le mixed martial art sous sa commission athlétique, et l’année dernière, l’UFC a poursuivi l’État de New York pour son interdiction de 1997 sur la retransmission en direct du MMA.

4. Les ministères du sport en Europe.

Si l’idée d’une commission sportive au niveau étatique n’est pas assez étatique, en Europe ils ont des ministères nationaux entiers dédiés à ça. Le projet mêle-tout de l’État en Europe n’exclut pas les domaines du sports. Même – ou peut être particulièrement – en pleine période de crise économique, les ministres des sports européens déclarent : « Bien que nous vivions dans une période de mesure d’austérité [ndla : c’est faux], il serait symbolique dans la situation économique actuelle de réussir à établir un programme structurel d’ici 2014, qui pourrait apporter un soutien financier. »

Au Royaume-Uni, la Football Association se démène avec les réformes pour éviter l’interventionnisme par le Parlement. Cette chère vieille Albion est peut-être épargnée par l’euro comme monnaie, mais elle participe complètement aux manies européennes quand il est question de nationaliser les sports.

5. L’ « Article IX » et les débordements de la règlementation

Quand ce qu’il est commun d’appeler l’Article IX a pris force de loi en 1972, il a interdit aux institutions d’enseignement qui reçoivent des aides fédérales d’exclure les femmes ou de leur refuser les avantages de ces programmes éducatifs. Le sénateur Birch Bayh (démocrate, Indiana) a inséré l’amendement dans un acte de ré-autorisation de financement de ces programmes, et la loi a été promulguée par Richard Nixon sans aucune mention des passages sur l’égalité des droits. Au cours des deux années suivantes, divers sénateurs ont essayé d’introduire des exceptions pour certains sports, mais les règlementations dites « Article IX » ont été annoncées en 1975 et ont commencé à être mises en applications en 1978. La NCAA a fait un procès, mais l’a perdu. Quand bien même on a souvent accordé à  l’Article IX le mérite de la montée des sports féminins, il a aussi poussé les régulateurs et les juges à influer sur les décisions des programmes athlétiques et sportifs, ce qui a conduit certaines écoles à  limiter les opportunités athlétiques pour les garçons, de façon à rester en conformité.

Et, il y a juste quelques années, l’Article IX a été responsable d’une décision de justice qui a prononcé que le cheerleading, les majorettes des matchs de sports en Amérique, dominé par les femmes et parfois identifié à un a sport, n’en est en fait pas un.

—-
Article original titré 5 Stupid Government Interventions in Sports, publié le 02.09.2012 par reason.com.
Traduction : Hélène Picq et NdC pour Contrepoints.

Laisser un commentaire

  1. Armstrong restera le plus grand Chaplin cycliste de tous les temps .aucun contrôle durant ses années de pratique n’a prouvé qu’il prenait des substances interdites les seules accusations viennent de coéquipiers suceurs de roue sans talent ni classe jaloux du succès de leur leader hors norme, c’est toujours plus facile quand on est mauvais de critiquer que de travailler dur. j’espère que ces messieurs propres rendront eux aussi l’argent que lance Armstrong leur a permis de gagner durant leur carrière

    1. Que M.Armstrong autorise l’analyse des 4 échantillons du tour 2004 notamment celui du clm de l’alpe d’huez demandé avant la prescription des 8 ans et refusé par Armstrong et l’UCI dont les tests à l’époque ne permettaient pas la détection de la présence de traces d’epo et de transfusions. Là on pourra dire que tout cela est balivernes! Chiche?

  2. Trop tard ! On a tous vu Amstrong gagner , bourré ou pas ,il a gagné . Le destituer maintenant n’a aucun sens . Il fallait le coincer avant.
    Pour moi , il reste un grand champion.

  3. Armstrong est un grand champion, qui a beaucoup travaillé et qui avait un talent immense. Il a triché (et sans chercher je me rappelle bien au moins d’un contrôle positif), il s’est fait prendre, c’est comme ça. Le sport, c’est un peu comme le jeu, tout est autorisé dans les limites de certaines règles, on peut dire que comme tout spectacle il y a une représentation de l’organisation sociale, ses problématiques, sa libido… etc. Notons qu’il y a des activités libres de toute règle, ça n’est manifestement pas monétisable.
    On peut évidemment discuter des règles du jeu, ce qu’Armstrong ne fait pas : il spécule sur une position de non respect d’un contrat. Mais plus largement c’est la structure du spectacle sportif qui est en cause : on pourrait tout à fait imaginer l’autorisation du dopage à condition que le pharmacien monte sur le podium avec le sportif par exemple. Sans transparence le spectateur se sent manifestement arnaqué, une simple autorisation pourrait bien le faire fuir. La concurrence (la fin de l’exclusivité de la retransmission télévisée + la liberté de diffusion brute) permettrait aussi de donner de la valeur à la construction du récit et d’une signification en général (disons qu’en l’état actuel ce n’est tout simplement pas possible).
    Là encore on peut noter qu’Armstrong ne se défend pas devant l’autorité qui contrôle le respect de ses contrats professionnels et sportifs (peut-être n’en a-t-il pas les moyens) mais devant ce qui représente sa vraie source de bénéfices : les médias de masse devant lesquels il veut montrer qu’il a bien respecté son contrat envers eux. Mais il y a toujours un tiers dans un contrat.

    Il y a évidemment d’autres modèles économiques que ceux du spectacle ou de produit du mass-media, comme le pari ; Armstrong ne semble pas se projeter dans ce dernier, il pourrait sans doute.

  4. Le plus rigolo est qu’il pas prouvé (scientifiquement ) que l’EPO ait un quelconque effet bénéfique sur les performances sportives par contre il est certain que l’éspérance de vie des dopés soit réduite fortement.